‹ Le vieux commodoreChapitre 8 sur 23 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

11 existait alors une sorte de neutralité armée entre miss Dredgely et Rosa Belmont. Chacune d'elles était sur ses gardes à l'égard de l'autre. La première n'osait pousser la sévérité à l'égard de la seconde au point de l'offenser ; l'autre ne voulait pas se Faire une ennemie déclarée de mistress Dredgely en secouant toute espèce de joug. Dans le fait , quand celle-ci réfléchissait combien peu de temps devait encore durer son empire sur cette jeune personne , elle ne savait trop si elle devait chercher à se concilier les bonnes grâces de la pupille ou du tuteur. L'arrivée de M. Underdown amena les affaires à une crise.

Miss Belmont, après l'avoir remercié, en termes un peu recherchés ? de la promptitude avec la-

quelle il s'était rendu à son invitation, le pria d'entrer dans la maison et d'accepter quelques rafraîchissemenls. Pondant ce discours, miss Dredgel} , tantôt souriait , tantôt fronçait les sourcils,

en un mot , ne savait quelle figure faire.

M. Undcrdown, désirant s" acquitter de sa mission , sans offenser personne , les salua respectueusement l'une après l'autre , remercia miss BelmOQt de son invitation hospitalière , et se tournant \ers miss Dredgely , lui dit : J'espère, madame , (pie vous ne trouverez pas mauvais que je l'accepte ?

— Monsieur, répondit-elle, je suis... dans une situation... toute particulière. — Je ne suis pas riche , monsieur , quoique je puisse dire que je suis d'une des meilleures familles de ce comté, — J'ai des principes religieux. — Que dois-je faire? — Si j'offense M. Rubasore , il me chassera d'ici , tout mon parent qu'il est , et je n'aurai pour vivre que mon petit revenu de cent livres. D'un autre côté , je ne voudrais contrarier en rien ce bel ange que j'aime plus que ma vie. — Que puis-je faire ? Que puis-je faire ? Et elle prit un beau mouchoir de mousseline blanche pour essuyer les larmes qu'elle ne versait pas.

— Ma chère bonne dame , lui dit M. Underdov\ n du ton le plus insinuant, personne ne vous demandera de rien fur*1 qui soit contre vos intérêts.

Réellement M. Rubasore ne vous a pas traitée avec justice. Je vous expliquerai cela tout-à-l'heure. En attendant J'accepterai le second déjeuner que vous voulez bien m' offrir , car j'ai fait ce matin une promenade qui m'a donné de l'appétit.

Pendant ce repas , M. Underdown chercha particulièrement à s'insinuer dans les bonnes grâces de miss Dredgely. Il y réussit ; et peu à peu il en tira l'aveu que M. Rubasore lui avait envoyé récemment une bonne somme d'argent pour qu'elle veillât à ce que sa pupille ne pût voir personne avant qu'il arrivât à Jasper-Hall. Cette découverte transporta Rosa d'indignation contre son tuteur et contre sa gouvernante, et elle l'exprima avec autant de véhémence qu'aurait pu le faire une héroïne de roman. Une petite scène s'en suivit. Miss Dredgely fondit en larmes , et se jeta presque à ses pieds , lui demanda pardon , la serra dans ses bras, l'embrassa tendrement, et lui jura une amitié éternelle et à toute épreuve.

Après avoir ainsi amené la duègne à se compromettre, M. Underdown expliqua à Rosa le^droit que lui donnait la loi de mettre fin à la tutelle de M. Rubasore, et de se choisir des curateurs. Il lui remit ensuite la lettre du capitaine Oliphant , et lui ouvrit ainsi les yeux à une perspective de bonheur. Ce fut surtout alors qu'il remarqua complètement le caractère ardent et romanesque de celle

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