CHAPITRE XII
Le. i>oilese déchire.
Le morceau de papîer de la citoyenne Lacombe m'a écarté de mon sujet-, j'y reviens. Suivant Barère, dans son rapport , il n'était bruit que de Catherine Théot : non-seulement tout Paris > mais les départemens, maïs les armées retentissaient de ses miracles; des familles entières y avaient apporté leurs enfaiis nouveau-nés , beaucoup de militaires s'y étaient fait initier avant de rejoindre leurs drapeaux. On voyait , chaque jour, grouppé autour de la vieille pagode, un essaim prodigieux de bigotes et de nigauds , des demi-savans , des médecins , des hommes de loi , des capitalistes oisifs , tous détestant la Révolution , des mesmériens , des illuminés , des cagots atrabilaires et vaporeux , au cœur froid et à la tête chaude, épris de l'amour des nouveautés , quelques-uns en correspondance avec les émigrés de Londres, tous royalistes, tous égoïstes ou contre-révolutionnaires de l'un et de l'autre sexe , enthousiasmés du prestige de l'immortalité corporelle.
Tout cet échafaudage, pourtant, se réduit, dans la vérité , à très-peu de chose \ quand nous causions de ces momeries , Barère élevait le nombre des dévots engoués de la pythonisse^ tout au plus à trente ou quarante hommes, femmes et enfans.
Par exemple , le grand nombre des militaires qui ,
Soi LES MYSTERES
pour devenir invulnérables , allaient se tremper aux mystères , comme Achille dans le Styx , avant leur départ pour les armées, se réduit à un vieux soldat borgne, si peu crédule , qu'il les a lui-même éventés au comité de Sûret^ générale.
\ Le nombre prodigieux de médecins , digni intrare in nostro docto corpore, qui s'y sont fait agréger, se réduit au seul Quévremont de Lamotte , dont le burlesque Barère a fait le portrait dans son rapport : Médecin en titre du àr Rêvant duc d' Orléans ^ disciple de Mesmer^ grand magné" lùeur^ fanatique dangereux ^ encore est-il douteux qu il n'ait été stimulé par le penchant du philosophe à connaître le degré de folie dont Thumanité peut être susceptible ? Ne peut-il pas avoir désiré , pour la rareté du fait , un exemplaire emblématique des septs dons de Dieu? Les nombreuses correspondances , trouvées dans les papiers de la multitude d^ initiés , se réduisent à une seule lettre d'un prêtre déporté , résidant à Londres , en date du i8 décembre 1792 , où il s'agit du fluide animal de Mesmer, et de la doctrine de Swedenborg. Ou connaît assez l'habileté de Barère à profiter des élémens d'un sujet , pour croire que s'il n'a pas cité plus de faits au soutien de son système d'exagération , c'est qu'il n'en a pas trouvé davantage ; il n'est pas de ces imaginations arides qui négligent d'employer tout ce qu'elles rencontrent dans leurs écarts.
Si l'attontion se repose sur les fragmens des écrits rapportés par Barère , comme ayant été trouvés dans les pa-» perasses du médecin Quévremont et du chartreux dom Gerle^ si elle confronte les uns aux autres, elle commencera à entrevoir l'intrigue cachée spus les mystères de la Mère de Dieu , et le savoir-faire de Barère.
DE LA. MÈRE DE DIEU DÉVOILÉS. 3o5
y (M ci ceux relatifs à La motte :
(c A la Pentecôte ou aux environs , on frappera enfin , on fera sentir, sur la partie proprement enragée des chef^ de la Nation, le coup céleste du i>engeur^ depuis longtems différé à nos yeux qui, de longue main, désirent voir Tordre et le bonheur rétablis en France , par un coup du ciel; mais ce qui est différé , n*est point pour cela perdu et manqué....
« Et seront terrassés les Titatu orgutitteuat
» Osant , dans leurs Jureurs , braver métnfi les deux, »
Il eût du aussi transcrire celui-ci , je lé lui ai entendu répéter , comme étant trouvé parmi les notes de Lamotte.
ClELi A QUELS PLATS TYRANS AS-TU LIVRÉ LEMOKDe!
On a trouvé dans les papiers du moine , suivant le . rapport , des lettres de quelque Marie Alacoque , dont le style mystique peut donner une idée des élèves et des inslitutetirs , mais peu analogue à hi gravité du sujet j e^est-à-dire aux conspirations affligeantes dont on entretient la Convention nationale.
« O Gerle , cher fils Gerle , chéri de Dieu , digne amour du Seigneur,... c'est sur ta tête , sur ce front paisible où doit être posé le diadème digne de ta candeur... Vis à jamais , cher frère , dans le cœur de tes deux petites soeurs...^ elles t'engagent à venir déjeuner avec elles demain, jour de décadi^ sur les neuf heures et demie , ni plus tôt ni plus tard.... Mille choses agréables au cher fils , de la part de ses deux colombes. )>
On voit aussi dans ses papiers , continue Barère , quelques strophes de vers de sa composition et écrites de sa
504 Ï'FS MYSTÈRES
main ^ une collection cle passages latins ^ choisis dlsaôe^ qui annoncent la subversion du Gouvernement , et la chute prochaine des gens en place ; on y reconnaît le dessein d'appliquer ces prédictions à la mission de la prétendue Mère de Dieu ^ voici quelques-uns de ces vers:
a Paris, ville très-heureuse
Entre les citds d'ici-has,
Lève-tx)i, ne sois plus peureuse; ^
La ye'ritc guide tes pas.
De l'ennemi la tête altiére
Doit dans peu toml>er sous nos coops.
Tu le sais , la nature entière
N'attend son salut que de nous.... »
«Vëritë , montre-toi , viens changer notre sort^ Viens , pour ANÉASTih l'empire de la moet. »
On lit ailleurs :
« î?i culte, ni prêtres , ni roi; Car la nouvelle Eve, c'est toi. »
Or , en considérant tout ceci de près , on entrevoit déjà la vérité ; les deux colombes admettent le décadi, les fanatiques du culte catholique ne reconnaissent que les dimanches-, il n'y a donc pas là de symptômes contrerévolutionnaires : La partie enragée des chefs de la Nation ne peut évidemment s'appliquer à la Convention nationale qui compose tous les chefs. Quelle est donc celte partie enragée, appelée l'ennemi, à la tête altière, qui doit dans peu tomber sous les coups du vengeur ?»•»• Quels sont ces Titans orgueilleux , sinon les gens en place, composant le gouvernement dont la subversion est prophétisée? Quel peut être ce vengeur céleste ?«...
Je prouyerai qu'il s'agit moins directement , dans ce