DE LA MÈRE DE DIEU DÉVOILES
de la yérîté. Je rappellerai , autant qu il sej'a possible , ce qui fut dit par Tun et par l'autre.
Ne croyez pas que la mère de Dieu soit cette même prophétesse dont le chartreux dom Gerle entretint rassemblée constituante : le nom de celle-là était Labrousse. Craignant que ses oracles ne fussent pas plus respectés que les savans et les philosophes , elle a eu la précaution cl'émîgrer. Le cénobite s'est retouj:né , dans ses dévotes spéculations, vers Catherine Théot. Cette fille , âgée de soixante-neuf ans , avait passé une grande partie ^e sa vie à la Bastille \ son imagination , affectée du séjour sinistre des cachots et des grilles, y avait contracté ^ comme celle de dom Gerle, dans la retraite austère de son cloître, celte vie silencieuse et mélancolique , cette habitude de la contemplation qui porte aux idées sombres et religieuses. Elle demeurait rue Contrescarpe, au troisième. Dom Gerle avait son asile chez Fournier , menuisier , rue Jacques , autre que Fournier , peintre au Jardin des Plantes , arrêté à l'occasion du déjeuner dont j'ai parlé ailleurs.
Croirait -on que Barère ait eu l'habileté de substituer, dans son rapport , au nom vulgaire Théot^ qui est celui de la famille de Catherine , le mot grec Théos qui signifie la Di^finité , comme Jeliova , jidonai , et beaucoup d'autres expriment les divers attributs de VEtre Suprême ? Li'anliquaire Court de Gebelin n'est pas plus fécond dans sa science étymologique sur l'origine du monde ; mais le nec plus ultra de l'habileté de Barère est d'avoir reporté »r cette substitution sur le compte de dom Gerle qui n'en a jamais eu l'idée.
Caiherîne Théot , grande, sèche, presque diaphane comme la sibylle de Cumes , annonçait non-seulement
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le dogme de l'immortalité de l'âme, tuais elle promettait rimmortalité du corps.
Ne devant jamais finir ellQ-mème , sa nature était de vieillir jusqu'à soixante-dix ans, période à laquelle, comme le phénix renaît de ses cenclres , elle derait rajeunir, éclatante de fraîcheur «t de beauté, dans Topération miraculeuse de l'enfantement du Verbe divin ^ destiné de tout temps au salut du monde.
Sachant l'histoirfe de l'éternité , ce qui se passe entré Dieu , les anges et les hommes , elle dévoitaii , comme NostradamUs , les siècles écoulés , disait lés choses présentes et prophétisait les futures.
La terre devait trembler trois fois , les idoles et les temples devaient être renversés , les trônes des rois mis en poudre , tout cela devait s'accomplir dans Tanhéé de la naissance du Verbe.
La rédemption supposée du Christ n'était qu'en figure l'événement précurseur, annoncé dans l'Écriture- Sainte par Ézéchiel , Daniel , Isaïe, de la véritable rédemption du genre humain.
Le grand œuvre devait s'opérer au local des ci-devant écoles de droit, près le Panthéon. Pendant cette nuit bienheureuse , Dieu devait mettre un mur d'airain entre l'homme et la femme -, les enfans devaient tressaillir dans le sein de leur mère , une étoile resplendissante devait s'arrêter sur cet endroit, devenu dùs-lors sacré pour tous les peuples. Au lever de l'aurore , la terre devait paraître riante de fleurs , de fruits et de moissons , 4:omme le paradis terrestre de nos premiers pères.
La mère de Dieu étaitla pierre angulaire delà religion de l'Etre Suprèm^e, comme était à la constitution républicaine , selon le plaisant Camille Desmoulins , la tète de
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Saint-Just portée perpendiculairement sur ses épaules comme un saint-sacrement.
Inspirée de la Divinité , la vieille Théot prophétisait que rÊtre Suprême régirait seul FUnivers , confondant Torgueil des hommes vains et ignorans , Gonduisant lés armées à la victoire , aplanissant les montagnes, desséchant les mers^ fortifiant les justes et les simples ; la Convention nationale devait être foudroyée à son sommet , comme le chêne superbe , par Foint de FEtre Suprême , lançant le tonnerre précédé des éclairs.
Au milieu de cet amas de merveilleuses rêveries, il est difficile de démêler le fond réel qui appartient à la vieille sibylle , d'après les enluminures de nos brodeurs , s'égayant dans les folies de leur imagination féconde.