W. III
Quintidi frimaire , S**, décade , Pan II de la r<?public|uc ,
une et indivisible.
Uns différence entre la monarchie et la république, qui suffirait seule pour faire repousser avec horreur, par les gens de bien, le gouvernement monarchique, et lui faire> préférer la république, quoi qu'il en coûte pour l'établir, c'est que si, dans la démocratie, le peuple peut être trom-* pé, du moins c'est la vertu qu'il aime, c'est le mérite qu'il croit élever aux places, au lieu que les coquins sont l'essence de la monarchie. Les vices , les pirateries et les crimes qui sont la maladie des républiques , sont la santé des monarchies. Le cardinal de Richelieu l'avoue dans son tes-*« tament politique , où il pose en principe , que le roi doit éuiter de ^e servir des gens de bien. Avant lui , Salluste avait dit (i) : Les rois ne sauraient se passer des fripons, ef , au contraire, ils doivent avoir peur et se méfier de la probité. Ce n'est donc que dans la démocratie que le bon citoyen peut raisonnablement espérer de voir cesser ie triomphe de l'intrigue et du crime ; et pour cela le peuple n'a besoin que d'être éclairé : c'est pourquoi , afin que le règne d'Asirée revienne , je reprends la plume ,
(i) Salluste, Personne n^ignorc rexclamation que place cet historien dans la bouche de Jugurtha en s'adressant aux ûers républicains de Rome : Urbem venalenij si emptorerti inceniat,! ville qui pour se Teiidre n'attend qu'on acheteur. ...
, . , . ( JVote fies éditeurs, ) '
4Ô LE YIEUX GORHELIER.
et je veux ciider le père Duchesne à éclairer mes concîtoyens , et à répandre les semences du bonheur public* Il y a encore celte différence entre la monarchie et la républiqu \ que les règnes des plus méchans empereurs^ Tibère, Claude, Néron, Caligula, Domitien, eurent d'heureux commencemens. Tous les règues ont la joyeu^ se entrée.
C'est par ces réflexions que le patriote répond d'abord au royaliste, riant sous cape de l'état présent de la France , comme si cet état violent et terrible devait durer :.. Je vous entends , messieurs les royalistes ^ narguer tout, bas les fondateurs delà république, et comparer le temps de la Bastille.. Vous comptez sur la franchise de
. ma plume , et vous vous faites un plaisir malin de la soi-, vre , esquissant fidèlement le tableau de ce dernier s^ mestre. Mais je saurai tempérer votre joie, et animer les citoyens d'un nouveau courage. Avant de mener le lec- . leur aux Breteaux , et sur la place de la Révolution , et de les lui montrer inondés du sang qui coula , pendant ces six mois, pour l'étemel affranchissement d'un peuple de vingt-cinq millions d'hommes , et non encore lavéff par la liberté et le bonheur public, je vais comm.en-' cer par reporter les yeux de mes concitoyens sur les rèr gnes des Césars, et sur ce fleuve de sang, sur cet égoût
-. de corruption et d'inmiondices coulant perpétuellement sous la monarchie.
Muni de ce numéro préliminaire , le souscripteur, fûtil doué de la plus grande sensibilité, se soutiendra facilement, pendant la traversée qu'il entreprend avec moi de ce période de la révolution. Dans le combat à mort que se livrent, au milieude nous, la république et la monar-^ chic, et dans^ la nécessité que l'une ou l'autre remportât
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une victoire sanglante , qui pourra gémir du triomphe de. la république , après avoir vu la deçcription que Thisloire nous a laissée du triomphe de la monarchie; aprè» avoir jeté un coup d'oeil sur la copie ébauchée et grossière des tableaux de Tacite, que je vais présenter à Vhonorable cercle de mes abonnés ?
«c Après le sié^e de Pérouse , disent les historiens, malgré la capitulation, la réponse d'Auguste fut : « Il vous faut tous périr. » Trois cents des principaux citoyens furent conduits à Thôtel de Jules César, et là , égorgés le jour des ides de mars} apr;es quoi le reste deshabitans fut passé pèle- mêle au fil de Tépée , et la ville , une des plus belles de ITtalie, réduite en cendres , et autant effacée quHerculanum de la suiface de la. terre. Il y a^aît anciennement à Rome , dit Tacite , une loi qui spécifiait les crimes (fétôt et de lèse-majesté y et portait peine capitale. Ces crimes de lèse-majesté y sous la république^ se réduisaient à quatre sortes : si une armée avait été abandonnée dans un pays ennemi; si ton avait excité des séditions^ si les membres des corps constitués avaient mal administré les affaires et les deniers publics ; si la majesté du peuple romain avait été avilie. Les empereurs neurent besoin que de quelques articles additionnels à cette loi pour envelopper et les citoyens et les cités entières dans la proscription. Auguste fut le premier extendeur de cette loi de lèse-ma^ jesté^ dans laquelle il comprit les écrits qu il appelait contre^ révolutionnaires (i). Sous ses successeurs, et bientôt les
(i) Je préviens que ce numeVo n'est , d'un bout ù Fàiilrc , qu'une traduction littérale de^htstoricns. J'ai cru inutile de le surcharger des citations. Toutefois , au risque de passer pour pédant , je citerai , par* fou y le texte , afin d'oter tout prétexte à la malignité d'empoisonner
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extensioDs n^eurent plus de bornes. Dès que des propos ' furent devenus des crimes d'État, de là il n'y eut qu'un pas pour changer en crimes les simples regards , la tristesse, la compassion , les soupirs, le silence même.
)} Bientôt ce fut un crime de lèse-majesté ou de contrerévolution à la ville de Nursia , d'avoir élevé un monument à ses habitans, mortsau siège de Modène , en cornluttant cependant sous Auguste lui-même, mais parce qu'alors Auguste combattait avec Brutus, et Nursia eut le sort de Pérouse.
» Crime de contre- révolution àLibonDrusus d'avoir demandé aux diseurs de bonne aventure , s'il ne posséderait pas un jour de grandes richesses. Crime de contre- * révolution au journaliste Cremutius Cordus, d'avoir appelé Bru tus et Cassius les derniers des Romains. Crime de contre-révolution à un des descendans de Cassius ,
mes phrases , et de prétendre ainsi qae ma traduction d'un aateur mort il y a quinze oents ans est un crime de contre-rëvolution.Voici k passage. Tacit. Annales, liy. i , ch. ']'X.]\'am legem majestatis redux^ rat , cui nomen apud ueteres idem , sed alla in judicium ueniebant : si qiiis proditione exercitum , aut plebem seditionihus , deniqiie mcdè gestét Respuhlicâ , majestatem Populi Romani miniiisset. Fada àrgne» baniur, dicta impunè erant. Primus Augustus cognitionem de/amosis lihellis specie legis ejus tractavit.
J'ajoute que Marat , dont l'autorité est presque sacre'e , d'après les honneurs divins qu'on rend à sa mémoire, pensait absolument comme Tacite sur cette matière. Voici comme s'exprimait Marat , à la tribune de la Convention , dans la séance du 7 janvier , à l'occasion d'un réquisitoire d'Anaxagoras Chaumette , contre je ne sais quel article de feu Charles Villette , inséré dans la Chronique: Toute citation devant un tribunal pour une opinion est une injustice. On ne peut citer , en ce cas , un citoyen , que devant le public. Et quand cette citation s'a-dresse h un représentant du peuple , c''est une infâme isolation. Je démarre que le procureur de la Commune soit tixiduit h la barre , pour auoir attenté a la liberté de In presse , etc.
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d^àyoir cliez lui un portrait de son bisaïeul. Grime de contre-^révolution à Mamercus Scaurus, d'avoir fait une tragédie où il y avait tel vers à qui Ton pouvait donner deux sens. Crime de contre-rëvolution à Torquàtus Silanns , de faire de la dépense. Crime de contre-révolution à Petreïus , d'avoir eu un songe sur Claude. Crime de contre-révolution à Appius Silanus , de ce que la femme de Claude avait eu un songe sur lui. Crime de contrerévolution à Pomponius , parce qu'un ami de Séjan était venu chercher un asile dans une de ses maisons de campagne. Crime de contre-révolution d'être allé à la garderobe sans avoir vidé ses poches , et en conservant dans son gilet un jeton à face royale, ce qui était un manque de respect à la figure sacrée des tyrans. Orime de contrerévolution y de se plaindre des malheurs du temps ^ car c^était faire le procès du gouvernement. Crime de contrerévolution de ne pas invoquer le génie divin de Çaligula. Pour y avoir manqué, grand nombre de citoyens, furent déchirés de coups, condamnés aux mines ou aux bètes | quelques-uns même sciés par le milieu du corps. Crime de contre-révolution à la mère du consul Fusius Geminus , d'avoir pleuré la mort funeste de son fils. ,
» n fallait montrer de la joie de la mort de son ami , de son parent , si Ton ne voulait s'exposer à périr soimême. Sous Néron, plusieurs dont il avait fait mourir les proches allaient en rendre grâces aux dieux ] ils illuminaient. Du moin^ il fallait avoir nn air de contentement , un air ouvert et calme. On avait peur que la peur même ne rendit coupable.
T» Tout donnait de l'ombrage au tyran. Un citoyen avaitil de la popularité \ c'était un rival du prince, qui pouvait
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susciter une guerre civile. Studia ci\num in se çertèret et simultiidemaudeantj bellum esse. Suspect (i).
» Fnyait-on au contraire la popularité, et se tenait-on au coin de son feu ; cette vie retirée vous avait fait remarquer , vous avait donné de la considération. Quanta metu occuïtior^ tantàfamœ adeptus. Suspect*
(i) SuspecU Voici la nomenclature des suspects, d''après Anaxagoras Chaumette.
« Sont suspects , et il faut arrêter comme tels : i**. ceux qui , xUini les assemblées du peuple , arrêtent son énergie par dès discours artificieux 9 des cris turbulens , des murmures j a**, ceux qui , plus prndens , parlent mystérieustment des malheurs de la république , s'apitoient sur le sort du peuple et sont toujours à répandre de mauYaises nouvelles avec unci douleur affectée ; 3^. ceux qui ont changé de conduite et de langage suivant les événemens , qui , muets sur les crimes des royalistes , des fédéralistes , déclament avec emphase contre les fautes légères des «patriotes , et affectent , pour parattre républicains , cette sévérité , cette austérité étudiées , qui se démentent dés qu'il s^agit d^un modéré ou d'un aristocrate ; 4°* ceux qui plaignent les fermiers ou marchands avides contre lesquels la loi est obligée de prendre des mesures; 5*^. ceux qui, ayant toujours les mots de liberté , république et patrie sur les lèvres , fréqnentent les ci-devant nobles , les prêtres contre-révolu tioonaires , les aristocrates , les Feuillans , les modérés , et slntéressent à leur sort ; 6°. ceux qui n'ont pris aucune part active dans tout ce qui intéresse la révolution , et qui, pour s'en disculper , font valoir le payement des contributions , leurs dons patriotiques , leur service dans la garde nationale , par remplacement ou autrement ; 7^. ceux qui ont reçu avec indifférence la constitution républicaine , et ont fait part de fausses craintes sur son établissement et sa durée ; 8**. ceux qui n'ayant rien fait contre la liberté, n'ont rien fait pour elle; 9**. ceux qui ne fréquentent pas leurs sections , et qui donnent pour excuse qu'ils ne savent pas parler et que leurs affaires les en empêchent; ïo^. ceux qui parlent avec mépris -des autorités constituées , des signes de la loi , des sociétés populaires et des défenseurs de la liberté ; 1 1<>. ceux qui ont signé des pétitions contre-révolutionnaires, ou fréquenté des sociétés ou clubs anti-civiques, etc.» etc.
( lYote des éditeurs. )
LE VIEUX GORDEUER . 5 1
» Étîez-vous riche ^ îl y avaît un péril imminent que le peuple ne fût corrompu par voslargesses. jiuri uim atque opes Plauti principi infensas. Suspect.
n Étiez-Yous pauvre ; comment donc ! invincible empereur , il faut surveiller dé plus près cet homme^ H ï^'y a personne d'entreprenant comme celui qui n'a rien. Sjllaminopem^ undè prœcipuam audàciam. Suspect.^
» Étiez-vous d'un caractère sombre, mélancolique, où mis en négligé; ce qui vous affligeait , c'est que les affaires publiques allaient bien. Hominem bonis publicù mœstum. Snspeéu
D Si , au contraire , un citoyen se donnairdu bon temps et des indigestions , il ne se divertissait que parce que l'em pereur avait eu cette attaque de goutte qui heureusement ne serait rien ; il fallait lui faire sentir que sa majesté était encore dans la vigueur de Tâge. Reddendam pro intémpestiifd liceniiâ mœstam et junebrem noctem quâ sentiat wVere Kitelllum et imperare. Suspect.
» Etait-il vertueux et austère dans ses mœurs 5 bon ! nouveau Brutus , qui prétendait par sa pâleur et sa perruque de jacobin , faire la censure d'une cour aimable et bien frisée. Glîscere œmulos Brutorum i^ultûs rigidi et tristis quo tibi lascwiam exprobrent. Suspect.
» Etait-ce un philosophe, un orateur ou un poète ; il lui convenait bien d'avoir plus de renommée que ceux qui gouvei^naient ! Pouvait-on souffrir qu'on fît plus d'attention à l'auteur, aux quatrièmes , qu'à l'empereur dans sa loge grillée ? f^irgînium et Rufum cïaritudo nominis. Suspect. » Enfin , s'était-on acquis de la réputation à la guerre; on n^en était que plus dangereux par son talent. II y a de la ressource avec un général inepte. S'il est traître , il ne peut pas si bien livrer une armée à l'ennemi , qu'il n'en
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revienne quelqu'un. Maïs un officier du mérite de Corbu- Ion ou d'AgricoIa , s'il trahissait, il ne s'en sauverait pas un seul. Le mieux était de s'en défaire : Au moins, Seigneur, ne pouvez-vous vous dispenser de l'éloigner promptement de l'armée. Mulia militari fanid metum fecerat. Suspect. » On peut croire que c'était bien pis, si on était petitfils ou allié d'Auguste : on pouvait avoir un jour des pi'étentions au trône. Nobilem et quod tune spectaretur è Cœsarum posteris î Suspect.
» Et tous ces suspects, sous les empereurs , n'en étaient pas quittes', comme chez nous , pour aller aux Madelonettes, aux Irlandais^ ou à Sainte-Pélagie. Le prince leur envoyait Tordre de faire venir leur médecin ou leur apothicaire , et de choisir , dans les vingt-quatre heures, le genre de mort qui leur plairait le plus. Missus cerUurio qui maturaret eum. )»
C'est ainsi qu'il n'était pas possible d'avoir aucune qualité, à moins qu'on n'en eût fait un instrument delà tyrannie, sans éveiller la jalousie du despote, et sans s'exposer à une perte certaine. C'était un crime d'avoir une grande place, ou d'en donner sa démission ; mais le plus grand de tous les crimes était d'être incorruptible. Néron avait tellement détruit tout ce qu'il y avait de gens de bien, qu'après s'être défait de Thrasea et de Soranus il se vantait d'avoir aboli jusqu'au nom de la vertu sur la terre. Quand le sénat les avait condamnés, l'empereur lui écrivait une lettre de remerciment de ce qu'il avait fait périr un ennemi de la république ,* de même qu'on avait vu le tribun Clodius élever un autel à la liberté sur l'emplacement de la maison rasée de Cicéron , et le peuple crier : Vive la liberté ! L'un était frappé à cause de son nom ou de celui de ses ancêtres*, un autre, à cause de sa belle maison d'Albe;
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Valerius Âsiaticus , à cause que ses jardins avaient plu à rimpératrice ^ Statilius, à cause que son visage lui avait déplu ; et une multitude , sans qu^on eu pût deviner la cause. Toraniùsy le tuteur , le vieux ami d'Auguste , était proscrit par son pupille , sans qu oa sût pourquoi , sinon qu^il était homme de probité , et qu'il aimait sa patrie. Ni la préture , ni son innocence ne purent garantir Quintus Gellius des mains sanglantes de Texécuteur \ et cet Auguste, dont on a tant vanté la clémence, lui arrachait les yeux de ses propres mains. On était trahi et poignardé par ses esclaves , ses ennemis ;^ et si on n'avait point d'ennemi, on trouvait pour assassin un hôte, un ami, un fils. En un mot, sous ces règnes , la mort naturelle d'un homme célèbre, ou seulement en place, était si rare, que cela était mis dans les gazettes comme un événement, et transmis par l'historien à la mémoire des siècles. <c Sous ceconsulat , dit » notre annaliste , il y eut un pontife ^ PIson ^ qui mourut )» dans son lit , ce qui parut tenir du prodige. )x
La mort de tant de citoyens innocens et recommandables semblait une moindre calamité que l'insolence et la fortune scandaleuse de leurs meurtriers et de leurs dénonciateurs. Chaque jour, le délateur sacré et inviolable faisait son entrée triomphale dans le palais des morts, en recueillait quelque riche succession. Tous ces dénonciateurs se paraient des; plus beaux noms, se faisaient appeler Cotta , Scipion , Régulus , Gassius , Severus. La délation était le seul moyen de parvenir, et Régulus fut fait trois fois consul pour ses dénonciations. Aussi tout le monde se jetait-il dans une carrière des dignités si large et si facile^ * et pour se signaler par un début illustre , et faire ses cara^ vanes de délateur, le marquis Serenus intentait une accusation de contre-révolution contre son vieux père, déjà
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exile ; après quoi , il se faisait appeler fièrement Brutus* Tels accusateurs, tels juges. Les tribunaux, protecteurs de la vie et des propriétés , étaient devenus des boucheries où ce qui portait le nom de supplice et de confiscation n^était que vol et assassinai.
S^il n^y avait pas moyen d^envoyer un homme au tribunal, on avait recours à Tassassinat et au poison. Celer, OElius , la fameuse Locuste , le médecin Anicet , étaient des empoisonneurs de profession , patentés , voyageant à la suite de la cour, et une espèce de grands officiers de la couronne. Quand ces demi-mesures ne suffisaient pas , le tyran recourait à une proscription générale. C'est ainsi que Caracalla , après avoir tué de ses mains son frère Géta , déclarait ennemis de la républiqui; tous ses amis et partisans , au nombre de vingt mille ; et Tibère, ennemis dé la république, tous les amis et. partisans de Séjan, au nombre de trente mille. C'est ainsi que Sylla, dans un seul jour, avait interdit le feu et Feau à soixante-dix mille Romains. Si un lion empereur avait eu une cour et une garde prétorienne de tigres et de panthères, ils n'eussent pas mis plus de personnes en pièces que lés délateurs , les affranchis , les empoisonneurs et les coupe-jarrets des Césars^ car la cruauté causée par la faim cesse avec la faim, au. lieu que celle causée par la crainte , la cupidité et les soupçons des tyrans , n'a point de bornes. Jusqu'à quel degré d'avilissement et de bassesse , l'espèce humaine ne peut-elle donc pas descendre , quand on pense que Rome a souffert le gouvernement d'un monstre qui ise plaignait que son règne ne fût point signalé par quelque calamité , peste ^ famine ,. tremblement de terre 5 qui enviait à Auguste le bonheur d'avoir eu, sous son empire, une
armée taillée en pièces ; et au règne de Tibère , led désastres de Tamphithéàtre de Fidènes , où il avait péri cinquante mille personnes ; et , pour tout dire en un mot , qui souhaitait que le peuple romain n'eût qu'une seule tète , pour le mettre en masse à la fenêtre !
Que les royalistes ne viennent pas me dire que cette description ne conclut rien , que le règne de Louis XVI ne ressemblait point à celui des Césars. S'il n'y ressemblait point, c'est que chez nous, la tyrannie, endormie depuis long-temps au sein des plaisirs, et se reposant sur la solidité des chaînes que nos pères portaient depuis quinze cents ans , croyait n'avoir plus besoin de la terreur, seul instrument des despotes , dit Machiavel , et instrument tout-puissant sur des âmes basses^ timides, et faites pour l'esclavage. Mais aujourd'hui que le peuple s'est réveillé, et que l'épée de la République a été tirée contre les monarchies, laissez la royauté remettre le pied en France 5 c'est alors que ces médailles de la tyrannie, si bien frappées par Tacite, et que je viens de mettre sous les yeux de mes concitoyens , seront la vivante image de ce qu'ils auront à souffrir de maux pendant cinquante ans. Et faut-il chercher des exemples si loin? Les massacres du Çhamp-de-Mars et de Nancy 5 ce que Robespierre racontait l'autre jour aux Jacobins, des horreurs que les Autrichiens ont commises aux frontières , les Anglais à Gênes , et les royalistes à Fougères et dans la Vendée , et la violence seule des partis , montrent assez que le despotisme, rentré furieux dans ses possessions détruites , ne pourrait s'y affermir qu'en régnant comme les Octave et les Néron. Dans ce duel entre la liberté et la servitude , et dans la cruelle alternative d'une défaite mille foi^plus sanglante que notre
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victoire, outrer la réyfolution avait donc moins de péril ^ et valait encore mieux que de rester en deçà , comme Ta dit Danton , et il a fallu , avant tout , que la République s^assurât du champ de bataille.
D'ailleurs tout le monde conviendra d'une vérité. Quoique Pitt sentant cette nécessité où nous étions réduits, de ne pouvoir vaincre sans une grande effusion de sang , ait changé tout à coup de batteries, et, profitant habilement de notre situation , ail fait tous ses ciTorts pour donner à notre liberté l'attitude de la tyrannie , et tourner ainsi contre nous la raison et l'humamté du dix-huitième siècle , c'est-à-dire , les armes mêmes avec lesquelles nous avions vaincu le despotisme ; quoique Pitt, depuis la grande victoire de la Montagne, le 20 janvier, se sentant trop faible pour empêcher la liberté de s'établir en France, en la combattant de front, ait compris que le seul moyen de la diffamer et de la détruire était d'en prendre lui-même le costume et le langage ; quoiqu'en conséquence de ce plan il ait donné à tous ses agens, à tous les aristocrates, Imstraction secrète de s'affubler d'un bonnet rouge , de changerla culotte étroite contre le pantalon , et de se faire des patriotes énergumènes ; quoique le patriote Pitt , devenu jacobin, dans^ son ordre à Farmée invisible qu'il solde parmi nous , l'ait conjurée de demander , comme le marquis de Montant , cinq cents têtes dans la Conven-tion , et que t armée du Bhin fusillât la garnison de Mayence^ de demander, comme une certaine pétition , qiionfît tomber neuf cent mille têtes ^ comme un certain réquisitoire , qu'on embastillât la moitié du peuple fran^ çaisj comme suspect^ et comme une certaine motion , qxion mît des barils de p^fidre sous jces prisons innoni'*
LE VIEUX GOHDELIER. Sj
brabkSj et à côté une mèche "permanente^ quoique le sans-culotte Pitt ait demandé quW moins , par amendement, on traitât tous ces prisonniers avec la dernière rigueur ; qu'on leur refusât toutes les commodités de la Tie 9 et jusqu'à la vue de leurs pères , de leurs femmes et de leurs enfans , pour les livrer eux et leur famille k la terreur et au désespoir ; quoique cet habile ennemi ait suscité partout une nuée de rivaux à la Convention, et qu'il n'y ait aujourd'hui, en France, que les douze cent mille soldats de nos armées , qui , fort heureusement , ne fassent pas de lois ; car les commissaires de la Convention font des lois]; les départemens , les districts , les municipalités, les sections, les comités révolutionnaires font des lois \ et. Dieu me pardonne , je crois que les sociétés fraternelles en font^ aussi: malgré, dis-je, tous les efforts que Pitt a faits pour rendre notre république odieuse à l'Europe ; pour donner des armes au parti ministériel contre le parti de l'opposition, à la rentrée du parlement \ en un mot , pour réfuter le manifeste sublime de Robespierre (i). Malgré tant de guinées , qu'on me cite , disait Danton , un seul homme , fortement prononcé dans la révolution , et en faveur de la république , qui ait été condamné à mort par le tribunal révolutionnaire? Le tribunal révolutionnaire, de Paris du moins , quand il a vu des faux témoins se glisser dans son sein, et mettre l'innocent en péril,
(i) Cest avec de tels écrits qu'on Yen gérait rhonneur de la république y et qu'oQ débaucherait leurs peuples et leurs armées , aux despetes , bientôt réduits à la garde des nobles et des prêtres , leurs satellites naturels , si les ultra-révolutionnaires et les bonnets rouges de Brissot et de Dumouriez ne gâtaient une si belle cause et ne fournissaient malheureusement h Pitt des faits pour répondre â ces belles paroles de Robespierre.
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s'est empressé de leur faire subir la peine du talion. A la vérité , il a condamné pour des paroles et des écrits. Mais, d'abord, peut-on regarder comme de simples paroles le cri de uwe le /2oi , ce cri provocateur de sédition , et qui , par conséquent , même dans Tancienne loi de la république romaine, que j'ai cilée, eût été puni de mort ? Ensuite c'est dans la mêlée d'une révolution que ce tribunal a à juger des crimes politiques; et ceux même qui croient qu'il n'est pas exempt d'erreurs lui doivent cette justice , qu'en matière d'écrits il est plus attaché à l'intention qu'au corps du délit ; et lorsquMl n'a pas été convaincu que l'intention était contre-révolutionnaire , il n'a jamais manqué de mettre en liberté , non-seulement celui qui avait tenu les propos ou publié les écrite , mais même c^lui qui avait émigré.
Ceux qui jugent si sévèrement les fondateurs de la république ne se mettent pas assez à leur place. Voyez entre quels précipices nous marchons. D'un côté-^est l'exagération en moustaches , à qui il ne tient pas que , par ses mesures ultra*-révoiutîonnaires , nous ne devenions l'horreur et la risée de l'Europe; d'un autre côté est le modérantisme en deuil , qui voyant les vieux Cordeliers ramer vers le bon sens , et tâcher d'éviter le courant de l'exagération , faisait hier, avec une armée de femmes , le siège du comité de sûreté générale , et , me prenant.au collet, comme j'y entrais par hasard, prétendait que , dans le jour, la Convention ouvrit toutes les prisons, pour nous lâcher aux jambes, avec un certain nombre , il est vrai , de bons citoyens , une multitude de contre-révolutionnaires, enragés de leur détention. Enfin , il y a une troisième conspiration , qui n'est pas la moins dangereuse ; c'est celle que Marat aurait appelée
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la conspiration des dindons : je veux parler de ces hommes qui , avec les intentions du monde les meilleures , étran* gerâ à toutes les idées politiques , et, si je puis m'exprimer ainsi , scélérats de bêtise et d'orgueil , parce qu'ils sont de tel. comité , ou qu'ils occiifl^nt telle place éminente , souffrent a peine qu'on leur parle; montagnards d'industrie, comme les appelle si bien d'Eglantine , tout au moins montagnards de recrues , de la troisième ou quatrième réquisition, et dont la morgue ose traiter de mauvais citoyens , des vétérans blanchis dans les armées de la République , s'ils ne fléchissent pas le genou devant leur opinion, et dont l'ignorance patriote nous fait encore plus de mal que l'habileté contre-révolutionnaire des Lafayette et des Dumouriez. Voilà les trois écueils dont les Jacobins éclairés voient que leur route est semée sans interruption : mais ceux qui ont posé la première pierre de la République doivent être déterminés à élever jusqu'au faite ce nouveau cap! tôle , ou à s'ensevelir sous ses fondemens.
Pour moi , j'ai repris tout mon courage ; et tant que j'aurai vécu , je n'aurai pas laissé déshonorer mon écritoire véridique et républicaine. Après ce numéro 3 du vieux Cordelier, que Pîtt vienne dire maintenant que je n'ai pas la liberté d'exprimer mon opinion autant que le Moming Chronicle ! qu'il vienne dire que la liberté de la presse n'existe plus en France , même pour les députés à la Convention , après la lettre pleine d'affreuses vérités que vient de publier le courageux Phîlippeaux (i) ,
(i) Phîlippeaux, Chez Camille et chez Phîlippeaux, ce sont mêmes erreors et même enthousiasme ; ils eurent même repentir et même destinée. Celui-ci, dont la raison dtait plus dclaircei ne voyait dans
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quoiqu'on puisse lui reprocher d'y avoir trop méconnu les grands services du comité de salut public. Depuis que j'ai lu cet écrit véritablement sauveur, je dis à tous les patriotes que je rencontre : jâvez-vous lu PhîKppeaux? Et je le dis avéb autant d'enthousiasme que La Fontaine demandait : Avez-vous lu Baruch ?
Oui , j'espère que la liberté de la presse va renaître toute entière. On a étrangement trompé les meilleurs esprits de la Convention sur les prétendus dangers de cette liberté. On veut que la terreur soit à l'ordre du jour, c'est-à-dire, la terreur des mauvais citoyens : qu^on y mette donc la liberté de la presse \ car elle est la terreur des fripons et des contre-révolutionnaires.
Loustalot , qu'on a trop oublié , et à qui il n'a man- " ' I .1.. I ■ ■ . I ■ ■
Marat qu'une béte fëroce , tandis que Desmouliiis, encore sons le prestige, divinise cette sanglante idole des démagogues. Comme il peut être curieux de connaître ce qu'un homme qui ne manquait pas d'esprit peut dire à froid d'un Marat , on trouvera au nombre des pièces justificatives le portrait de Marat par Fabre d'Églantine. Il y vante son cœur et sa sensibilité, /
11 n'est peut-être pas moins curieux de lire le passage suivant de la dénonciation de Robespierre contre Philippeaux.
« Quelques sarans patriotes ont ouvert les registres de l'Académie des Inscriptions , ils y ont trouvé que la famille de Philippeaux , actuellement au Mans , tirait son origine de Delphes ^ qu'elle descend directement de cette famille grecque dont le chef Érost rate, ne pouvant s'illustrer par les talens et les vertus , brûla le temple de Delphes , pour acquérir l'immortalité. Celui-ci , à l'imitation d'un de ses aïeux, a voulu se faire connaître : n'en pouvant venir autrement à bout , il^ s'est avisé de brÛltr le temple de la Concorde et de la Raison... »
Le descendant d'Érostrate avait dans le caractère une fermeté qui ne Tabandonna ni au tribunal , ni sur i'échafaud , ni dans les dernières lettres qu'il adressa à sa femme. « C'est , dit la Biographie universelle , l'épanchement d'une âme qui se résigne sans eflbrt , satisfait» de succomber pour avoir rempli ce qu'elle croit un devoir. »
( Note des éditeurs* }
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que , pour partager les honneurs divins de Marat , que d'être assassiné deux ans plus tard , ne cessait de répéter cette maxime d'un écrivain anglais : Si la liberté de la presse existait dans un pays où le despotisme le plus absolu reunît dans une seule main tous les pouvoirs , elle suffircùl seule pour faire cchtre^poids. L'expérience de notre révolution a démontré la vérité de cette maxime. Quoique la constitutîoa de 89 eût environné le tyran de tous les moyens de corruption ] quoique la majorité des deux premières assemblées nationales^ corrompue par ses vingt-cinq millions et par les supplémens de liste civile, conspirât avec Louis XVI, et avec tous les cabinets de l'Europe , pour étouffer notre liberté naissante ; il a suffi d'une poignée d'écrivains courageux pour mettre en fuite des milliers de plumes vénales , déjouer tous les complots, et amener la journée du 10 août et la république , presque sans effusion de sang , en comparilison de ce qu'il en a coulé depuis (i). Tant que la liberté indéfinie de la presse a existé , il nous a été facile de tout prévoir, de tout prévenir. La liberté , la vérité, le bon sens ont battu Fesclavage , la sottise et le mensonge , partout où ils les ont rencontrés. Mais est venu le i^ertueuçc Roland qui , en faisant de la poste des- filets de Saint-Cloud que le ministre seul avait droit de lever, et ne laissant passer que les écrits brissotins , a attenté le premier à la circulation des lumières , et a amoncelé sur le Midi ces ténè-
(i) Oa retrouye ici tout le faDatisme de l'esprit révolutionnaire en délire : la nation entière a dejù fait justice de ces accusations exagérées ou mensongères d'hommes dont un bien petit nombre ne se sont point rcndas coupables d'une tyrannie au moins égale à celle des monstres qui ont dévaste l'empire romain.
( Noie des éditeurs.)
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bres et ces nuages d'où il est sorti tant de tempêtes. Oa interceptait les écrits de Robespierre , de Billaud Yarennes , etc. , etc. Grâces à la guerre qu^on fit déclarer, soi-disant pour achever la révolution , il nous en coûte déjà le sang d'un million d'hommes , selon le compte du Père Duchesne , dans uu de ses derniers numéros , tandis que je mourrai avec cette opinion, que, pour rendre la France républicaine , heureuse et florissante , il eut suffi d'un peu d'encre , et d'une seule guillotine.
On ne répondra jamais à mes raisonnemens en faveur de la liberté de la presse ; et qu'on ne dise pas , par exemple , que dans ce numéro 3 , et dans ma traduction de Tacite, la malignité trouvera des rapprochemens entre ces temps déplorables et le nôtre. Je le sais bien , et c'est pour faire cesser ces rapprochemens , c'est pour que la liberté ne ressemble point au despotisme , C[ue je me suis armé de ma plume. Mais, pour empêcher que les royalistes ne tirent de là un argument contre la république , ne suffit-il pas de représenter, comme j'ai fait tout à l'heure , notre situation et l'alternative cruelle où se sont trouvés réduits les amis de la liberté, dans le combat àjmort entre lajrépubliquê et la monarchie?
Sans doute , la maxime des républiques est , quil ifout mieux ne pas punir plusieurs coupables que de frapper un seul innocent* Mais n'esl-il pa^ vrai que , dans un temps de révolution , cette maxime pleine de raison et d'humanité sert à encourager les traîtres à la pairie, parce que la clarté des preuves qu'exige la loi favorable à l'innocence fait que le coupable rusé se dérobe au supplice? Tel est l'encouragement qu'un peuple libre donne contre lui-même. C'est une maladie des républiques , qui vient , comme on voit , de la bonté du tempe-
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rament. La maxime au contraire du despotisme est, quil vaut mieux que plusieurs ùmocens périssent que si un seul coupable échappait. C'est cette maxime , dit Gor^ don sur Tacite , qui fait la force et la sûreté des rois. Le comité de salut public Fa bien senti ; et il a cru que , pour établir la république , il avait besoin un moment de la jurisprudence des despotes. Il a pensé , avec Machiavel , que dans les cas de conscience politique, le plus grand bien effaçait le mal plus petit. Il a donc voilé pendant quelque temps la statue de la liberté. Mais confondra-t-on ce voile de gaze et transparent, avec la doublure des Cloots, des Coupé, des Montant, et ce drap mortuaire sous lequel on ne pouvait reconnaître les principes au cercueil ? Confondra-t-on la constitua tion , fille de la montagne , avec les superfétations de Pitt ; les erreurs du patriotisme , avec les crimes du parti de l'étranger ; le réquisitoire du procureur de la commune sur les certificats de civisme ^ sur la fermeture des églises^ et sa définition des gens suspects , avec les décrets tutélaires de la Convention , qui ont maintenu la liberté du €|pte et les principes.
Je n'ai point prétendu faire d'application à personne, dans Ce numéro. Ce ne serait pas ma faute , si M. Vincent , le Pitt de Georges Bouchotte , jugeait à propos de «'y reconnaître à certains traits. Mon cher et brave collègue Philippeaux n'a^ pas pris tant de détours pour lui adresser des vérités bien plus dures. C'est à ceux qui , en lisant ces vives peintures de la tyrannie , y trouve* raient quelque malheureuse ressemblance avec leur conduite , à s'empresser de la corriger \ car on ne se persuadera jamais que le portrait d'un tyran, tracé de la main du plus grand peintre de l'antiquité, et par Thisto-
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rien des philosophes, puisse être devenu le portrait, d'après nature, de Caton et de Brutus, et que ce que Tacite appelait le despotisme et le pire des gouvernemeus , il y a douze siècles, puisse s'appeler aujourd'hui la liberté , et le meilleur des mondes possibles.