‹ Le vieux commodoreChapitre 10 sur 23 · II. s · texte numérisé non relu

II. s

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pille, vous n'auriez aucune chance de devenir sa femme.

— Moi, la femme de M. Rubasore!

— Sans doute. Il a les yeux fermés sur votre mérite, parce que vous êtes en présence d'une personne un peu, — tant soit peu — plus jeune (jue vous, quoique beaucoup plus riche.

— Ah! certainement, beaucoup.

— C'est précisément là le point de la question. Quant aux charmes de l'extérieur , je puis vous assurer qu'il y a bien des gens qui vous préféreraient à miss Bel mont. — Je ne dis pas tout le monde, ce serait une flatterie grossière. Il est impossible que M. Rubasore ne sente pas au fond du cœur que vous lui convenez mieux pour épouse qu'une jeune personne évaporée, qui a reçu une éducation si singulière.

— Jamais M. Rubasore ne pensera ainsi; — mais parlez plus bas, monsieur; miss Belmont vous entendra.

— Ne craignez rien. Elle n'a en ce moment des oreilles que pour ce qu'elle appelle l'inspiration. Je connais les symptômes de cette maladie. — Elle fait des vers. Je vous demande si cette physionomie à la Sopho, tenant le milieu entre l'enthousiasme et la folie , conviendrait à la femme d'un homme grave et caustique comme M. Rubasore?

— Certainement non ; mais j'avouerai franche-

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mont qua\<r tons ses défauts , j<' voudrais que cette physionomie m'appartînt.

— J'admire votre candeur, et je vois que nous nous entendrons bientôt. — Il faut que nous partions tous pour Londres demain malin.

— Un instant, s'il vous plaît, monsieur. Avoir l'air d'entrer dans un complot contre M. llubasore, croyez-vous que ce soit un moyen pour l'épouser? — C'est-à-dire, si je voulais y consentir, car je n'y suis nullement décidée.

— Miss Bolmont, dit M. Underdown , m'est-il permis d'interrompre un moment le cours de vos réflexions?

— Je suis toute attention, monsieur. Et renouant le fil de ses idées, elle prononça à demi-voix, avec un ton de déclamation :

El toi, chantre dos nuits, répète dans ton chant Le nom, le nom si cher....

— D'Olivier Oliphant, dit M. Underdown finissant le vers. Eh bien, miss Belmont, êles-vous déterminée à venir demain à Londres avec moi, et à prendre les mesures dont je vous ai parlé pour mettre fin à la tutelle de M. Rubasore?

— Complètement déterminée.

— Et vous résisterez à tout ce qu'on pourrait faire pour vous retenir ici ?

— Rien au monde ne ni'empêctiera d'en partir.

— Vous entendez cela, miss Dredgely. Que pouvez-vous faire? Comme amie de miss Belmont, comme chargée de veiller sur elle , ne devezvous pas l'accompagner pour éviter tout scandale?

— Je crois que je le dois.

— Et d'une autre part, comme amie de M. Rubasore, comme chargée de ses intérêts et ayant sa confiance, ne devez -vous pas nous suivre pour surveiller nos démarches et lui en rendre compte?

— Je suis sûre que je le dois.

— Eh bien, écrivez sur-le-champ à M. Rubasore, aeec un ton d'indignation, pour l'informer de ce qui se passe ici en ce moment. Nous ne voulonsrien faire clandestinement, madame. Que son tuteur se présente avec nous devant le lord chancelier, s'il l'ose.

— Je ne puis rien écouter contre M. Rubasore, s'écria miss Dredgely, très satisfaite au fond, quoiqu'elle affectât de la colère; — rien, monsieur, à moins que vous n'ayez autre chose à me dire.

— Je vous dirai seulement, madame, que vous ne pouvez mieux servir ses intérêts qu'en accompagnant sa pupille.

— C'est bien ce que je compte faire, monsieur ;

et je lui rendrai compte (Je vos desseins outra- 1 1 1 1 s et de l'indignation que j'en éprouvé. Nous déjouerons vos manœuvres, monsieur; nous les déjouerons.

— Eh bien, madame, essayez ; nous verrons.

— Mon mécontentement de votre conduite est bien assez grand, monsieur , sans que vous cherchiez à l'aigrir par des menaces.

— Je suis aussi mécontent que vous Tètes, madame.

Malgré cette déclaration d'hostilités, les dcu\ ennemis étaient parfaitement satisfaits l'un de l'autre. M. Undcrdown- passa très agréablement toute la journée à Jasper-llall, et retourna ensuite coucher à l'auberge; Pierre fut le héros delà cuisine, où il étonna tous les domestiques par le feu roulant de ces calembours.

Le lendemain matin de bonne heure , miss Dredgely convoqua devant elle tous les domestiques , fit en leur présence une protestation solennelle contre tout ce qui se passait, remit toutes les clefs à la femme de charge, et monta en chaise deposteavec miss Belmont et Nelly. M. Undcrdown les suivit dans une autre chaise, et il permit à Pierre Drivcl d'y monter, en le prévenant qu'un grand mal de tête ne lui permettait aucune conver-

sation. Pierre se trouva ainsi réduit au silence , et s'il fit des calembours, ce fut tout bas.

Dès le lendemain de leur arrivée à Londres , M. Underdown se présenta devant le lord chancelier, qui instruisit l'affaire dans son cabinet privé. Il entendit miss Belmont, qui lui montra différentes lettres qu'elle avait reçues de M. Rubasore, et il ne lui fallut pas longtemps pour être convaincu que le tuteur avait indignement abusé de son pouvoir. Il lui ôta la tutelle de miss Belmont, à qui il donna les deux curateurs qu'elle demandait , et fixa une somme très raisonnable pour ses dépenses jusqu'à la fin de sa minorité : mais le plus piquant fut qu'il condamna Rubasore à payer tous les frais de cette demande. Le mandat d'arrêt rendu contre le capitaine Oliphant fut aussi révoqué , toute la procédure annulée , et Rubasore également condamné à en payer les frais.

Le procureur de M. Rubasore, M. Sharp , qui, par suite de cette affaire fut sur le point d'être biffé du rôle de sa compagnie , fit de son mieux pour l'étouffer en l'absence de son client , qu'il ne savait où trouver; car M. Rubasore était alors bien loin de Londres, livré à des projets de vengeance que le secret qu'il avait tiré de M. Florentin lui donnait le moyen d'exécuter, à ce qu'il espérait, et il n'a\ait pas la moindre idée des me-

suies aclives el énergiques qu'on venait de prendre pour soustraire sa pupille à son autorité,

Mistress Dredgely joua parfaitement son rôle, Kilo avait envoyé à M. Sharp un double de la lettre qu'elle avait écrite à M. Kubasore, et des que miss Bel mont fut partie pour Trestletree-IIall, elle se rendit chez le procureur, et, avec beaucoup de lamentations, lui conta toute l'histoire, et se lit un mérite de tout ce qu'elle avait fait. M. Sharp luimême y fut pris, il approuva sa conduite, et lui donna des éloges et de l'argent, car il était toujours libéral de l'argent des autres. Elle repartit sur-le-champ pour Jasper-llall , on elle allait régner comme maîtresse absolue , et dès qu'elle y fut arrivée, elle ne sougea plus qu'à formel des plans pour déterminer M. Kubasore à lui offrir sa main.

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