SUR
CAMILLE DESMOULINS
LéE g thermidor fut la conspiration de la peur contre la tyrannie. Les complices s'insurgèrent parce qu'ils ne voulaient pas être victimes. Camille Desmoulins attaqua la terreur même. Avaitil aussi le courage que donne quelquefois la crainte? Etait-ce de sa part amour-propre, besoin d'être toujours en scène, amour deTliumanité? Il y avait de tout cela. L'ancien Procureur de la Lanterne ( dénomination dont il s'était glorifié ) avait à expier de grands torts : la puissance des pamphlets lui .était connue , nul n'en avait usé plus largement. Pour triompher du mal qu'il avait contribué à créer , il ne demandait à mettre en lumière que dix numéros d'un nouveau journal; au septième, il fut sacrifié. Les dieux ont soifj telles furent les dernières paroles du Vieux Cordelier^ faisant allusion aux divinités mexicaines. Une soif plus sanguinaire encore tourmentait Robespierre et Saint-Just. On n'en était pas aux temps où une
révolution pût se terminer par l'e'critoire. Pour Camille écrire , attaquer ^déclamer, c'était vivre ; il devait mourir la plume à la main. Son existence etant^ en quelque sorte ^ intimement liée à la révolution^ les auteurs de biographies qui le retrouvent au milieu des principaux événemens et dans l'intimité des hommes les plus malheureusement célèbres , ont uniformément donnée tion sans quelques erreurs notables , un aperçu rapide des actes qui lui sont attribués, ou dont il prend lui-même à tâche de fournir les détails . Notre tâche à nous serait trop facile si nous nous bornions à les répéter, nous éviterons même de nous astreindre à l'orcbre rigoureux des temps : c'est l'ensemble qu'il faut tbir ; heureux, si en consultant les nombreux écrits de Camille et les témoignages les plus rapprochés de l'époque où il était en mouvement; si en réfutant quelques assertions peu d'accord avec la fidélité qu'exige l'histoire; si en ajoutant aux faits connus <les particularités qui ne le sont pas , nous pou- Tons nous flattet de présenter des aperçus nouveaux et de répandre sur une vie aussi orageuse l'espèce d'intérêt dont elle nous a semblé susceptible !
Camille Desmoulins, fils du lieutenant du bailliage de Guise, était né en 1762. Il fut admis, en .1776, comme boursier au collège de Louîs-le- Grand. Au concours de l'Université il eut, surtout dans les compositions latines, des succès qu'il dut h la vivacité de sa conception plus qu'à une application soutenue. Sa pétulance lui eût mérité, à bon
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droit , cette note portée sur les registres d'un collège des jésuites, à l'article Crébillon : Puer îngeniosus, sed insignis nebulo ^ plein d'esprit, franc polisson. Robespierre, élève de Louis-le-Grand , comme Camille, était son àiné de trois ans et d'une autre classe : ils n'étaient donc ni rivaux ni amis ; mais, peu d'années après > ils se retrouvèrent dans la même carrière et au milieu des mêmes événemens; c'en était plus qu'il n'en fallait pour invoquer les droits de l'amitié de collège. Toujours fidèle à ce sentiment. Camille s'était fait honneur de celui de la reconnaissance envers ses maîtres, auxquels il avait adressé des adieux en vers : U Armée litlé" raire ( 1 784) les cite avec beaucoup d'éloges. Comme on y remarque le germe de ces idées dont f exaltation devint plus tard si funeste, on nous pardonnera d'en donner nous-mêmes un extrait rapide; il parle des jeunes camarades qu'il avait au collège :
« Là (dit-il), du patricien la hauteur est bannie , Et la seule noblesse est celle du génie.
Tous cultivent les dons qu'en eux le ciel a mis ; ' £n comptant leurs rivaux , ils comptent leurs amis ; Leurs talens nous sont chers, leurs succès- sont tes aôtret, £t le laurier d'un seul couronne tous les autres. - - Je vis avec ces Grecs et ces Romains fameux , J'étudie une langue immortelle comme eux^' J'entends plaider encor dans le barreau d'Athènes j Aujourd'hui c'est Ëschiue , et demain Démosthènes. Combien de fois , avec Plancius et Milon , - Les yeux mouillés de pleurs, j'embraissai Gicéro&f i»
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Le jeune poëte annoncé qu'il va courir lu carrière du barreau :
«c . . . . J*oseraî faire entendre une voix Faible, mais qui , du moins , ne sera point vendue. Désormais , ô ma lyre , à jamais détendue, Tu ne charmeras plus mes maux et mon ennui !
Maïs', cher à l'innocence , et du faible l'appui , Je pourrai quelquefois goàter ce bien suprême : Je ferai des heureux. £h! qui, dans ce séjour. Élevé près de toi , n'en veut faire à son tour , Bérardier ? Ce lieu même , oii , sur les rives sombres , Gresset, avant le temps y crut voir errer nos ombres, Je l'ai vu sous tes lois, trop tard pour mon bonheur, Retracer bien plus tôt le séjour enchanteur Des bosquets d'Acadême ou l'heureux Elysée.
. . Que dîs-je? Près de toi , doucement abusée , , L'enfance ici se croit sous le toit paternel. O Bérardier, reçois cet adieu solennel ! >»
Chaque année , à l'e'poque de la fête du principal, le respectable , mais trop indulgent abbé Bérardier, Camille éprouvait le besoin de venir renouveler son hommage. Néanmoins ce fut M.dePancemont, curé de Saint-Sulpice , et non, comme le répètent plusieurs dictionnaires historiques , M. Bérardier, qui lui donna la bénédiction nuptiale.
Lorsque Camille Desmoulins se présenta au curé, il était accompagné d'un notaire. Voici le dialogue qui s'établit.
«Etes-vous catholique? » — «Pourquoi cette question? » — « Parce que, si vous ne l'étiez pas, je ne pourrais vous conférer un sacrement de la reli-
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gion catholicjue. » — « Eh bien! oui, je suis catholique. » — « Je ne puis croire celui qui à dit dans un de ses numéros que la religion de Mahomet était tout aussi évidente pour lui que celle de Jésus-Christ, » — « Vous lisez donc mes numéros?»
— « Quelquefois, » — « Et vous ne voulez pas me marier, monsieur le curé? » — « Non, Monsieur; je ne le puis, à moins que vous ne fassiez une profession de foi publique de la religion catholique. »
— « J'aurai recours au comité ecclésiastique. » Cet entretien, écrit par le notaire, fut en effet
porté au comité ecclésiastique. Mais Camille Desmoulins se présenta de nouveau au curé , muni d'une consultation de Mirabeau , où celui-ci établissait qu'on ne peut juger de la croyance que sur la profession de foi extérieure, et que le mariage ne Rêvait pas, dès lors, être refusé au réclamant , puisqu'il se disait catholique. Nouveau dialogue : « Depuis quand Mirabeau est-il un père de l'église ?» — « Ah ! ah ! Mirabeau, père de l'église ! je le lui dirai ; cela le fera rire. »
— « Mais, à ne vous juger que sur votre profession de foi extérieure , puisqu'elle est imprimée, la consultation même vous condamne. J'exige donc une rétractation avant de vous marier. » — w Je ne compte pas faire de nouveaux numéros avant mon mariage.» — «Ce sera donc après?» — «^e le promets. » ( Il n'en fit rien. ) — « J'exige , de plus, que vous remplissiez tous les devoirs prescrits quand on se marie , et que vous vous confessiez. »
— fc A TOUs-méme ^ monsieur le curé. » Et il se confessa, ^u nombre des témoins furent Péthion et Bobespierre. Mirabeau ne sy trouva pas , comme il l'avait promis. Le curé fit aux époux une touchante exhortation , et Camille de fondre en larmesv(< Pleure donc^ hypocrite,» lui dit l'un des témoins; c'était Robespierre (i). Ces détails sont extraits de VExamen critique des Diction^ naires historiques , par M. Barbier, qui lui-même les aura extraits d'une brochure intitulée : Histoire des éçénemens arrivés sur la paroisse Saint^Sulpice pendant la révolution. Paris , imprimerie de Crapart, 17^2, pages ^3, 24 et 25.
Entre Mirabeau et Desmottlins, l'amitié ne pouvait guère être durable : il fallait à celui-ci du bruit , du scandale et des satires ; le premier était insatiable de gloire , d'honneurs et d'éloges. (< Mirabeau ( Lettre de Camille à Brissot ) ni'avait fait habiter avec lui sous le même toit, à Versailles. lime flattait par son estime; il me louchait par âon amitié , il me maîtrisait par ion génie et ses grandes qualités. Je l'ai^ mais avec idolâtrie ; ses amis savaient combien il redoutait -itta censure , qui était lue de Marseille et qui le serait de la postérité. On sait que , plus d'une fois , il envoya son secrétaire à une campagne éloignée de deux lieues, me conjurer de retrancher une page, défaire ce sôcri- ■ ■ ■ .PI I . — 1 .1 ■ ■ .1 ■ i ■ ■ .1. il ■ ■ . 1. ■ .
(i) Voir, aux Pièces justificatives , le récit tel qu'il est rapporte dans cette brochure. '
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lice à ramitië^ à ses grands services , ;k: jl'^spérance de ceux qu'il pouvait rendre encore. Dites si je me suis vendu à Mirabeau. Je ne savais, pas que des traîtres , à une distance si immense de lui pour les talens^ bientôt nouveaux parvenus à la tribune , nous conduiraient avec plus de perfidie à la ruine de la liberté, et me ^déduiraient à deman^ der pardon à sa grande ombre ^ et à regretter tous les jours ses ressources pour la Frapce dans son génie , et pour la liberté dans son amour pour la gloire. » Celui qui traçait ces lignes était** il fait pour adoucir et pour préconiser le civisme révolutionnaire d'un Mirabeau monstrueux i de Danton ! Mais, écoutons-le se plaindre , à son tour, des blesures de la liberté de la {H'esse: c'est un poëte outragé qui parle* Lui qui , dans sa dernière lettre à sa femme, s'écrie, X étais né pour faire des vers, pouvait-il prévoir que la Biographie uiûverselle lui attribuerait, en Je traitant justement de pitoya^ ble , un recueil de poésies qu'il désavoue arec indignation? «Il vient de paraître, dit-il, une brochure de 32 pages d'impression, intitulée : Satires, on Choix des jneilleute^ pièces; ce sont du moins les p]u$ Gjiuiiques et les plus dévergondées, quelques-ùneâ sont même. d'une grossièreté dégoûtantQ. L'éditeur, dans un Avertissement, prbmet d'honneur, de donner une suite à ce recueil , et de publier tous les jours un nouveau cahier, jusqu'à parfait épuisement du scandaleux portefeuille. Le libelliste a pri^ une épigraphe tirée de Voltaire.
L'épigraphe qui lui convient le mieux est le mot de Desfontaines. // faut bien que tout le monde {five. Quand aurons-nous une bonne loi sur la liberté de la presse? Quelque indulgence que je profiesse pour la liberté , j'ai senti tout ce qu'elle avait de danger^ en voyant mon nom jusqu'à trois fois au bas des pièces de cet infâme recueil. »
Si la nature avait fait un poëte de Camille , ce qui est douteux ^ il est certain , du moins, qu'elle lui avait refusé un des principaux moyens oratoires, la prononciation. On sait, malgré cet ob-* stacle, quel rôle il joua au Palais-Royal, le dimanche, 12 juillet 1789. Ce rôle, dans lequel il se complaît , et qu'il rappelle souvent dans ses nombreux écrits, influa malheureusement sur sa vie entière; et ce sera encore un clubiste, un cordelier qui plaidera, avant de mourir, la cause de l'humanité. Xa Biographie moderne (Leipzig, 1807) assure qu'il ne pardonna jamais à son père de lui avoir dit qu'il visait à l'échafaud. Cette anecdote fait sans doute allusion à une lettre de ce dernier, insérée dans les Réwlutions de France et de Brabant. Ce qu'il y a de certain , c'est que chaque fois que Camille parle de son père , le langage qu'il emploie est celui du respect et de VafFeotion, Voici la lettre :
« Lettre de mon père.
» 2 janvier 1 790.
» Au milieu des ruines qui m'entourent, et que
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TAssembl^e nationale semble avoir délachées de mon existence ( mon office devenu pre'caire , mon syndicat qui m'échappe avant le terme), ce qui allège le mal de ma position, c'est l'espoir que mon fils, avec des principes plus modernes, et qui me paraissent pourtant bien hardis , sera un des premiers ouvriers de l'arche qui doit sauver ses frères et lui du naufrage de leur père commun. Je vous vois du petit nombre des élus qui, avec les imprimeurs et les libraires , restez debout au milieu d'une révolution qui met tout par terre. La tâche dont vous vous êtes chargé est immense. On me parle de vos succès , et je n'y suis pas insensible. Mais les dangers <!|ue vous courez m'affectent encore davantage, etc. »
La réponse de Camille à la lettre de son père ne contient pas moins de dix pages. Les citations de l'histoire grecque et romaine y sont en abondance ; et cette réponse, il pense que les souscripteurs lui pardonneront de l'adresser par la voie d'un journal qull écrit en présence du public. Nous nous bonerons à en extraire une particularité que l'événement rend assez remarquable : c'est du Luxembourg que Camille partit, peu d'années après, pour aller à la mort.
« Une femme du peuple, qui feignait d^êlre ivre m'a abordé; elle a tiré de son sein un papier où était un nom qu'elle croyait pour moi fort redoutable, et, après quelques propos de halles, m'a
lO APERÇUS HISTORIQUES £T LITTÉRAIRES
dit de bien pretèdre garde au Luxembourg, Mais je ne crains ni le Luxeml>ourg ^ ni les Taileries. n Ce sont de pareils rapprochemens , de semblables particularités qui rendent la lecture des écrits de Camille infiniment curieux : ils peignent Fesprit de Thomme et Fesprit du temps. Dans un de ces écrits La Lanterne adresse la parole aux Parisiens»
« Le Palais-Royal, dit-elle, est le foyer du pa* triotisme , le rendez-vous de Félite des Français qui ont quitté leurs provinces , pour assister au magnifique spectacle de la révolution de 17^» et n'en être pas spectateurs oisifs. Pour les Parisiens même, il est plus court d'aller au Palais-- Royal. On n'a pas besoin de demander la parole à un président, d attendre son tour pendant deux heures. On propose sa motion : si elle trouve des partisans , on fait monter l'orateur sur une chaise. S'il est applaudi, il la dirige; s'il est sifflé, il s'en va. Ainsi faisaient les Romains dont le Forum
ne ressemblait pas mal à notre Palais -Royal
Cest ce Palais- Royal qui, depuis six mois, a inondé la France de ces brochures qui ont rendu tout le monde , et le soldat même , philosophe. » Il semble que des tableaux de ce genre figure* raient assez bieo dans les pages de Fhistoire.
Bientôt Camille, effrayé lui-même de ses propres succès, condamne le dictateur de la lanterne et s'écrie à son tour. « On s'afflige de voir l'usage de la Lanterne devenir trop fréquent.... C'est un grand mal que le peuple se familiarise avec ces
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jeux Les exécutions du peuple sont atroces
alors qu'il envoie le cordon avec autant de facilité que le fait sa Hautesse à ceux qu'elle disgracie. » Puis il ajoute n"". 67 : a M. Marat , vous vous ferez de mauvaises araires. Cinq à six cents têtes absU^tues! Vous êtes le dramaturge des journalistes. Les Danaides ^ les Barmécides ne sont rien en comparaison de vos tragédies. Vous égorgeriez tous les personnages de la pièce et jusqu'au souffleur. Vous ignorez donc que le tragique outré devient froid. Pour moi, vous savez qu'il y a long-temps que j'ai donné ma démission de procureur-général de la Lanterne; je pense que cettj^ grande charge, comme la dictature , ne doit durer qu'un jour, et quelquefois qu'une heure. Pardoi^nez si ma verte jeunesse donne des conseiJ^ ; mais vous compromettez véritablement vos amis, et vous les forcerez à rompre avec vous. » Que ne le fît-il ? Toutefois, ne trouve-t-on pas dans cette apostrophe le germe du f^ieux Cordelier.
Comment parler de la part que prit Camille Des moulins au plus déplorable attentat? Bornonsnous à reproduire ici le récit qu'il seyait fait du repas donné par les Gardes-du-corps au régiment de Flandre. ..•• «Le vin échauffe , la musique attendrit, la Reine parait (alors c'était encore la Heine) ; dans ses brasestleDaupbii^^ce rejeton de de tant de rois ; cet enfant , dout la destinée dans l'avenir est couverte d'un voile impénétrable, est montré aux soldats , comme on montre le saint*
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sacrement au peuple. A côté, et devant leurs yeai est Louis XVI , le plus honnête homme de son royaume, un Roi. à qui sa cour ne peut reprocher que la faiblesse qui vient de la bonté, de la vertu, de la philosophie , et le peuple, que la faiblesse qui vient du rang , de l'éducation , de la naissance; un monarque qui avait ouvert les états-généraux avec tant de sécurité , et même de joie ; qui s'était livré avec tant de confiance. Toutes ces images frappent les convives. Les idées mal déracinées d'honneur, de roi , de sermenl , de majesté, se confondent et reprennent leur empire. Il aurait fallu être un Brutus, un Le Cointre , un Robespierre , pour détourner les yeux de dessus cette longue suite de monarques, et ne regarder devant soi que les images de là patrie , de la liberté , de l'égalité. .. » Et cet honnête homme que Camille peignait si bien, ce Roi si bon , si vertueux !.... comment, lorsqu'il fallut prononcer sur son sort, le vote du député donna-t-il un démenti si formel aux sentimens du journaliste? Affranchissons du moins sa mémoire d'une accusation dénuée de vraisemblance , celle d'avoir trempé dans le complot des assassinats dus septembre. La Biographie universelle a puisé cette accusation dans la Biographie moderne, et celleci n'indique point d'autre source qu'une compilation intitulée : Histoire générale des crimes de la réçoliUion , compilation oii les erreurs fourmillent , ajoutent ceux mêmes qui la citent.
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Le n''. 19 des Réwlutions de France et de Brabant explique assez bien le sujet d'une animosité qui aurait poursuivi leur auteur au delà du tombeau : il s agissait d'une querelle d'abonnés enti^e journalistes, et, selon sa coutume, Camille s'était saisi de l'arme du ridicule. Toujours en dehors, franc jusqu'à la plus étrange indiscrétion , n'épargnant personne et s'épargant moins que tout autre , il ne cherchait pas de confident ; il parlait tout haut et se vantait du mal comme du bien. Ceux qui l'ont connu et qui vivent encore, savent combien l'effusion du sang le révoltait. Ses plaisanteries étaient cruelles, elles furent bien funestes; mais 'son cœur valait mieux que ses écrits. L'auteur du Tableau de Paris, qui recueillait beaucoup et croyait devoir tout répéter, parle de Camille Desmoulins sans le ménager , mais sans l'accuser. Un grave historien, M. Lacretelle, lui rend justice. De quel droit l'homme qui aurait eu les mains encore teintes du sang des malheureux prisonniers aurait-il pu dire : « Voulez- vous que je reconnaisse la liberté, que je tombe à ses pieds, ^queje ▼erse tout mon sang pour elle; ouvrez les prisons k ces deux cent mille citoyens que vous appelez suspects. » Aurait-il imprimé , lorsque parut la philippique de Fhilippeaux sur les massacres de la Vendée. «Depuis que j'ai lu cet écrit véritablement sauveur , je dis à tous les patriotes que j<; rencontre : j^vez- vous lu Philippeaux? » Robespierre ne se fût pas contenté (séance des Jacobins)
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de lui reprocher une débauche d esprit, j^veznuom Iule Vieux Cordelier? était la question de chacun. Deux camarades de collège de Desmoulins (l'un desquels lui devait un asile contre les poursuites révolutionnaires) vinrent, tout effrayés, le conjurer de ne pas se compi^oniettre hors de saison et sans fruit. Mais son parti était pris irrévocablement; il développa ses moyens, nomma ses prétendus appuis, et s'échauffa nt par degrés : (cS'il le faut, je soufflerai sur Robespierre; son orgueil intraitable m'est connu depuis long-temps; je renverserai son échafaudage de gloire et de postérité, » Madame Desmoulins, qui avait invité les condisciples de son mari à prendre un déjeûne modeste, se montra plus décidée encore. (rLaissei>le remplir sa mission, disait-elle, avec toute l'impétuosité d'une colère naïve ; il doit sauver son pays ; ceux qui s'y opposent n'auront point de mon chocolat. » •
Une lettre de Robespierre à Camille et la réponae. de ce dernier (i), feront mieux apprécier que tout ce que nous pourrions dire , Iç caractère de ces deux tribuns du peuple. Il est bon seulement de remarquer la date de ces pièces et de se rappeler les bruits qui circulaient alors de tentatives attribuées à la cour pour s'attacher M. de Robesjnërre.
Harmand de la Meuse est entré à ce sujet dans quelques détails. Quoi qu'il en soit, il est manifeste
(i) Voir les Pièces justificatives.
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que Tun se montre dans cette correspondance aussi ardent zélateur de légalité^ que l'autre parait fier et avide de domination* Nous pourrions citer ici des articles du Défenseur de la Constitution y]ovLrn^\ où Robespierre proteste de son éloignement pour la république , et déclare qu'il n'entend i^oïnï pactiser avec les partis qui conspiraient contre la monarchie; mais revenons à Camille*
Doué d'une imagination ardente il idolâtrait les arts^ la musique, les femmes d'esprit surtout. Il avait beaucoup vécu dans la société d'une femme auteur dont les travaux littéraires, sans compter des mémoires, s'élèvent aujourd'hui à plus de quatre-vingts volumes. Nous trouvons dans un numéro des Béi^olutions y une lettre de cette personne célèbre : ce n'est qu^un fragment , un simple fragment de lettre , mais de sa plume un fragment même a son prix ; nous l'avons recueilli : le récit qui nous entraine a besoin de diversion. Il s'agissait d'un portrait de cette dame, fort mal gravé , et placé à la tête de l'une de ses productions politiques : « Je trouve souverainement ridicule, dit-elle, d'offrir son portrait au public, à moins d'avoir la grande renommée de M. de Buffon , oula brillante réputation de M. de Voltaire , et des droits si rares n'excuseraient pas même l'orgueil révoltant de présenter soi-même son portrait. Je me suis moquée dans tous mes ouvrages de cette manie des auteurs, de se faire graver par la main de Nanteuil, et je suis très-empressé de me justifier d'un tel ridicule. »
l6 APERÇUS HISTORIQUES ET LITTÉRAIRES
Camille, qui faisait des portraits d'un autre genre et trop souvent des caricatures, savait quelquefois aussi saisir la ressemblance avec autant de bonheur que de fidélité. « Ceux-ci , dit-il , dans un de ses numéros, qui me reprochent une fluctuation d opinions, sans considérer que ce n'est point récrir vain qui change, mais les personnages, vont se récrier bien davantage. Ma conscience.m'oblige de défendre J.-F. Maùry. On est forcé d'admirer la logique, le nerf et la précison de son discours. . . . On voit que la nature lui avait fait la tête, comme la poitrine et l'organe, pour le Foncm et les discussions publiques; et l'on s'étonne qu'il n'ait pas <:ompris que les circonstances l'appelaient au rôle de tribun du peuple , plutôt qu'à celui de prédicateur ordinaire du Roi. »
Le républicain Camille parle des anciennes républiques de la Grèce, avec une verve satirique qui ne le cède en rien à celle d'Aristophane. Raison et folie, tel serait le titre qui conviendrait à ses nombreux écrits, mais la folie, et quelle déplorable folie ! y domine beaucoup trop. L'injure et. le sarcasme y sont prodigués.
Desmoulins ne se piquait pourtant pas d'être brave hors de propos, et de fournir ses railleries à coups d'épée. Un démêlé qu'il eut avec Naudet et Désessarts, de la Comédie-Française, lui fournit l'occasion d'exposer publiquement avec éloquence sa profession de foi à ce sujet:. ...
« Oa peut braver la mort pour la liberté, pour
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la patrie^ et je me sens la force de passer le coû hors de la litière, et, comme Forateur romain, dé tendre la gorge au glaive d'Ântoitie. Je me sens la force de mourir sur un échafaud ayec un sentiment méië de plaisir. Voilà l'espèce de courage que j'ai reçu, non pas de la nature, qui frissonne toujours à cet aspect, mais de la philosophie* Être assassiné par le spadassin qui me provoque, c'est mourir piqué de la tarentule. Il me faudrait passer ma yie au bois de Boulogne, si j'étais obligé* dé rendre raison à tous ceux à qui ma franchise déplaît. Qu'on m'accuse de lâcheté, si l'on veut... Je crains bien que le temps ne soit pas loin ( ce morceau est de 1790) où les occasions de périr plu^ glorieusement et plus utilement ne nous manqueront pas. Alors l'amour de la patrie me fera retrouver dans mon sein ce courage qui me fit monter sur une table an Palais-Royal > et prendre le premier la cocarde nationale. »
La loi de Merlin de Douiii , sur les Suspects , prenait chaque jour une activité nouvelle : les trente prisons de Pak*is s'encombraient , des rues entières étaient dépeuplées ; Bailly , Barnave , Duport-du-Tertre , Rabaut-Saint- Etienne, Girey- Dupré , et tant, d'autres avaient succombé. A ce spectacle, un des plus ardehs conjurés du lo août , mais dont les mains ne furent point souillées du sang de septembre , Camille Desmoulins , doué d'une imagination ardente et d'un cœur sensible, efiaya d'arrêter le torrent qu il voyait prêt à fon*-
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dr^ sur tpus les i^ndateurs de la rëtolotion : il .peignit avec de» traits de feu la tyrannie des Tibère et desFhalaris de sojq siècle. Celte catilinaire indigna les comités de.gôi|^ye;rneiaent. Barère parut à 1^ tribune et combattit indirectement Desmonlins. c( pans le cours de notre révolution , dit-il ^ oîi sont les suspects ^ la république , à la liberté ? Ils sont partout. Phobie , suspec^ ; prêtre, homme de cour ^ homme de loi; suspecis ; banquier^ étran- &^f a^oteur connu , citoyen déguisé d'état et de forme extérieure y .suspects ; homme plaintif de tout qe qui se fait en réyolution , suspect ; hoiump affligé de nos succès^ $iusi)ect. Qh ! la belle loi , qui eût déclaré suspects ceux qui j, à la nouvelle de la prise de ']['oulon , n'ont pas senti leur cœur battre pour la patrie y et n'ont pas eti une joie prononcée I Que p'a-t-on pu pénétrer ce joui'^là dans ces salons dorés , dans cç que la vanité appelle des hôtels , dans lesi clubs aristocratiques > dans les cafés anti-civiques, dans lés groupés salariés f dans les confidences des complices du despotisme ! C'est là que les comités de surveiU lance eussent frappé sans erreur , incarcéré, sans remords. »
Honni;^ conspué par l'écrivain ingénieux qu'il s'é^ tait permis de réprimander , le rapporteur du comité de salut public inédita dès lors la conspira *tion de la faction des indulgens, et bientôt Aobespierre eut a se décider entpre ces deux hommes. Mais le &anc Camille n'était que l'ami importun du
tjfrc^iié Batère ^fait soii complaisant et soh' flat-
,tfcUT(l). • • . .
Philippeaux et Camille sont dénoncés aisir Ja^ .cabins. Robespierre a!nnônce q^ùe^s'^il a précédetiimefil:pris!. la; défense de Camtlle , TamHié l'ég»rait. K G^iaîUe ^ ohserve^t-il , aVaft promis d'abjurer \es hérésies politiques, les propositions ertonées / mal sonnantes qui couvrent toutes ïe& p^gps dtt ^ieux CordeUer / cniM |!)ar % éudjcèsf. prodigieux de ses numéros., par les élôgos |>ekrfides ^ué lès. aristocrates lui . prodiguent y Gainille n'a pas abandonné le seiitièr que^lei^re^r •X%\ a tracé. Ses écrits sont dangei^éUX;; ils âlijuientent Tespoir de noa ennemis-,- et favorisent ]^ mali^uit^ publique. Je demande que ses numç'ros sibient btûlés au seiii- de la société, w -^--^
tt
(f) Ç^qulle s'était fj^ty auprès dé J^obespierre , un autrb . fUDiçjg^i DO^ mpias yiodic^tif e< plus puissant encore. ûaii(s uoe. lettre au gç.néral Yilâon <}u'il avait fait, imprimer 'et ç^ier p^r l|es rues, on lisait : «Daasila déoiarcbe et le mata*tien 4? .âaiatr^Jus.t , on voit qu'il regarde sa tête conmie k piçrm;^iig!ulaire de la république» et qu'iUa porte surfis épaules avec respect comme un saint-sacrement; mais y œ .q)4 ^^% afiSS^T^m^^t ppur |a vj^nilé de^ celui-ci , c'est qu'il .avait pu)>lié, il y a .)|ifek)u$s anaée^ ,: un {Moêpse épique en vingts ^uati*^ chants i^i^iitul^ ^r^^ia{*.OrvBivafoI et Champcenets, au ixiiçrqscop^.de.qilî il «^'jr/.ar pas.uu seul vers , pas un hémiëtic]^ç^en;fr£|ûQ<| qui ^it échappé » etqui n'aient fait coucher son autti^r %\JLt IfÂlmanach des grands homines', avaient eu beau aller à la découverte , eux qui avaient trouvé sous lesher{i«fs
J2# APERÇUS WSTOBiQUBtf ET 1ITTÉRAIRE5
H Brûler n'est pas réjxindre , » sVcrie Camille*, tp^an se sent blesse. « Comment! rëplique-t^l, oser encore vouloir justifier des ouvrages qui sont les délices <le Faristocratie ! Apprends , Camille^ 4]ue si tu n'étais pas Camille , on ne pourrait avoir autaot d'indulgence pour toi. Tu as de mauvaises intentions. Ta citation : brûler n'est pas réponjdre ! doit-elle trouver ici son application ? » Camitle. «r Tu me condamnes ici; mais^ n'ai-je pas été chez toi? ne t'ai-je pas lu mes numéros , .^en te conjurant 9 au nom de l'amitié ^ile vouloir bien m'aider de tes conseils ? (Robespienre avait .corrigé plusieurs feuilles de sa inain ). ir Tu
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jusqu'au plus petit ciron en littérature, n^avaient point vu le .poëipe ëpique en vkigi-quatre chants de Saint-Just^ Apres une telle mésaventure , comment peut-on se montrer 7 »
» Je lui ferai porter sa tête éCune autre manière , » avait dit 'Saiat-^Just lors de la publication de ce pamphlet ;]et il lui tint 'parole ^ puisqu'il fut l'auteur du rapport qui euToya Camille SetBioulins à l'échafaud. Un de nos historiens <:hai^ le mot de Saint-Just , auquel il prête cette réponse : « Je lui ferai porter sa tête comme un saint Denis. » C'est attribuer à Sàint- Jusi un genre d'esprit qu'il n'avait pas, et ifsxe Caniille n'avait que trop.
. Sainte ust avait un visage à grands traits, d'une espresaion mélancoliqae ; un oeil pénétrant et fixe^ des cheveux noirs , plats et longs : oh l'appelait V Apocalyptique» Il était facile. de jeter du ridicule sur un pareil homme et Jllaisant d'exhumer sou poëme épique ;c maig Camille ,' poète si susceptible lui-même, devait savoir qu'il n'y avait plus de pardon à
espérer^
JUlt CAMILLE DEAWOVSLIT^S. 9f
ne m'as pas montré tous les nuniëros; je n'en ai TU qu'un ou deux^ réplique Robespierre ;: comm€( je n'épouse aucune querelle, je n'ai pas voulu entendre les autres : on aurait dit que je l(!s avais dictés. ••». Au surplus, que les jacobins ehassent eu non Camille^ peu m'importe ;^ ce n'est qu'un in<^ dividu; mais , ee qui m'importe , c'est que la li*berté triomphe, et que la vérité soit reconnue... » C'en était fait du malheureux Camille; il n'avait plus affaire au Robespierre qui avait pris sa dëfensd lorsque , de l'une des tribunes publiques dé l'Âs^ semblée nationale , il insulta cette Assemblée en interrompant , par une exclamation séditieuse , le rapport où. M. Malouet demandait qu'il fût défëre aux tribunaux.
Déjà Fabre d'Êglanline est ai*rété(i).. Danton, qui ne peut se dissimuler que le coup ne soit dirigé i^ntre lui, se réveille enfin de sa sôm. bre létfawgie ;; il demande que le prévenu soit entendu à la barre de l'Aissemblée. Vadier répond que Fabre est le premier pensionnaire de Pitt,; et que, pour de pareils conspirateurs , la barre c'est l'échafaud..
(r) «t)n raconte , comme une preuve de la bonhomie de Fabre , que celui-ci, se trouvant chez Desmoulîns au moment où il liiaît récrit dans lequel il demande un comité de clémence pour raristocrajLie, et compare la Conventionè la cour de Ti- ,bëre y. Fabre se mit à pleurer s le crocodile pleura nuélii. »
( Exinut de Faêie d'^tecusation . par SaitU-âuâUX
Jji APERÇUS HISTORIQUES ET LITTÉRAIRES
Cependant , le Vieux Cordelier prenait chaque jour une fayèur Nouvelle ; les comités étaient ftësaillis de demandes de mise en liberté: des femmes , des mères de détenus se présentaient tôt foule à l'Assemblée^ pour réclamef la liberté de leurs maris ^ de leurs enfans. Saint-Just monta' àla' tribune 9 armé d'un volumineux rapport contre la facition deà indulgens. En Toici Ufï échantillon : « Il y a dans l'Europe quatre mil-' lions de prisonniers dont vous n^éntendez pas \é^ ods',:tiandis qùb votre modération parricide hii^âd tjrîom^her tous les ennemis de votre gouv'eftt'é-* oient.*.. Par quelle illusion persuaderait-on qUe voùis êtes ihhiimains ? Votre tribunà! i^évôlutioiï* naire a fait périr trois cents scélérats depuis an aji; qtiel est le tribunafl d'Angleterre qui nen ait &it autant ?... La mbf&archie , jalouse de sou autorité ^ nageait dans^ le sang de trente génë^ rations. Et vous balabceriei^ à vous montrer sévères éontre une poignée de coupables : la pitié que l'on fait paraître pour les détètiUs e^ un signe éclatant de trahison dans ttne répùfcliqhe qui ne peut être assise que sur X insensibilité. »
Hébert et Vincent sont arrêtés : on leur adjoint quatorze complices qui sont bientôt coniiam nés comme ayant ourdi le conaplot d ouvrir les prisons, afin de livrer lé peuple et la. représentation nationale à la fureur des scélérats détenus , L un des condaiiinés étkit Cë Moinoro qui, dans un <îéjeùiler , paria qu'il forcerait teè Français
> émi CAHiLiië DÈisMouuNs. âZ
à faille peindre sur ia porte de leurs kniaisous.: Unité, etc.", Fràtehùtë j ou la Mort. Et l*an sait qu'il gagna son pàri.
Là mort d'H^bërt fût iin jour d'allégresse V ménie pour lès honnêtes gens. Les comités mirent & profit cet engouement e'phé'rhère ; et, dans" la huit du i6 au i r gerihinal, Danton , Lacroix , f hilippeaûx et Camille Desiiioulins furent arrêtés. Legéndre éèuli' dans FAssemble'e , osa élever la Toix en favéiif' Aè Danton^ Robespierre parait. Son geste sembtè àighàiler au' Bourreau Tes audacieux qui se perinettraient dés^opposer à la volonté des comités. Il né discute plus; il donne des ordres. Sylla ne parlait pas plus insolemnieût. cr A ce troublé , depuis lon^-teiiips incônïiu , qui régné dans cette Assemblée, aux iâgitations qu'oM produites les premières paroles de celui qui a parlé avant le dernier o^iiiànt , il est aisé dé s'apercevoir en effet qu'il s'agit d'un grand intérêt , qu'il s'agit de savoir si quelques hommes aujourd'hui doivent l'emporter sur la patrie. Quel est donc ce changement qui paraît se manifestirt' dans les principes des membres dé cette Assemblée ; de ceux , surtout , qui siégient dans un côté qui s'honore d'avoir été l'a'sile des plus intrépides défenseurs de la liberté ? » Après ce tei^rible exorde, il parle une heure entière des vices de Dantoii , dé ses propres vertus*, dû patriotisme et dû dévouement dé rAssembléc; et, se tournant vers I ^gendre : « Que fè rcste-tMlà dire ? Il est
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bon que nous connaissions ceux qui ont un inté-^ rêt cpmraun avec les conspirateurs que nous avons fail arrêter. » Legendre ne trouva rien à dire: Danton <:essa d'avoir un parti : L'acte d'accusation était prépare dès long-temps. Quoiqu'assez long pour remplir onze colonnes du Moniteur, il ne présentait aucun fait. C'était une pièce de théâtre , tout en apostrophes , oii Ion ne s'inquiétait nullement de la vérité et fort peu de la vraisemblance. Le procès de Camille et de ses collègues fut conduit^ par le tribunal révolutionnaire^ avec les formes qu'eux-mêmes avaient imaginées contre les Girondins. On leur refuse de faire entendre des témoins à décharge ; ils crient à la tyrannie ; ils en appellent au peuple que la \oix de Danton semble électriser un instant.
Qermann et Fouquier en réfèrent aux comités.
Ceux-ci ont bientôt pris leur parti ; ils annoncent à l'Assemblée que la révolte des coupables fait suspendre les débats. « Vous avez échappé , dit Saint-Just, au danger le plus grand qui ait encore menacé la liberté ; la révolte des criminels , aux pieds de la justice même. Les malheureux ! ils avouent leurs crimes en résistant aux lois; quils soient mis hors des débats. » Ce furent Vouland çt Vadier qui se chargèrent de porter le décret au tribunal. On en fait lecture aux accusés; ils résistent : on leur répond en les condamnant à moi:t. Ici se terminent les emprunts que nous avons faits à G. V. Vasselin,
SUR GAMILLB DESMOUUnS. i5
ËQ^mourant^ Danton et Lacroix montrèrent une funeste indifierence ; Philîppeaux, de la fermeté ; Camille^ de la faiblesse. Interrogé sur son âge au tribunal , il avait fait cette réponse apprêtée: J'ai trente-trois ans ( il en avait trente-quatre ) j l'âge du sans-culotte Jésus, âge funeste aux révolutionnaires (i).
On verra X|ue Camille prévoyait et semblait braver sa mort. M.Duf .., son ancien maître de conférences, le rencontra rue Saint-Honoré, quelques jours avant son arrestation : « Que portez** vous là, Camille?» — «Des numéros de mon Vieux Cordelier; en voulez-vous ?» — « Non , non , ça
(i) lious ne reproduisons cette réponse qu^aprës tous les dictionnaires historiques. On lit, dans le Nouveau Paris ^ par Mercier : « Qui l'eût dit que lïotre Seigneur Jésus-Christ s'appellerait le sans-culotte Jésus ^ qu'il n'aurait pas d'autre surnom dans les journaux , dans les assemblées , dans les tribunaux; que ce serait là, non un sarcasme, mais un titre d'honneur qu'on prétendrait lui accorder? » I^ous avons donc laissé subsister cette insolente dénomination qu'on retrouvera dans le Vieux Cordelier* Un mot peint toute une époque ; mais , dans un des numéros de ce Vieux Cordelier que nous publions, et qui, nous l'espérons, présentera plus d'un genre d'intérêt au lecteur, nous n'avons pas cru devoir laisser subsister une demi-page trop grossièrement ofiTensante pour la religion et pour ses ministres. Si une curiosité insatiable pouvait exciter des regrets à cet égard, nous ne connaissons , pour le lecteur, d'autre moyen de réparer une sembla* ble perte , que de recourir, malgré sa rareté, à l'édition originale.
a& APERÇUS HISTORIQUE* BT LITTÉBAIRJ» , CtC.
personne n'en a fait des applications plus originales , et quelqnefpis plus heureuses; ce qui serait pédanterie chez un autre , est le plus souvent grâce chez lui. Il a qaelque chose de la manière de Beaumarchais; mais celui-ci calcule ses moyens et les effets qu'il peut produire. Desmoulins se laissant entraîner, il arrive que le goût lui man^ que; et^ chez les écrivains révolutionnaires le manque dégoût devient du cynisme. I«»e sentiment des convenances lui est si étranger , que c'est dans un discours de la Lanterne aux Parisiens qu'il rend hommage à 1 auteur des Études de la Nature ; H Je voudrais, dit ia Lanterne ^ voir la Commune de Paris représentée par des citoyens tels que Bernardin-de-Saint-Pierre. Comment se peut- il que les honneurs n'aillent pas chercher au fond de sa retraite cet homme de lettres si modeste • ce sage qui fait tant aimer la nature ? ô Vertu I resteras-tu toujours sans honneurs? » Si le peintre* de TArcadie a eu connaissance , dans le temps, de cette invitation de la Lanterne ^ nous doutons qu'il lait trouvée assez séduisante pour abandonner sa retraite. Mais celui qu'une imagination fougueuse précipita dans le tourbillon évolutionnaire et qui pourtant , de son propre aveu y ne put jamais lire Paul et Virginie sans verser des larmes ; ce Camille Desmoulins , on croit pouvoir le dire, n'était pas un méchant.
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