‹ Le vieux consul tragedie en cinq actesChapitre 28 sur 44 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LAV1NIA, ANNIUS, entrant par la porte de droite, et paré avec la dernière élégance.

an mus, à part.

Le silence est partout, et j’arrive... C’est ellcl Plus pure en sa beauté que Vénus immortelle.

Le dieu de l'éloquence a gagné mon procès Et plus loin que l’attente est allé le succès.

Dés demain le sénat, tout fier de ce prodige, Décrétera la mort du vainqueur de l’Adige.

Le peuple, eu ma faveur prompt a se soulever, M’idolàite... A présent rien ne peut m'entraver... Il Tient à Laviifia et s'accoude sur le siège où elle est tombée.

— Et toi, beauté sans cesse à mes songes présente, Toi qu'a mise en mes mains une ruse innocente. lavinia, avec répulsion.

Oh!...

annics, continuant. [ géant, Quand les dieux marins traînent, moitié pion- La conque d'Amphitrite au sein des flots d’argent, Lorsque, les jeux voilés et mollement couchée, Oubliant sa ceinture à moitié détachée,

La déesse sur l’eau laisse aller ses pieds blancs Que dore le soleil de ses rayons brûlants.

Le dieu de l'Océan derrière elle s’élance,

Et commande à la vague un amoureux silence.

Déesse, à tes coursiers j'ai montré le chemin,

Et j’ai dij de se taire à l’Océan romain.

Va ! je me sens encor les fiertés de la vie.

Tout à l’heure, à mes pieds, une foule asservie, Avec des cris, rendait hommage à nia grandeur; Mais, moi, je ne songeais qu’à vaincre ta froideur. Foule, disais-je en moi, courtisane, insolente,

Plus folle en tes fureurs qu’une mer turbulente, Certes, tu ne vaux pas, insensé tourbillon',

I.a peine que l'on prend pour le mettre un bâillon. Que je préfère à les faveurs, foule traîtresse.

Le front pur, les yeux noirs de ma belle maîtresse ! Celte fraîcheur sans fard, ce corps voluptueux,

Et ce regard tout plein d’éclairs impétueux î Déesse, de mon cœur daigne accepter l'hommage ; Assez longtemps il s’est ravi de ton image ;

J'ai vécu trop de jours en froid contemplateur. Sois à celui qui l'aime.

laYixia, se levant , et d’une voix altérée.

Oh ! jeune sénateur.

Toi qui de ton esprit fais un infime usage,

Ton mépris de la foule est d’un triste présage Pour l'être misérable à t’aimer condamné,

Car tu u as rien au cœur qu’un orgueil effréné. Non, je l'aime pas, Homain, je te méprise.

Comment suis-je chez loi? Dis, par quelle surprise M’a-lon traînée ici, seule en ce lieu caché, Comme une indigne esclave achetée au marché?

ltoruain, si c’est ainsi que ton amour procède, Aux Phrynés du Forum permets que je le cède.

D’une lâche action sachant te repentir.

Auras lu la fierté de me laisser sortir?

amiius, l'arrêtant au passage.

Peract-lu m'étonner avec ce froid langage ?

Quand j’ai, de ton sourire acceptant le présage. Vu, sans m’eu émouvoir, mon succès compromis. Pensais-tu que je dusse accepter tou mépris?

Ah! si ta bouche fut d'accord avec ton âme En offrant à mon cœur l’espoir dont il s’enflamme, Viens, et foulant aux pieds tes scrupules vaincus. Accepte le transport des Glles.de Bacchus.

Mais si tu m’as trompé, si ta voix de syrène A voulu seulement m éloigner de l'arène,

Prends garde aux châtiments mornes et ténébreux ; Car sc jouer de moi c’est par trop dangereui.

Je suis faible parfois devant l'humble innocence; Mais quand vient a tomber la ruse en ma puissance, Je venge en la frappant mon. orgueil irrité,

Et je la foule aux pieds avec férocité.

Dis, veux- tu me laisser comprendre ton silence? lavisia, A part.

Je tremble d'irriter sa froide violence.

Elle reprend d'une voix douce et presque Attendrit'. Si je me suis laissée éblouir, entraîner Par ces nobles élans qui savent dominer;

Si j’ai, de les transports imprudente complice. Par quelques mots douteux préparé mon supplice; Si, timide, j’ai pris sur toi quelque pouvoir, Sont-ce là les respects que tu sais faire voir? Non, je ne pensais pas que mon premier sourire Pût dans l’esprit d’un homme enfanter ce délire. Tu veux 'déjà briser mon cœur en y touchant:

Je te croyais un homme, et tu n'es qu’un méchant. ANMUS, arec explosion.

Tombent sur toi les deux embrasés, si lu railles! Mais ces mots m'ont ému jusqu’au fond des ee- . [t railles.

Ecoute, tu l'as dit... je ne suis qu’un pervers. Pauvre tète isolée au sein de l’univers.

J’ai maudit les froideurs de cette vie amère Et n’ai jamais aimé celle qui fut ma mère.

Tous ceux dont le hasard a voulu m'entourer Semblent faits pour me nuire et me désespérer : Mon esprit triste et dur jamais ne se repose,

Et mon rire fatal plane sur toute chose;

Et Jupiter viendrait me faire des serments,

Que je le raillerais en lui disant : tu mens !

— Triste comme la nuit, froid comme l'anathème, Je hais le monde entier, Lavinie, et je t’aime. Comprends donc si je puis, de mensonges lassé, Me contenter d’un mot à peine prononcé.

— Romaine, tu t’es mise en cette alternative, D’accepter mon amour ou ma colère active.

Choisis.

LAttfflA.

Oh! par pitié, laisse-moi fuir d'ici!

Jeune homme, je le sais, je suis à ta merci; Mais, calmant pour un jour cette fougue insensée, Eloigne tes transports de ma frayeur glacée,

El jugeant par le lien mon cruel abandon.

Tu voudras nie donner la rnorl ou le pardon.

Va, si d’un fiel amer ton ùine est imprégnée,

Les cuisantes douleurs ne m’ont pas épargnée; Lt, lorsque nies amis m’apprennent à pleurer,

U n est plus que toi seul que je puisse implorer. Laisse calmer tes sens, apaise cet orage Qui me ierail douter même de ton courage ;

Kl, sans charger lou cœur d’un nouveau repentir, Prends mon sang, prends ma vie ou laisse-moi annius. [partir.

Oh! ton émotion suppliante m’éclaire:

Mon amour te Tait honte, et tu veut ma colère... Viens...

lavinia.

Laisse-moi partir!

ANNIUS

Jamais !

la vin u, se reculant avec horreur \

Monstre odieui !

Crains-tu pas d’attirer la vengeance des dicui? Nul ne fuit ici bas leur grandeur implacable,

Kt Némésis frémit derrière le coupable.

an n ils, souriant.

Mots sonores!

' , LA VI NIA

Pitié! laisse-moi fuir!

M’aimes-tu?

Jamais!

LAVIN1A.

Laisse-moi !

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