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laîres des proscriptions de ces temps funestes, vous diriez qu*on n'y a d'autre objet que le bien de la République , tant les moyens que l'on prend sont préférables à d'autres , tant les propriétés seront respectées, tant on exalte le prix de la liberté publique , tant on craint de mettre en danger la vie des citoyens , tant le peuple sera tranquille , tant enfin on sera heureux.
Jusqu'à quand l'expérience des siècles sera-t-elle vaine ^ et inutile! L'histoire des nations est la moindre étude des^ hommes. D'une part, elle s'efface de la mémoire du petit nombre qui l'a feuilletée avec attention; de l'autre, elle ne fait ' pas plus d'impression sur le commua des lecteurs que leurs images sur le miroir.
« Sous les triumvirs , observe un homme illustre (i) , Kome était inondée de sang, quand Lépi de triomphait de l'Espagne; et , par une absurdité sans exemple , sous peine d'être proscrit , il ordonnait de se réjouir. »
Si l'histoire eût conservé les lettres adressées par ce Lfépide au séuat, pour commander ses fêtes nationales, peut-être y trouveraitron l'équivalent de ce que disaient nos tyrans dans de pareilles circonstances.
« Que la fête tende à* réveiller les sentimens généreux qui font le charme et l'ornement de la vie humaine , Tenthousiasme de la liberté, l'amour de la patrie', le respect des lois 5 que la mémoire des tyrans y soit vouée à l'exécration 5 que celle des héros de la liberté et des bienfaiteurs de l'humanité y reçoivent le juste tribut de ^ la république. Invitez à cette fête et la nature et les vertus.... »
Que n'ordonnaient-ils aux veuves et aux orphelins,
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(1) Montesquieu.
dont on avait fait mourir les maris et les pères^d^y montrer de la gaieté !
Jusqu'à qnand les hommes seront-ils dupes et victimes de Tabus suborneur des mots? Les tyrans connaissaient à fond Tart d'en tirer parti.
Selon Saint- Just , « Le caractère des conjurations est le déguisement: on^erait imprudent d'annoncer ses desseins et son crime ; il ne faut donc point s'attacher à la stirface des discours , mais juger les hommes par ce que la probité conseille. »
Barère disait : « Cinq années d^expérience révolutionnaire ont instruit le Peuple français. Non , il ne se méprendra plus aux exagérations constantes, ni au costiTme patriotique des hommes qui sont les ennemis naturels de l'égalité et de la liberté , ou des ambitieux qai veulent s'en faire un patrimoine. »
Billaud-Yarennes ; « L'art le plus profondément ma* chiavélique n'est-il pas celui qui brise les nœuds de la sociabilité^ en isolant tous les individus par des défiances?
Robespierre : « Les conspirateurs ne seraient pas des conspirateurs , s'ils n'avaient l'art de dissimuler assez habilement pour usurper, pendant quelque temps, la confiance des gens de bien. )>
Quelle similitude de ruses politiques ! Qui n'aurait ' pas été trompé ? N'a-t-on pas même besoin encore de se retracer le tableau de leur tyrannie, de leurs forfaits, pour ne pas se laisser séduire I Que de gens graves, exr périmentés, ont succombé à celte étrange séduction l Une multitude de patriotes, en effet, ne plaçaient-ils pas leur gloire à la fortifier , avec une bonne foi digne d'un meilleur sujet ? La Convention nationale elle-même ne s'est-elle pas laissée surprendre et décevoir? Une grande
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partie du Peuple , subjuguée par l'exemple qu'elle lui intimait, ne s'y livrait-elle pas avec une sorte de joie ? Ceux même que leurs habitudes , leurs goûts • naturels ,. f leurs connaissances , leurs malheurs, devaient le plus çn préserver , ne semblâient'-ils pas feindre de mettre leur devoir à participer à l'enchantement général ?•••
La Terreur n'était pas l'unique moyen avec lequel ils Favaient produit t il leur avait fallu aussi des moyens pour produire la Terreur elle-même.
Par quelle inconcevable combinaison étaient-ils parvenus à terrifier une assemblée aussi grande , aussi auguste que la Convention nationale , remplie de tant de lumières, aussi prémunie, ce me semble, contre les mensonges de l'éloquence , par l'exercice journalier de ses devoirs , par la puissance effroyable de mettre en arrestation les membres qui la composaient , et celle de nommer tous les comités. Exemple funeste et à jamais mémorable du danger des factions dans une assemblée nombreuse, et de la facilité qu'elles ont à y prendre naissance ! On a vu celle-ci , tourmentée par ses grandes passibns , se déchirer les entrailles , et, comme le phosphore, se' dévorer elte-même. Puisse la sauvegarde que la Convention nationale croit prendre , dan» ce moment , contre un pareil malheur , n'être pas détruite par de nouvelles dissensions ! Cest de cette impossibilité qu'il faudrait une garantie. Jusqu'à quand s'abandonnera-t-on à Tinstabilitë des préceptes spéculatifs et oiseux comparables aux sables mouvans où s'engloutit tout ce qui pose dessus ?
Ah ! l'allégorie d'Ulysse , attaché au mât de son navire pour ne pas succomber aux sons mélodieux des syrènes , ne serait peut-être pas ici déplacée , surtout à regard de la crainte que le passé inspire pour l'avenir.
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N^ayant point la réalité de cette sublime image de Tempire invincible des passions, la Convention nationale avait au moins deux moyens d'y suppléer autant que possible : la liberté de la presse ^ les sociétés populaires; mais , comme le héros d^Homére , à Fégard du premier, non-seulement elle en a commandé la suppression , mais encore elle a effrayé par des peines mortelles les hommes courageux qui refusaient de lui obéir ; tandis qu'à l'égard du second, les tyrans, semblables aux syrènes, s'en sont emparés pour y débiter, avec plus d'art encore, leurs discours philanthropiques. Puisse aussi rexpërience de ces deux dangers ouvrir les yeux sur Vim^iolabilité sacrée âe la liberté de la presse , et Vinconi^énient immense de tinr fluence des meneurs dans les sociétés populaires 1
Au spectacle de la vélocité des opérations majeures qui ont eu lieu ^ on a pensé qu il existait , à l'ancien comité de salut public , un ordre de délibérations sages et constantes , arrêtées par les membres à la lumière de discussions graves et profondes, sous la présidence de Fon d'eux , et rédigées sur un registre par un secrétaire. La République était dans l'erreur. Offrant moins d'ensemble qu'une municipalité de village , 1« comité , presque toujours désert, n'était, le plus souvent, composé que d'un, deux, ou trois de ses membres alternativement, commandant , ordonnant sans la participation des autres, selon que le hasard les avait amenés , et toutefois avec l'assentiment tacite de tous , qui approuvaient de confiance les décisions réciproques. Travaillant chacun à part dans leur laboratoire, ils ne se rassemblaient que dans des cas extraordinaires de danger et de crise, et alors quelques-uns des membres du comité die surelé générale étaient appelés.
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Il n'y avait point de plan systématique dans le travail , mais bien une confusion horrible et croissante ou l'empire des incidens et de l'influence des subalternes J)résîdaieut , plus que la raison et la justice , à l'expédition du dé^il des affaires toujours renaissantes. De là des mesures insuffisantes , disparates , souvent contradictoires , propageant le désordre, l'efTroi et le désespoir sur tous les points de la République. Le principe qui faisait tout aller était une tendance presque naturelle à la tyrannie , aux mesures fortes , vigoureuses et terribles , que tous (maîtrisés parla gravité des choses , qui , par là , en devenaient plus aggravantes) avaient adoptées simultanément , moins encore par un sentiment réfléchi, que par une inquiétude d^esprit disposée à tout faire avec emportement et violence. De là des tiraillemens d'opinion , des jalousies , des défiances , des disputes , enfin la division favorable à la liberté sur le point où ils étaient le plus d'accord , la proscription d'une partie de la Convention nationale. 11 y avait là plus de tyrannie , plus de despotisme qu'au divan de la Porte Ottomane , et en même temps moins d'unité, de force , d'ensemble dans l'ordre et Texécution.
Le chaos affreux résultant de toutes ces choses entrait dans les vues ambitieuses de chacun des tyrans : de Collot-d'Herbois , attaché aux Hébertistes pour les projets desquels il avait inventé les bandes vagabondes et sanguinaires du général Rônsin , et combiné les dispositions du maximum avec le plus de défectuosité,' possible \ de Barère , courtier de tous les partis , secrétaire de tous les forfaits, banquier de crimes et de séditions , courageux défenseur du plus fort , se rendant sourdement dans des lieux secrets avec les compagnons de ses plaisirs éroti-
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ques , pour y négocier les ravages de la f^endée , et agranflir cette plaie révolutionnaire ; de Robespierre, spéculant^sa fortune politique sur la gloire de réparer tant de maux et de désastres. Quelle singulière unifor- Inité dans la nature! L'élévation de tels hommes au faite de la suprême puissance n'est-elle pas , dans les orages civils , ce qu'est Tapparitiou extraordinaire des monstres inconnus que les vagues soulevées ofirent dans les tempêtes des mers ?
Le contraste entre CoUot-d'Herbois el Billatid-Yarénnés n'est pas moins frappant dans un autre genre que ce* ,luî de Barère et de Robespierre.
Billaud-Varennes , bilieux , inquiet , faux , pétri d'hypocrisie monacale , se laisse pénétrer par ses efforts mêmes à se rendre impénétrable , ayant toute la lenteur du crime qui médite , et l'énergie concentrée pour le commettre. Bas , rampant , implacable , son ambition ne peut souffrir de rivaux. Morne , silencieux , les regards vacillans et convulsifs , marchant comme à la dérobée. Sa figure au teint pâle , froide , sinistre , monti;e les symptômes d'un esprit aliéné.
CoUot-d'Herbois , sensible, enthousiaste, facile, se passionne pour les idées grandes , élevées. Cruel , il croit être humain. Son âme varie comme son jeu sur le théâtre et à la tribune. Enclin à la débauche , passionné pour les femmes , sans choix 5 violent , colère , emporté , air de vérité ; son visage quelquefois enflammé , selon la fougue de ses passions. Peut-être eût-il été juste , com^ pâtissant , si la mauvaise compagnie ne l'eût rendu plus féroce que le tigre et le lion (i).
(i) Entre aatres portraits que renferme une brochure do temps joti<
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On m'a reproché d'une manière indirecte d'être resté dans ce tourbillon de choses , et de n'avoir pas instruit le public de la part que je prenais aux conversations où. se* méditaient les idées dévastatrices. On voudra bien observer que , tour à tour livré aux illusions de l'enthousiasme , aux inquiétudes de la méfiance , la retraite m'était dev&aue comme impossible. Heureux qu'un fond naturel de gaieté et de plaisanterie ait caché , sous les apparences de la frivolité , Tétude d'observation à laquelle je me bornais^
tal^ Description et trente curieuse , etc » nous choisissons celui de Collot, comme l'un des plus piquans :
<C L*0&ABG-0UTAB6 CoLLOT*D*HsBBOIS..
{Simia Jacobina, )
» Cet animal est assez bien pris dans sa taille j il a la tête belle, surtout le visage extrêmement grêle dans la partie infe'rieu^e.
» Au premier abord , on le prendrait pour un homme , parce que les Jacobins lui en ont donne Phabit.
» On Ta acheté d'un marchand de baume yer^t qui passait à Ljon , lors de la foire de Bellecour.
» Le directeur du théâtre de (fette ville le mit au nombre des singes qo*il montrait au public. Un jour , POrang-outang dont nous parlons «jant insulté le parquet , on le força à faire ses excuses. Depuis ce temps il garda rancune contre les habitans de cette ville, et, depuis , il fît tant, par ses tours et ses souplesses , qu'il eut la satisfaction de la voir réduire en cendres. Que de forfaits pour un singe I Il grogne, crie, et hurle.
» Il y avait un autre singe nommé Robespierre qvki ne pouvait le voir ean s jalousie. Ce singe voulut perdre VOra/i^-oMton^, et celui-ci fut plus adroit , et lui fit couper le cou. Depuis , il fit tant de passes-passes aux Jacobins , qu'il fut regardé comme un des animaux les plus précieux , et c'est avec le plus grand regret que la société mère s'en défait { maiç on doit s'en rapporter à la délicatesse de sa conscience et de son intégre probité : elle ne donnera point son cher Orang-outang Collot à moins de 190,908,700,437 fr. »
( Note des édiuun* ) .
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et Tabsence du tribuDal révolutionnaire , à laquelle je me suis déaîdé depuis Tholocauste sacrilège de Danton et de Camille.
Néanmoins, voici un échantillon de la manière dont je me comportais. Par exemple, au famçux diner de,Vcnua, quand il fut résolu de déblayer la Constituante, je dis en riant : de ce que Ton invente on fait t expérience. De plus, un jour que j'étais chez le législateur Dupin qui , daprès son rapport sur les fermiers généraux , avait été chargé de surveiller l'inventaire et la vente de leur riche succession mobiliaire , voyant une multitude de bijoux, beaucoup d'or e^ de diamans , je me permis cette raillerie : « En vérité , mon cher Dupin, on dirait que tu as trouvé le petit chien de l'un des jolis contes du naïf La Fontaine : tu sais comme il secoue l'or et les pierreries ! » Il me répondit , comme certain procureur au premier président du parlement de Paris : Tu as toujours le pC" tit mot pour rire»
Les faits suivans vont développer davantage l'esprit qui dirigeait le comité de salut public.
Un estimable père de famille, Sévères, né dans mon département , m'avait chargé de la pétition d'un artiste distingué , victime d'une basse jalousie , afin de m'employer à lui procurer la liberté. Je crus devoir intéresser Collot-d'Herbois : « Tu aimes les arts , les talens , le génie : voilà' une occasion de leur être utile. » Ce fut ainsi que je lui parlai en faveur de l'artiste : « Il est , dit-il , bien étrange , bien inconvenant , qu'un juré se mêle, de protéger des détenus, quand il est fait pour les condamner. » Sa réponse avait un ton d'aigreur. <c S'il est opprimé? Je t'assure qu'il est vexé par un envieux ennemi ; il faut de la justice. — Bah! il est bien ques-