CHAPITRE II
JExposUion du sujet.
On se tromperait si l'on croyait avoir connu l'afTaire de Catherine Théot par le rapport de Vadier, du ay prairial. Les mystères de la mère de Dieu , et la conspiration qui semblait en découler , sont les moindres sujets dignes delà curiosité •, il est d'autres mystères politiques, voilés à dessein parla plume de Paon (i), qui l'a rédigé , et dont s'est paré le vieux inquisiteur de Pamiers (^i).
Qu'on se rappelle l'époque ou. parut cette farce superstitieuse : c'était quelques jours après la fête de l'Etre Suprême.
Or , le comité de sûreté générale voulait illustrer la mère du Verbe de tout l'éclat de la publicité , et Robespierre s'irritait quand on parlait de la traduire au tribunal révolutionnaire.
C'en était assez , c'en était trop pour ne pas faire soupçoîi/ner , à travers les nuages de cette singerie mystique, une intrigue machiavélique entre les tyrans.
Dom Gerle , inquiété dans sa section , ou feignant de Tètre , avait obtenu de Robespierre une attestation de
(i) Barère.
(a) Vadier.
patfiotisme. Quelles vues avaient pu. déterminer celuici à surmonter l'inconvenance d'un pareil acte individuel, sinon des vues théocratiques. encore dans le lointain? Il flattait le chartreux , déjà connu par son faible pour les I^QBl)!^tes3es. Les rivaux de Robespierre découvrirent , avec la plus grande joie , l'existence de cette attestation singulière , et ils conçurent le projet d'en faire usage pour le détrôner de sa popularité. Yadier fut chargé de débiter à la tribune le rapport sur les mystères de la mère de Dieu , afin que Robespierre s'aperçut moins des complots de ses collègues ; l'air froid et glacial de Yadier donnait d'ailleurs au sujet , devant la Convention nationale, un sérieux qu'il n'avait pas.
Cette affaire , portée au tribunal révolutionnaire , était de nature à égayer, à captiver l'attention du public j Tinstruction devait nécessairement faire mettre au jour, comme pièces du procft, le certificat de civisme donné à domGerle et la lettre écrite à Robespierre par Catherine Théot , trouvée si heureusement dans sa couche vii^nale lors de son arrestation : ainsi on espérait le pins grand succès du contraste ridicule dans lequel Robespierre se fût trouvé placé , entre son travestissement sous cette mpmerie , et son superbe r61e à la fête de TEtire Suprême.
Voilà leç véritables mystères de la mère de Dieu, pr^ sentes seulement de profil à la Convention nationale, Avec ce talent agréable et léger , dès long- temps habitné à transfornier en carmagnoles les victoires des armées de la république , et bien propre à faire, d'une simple niaiserie de tètes détraquées , la racine de toutes les conspirations religieuses que le fanatisme a développées à diverses époques sur toute l'étendue de la République.
DE LA MÈBE DE DIEU DÉVOILÉS. !ijr^
Le sublime créateur de TEtre Suprême fÀt entré dàûà le système général de la contre-révolution sacerdotale \ il fût deyenn la fable et la risée de la France entièirè : on voulait Tarrôter dans sa course empirique , et lui enlever l'espèce d'auréole dont sa tète argueilfeuse semblait eiié entourée.
*««%^Mi«»%%*««*t