CHAPITRE XV
Robespierre est le f^erbè divin.
Les doctes connaissent l'kisloire de Psapho'n ^ Libyen. Voulant passer pour Dieu , il apprit à un essaiin d'oiseaux à répéter ces paroles : P^aphon est un grand Dieu* Une fois instruits , il les lâcha dans le pays où ils firent retentir leur leçon. Les habilans de Libye., frappés de surprise , décernèrent à Psaphon les honneurs divins.
Robespierre , an lieu d'oiseaux , avoit une nuée de femmes 5 une vieille baronne, espèce de coryphée , continuellement chez lui , donnait le ton aux adorations ; sans cesse elles avaient à la bouche : ce Robespierab f
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c'est tJK DfEtT ; IL EST SAWS PÀHBIL 1 c'eST l'hOMMB DIYIN ,
c'est le fils de l'Etre Suprême.
Par quel prestige certains hommes parviennent-ils à inspirel^ surtout au sexe, cette idée surnaturelle qui semble les faire participer de la Divinité?
Quand , sur Taccusation de Louvet , Robespierre débita sa défense à la Convention nationale , les tribunes étaient remplies d'une foule prodigieuse de femmes extasiées applaudissant avec le transport de la dévotion.
A l'issue de la séance , je me trouvai près du café Debelle avec Rabaut de Saint-Etienne. Ç^uel homme que ce Robespierre a^ec toutes ses femmes ! cest un pi'étre qui veut devenir un Dieu. Entrés au café Payen , nous abordâmes Manuel qui ncùme pas les rois , car ce ne sont pas des hommes ,• il dit : jivez-vous vu ce Robes ^ pierre ^avec toutes ses dévotes P Rabaut reprend : Il faut un article demain dans la Chronique^ et le peindre corn-' me un prêtre. Manuel : Oui , car les prêtres sont\ comme les rois, des charlatans. L'article parut; et, si l'on se donne la peine de le revoir, on y reconnaîtra la manière de Rabaut.
On doit se rappeler l'aSectation de Robespierre à se servir du mot providence contre Guadet ne parlant que de fatalité. Je me trouvai chez «Grangeneuve avec Pélion, qui disait de Robespierre : // veut se faire passer pour Dieu; la femme de Grangeneuve peut s'en souvenir.
Aux Jacobins, comme à la Convention nationale, Robespierre , continuellement environné de ses femmes , ressemblait à un pontife dictant ses oracles. Ici ses motions étaient converties en décrets , là ses propositions devenaient des arrêtés. Le signal des applaudissemens partait, toujours du milieu d'elles , et ils se répercutaient
Si a LES MYSTÈRRS
dans tous le^ points de la salie avec Tenthousiasine dé ridolàlrie.
On doit se reporter k la définition réfléchie de la liberté dans la Déclaration des Droits par la maxinlé éyangélique , ne faites pas à autmi ce que vous ne s^oudriez pas qui vous fût fait»
On n^oubliera pas son discours aux Jacobins contre la faction des Hébertistes proclamant rathéisme^ dans lequel il disait :
Si Dieu n existait pas , il faudrait T inventer.
On doit remarquer la tournure imitée de Zoroastre dans le décret d'institution de la fête à TEtre Suprême, avec laquelle il a exprimé le devoir de charité entre toos les hommes : faites aux autres tout le bien que vous pourrez. La différence entre cette rédaction , et celle de la Déclaration des Droits^ n'est pas sans combinaison» Certes, il suffit de dire en politique, ne faites pas le mal; mais en religion , qu'il est beau de dire, faites le hien I Âmsij il h voulu surpasser le fils de Marie, eomme celui-ci a voulu su^passe^ Moïse.
De bonne heure , il avait préparé la fondation de l'Etre Suprême ; il serait trop long de rapporter tous les traits singuliers de spéculation religieuse , appliqués à la République française , que son projet de décret ofl're à la méditation. Sans cesse chatouillé par des lettres qui lui arrivaient de tous les coins du monde, on le traitait réellement d'EWvovÉ du Ciel , du fils de Dieu , de Sauveur DE LA France , de Fondateur de la République naturelle. Sa vanité et son orgueil savouraient avec comp^'^isance les llatteries ridicules de dom Gerle , intioduil quelquefois dans sa maison, lui annonçant que la Mère de Dieu l'avait choisi pour en faire son verbe
DE LA MikRE DE DIEU DÉVOILÉS. 5l5
Divnr, que sa mission auguste est prophétisée clairement par rÉcriture dans Tarinonciation d'un envoyé de TEtre Suprême , de l'oiht du Seigiïeur, du Vengeur céleste, Renversant les idoles de pierre et de bois , et lançant la foudre au milieu des éclairs , sur les titans or*
GUEILLEUX , SUR LA PARTIE ENRAGÉE DE LA NatION.
Dans son domestique, attentions recherchées , caresses louangeuses , désirs prévenus , sollicitude craintive , soupirs recueillis , mignardises flatteuses, toutes les voluptés de la mysticité, semblaient environner le tyran , et nul directeur de Nones ne fut jadis davantage le tendre et précieux objet de plus douces inquiétudes , et de soins plus aflectueux de la part des chères mères en Dieu. . Avec quelle joie orgueilleuse, marchant à la tête de la Convention nationale , entouré d'un peuple immense , répondant par Télégance de la parure à Téclat pur et radieux d'un si beau jour, il se pavanait , pour la première fois , revêtu de l'écharpe tricolore de Représentant du peuple , et la tète ombragée de panaches floitans. Tout le monde remarqua son ivresse \ mais , tandis que la foule, enthousiasmée , faisait retentir les cris de vii^e Robespierre qui , dans une république , sont des cris de mort , ses collègues effrayés de ses prétentions audacieuses , incommodaient ses oreilles , comme il s'en est plaint depuis , de traits satiriques, de sarcasmes piquans : J^oyez-vous comme on T applaudit? ne veut-il pas jaire le Dieu ? n est-ce pas le grand prêtre de VEtre Su-^ préme? A cet égard , ce mot lui est échappé : On aurait cru voir les Pygmées renouveler la conspiration des TU ans.
Alexandre, se faisant déclarer par Toracle d'Amùion fils de Jupiter , n'était pas plus superbe.
3l4 l'S^ MYSTÈRES
Nôii-seuleîn<*ni 1rs membres de la ConTention deTÎ- Ititient ses projets théocraliqucs : je tiens d'tine personne, pour Favoir entendu aii^ Tuileries, ce mot énergique d'tin vrai sans-cflilotte : Voyez ce &.....-/^; ce n*est pas assez détre le maître^ il faut encore (fuil soit un dieu.
Les sociétés , comme le uiànifesté du duc d'York, ouvrage de leur commande , transformaient la République ell double royaume de Robespierre, royaume spirituel , royaume temporel.
Avec quelle tolupté rappelait'-il lui-roôme ce jour de fausse gloire! «O! jour à jamais forttmé , où le peuple Français, tout entier, s'éleVa pour rendre à l'Auteur de la Nature le seul hommage digne de lui ! quel touchant assemblage de tous les objets qui peuvent enchanter les regards et le co6ur des hommes ! O vieillesse honorée! O géïiéreuse ardeur des enfans de la patrie ! O joie naïve et pure des jeunes citoyens ! O larmes délicieuses des mères attendries ! O charme divin de Tinnocence et de la beauté ! O majesté d'un grand peuple, heureux par le seul sentiment de sa force , de sa gloire et de sa vertu ! Etre des êtres , le jour où l'Univers sortît de tes naains toutes-puissantes , brilla-^t-il d'une lumière plus agréable à tes yeux , que le jour où, brisant le joug du crime et de l'erreur , il parut devant toi , digne de tes regards et de ses destinées. »
Quelles acclamations n'obtint-il pas encore le 8 thermidor dans la Convention nationale , en prononçant ces paroles enthousiastes !
Mais , dira-t-on , est-il possible de prendre au sérieux celte idée de renfantement du Verbe divin , de manière que le neveu de Damiens soit transformé au milieu de la France , tn fils de Dieu fait homme ?
DE XA MÈRE UlE DIEU DÉVOILÉS. 3l5
Telle létait mon objection à Barère ; il me répondait avec Texemple des prodiges de ce genre dans tous les pays , attestés par T histoire.
(c Les hommes , disak^il ^ sont si faibles , si peu faits pour le« spéculations mélha physiques , que , par un penchant naturel , ils se livrent à tout ce qui tombe éous leurs sens , et flatte leurs craitites ou leurs espérances. C'est surtout dans la nature de la Révolution que le dan-*ger des impostures religieuses est extrémémeilt grave , 6t doit exciter une attention sévère ; ]pàrce que le peuple , privé de ses pratiques de dévotion habituelle , s'abandonne au vague incertain d'idées morales , de principes de conduite, de sentiment et d'opinion ; parce que les hommes ^ dansées temps difficiles , presque tous malheureux et accablés , portant sur leurs visages les traits des maux qu'ils endurent , et du trouble de leurs pensées , cherchent leurs consolations dans une cause supérieure. INe sont-ce pas les persécutions qui rendent sacrés les infortunés , et en font des die^ix? Jupiter ft-éût-il pas sa chèvre qui le nourrit? Moïse ,• dans son berceau d'osier , échappa aux flots de la mer ; Osiris n'eut-il son bœuf Apis? Hercule, à la mamelle triompha des deux serpens ; Romulus ne fut-il pas allaité par une louve ? Le fils de Marie eut Télable de Bethléem contre la proscription d'Hérode.
» La vieille Catherine Théot enfanterait encore avec plus de gloire dans les prisons qu'auptès du Panthéon ^ il ne faut pas qu'elle devienne immortelle. »
Ne pourrait-on pas ajouter l'exemple de Mahomet , de ▼il conducteur de chameaux devenu prophète , et Dieu dans une grande partie du monde ? Écoutons les Juifs f Jésus , selon eux , n'est que 1è fils d'un charpentier ,
5l6 LES MTSTÈftES
suivi dans roi-iginu par des femmes engouées et des gem simples et grossiers , auquel , depuis , Fanibi lieuse politique a fait élever des autels.
Mais, sans aller si loin , n*a-t-on pas sous les yeux le rassemblement immense de plus de cent mille âmes de tout sexe , formé , il y a deux mois , aux environs de Lyon, sous la conduite d'un Moïse femelle y déjà en route pour la Terre-Sainte , malgré Fobstacle de la Méditerranée que cette foule insensée naurait pas passé a la nage , comme la vache /o, piquée* du taon ? Le merveilleux a tant d^empire sur le vulgaire ! Pourquoi Thôte, le gendre d'un menuisier ^ ne serait-il pas devenu, parla force des mystères de la Mère de Dieu , le véritable Christ , le Verbe réel , si Jésus a bien été le Verbe en figure ? Quant aux miracles pour attester sa mission , celui de Tenfantement de Catherine Théot n'eût-il pas été le type de tous ceux que le charlatanisme et la crédulité auraient pu adopter ? La Révolution , par ses prodiges, n'en était- elle pas une mine inépuisable ?