CHAPITRE VL
David y peintre.
Il me semble entendre les lecteurs m'objecter, comme un homme d'esprit auquel je lisais ce que j'ai fait jusqu'ici : Comment diable uotre mémoù^e se rappellel'aile toutes ces choses? Ne brodez-vous point sfous-méme?
Je réponds à mes lecteurs comme je lui répondis.
Tétais hier au soir dans la chambre d'un prisonnier : on ne peut pas toujours écrire ,* il faut faire des visites , les soirées d'hiver sont si longues ! Je le trouvai occupé à retoucher un drame qu'il a composé sur la réunion de David et de sa femme au Luxembourg.
Dans le premier acte , on voit les transports , l'en-
thousiasme du peintre sur la composition de son grand tableau du serment de rassemblée constituante , au jeu de paume, à Versailles ^ ouvrage qui exige quatre années de travaux. Quels regrets ! quelles expressions amères il place dans la bouche de David, sur la crainte de ne pouvoir Tacbever ! Pygmalion , enflammé de la beauté de son art , n'est pas plus énergique sous la pluifte de Rousseau. Eh bien! j'ai fait cette objection au jeune auteur. «Ccst invraisemblable : comment David peut-il se rappeler la position des députés les plus marquans , les figures , par exemple , de Bailly , de Mirabeau , de Thouret , de le Chapelier, de Rabaut de Saint-Etienne , de Barnave et beaucoup d'autres qui ont péri sur l'échafaud ? )) — ((Comme il me semble avoir sous les yeux, reprend-il, la scène attendrissante de la réconciliation de David et de son épouse que je n'ai pas vue , mais que je crois avoir rendue, écoutez. » En effet il me lut le dernier acte de sa pièce , et je crus moi-même voir la femme de David , en deuil de la mort de son père, les larmes aux yeux , entourée de ses quatre enfans, disant à son mari : Nous fûmes obligés de nous séparer par la différence de nos opinions politiques '^ nous eûmes des toits réciproques y tu es dans le malheur; hier f ai perdu mon père qui me laisse seize mille Hures de rentes ) tu es dans les fers , je viens {épouser une seconde fois : que nos enfans soient le lien qui nous réunisse j je i^ais donner tous mes soins à te procurer la liberté.
L'auteur a rendu celte scène pathétique avec toute l'expression sentimentale , avec tous les caractères de la vérité , propres à honorer l'espèce humaine.
Qu'on ne me demande plus comment tant de choses , sur la mère de Dieu, s'offrent à -ma mémoire.
DE LA. MÈRE DE DIEU DÉVOILÉS. lÈ^
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