CHAPITRE PREMIER
Avant-propos.
J'^Ai démontré dans mes deux premiers écrits rinjustice de mon arrestation , et la tyrannie des meneurs du comité de salut public envers la nation (i).
Leur crime est évident,
La France gardera long-temps le sentiment de l'oppression dont elle a été foulée : les dictateurs du gouvernement n'ont pu occasioner tant de maux , ordonner tant d'assassinats, sans le désir réfléchi de parvenir à la tyrannie.
Mon innocence ne peut être douteuse.
J'ai assisté très-rarement au tribunal révolutionnaire , en ma qualité de juré ;' d'abord à cause de deux longues maladies occasionées par ma sensibilité , trop affectée du malheur d'être condamné à y siéger ; ensuite à cause Ag mon indignation du sacrifice contre-révolutionnaire des
(i) Avant le lo thermidor.
plus zéUs défenseurs des droits de rhomme et de la liberté ,.•• Philippeaux , Camille Desmoulins et
autres.
J'ai démontré que si , malgré mon horreur pour les tyrans , j'ai continué à les fréquenter , c'est qu'une fois admis auprès d'eux il dépendait de ma vie de ne pas m'en éloigner*, il était précieux pour l'intérêt sacré de la liberté qu'un citoyen se dévouât au supplice affreux de les observer , de les suivre dans leurs marches légères et tortueuses. On ne peut me reprocher d'avoir attendu la chute de Robespierre, ni la dénonciation contre Barère , Billaud , Collot«d'Herbois , Vadier , et autres , pour les attaquer ouvertement , ou bien il faudrait blâmer la Convention nationale , soupçonnant leurs forfaits , de ne les avoir pas plus tôt renversés.
Je vais dévoiler une intrigue profonde et d'ud genre nouveau \ la vérité qui en jaillira ne fera qu'ajouter an mépris , à la honte dont les tyrans sont déjà couverts tous ensemble ; Robespierre , Barère , Billaud , Collot, Vadier,.... comme une tourbe vile et audacieuse, hypocrite et superbe , ridicule et atroce.
Qu'on ne se prenne pas à moi des choses que je vais dire ] j'ai une trop haute idée de la Révolution pour ne pas sentir combien elles sont indignes de sa gravité : mais c'est précisément parce que ceux des législateurs qui ont eu en main les rênes du gouvernement n'ont pas répugné à se dégrader par de si basses extravagances, que je me suis fait un devoir de vaincre ma propre répugnance à les mettre au grand jour.
Le Peuple et la Convention vont voir davantage quels hommes ils avaient chargés des destinées de la République; ils vont voir leurs impostures, leurs jongleries.
DE LAl mère de dieu DÉVOILÉS. ^75
On croit que je n*ai pas tout dit : je ne puis pas tout aire encore; îl faudrait, et je ne saurais trop le répéter, vingt volumes pour tout dire.