ACTE IL SCÈNE VI
Am, Je voudrais voir cela. Mme Év. Ce ton de confiance
Fourrait vous attirer quelques fâcheux éclats.
Je vous en avertis, ne vous exposez pas.
Am, Eh ! je n'ai pas du tout besoin qu'on m'avertisse !
La maison sauterait plutôt que j'en sortisse.
Un autre soin m'occupe, à ne vous rien celer,
£t je vais cette fois nettement vous parler. 600
Dès longtemps je vous aime, et vous presse, madame^
De recevoir ma main, de devenir ma femme.
C'est trop longtemps aussi me jouer, m'amuser j
Il faut m'admettre enfin, ou bien me refuser.
Mme Év, Mais vous pressez les gens d'une manière étrange.
Il le faut avouer. Am, Je ne prends plus le change.
Tenez, madame Evrard, je vais au fait d'abord.
Je ne suis point galant ; mais vous me plaisez fort
Mme Év. Monsieur Ambroisel..* Am, Eh oui! votre air,
votre figure.
Que vous dirai-je enfin? toute votre tournure 610
M'enchante, me ravit Allez, j'ai de bons yeux : Vous êtes fraîche, et moi je ne suis pas très-vieux; Par ma foi, nous serons le mieux du monde ensemble : Et puis notre intérêt l'exige, ce me semble.
Ma fortune est assez ronde, vous le savez.
Je ne m'informe point de ce que vous avez :
Vous ne vous êtes pas sûrement oubliée...
Allons, madame Evrard. Mme Év. Je crains d'être liée. Am. Eh ! plutôt craignez tout, si nous nous divisons ; Oui : je n'ai pas besoin d'en dire les raisons. 620
L'un de l'autre, entre nous, nous savons des nouvelles ; Et tous deux nous pourrions en raconter de belles. Au lieu qu'à l'avenir si nous ne faisons qu'un. Nous ne craindrons plus rien de l'ennemi commun...
a 8 LE VIEUX CÉLIBATAIRE,
À propos, j'oubliais de vous dire, madame,
Que j'ai trouvé, je crois, cette seconde femme...
Mme Év, Vous revenez toujours sur ce chapitre-là !
Je ne suis point d'accord avec vous sur cela.
Am, Vous n'avez pas besoin de quelqu'un qui vous aide ?
Mme Év, Moi! point du tout Am. Si fait; et puis qui vous
succède... 630
Mme Év, Qui...? Am. Voulons-nous servir jusques à nos
vieux jours?
Notre service est doux, mais nous servons toujours. Mme Ev* Vous voyez mal, Ambroise : il vaudrait mieux
peut-être Attendre... enfin fermer les yeux de notre maître. Am. Mais cela peut durer encore très-longtemps. Monsieur n'a, voyez-vous, que soixante-cinq ans. Il est temps, croyez-moi, de faire une retraite : Et, pour la faire sûre, honorable et discrète, Il faut laisser ici des gens honnêtes, doux, Far nous-mêmes choisis, qui dépendent de nous, 640
Qui soient à nous, de nous qui lui parlent sans cesse. Mme Év. S'ils allaient de monsieur captiver la tendresse !... Enfin nous verrons..- Am. Bon ! vous remettez toujoiurs ! Mme Év. Eh ! moins d'impatience ! Am. Et vous, moins
de détours ; Plus de délais : demain je veux une réponse.
Mme Év. Demain, soit {A part, en ^en allant) Sur mon
sort si monsieur ne prononce, Que faire ? Allons, il faut le presser au plus tôt Am. À demain donc. {Elle sort,)