ACTE L SCÈNE VIIL
Ch, Les peines .'...Quoi! monsieur, vous en auriez? M,
Du, Hélas!
Je te parais heureux, et je ne le suis pas.
Ch, Cependant... M. Du, Tu le vois, je suis seul sur la
terre, Triste... Ch, Seul, dites-vous? M, Du, Oui, je suis
solitaire.
Ah ! pourquoi, jeune encore, au moins dans Tâge mûr, Ne faisais-je pas choix d'une femme ! Ch, Il est sûr Que pour se préparer une heureuse vieillesse. Il faut à ces doux nœuds consacrer sa jeunesse. 330
M, Du, Je le vois à présent Je voudrais... vœux tardifs ! Ch, (à pari) Hélas !...(^â5«/) Vous eûtes donc, monsieur,
quelques motifs Pour vous soustraire au joug de Fhymen? M. Du, Oui,
sans doute.
J'en eus que je croyais très-solides. Écoute : J'avais dans mon commerce un jeune associé; Par inclination il s'était marié :
Sa femme fit dix ans le tourment de sa vie.
Ce tableau, vu de près, me donnait peu d'envie D'en faire autant Ch, Sans doute il pouvait faire peur. M, Du. Quand j'aurais eu l'espoir de faire un choix meilleur, 340 Sous les yeux d'un ami, cette union heureuse Aurait rendu la sienne encore plus affreuse.
Il mourut D'un commerce entre nous partagé, Chargé seul, à rh)anen dès lors j'ai peu songé : Je quittai le commerce. Ch, Enfin, vous étiez maître. Libre... M. Du, En me mariant, j'aurais cessé de l'être. L'hymen est un lien. Ch, Soit Convenez aussi Qu'il est doux quelquefois d'être liés ainsi :
i6 LE VIEUX CÉLIBATAIRE.
Monsieur... pour se soustraire à cette servitude
Souvent on en rencontre encore une plus rude. 350
M. Du, Puis, sur un autre point j*eus Tesprit combattu.
Les femmes (sans parler ici de leur vertu,
J'aime à croire qu'à tort souvent on les décrie) ;
Mais conviens qu'elles sont d'une coquetterie,
D'un luxe !... Telle femme est charmante, entre nous.
Dont on serait fâché de devenir l'époux ;
Tel mari semble heureux, qui dans le fond de l'âme
Gémit... Ch, Mais, en revanche, il est plus d'une femmç
Modeste en ses désirs et simple dans ses goûts,
Qui met tout son bonheur à plaire à son époux. 360
M. Du. Soit. En est-il beaucoup? Ch. Plus qu'on ne
croit peut-être :
Moi, qui vous parle, j'ai le bonheur d'en connaître. M. Du, Du ménage, mon cher, j'ai craint les embarras. Les tracas, les soucis... Ch. Mais oli n'en a-t-on pas? Une famille au moins qui vous plaît, qui vous aime. Vous fait presque chérir cet embarras-là même ; Au lieu qu'un alentour mercenaire, étranger, Vous embarrasse aussi, sans vous dédommager : Gn a l'ennui de plus. M. Du, Voilà ce que j'éprouve, Et c'est précisément l'état oli je me trouve. 370
Et, tiens, mes gens me sont fort attachés, je croî ; Mais je les vois tous prendre un ascendant sur moi. Ch, En effet... M, Du. Jusqu'au vif, vois-tu, cela me ^
blesse ; Et, parfois je voudrais, honteux de ma faiblesse, Secouer un tel joug. À cet Ambroise j'ai, Oui, j'ai cinq ou six fois déjà donné congé : Je le reprends toujours ; car, s'il a l'humeur vive, Il est brave homaie au fond. Parfois même il m'arrive