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ponse au jeune insolent qui Toutragea : Ce que tu fais là empêchera que faie des imitateurs.*.*
Certes ils eussent fini par prodiguer les propriétés confisquées à leurs satellites , pour se les attacher comme des défenseurs , et Ton aurait vu un nouveau genre de dépravation jusqu'alors inconnu.
Les calamités publiques , portées à leur comble , ont enfin frappé le» regards des membres delà représentation nationale ^ et la Convention s'est trouvée forcée simultanément par tous les senti mens d'humanité à s'opposer aux projets dévastateurs. Les combats politiques sont aes combats à mort , et les nouveaux tyrans ne pouvant soutenir leur système de proscription générale que par de plus ^grandes proscriptions , bientôt les plus marquans de la Convention nationale ont été désignés pour les échafauds. La suppression des tribunaux sanguinaires ^ rouverture subite de toutes les bastilles , après les journées des 9 et 10 thermidor, les déclamations de Robespierre, deBarère, de CoUot-d'Herbois , contre la prétendue /acfto/i £{e5 indulgens, tout démontre ce qui vient d'être avancé.
Pouvàit-on continuellement garder trois cent mille hommes dans les prisons? Pouvait-on' envoyer au supplice tous les jours deux à trois cents victimes (i) ?
La scission , sur. enue entre les meneurs du comité de salut public sur quelques victimes à immoler, a transformé le déeemuirat en deux partis de triumvirs qui , pendant quelc[ues jours, ont lutté pour se supplanter. D'un
(i) Ce nombre n'est point exagère', quand on se rappelle la multiplicité des tribunaux révolutionnaires répandus sur la surface de la république.
côté y Robespierre , Couthon , Saint- Jast ; de Tantre , Barère, Gollot-d'Herbois, Billaud-Varen^ies. Dans le doute des événemens , celui-ci a eu la bassesse de flagorner celui-là jusqu'au moment de sa chute. D^une part on se rappelle les discours de Robespierre aux Jacobins , son testament politique du 8 à la Convention nationale. D'autre part Barère disait en faveur de Robespierre : Un représentant du peuple qui jouit (Tune réputation patriotique méritée par cinq années de travaux et par' les principes impejiurbables d indépendance et de liberté, Ba^re n'a-t-il pas appuyé la demande en impression du soi-disant testament politique ?
Que Ton se rappelle le moment où s'écroulait l'édifice monstrueux de la tyrannie , n'est-on pas frappé de leur acharnement identique à ne pas laisser échapper le pouvoir de leurs mains ? D'après Barère , le gouvernement révolutionnaire ne devait rien perdre de son activité , de sa force. Quoi ! les représentans du peuple s'avilissaient en masse , en détruisant le pouvoir confié au comité de salut public de les mettre en arrestation en détail ! C'est ainsi , Billaud , que tu t'opposais à la demande de Fréron du rapport du décret fatal qui enlevait à la Convention sa propre liberté. S'il pouvait y avoir de l'avilissement , ce serait dans ce décret liberdcide , destructeur de la souveraineté du peuple , assimilant le scnat français au sénat de Rome , sous les Tibère , les Caligula , les Néron , les Domitien.
Tous les moyens leur ont paru bons pour devenir les triumvirs de leur pays. Quand ils ont vu qu^enfin ceux de la terreur étaient usés , n'ont-ils pas employé les principes de la liberté? Lorsquun homme s^ empare des volontés de tous , c'est Barère qui parle , la contre^
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rA^olution est faite. La censure des écrits et la tyrannie de T opinion furent dans tous h^ temps les symptômes qui éuinoncèrent la perte de la liberté ; et le droit indéfini de penser^ décrire et de croire ce qiion çeut , est le signe au • quel on va reconnaître qu'il existe une représentation populaire. Ainsi Protée , dans Tantique fable , preùarit toutes les formes.
La conclasion certaine de tous ces faits et de toutes les considérations morales qui en réstiltent est que les memb#eç du gouvernement se sont rendus coupables envers la nation , du crime de tyrannie.
En vain , les tyrans qui restent diront-ils qu*]ls ont dénoncé Robespierre , St.- Just: ils* n'ont cessé d'être leurs complices. Us ne les ont dénoncés qu'au moment oà ils: sont devenus leurs rivaux , où ils ont craîiit de partager leur infamie , où ils ont espéré de devenir leurs Signes successeurs. De leur aveu , ils s'étaient aperçus qiie ces premiers avaient des émissaires dans les départemehs et les armées, et ils attendaient, disaîent-ils , Focdasîort favorable de divulguer leurs projets sans danger. Mais ces émissaires leur étaient communs, et tous les faits prouvent que , loin d'avoir cherché l'occasion de les attaquer, ils se sont, dans toutes les occasions dû la force des choses semblait devoir les renverser, empressés à voiler leurs forfaits. Us étaient les leurs. La vérité a été repoussée.
M'ont-ils pas continué leurs fureurs , même aVec plus d'effervescence j quatre décades api'te l'éloignemcirt de Robespierre du' comité. Les supplices ont été plus multipliés depuis son absence du décenmrat. Vainement enfin veulent-ils s'excuser sur le prétendu mérite d'avoir sauvé des dangers le vaisseau de la révolution , vogiiant au milieu des orages. Ne sont-ce pas eux qui , par leurs
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excès en tous genres , ont formé ces orages , qui ront menacé et lancé dans sa route , an milieu des ëcneils sur lesquels 'il a failli échouer? Le courage , la force , Ténergie , la sagesse du Peuple français et de la Conrention, voili les sauveurs du vaisseau de la Révolution, malgré les tempêtes dont ils l'avaient assailli pour s'en rendre les maîtres.
Quel tableau de régénération nationale ! JDes villes renversées , d'autres désertes , des contrées fertiles n« vagées par les guerres civiles et les incendies , les iles enlevées, les monumens détruits , Tadultère flétrissant les familles, les mers couvertes d'exilés, le commerce et les arts au désespoir fuyant chez l'étranger ; les rivages des fleuves et de TOcéan couverts de cadavres de tout sexe , de tout âge , jusqu'aux enfans à la mamelle ; les rochers teints de sang, la multitude sans subsistance, eimverte de haillons ; les biens , les talens , les honneurs devenus des crimes ^ les délateurs en possession des récompenses, la vertu une cause infaillible de mort •
L'humanité en deuil se couvre d'un voile lugubre.
Je reprends mou entrée à la Force. On me place dans une chambre appelée les Tuileries (i). Sans doute l'arrivée d'un juré du tribunal révolutionnaire était un événement pour les détenus. J'eus à essuyer d'abord quelques plaisanteries. On se convainquit qu'un juré était un homme comme un autre ^ on découvrit même qu'il pouvait être susceptible d'affections humaines et sensibles. La lecture des papiers nous était interdite 9 nous ne correspondions avec personne^ nous ignorions tout.
(i) Uidentitë de ce nom avec celui de mon habitation antérieure donna lien à de très-fines railleries.
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Tens occasion d'admirer la résignation , la sérénité de toutes ces malheureuses victimes. La gaieté ne perdait rien de. ses petits jeux, de $es plaisirs. On élaît calme, on parlait de la République avec une sorte de respect religieux. La promenade , très- resserrée , entourée d'arbres verts, offre à l'œil surpris un arrangement de briques , en forme d'autel, sur lequel sont plantés déjeunes arbustes , des fleurs, avec une figure placée au centre , et couronnée d'un myrte. (Test^ médit un détenu, T autel élevé il la Liberté: elle s est réfugiée sous les verrous et les portes grillées. Cette statue , faîte par un prisonnier , avec la pierre d'une muraille et son couteau , çst celle de fini' mortel Rousseau qui^ né républicain y rien disait pas moins que la liberté est achetée trop cher au prix du sang éCun innocent* Je l'avoue dans toute la sincérité de mon cœur , j.e rends grâces à la Providence d'avoir été mis à la Force. Que d'exemples d'un dévouement sublime et d'une patience héroïque m'onj^faît verser des larmes d'amertume ! que de réflexions sur les choses sont venues m'éclairer! Oh ! j'ai connu le malheur, j'ai appris à le respecter , à l'honorer -, j'ai sondé les profondeurs de l'humanité !
Le. 9 thermidor , sur les quatre ou cinq heures après midi , on m'appelle. Le concierge m'annonce que je suis en liberté. La liberté!... A ce nom je tressaillis. On me propose d'écrire que je vais me rendre au lieu désigné. Je m'imagine que c'est une formule; je fais ce qu'on exige, et }a vais pour sortir. Le sentiment de quitter des hommes dont j'avais fait la connaissance, des hommes dans l'adversité , qui m'ont inspiré l'estime 5 le désir de leur être utile m'emporte vers eux 5 je les embrasse , je leur promets de ne pas les oublier , et de tout faire pour les
sauver. Je desceuds ; on me dit au second guichet qu'il y a contr&ordre. Bientôt le tocsin sonne; les détenus attendent froidement le résultat du grand mouvement qui seiE^Iait s'opérer. Un gendarme est jeté a la PoN ce , il en sort une heure après. La fluctuation des esprits est extrême (i)* Un moment ayant de nous coucher un prisonnier s'écrie : Nous sommes tous aujourd*hui âgés dt quatre^yfuigis ans. Des complices de Robespierre arrivent avec une force armée , délivrent des fers leurs . affidés : on ne parle pas de moi ; je reste avec les autres* victimes. A deux heures après minuit, on nous apprend la victoire de la Convention remportée sur Robespierre et la Commune rebelle : tout le monde s'en réjouit. Quand j'ai étéarrêté ^ toute ma fortune se montait à 85o livres : en entrant dans la maison d'arrêt , on m'a fait déposer cette somme. Je suis sans finances comme salis vêtemens.
Yoilà lai vérité des fûts : je n'ai rien déguisé , je n'ai rien dissimulé, j'ai voulu dire la vérité toute entière; je Fai crue utile \ malheur à ceux qu'elle pourrait blés-, ser. Jeune encore , je préfère, à la vie , l'honneur , l'cs^ lime de mes concitoyens. Plutôt la mort que de rester encore plus long- temps sous le poids affreux des soupçons , de l'erreur j de la calomnie^ mais j'ai le sentimenl de mon innocence. Je vais appeler la plus sévère attention sur toute ma conduite.
SuiS'je coupable d'ayow accepté la place de juré au tribunal révolutionnaire P Je sais que ce. titre inspire d'odieuses préventions. On m'a objecté cette réponse fa-
(r) Onannoiice que des chariots sotitâ la porte, que la septemlirisation va recominencer.
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meuse danslliistoire de Ig Ligue , de la part d'un magistrat de province à la cour de»CharlefeIX : Sire ,f ai trouvé parmi ups soldats de brasses et fidèles sujets , mah je nai pu y trouver d^assassins. Sans doute ce trait est beau , il est digne d'un 6er républicain •, mais la Révolution française est infiniment au^-dessus des troubles ridicules arrivés entre les maisons de Bourbon et de Lorraine , sur le prétexte encore plus ridicule de quelques misérables points de superstition. Il n'y avait pas là le grand et majestueux intérêt de la puissance nationale , luttant contre tous les rois de l'Europe altérés de domination , et faisant décider, parla force des armes , qu'un peuple est le maître d'adopter le gouvernement dans lequel il a placé son bonheur et sa gloire. Sans doute le jeune citoyen, enthousiaste de la liberté , séduit par l'an* nonce éclatante d'une grande régénération , a pu et du accepter la fonction redoutable de contribuer à la punition des ennemis de la patrie et de l'humanité. Telle était l'opinion générale sous laquelle on enyisagcnit l'é* rection du tribunal révolutionnaire ; alors il était présidé par l'homme (i) vertueux et sensible qui préside celui d'aujourd'hui.
Il est vrai que j'ai été continué , même sous la loi ar^^ bàraire du ql2, prairial; mais j'en appelle à la conscience de tous les hommes vrais et probes. Logé dans le palais national , connu des hommes qui jouaient le^ premiers rôles »ur4a scène du monde , possesseurs de la confiance d'un grand peuple , soit par la hardiesse de leurs vastes conceptions, soit par l'art de leurs discours AillacieuX|
(i) Dobsenjt.
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m'était-il possible de voir la vérité au milieu des nuages brillans doQt j'étais environné? Une force invincible ne m'entraiuait-elle pas malgré moi ? C'était un atome • emporté violemment par un torrent rapide. Ce chef ne peutfairpjudiciai rement la matière d'une accusation ; il ne peut être que du ressort de Topinion , comme un point de morale.
On n'a pas oublié ma conduite honorable envers Camille Desmoulins , mon éloignement du tribunal, depuis sa perte. Qu'on fouille datis les archives , on se convaincra que je n'ai jamais figuré dans aucune affaire qui puisse me faire soupçonner d'avoir été l'instrument de telle ou telle per^onue , de tel ou tel parti ; mes maladies , effets de - ma sensibilité , et les soupçons formés contre moi , à cause du dîner avec Danton , m*en ont heureusement éloigné. Depuis le sacrifice de Desmoulins je n'y ai paru que rarement et dans des occasions où le fauteuil n'était occupé que par un très-petit nombre d'accusés. Je n'ai jamais dénoncé ni fait incarcérer qui qae ce soit. Je pourrais citer quelques personnes qui m'ont serré dans leurs bras , comme leur libérateur 5 loin d'avoir participé aux forfaits des destructeurs de l'humanité , l'âme pénétrée d'indignation contre eux , je ne les ai plus vus qu'avec horreur.
Serals'je coup able dC avoir 'connu Robespierre , Bar rère , BUlaud et compagnie , et me ferait-on un crime éC avoir su, sans le dévoiler j leur projet de tlécimerh Convention nationale.
La Convention nationale a aussi connu Robespierre; elle lui a donné une grande confiance. Elle a contribué à l'erreur et à la crédulité communes.
Qui n'aurait pas mis de l'intérêt, peut-être de l'or-
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gueil , à rapprocher, à lui donner un déjeuner frugal le jour de la fête à TEtre suprême ?
Sous l'empire de Tibère, unHomaîn fut mis enjugement pour avoir eu des liaisons avec Séjan. Je n^en eus jamais avec Robespierre ; le tyran n'était pas homme à liaisons. Au surplus, je répondrais comme le républicain de Rome : a Lorsque vous élevez quelqu'un sur nos têtes , il ne nous appartient pas déjuger de son mérite j ni de vos motifs. Faites attention, non aux derniers jours de Séjan , mais aux temps antérieurs de sa puissance. On regardait comme un grand honneur d'en approcher Qu'on punisse les complots contre la république, mais non de simples liaisons. Notre intention était la même que la vôtre , et nous justifie également (i). » Loin d'être complice des crimes des conspirateurs , on a vu qu'ils m'ont révolté , et que j'ai travaillé à les divulguer^ j'ai, recueilli les noms de toutes les victimes pour ce but salutaire. J'ai dévoile publiquement leurs projets par des indiscrétions affectées, même envers plusieurs députés. J'ai dû agir avec cette prudence , parce qiie les décemvirs , avec un prétexte de leur façon, m'auraient conduit à l'échafaud avant les proscrits. Dossonville n'en a pu faire disparaître le tableau, que parce qu'il avait connaissance du. complot , et j'ai été arrêté précisément à cause que je le dévoilais. Si l'on n'eut pas été excité par ce inotif , pourquoi m'aurait-on privé de la liberté? S'il en eût été autrement, Billaud-Varennes ,
(i) La fermeté de ce discours , ajoute rhistorien, et la joie d'entendre exprimer ce que chacun pensait au fond de son cœur, firent une impression si vive ^ que les accusateurs de Tërentius, déjà coupables d'anciens délits, furent tous exilés ou mis à mort, annales de Tacite- ^ iit^. VI, c. II.
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un des auteurs de la conspiration , aurait appliqué Fex* pression de scélérat^ que j'ai employée dans la société des Jacobins , au parti dont les décemvirs avaient résolu de se défaire. On ne nji^aurait pas fait arrêter , parce qn*on n'aurait conçu ni crainte ni soupçons^
Ar accuserait-on d^ avoir eu le dessein d'entrer dans la conjuration de Ropespierre et de la Commune , aux journées des Q et 10 thermidor? J'étais dans les fers dès le 3, jetma conduite antérieure démontre ce quej^aurais fait. Peut-on m'accuser sur l'incertitude de la part que j'aurais prise à des cvénemens dans lesquels je n'ai pas figuré ? Non , sans doute.
Objecterait-on la circonstance singulière que la Commune de Paris a prononcé ma liberté ?
Je réponds qu'il peut se faire que quelqu'un, sachant que je voyais quelquefois Robespierre, mais ignorant mes sentiniens et ma conduite, ait pu conjecturer que j'entrerais dans son parti , et expédier un ordre de mise ea liberté. Le fait d'autrui peut-il me compromettre ? Pnisje être responsable de l'opinion erronée que l'ignorance a pu former sur mes principes ?
Objecterait-on , enfin , qu'à la présentation de mon acte de liberté j'ai écrit de me rendre à la Commune? Mais lé désir de briser mes chaînes , le défaut de connaissance de ce qui se passait , la curiosité d'acquérir cette connaissance , l'idée que ce pouvait être une formule, le respect dû aux autorités constituées , tout a pu me déterminer à souscrire ce qu'on a voulu que je souscrivisse. Or, je le demande, y a-t-il un seul des détenus de la Force , qui , à ma place , n'en eût fait autant pour recouvrer sa liberté?
L'enlèvement des complices de Robespierre par la