VIVRE LIBBE, OU MOURIR
Qiuntidi friiiuiire, ^*« d<^rade^ran II de la république
une ft indivisible.
Dès qae ceux qui gouToment seront Lais , leurs conturrens tw tarder ont fias à être admires.
(Machiatel.)
O PiTT (i) ! je rends hommage i ton génie ! Quels nou- ▼eiiHX débarqués de France en Angleterre t'ont dopné de si bons conseils y ei des moyens si surs de perdre ma patrie? Tu as vu que tu échouerais éternellement contre
(i) Pitt I ^b Joi/e principium, C'e'tait le langage oblige du tempi. La Convention avait ddclarë Pitt Pennerai du genre humain.
dmille sVzprime uti peu plus judicieusement quand il dit, n*. 7 : * « Je me suis convaincu que les animosites , Tamour-propre et Pintempérance de langue avaient plus nui à la république que le mulet
charge dW de Philippe. »
( JYote àes éditeurs. )
:^0 LE YiEUX CORDELIER.
elle 9 si tu ne l\ittachois à pccdre, dans Topinion publi* que, ceux qui , depuis ciuq ans , ont déjoué tous tes projets. Tu as contrit que ce soot ceux qui t^on^ toujours vaincu qu'il fallait vaincre^ qu*il fallait faire accuser de corruption précisément ceux que tu n'avais pu corrompre , et d'attiédisiiement ceux que tu n'avais pu attiédir. Avec quels snccèSf 46puis |a mort delVIarat, lu as poussé les travaux du siège de leur réputation, contre ses amis , ses preux compagnons d'armes , et le navire Argp des vieux Cordcliers !
C'est hier surtout, à la séance des Jacobins, que j'ai vu tes progrès avec effroi , et que j'ai senti toute ta force , même au mi)ie.u de nous. J'ai vu , dans cp berceau de la liberté, un Hercule près d'être étouffé par tes serpeus tricolores. Enfin , les bons citoyens , les vétérans de la révolution, ceux qui enont fait les cinq campagnes , depuis 1781) , c^s vieux amis de la liberté , qui , depuis le 12 juillet, ont marché entre les poignards et les poisons des aristocrates et des tyrans, les fondateurs de la république , en un mot , ont vaincu. Mais que cette victoire même leur laisse de douleur , en pensant qu'elle a pu être disputée si long-temps dans les Jacobins! La victoire Q0U8 est resiée , parce qu'au milieu de tant dé ruiner de •réputations colossales de civisme , celle de Robespierre ^est df^bout \ parce qu'il a donné la maiti à son émule de patriotisme, no.(re président perpétuel des anciens Gor^ deliers , notre Horatius Coclès qui , seul, avait soutenu sur le pont tout l'effort de Lafayette et de ses quatre mille Parisiens assiégeant Marat, et qui semblait raaînteuant terrassé par le parti de l'étranger. Déjà fort du terrain gagné pendant la maladie et l'absence de Danton, ce parti, dominateur insolent dans la société, au milieu
LB YIEUK OORDEUEB» 3'i
d^ çndroUs- les pl^us toucbana , J^s plus eoiiyaiacans 4e sa justi6catipn , 4au| les tribunes y louait , et dans 1^ ^m
dé rassemblée y secouait la tète, e^ souriaU de pitié.
Il •• ■ " ■ •
comnie au discours d'un homme çou^atnt^é par tous les suffrages. Nous. ayons. vaincu cependant, parce qu'après le discours foudroyant de Robespierre dont il semble que le talent gi:andis$e avec les dangers de la république ,. etTimpressiop profonde qu'il ayaxt laissée dans les âmes , il était impossible d*oscr élever la voix contre Danton, sans donner, pour ainsi dire, une quittance publique dês.guinées de Pitt. Kpbes pierre:, les oisifs que la curiosité avait iimcnés hier à la $és^çe des Jficobjiiis , et qui ne cherchaient qu'un orateur et un spectacle , en sont sortis ne regre^tan^ plus ces graads acteurs de la tribune , Barnave et Mirabeau , dont tu fais aublier jsou* vont le talent de la parole. Mais Ija seule Ipufinge digne de tou cœur , est celle que t ont d^m^ée tous les vjeux Cordeliers, ces glorieux coufesseui^ de la liberté , décrér tés par le Chàtelet et par le tribunal du sixième ar-» rondissçment , et fusillés au Ghamp-de-lV|ars. Dans tous les autres dangers dont tu as délivré la i^épubliqùe, tu avais des compaî^nons de gloire: hier, tu Tas sauvée seùL
Le Docher, dans 8pn art, s^însirtiit pendant Forage.
Je me suis instruit hier; j'ai vu le nombre de nos ennemis; leur multitude m'arrache de Thôtcl desinvalides, et. me ramène au combat. Il faut écrire; il faul quitter le clayon' lent de Thiatoire de la révolution, que je traçais au coin du feu , pour reprendre la plume rapide et haletante' dû journaliste , et suivre, à bride abattue le torrent révolutionnaire. Député consultant que personne ne consultait plus depuis le 3 juin, je sors de mon cabinet it de ma éhaise i bras , où )'ai eu tout le loisir de
Sa U TIEinC CORDBLIER.
suivre ) par le menu , le nouveau système de nos enne» mis dont Robespierre ne vous a présenté que les masses, et que ses occupations au comité de salut public ne lui ont pas permis d*embrasser , comme moi , dans son entier. Je sens de nouveau ce que je disois, il y a un an , combien j'ai eu tort de quitter la plume périodique , et de laisser le temps à Tintrigue de frelater Topinion des départemens , et de corrompre cette mer immense par une foule de journaux , comme par autant de fleuves qui y portoient sans cesse des eaux empoisonnées. Nous u*avops plus de journal qui dise la vérité , du moins toutcr * la vérité. Je rentre dans l'arène avec toute la franchise et le courage qu'on me connaît.
Nous nous moquions , il y a un an , avec grande raison , de la prétendue liberté des Anglais y qui n ont pas la liberté indéSnie de la presse; et cependant quel homme de bonne foi osera comparer aujourd'hui la France k l'Angleterre , pour la liberté de la presse ! Voyez avec quelle hardiesse le Morning Chronicle attaque Pitt et les opérations de la guerre? Quelestle journaliste, en Fran^ ce, qui osât relever les bévues de nos comités, et des généraux, et des jacobins, et des ministres , et de la commune, comme l'opposition relève celle du ministère britannique? Et moi Français, moi Camille Desmoulins , fe ne serai pas aussi libre qu'un journaliste anglais! je m'indigne à cette idée. Qu'on ne dise pas que nous sommes en révolution, et qu'il faut suspendre la liberté de la presse pendant la révolution. Est-ce que FAngleterre , est-ce que toute l'Europe n'est pas aussi en état de révolution. Les principes de la liberté .de la presse sont-ils moins sacrés à Paris qu'à Londres où Pitt doit avoir une si grande peur de la lumièrel Je l'ai dit^ il. y a cin(|
ans, ce sont les fripons qni craignent les rërerbères. Est^ ce que, lorsque , d'une part , la servitude et la vénalité tiendront la plume , et de Tautre , la liberté etia vertu , il peut y avoir le moindre danger que le peuple , juge dans ce combat, puisse passer du côté de l'eselavage? Quelle injure ce serait faire àl;) raison humaine, que de Tappréhender! Est-ce que la raison peut craindre le duel delà sottise? Je le répète, il n'y a que les contre-révolutionnaires, il n'y a que les traîtres^ il n'y. à que Pîtt , quî puissent avoir intérêt à défendre , en France , la liberté même indéfinie de la presse^ et la liberté , la vérité , ne peuvent jamais craindre l'écriloire de la servitude et du mensonge.
Je sais que , dans le maniement des grandes affaires, il est permis de s'écarter des règles austères de la morale; cela est triste, mais inévitable. Les besoins de TEtat et la perversité du cœur humain rendent une telle conduite nécessaire, et ont fait de sa nécessité la première maxime de la politique. Si un homme en place s'avisait de dii^ tout ce qu'il pense , tout ce qu'il sait , il exposerait son pays à une perte certaine. Quje les bons citoyens ne craignent donc point les écarts et l'intempérance de ma plume. J'ai la main pleine de vérités, et je me garderai bien de l'ouvrir en entier *, mais j'en laisserai échapper assez pour sauver la France et la République , une et in* divisible.
Mes collègues ont tous été si occupés et emportés par le tourbillon des affaires , les uns dans des comités , les antres dans des missions , que le temps leur a manqué pour lire , je dirai presque pour méditer. Moi qui n'aî ét€ d'aucune mission , [d'aucun comité où l'on eût quelque choA îi faire; qui , au milieu de cette surcharge de
34 ^TK VIEUX CORDELIER.
travaux de tous mes collègues montagnards , pour Taf^ fermissement de la République 9 ai compose , presque à moi seul (qu'ils me passent Texpression), leur comité de lecteurs et de penseurs, me sera-t-il permis, au bout d'un an , de leur présenter le rapport de ce comité , de leur offrir les leçons de l'histoire , le seul maître, quoi qu'on en dise, de l'art de gouverner , et de leur donner les conseils que leur donneraient Tacite et Machiavel y les plus grands politiques qui aient jamais existé.