‹ Le vieux cordelier (volume 2)Chapitre 15 sur 58 · DE LA RÉVOLUTION •PU Q AU 10 THEBMIDOR · texte numérisé non relu

DE LA RÉVOLUTION •PU Q AU 10 THEBMIDOR

force armée, .sur les n^uf heures du soir, 9 thermidor \ le silence gardé à mon égard , démontrent que les çonju- .rés ne me croyaient point disposé à les favoriser. Je suppose qiie je fusse sorti, qui peut dire que je me serais réuni à la conspiration?.... Le tribunal révolutionnaire .en a acquitté quarante qui s^y étaient réunis, c'est une « jpreuTe infaillible qu'il sait distinguer Terreur du crime. Oui , à mesure que je descends dans ma conscience et que je l'examine^ je sens mon ccèur soulagé, en me convainquant de plus eu plus de mon innocence. Je le sens avec toute la force d'une âme neuve qui a bien mérité , qui a eu le courage de faire son devoir ; je suis digne de la liberté et de la jouissance des dispositions douces , humaines , justes et républicaines avec lesquelles ]a Convention va enfin assurer le bonheur des Français. La déception d'un citoyen opprimé est une calamité publique. Au printemps de mon âge , instruit par le malheur â me défier des hommes , je peux être utile. Je demande à l'être.

J^ai puisé dans mon éduodtion et ma vie entière des principes de probité , de morale et d'honnêteté. Jaloux de fixer sur mon compte l'opinion publique, je vais prouver succinctement, par quelques détails , que je ne suis point de ces aventuiiers inconnus que le hasard seul favorise dans des temps orageux. Avant la révolution je. finissais mes études à la ci-devant Université de Bourges. J'ai passé une partie de l'année 17^9 à Blodeix , chez un de mes oncles paternels chargé , par tutelle , de l'éducation de six orphelins. J'étais l'aîné de ses pupilles. Un de mes frères est mort aux frontières en combattant les ennemis de la République. Le plus jeune , le seul qui me reste, sert encore son pays , par les armes , dans un grade

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très-inférieur ; du moins j'aime & le croire , quoique*depuis quatre mois je n'aie reçu de ses nouvelles. Notre père a quitté la vie à la fleur de son âge , nous laissant une fo^ tune médiocre. Il était habile dans Fart de guérir. Une letti^e honnête , du principal du collège de Guéret, m'in- ^ vite avec instance à accepter la place d'une des écoles in££rieures. Je cède à ses désirs. En 1791 , époque où le serment des prêtres fit déserter les instituteurs des maisons d'éducation , les administrateurs du département de la Haute-Vienne me nommèrent professeur de seconde ait collège de Limoges. Je fus installé au milieu des baïonnettes. En 1792 9 je suis appelé à ^Saint-Gauthier , département de l'Indre , pour y professer la rhétorique ^ enfin, passionné pour la révolution , et enclin pour les connaissances de la médecine , je suis venu à Paris prendre les leçons des plus habiles maîtres ; je me suis trouvé lié, par mes idées , par ma vie pure et sans tache , avec les hommes dont la Révolution a fait plus ou moins la célé- . brité. On ne verra dans tout ce que j'ai écrit autre chose qu'un amour brûlant de la patrie , et un attachement sans bornes aux principes philanthropiques (i) ; je suis muni des meilleures attestations : j'ai emporté partout les regrets et l'estime des gens de bien.

O législateurs , permettez à ma faible voix de s'élever jusqu'à vous! Le malheur exerce l'âme , et c'est au fond

(i) Que Ton consulte plusieurs manuscrits renfermes dans mon secrc'taire ; mon adresse au nom des sans-culottes méridionaux ; an pe* tit ouvrage intitulé , De nos maux et des remèdes qu'il faut y apporter^ imprimé en frimaire j l'an a, un plan d'éducation républicaine dont la Convention nationale a agréé l'hommage, le 10 décembre 179a, par l'organe de Jean Bon Saint-André^ alors secrétaire: mention honorable en a été décrétée.

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des cachots que , revenue à la réalité des choses imparfaites du monde , elle découvre le vide et Terreur de ces espérances abstraites 'd^une perfection chimérique , étrangère aux passions des hommes. Un peuple de vingtcinq millions d'âmes vous a confié ses grandes destinées. Le sort de l'Europe est aussi] dans vos mains par Tinfluence du Peuple français sur tous ses voisins. La postérité vous Jugera. Elle est sévère ; votre gloire ne doit pas TOUS être indifférente. Que de puissans motifs pour vous exciter à répondre dignement à cette confiance honorable et telle qu'il n'en est point de plus auguste ! Ah! ce n'est pas assez d'avoir détruit tous les préjugés de l'orgueil , de la domination et de la superstition : ce n'est pas assez d'avoir humilié les rois de la terre en faisant tomber la tète de Tun d'eux sous la justice des peuples opprimés (i) ; ce n'est pas assez d'avoir fait entrevoir à la Nation française l'aurore de la liberté, de lui avoir promis VégaUté^ de Yinyiier k\sL fraternité. Non , ce n'est pas assez d'avoir triomphé de ces nouveaux tyrans qui , sous le voile im^ posteur de l'amour de l'humanité , de la régénération sociale et du bonheur public, ne savaient que dépouiller, emprisonner, égorger, et croyaient régner comme la mort par la destruction 3 ce n'est pas assez de guider des armées formidables ni de forcer des peuples ennemis à recevoir la paix : toutes ces hautes merveilles s'évanouiraient à. vous ne profitiez de vos triomphes pour affermir et consolider votre ouvrage.

Ralliez-vous au centre d'un système politique , libre , sage et sans exagération ; cessez toutes ces divisions intes-

(i) Langage d^uo jeune enthousiaste sans expérience et qui , quoique très-instruit , n'avait pas réfléchi sur les ëyénemens antérieurs et leurs suites que nous offre Thistoire.

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lines qui déchirent votre sein et dont le spectacle scan-< daleux afflige , inquiète , et consterne le Peuple ^ en mé* me temps qu'il fait la joie de ^es ennemis et des vôtres; suivez Tcxemple des valeureux guerriers qui versent leur sang sous les drapeaux de ]a victoire : prpQoofiei hardiment le dogme du gouvernement robu3te.. et sain qui convient à la nature de la République française , dégagé de toute domination exclusive sur la multitude, comme de la trop grande influence de cel}e-qi sur la sagesse et Texpérience* Organiisez le gouvf rnemenl avec U stabilité salutaire de U distinction des pouvoirs , sans la^ quelle il n'y a ni liberté publique et individuelle , ni égalité même devant les lois, ni sûreté d'industrie et de propriété; mais bien des défiances , des factions , des délations , des bastilles , des échafauds et des guerres civiles. L'histoire n'offre pas inutilement l'expérience des siècles. Les cinq années de révolutions que le Peuple vient de parcourir ne doivent. non plus être une vaine expérience 5 alors vous verrez finir d'elles-mêmes toutes les divisions , se réunir tous les partis, Ceux que le rhar révolutionnaire a effrayés et blessés dans sa marche rapide et violente , et qui en désirent le ralentissement; ceux qui Vont conduit et sauvé au travers des écueils avec la hardiesse sans laquelle il eût été renversé , et qui tremblent de le voir rétrograder , tous mettant leur félicité dans l'heureuse impossib)4ité d'exercer des vengean-^ ces alternatives, concourront enfin à la paix publique, en faisant renaître la circulation des subsistances , les arts , le commerce et les sciences et toutes les parties vivifiantes d'un état vraiment libre et florissant.

De la Force, ce i5 vendomaire, l*an 111*. de la République, une et indivisible.

VILATE

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