CHAPITRE XIV
I4GS J)fystères.so/!ti dévoués.
Le contraste entre le sérieux dçs tyrans 9 sur l'affaire de la Mère de Dieu , quand on témQignait l'inutilité de 1^ traduire au tribunal révolutionnaire , et leurs plaisapr teries légères e^gaieç quaad iU parlaient de la mettre est jugement , est très-faqile à t^xpliquer.
3()8 LES MTSTÈRCS
Bien certainement la Mère de I)ieu , dom Gerle , la veuve Amblar, étaient ce qu*on appelle des illuminés dont le cerveau faible et inquiet , tourmenté de la manie de prophétiser, trouvait des rapports singuliers entre les événemens de la Révolution et beaucoup de passages de rÉcriture Sainte , basée en général sur la progression des sociétés des hommes , et la corruption de leurs mœurs , qui entraine la ruine des empires ; mais il n'y avait là qu'une folie superstitieuse dans laquelle la haine de la Révolution n'entrait pour rien. Ou se rappelle que , dès 17B9, le chartreux dom Gerle, placé au côté gaache de rassemblée constituante , avait annoncé Tenvie de parcourir la carrière périlleuse des prophéties. Dans ^on rapport apocryphe , Barère a bien soin de rappeler la inoiioD du moine en faveur du culte catholique ; mais il a grand soin de ne pas rappeler qu'elle lui fut suggérée , ni Y annonciation de la prophétesse Labrousse. Rédacteur habile , il fait usage de tout ce qui est utile à son système , et laisse de côté tout ce qui peut j nuire. Son dessein n'a pas été de peindre dom Gerle comme un illuminé de bonne foi , mais comme un fourbe rusé et politique.
L'ambitieux Robespierre connaissait la faiblesse du vulgaire. Voulant mettre à profit les erreurs de la terre , souriant à la destruction du culte de Jésus «Christ , qu'il avait stimulée en sous-œuvre , tout ayant l'air de l'improuver, il imagina de soigner, de conserver comme pierre d'attente les extravagances de la Mère de Dieu , eu même temps quil méditait sa religion nouvelle n l'Etre Suprême , afin d'agglomérer une immense popularité et d'acquérir une prépondérance souveraine.
Ses rivaux au comité de salut public , Barère , Collet,
DE LÀ. MERS DE DIEU DÉVOILÉS. SoC)
Billaud , efiVayës de son ambition dictatoriale > sachant qu'il avait commis la faute d'accorder à dom Gerle un certificat de civisme , formèrent secrètement , avec quelques affidés au comité de sûreté générale , le plan de s^emparer des momeries de Catherine Théot pour le perdre dans Topinion publique. On se caclie (i) , disait-il , on dissimule , on trompe ; donc on conspire. Ils poussèrent les combinaisons jusqu'à faire initier aux mystères de la vieille sibylle plusieurs de leurs agens , chargés sans doute d'exalter Robespierre en louanges , et d'insinuer au crédule chartreux quelques actes ostensibles envers lui pour ajouter à l'attestation de patriotisme (12).
Les commissaires du comité de sûreté générale ri ont pu s introduire que Vun après Vautre^ et comme récipiendaires ^ dans le sombre réduit oii reposait le vieux tabernacle (c'est Barère qui parle dans son rapport)/ ils ont été obligés de subir les épreuves du noviciat , de garder le sérieux pendant les cérémonies grotesques et les ridicules grimaces dont ils ont soutenu le spectacle.
Ainsi ils' ont inspiré la lettre trouvée dans la couche. de la Mère de Dieu lors de son arrestation , lettre pleine des plus grands éloges envers Robespierre , appelé le Jils de ÎÉtre Suprême , le Verbe de î Eternel , le Rédempteur du genre humain , le Messie désigné par les prophètes.
Il ne faut pas croire que cette lettre fut de la main de Catherine Théot ^ la vieille béate , sans éducation , ne 5a voit pas même signer son nom.
(1) Discours du 8 thermidor.
■ (a) Voyez les mëmoires de Sënart , où ces faits sont développes en détail.
3ld LES MYSTÈBE5
Dans cet état , on voit pourquoi Barère donnait tant d'importance aux mystères de la Mère de Dien , sous Taspect de la conspiration politique , surtout révolutionnaire; pourquoi il les traitait avec mépris on pitié , sous le rapport religieux. « Pourrait-il exister de frein contré les fanatiques , continue-t-il , qui auraient la folie de croire à l'immortalité corporelle ? Il n'est point de barrière , point de lien moral ni civil ^ capable de contenir l'audace de tels maniaques ; il est impossible de méconnaître que les acteurs qui servent de noyau k cette dangereuse conspiration ne jouent des rôlcfs distribués et ne s'en acquittent au gré des ennemis de la liberté qui lei font agir ; il importe de ten^asser le movshib ^ il faut le poursuivre jusque dans les der^ers replis q[UÎ enveloppent sa tète hideuse. »