DE LA. MERE DB DIEU DÉVOILÉS
H y a trois jours précisément, je descends dans la galerie de cette maison pour acheter , comme de coutume', tous les soirs , une bougie.
On ignore dans le public quelle est la marchande , exemple frappant des coups iatempestifs de la Révolution. On a vu la coisiinière de MenzicoÊT devenir impératrice de Russie ^ ici y c'est Rodogune devenue boutiquier e.
Se rappelle-t-on la célèbre Lacombe , actrice renommée , et présidente de la société fraternelle des amazones révolutionnaires? c'est elle qui s'est établie échoppière pour lapprovisionnement des menus-plaisirs des prisonniers d'état I ses compagnons d'infortune.
Etrange effet des idées vulgaires de détail et de profit ! Avant qu'elle eût pris ce parti , la tète haute , le regard fier , la marche imposante , on l'aurait crue , sur la scène, prête à jouer ses rôles ; maintenant simple , gracieuse aux acheteurs , ce n'est plus qu'une petite bourgeoise modeste , tirée à quatre épingles , et sachant débiter sa marchandise au plus haut prix.
Elle enveloppe , par politesse , la bougie d'un chiffon de papier qui vaut à lui seul les cinquante sous qu'elle la vend \ il faut payer , chaque soir , cette somme , sans compter le prix de quelques petites pommes de reinette à sept sous la pièce.
Avec quelles grâces encore dit-elle : Le tout pour obli-ge'r les citoyens l
Rentré dans ma cellule , en déployant l'enveloppe , mes yeux sont frappés des mots TyppO'Saïb,
Je lis le morceau de papier , j'y trouve ces mots : « Supposez que les ambassadeurs de Typpo-Saïb , arrivés en France en.... (ici il y a un trou ) , n'y fussent venus que
SOO LES MYSTÈRES
dans ces temps calamiteux où les places publiques sont couvertes d'échafauds , ignorant notre langue , nos mœurs, nos lois, notre Révolution ; qu'auraient-ils rapporte à leur retour au fond des Grandes -Indes? Il me semble lire sur leur itinéraire cette relation: LesFran* çais , dont la gloire est venue jusqtCà nos contrées , sacrifient leurs semblabks ^ par centaines y à deuœ dMnités appelées liberté^ égalité j surun autel élevé entre leurs statues.Tt
L'auieur de ce passage est sans doute un philosophe ; sommes-nous sûrs en effet que les sacrifices humains de Fantiquité niaient eu des motifs aussi spécieux , aussi légitimes que les supplices abominables qui , il y a quelques journées , sous nos yeux , ont révolté rhumanité? Les historiens n^ont-ils point pris pour des hommages aux Dieux des holocaustes commandés par les lois? Les lois n'ont-^lles jamais ordonné la mort des hommes sur des prétextes de religion où de politique , sans quMl y eût de crimes à expier, lors môme quMl y avait des vertus à honorer?
Chose singulière ! la muraille de mon asile offre aux yeux surpris ce vers qu'un détenu , sans doute mon pré' décesseur^ y a tracé dans sa mélancolie.
Qtiel cœur sait à présent s^il est juste ou coupable?
Le spectacle des suppliciés serait-il un plaisir de Tespèce humaine? Les combats de gladiateurs attiraient les Romains. On a vu le peuple , en France , assidu au pied de la guillotine , applaudir également à la mort de tous les partis ; tel spectateur, la veille , devenait acteur le lendemain ^ mais , comme si un génie malfaisant voulait vaincre jusqu'à la satiété de Teffusion du sang ^ il semble en demander la continuation , sous le prétexte humain
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de venger le sang trop répandu , en faisant répandre encore du sang.