‹ Le vieux cordelier (volume 2)Chapitre 5 sur 58 · N». IV · texte numérisé non relu

N». IV

Dcfcadi 3o frimaire , Tan II de la rëpabliqae aoe et indivisible.

Le plus fort n*est jamais asses fort pour être toujours 1« mattre, s*il ne transforme sa force en droit. ( J.-J. Rousseau, Contrat SocUil.)

Quelques personnes ont improuvé mon numéro 3 , où je me suis plu , disent-elles , à faire des rapprochemens qui tendent à jeter de la défaveur sur la révolution et les patriotes : elles devraient dire. sur les excès de la révolution , et les patriotes d'industrie. Elles croient le numéro réfuté , et touX le monde justifié par ce seuljpot : On sait bien que Tétai présent ri est pas celui de la mèrté; mais patience y vous serez libres un jour.

Ceux-là pensent apparemment que la liberté , comme Fenfance , a besoin de passer par les cris et les pleurs , pour arriver à l'âge mùr. Il est au contraire de la nature de la liberté , que , pour en jouir, il suffit de la désirer. Un peuple est libre du moment qu'il veut l'être (on se rappelle que c'est un mot de Lafayette ) ; il rentre dans la plénitude de tous ses droits , dès le 1 4 juillet. La liberté n'a ni vieillesse , ni enfance. Elle n'a qu'un âge , celui de la force et de la vigueur. Autrement ceux qui se font tuer pour la république seraient donc aussi

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stupîdcs que ces fanatiques de la Vendée, qui se font tuer pour des délices de paradis dont ils ne jouiront point. Quand nous aurons péri dans le combat, ressusciterons-nous aussi dans trois jours , comme le croient ces paysans stupîdes? Non , cette liberté que j*adore ii'est point le Dieu inconnu. Nous combattons pour défendre des biens dont elle met sur-le-cbamp en possession ceux qui Tinvoquent. Ces biens sont la déclaration des droits , la douceur des maximes républicaines , la fraternité , la sainte égalité, Tinviolabilité des principes. Voilà les traces des pas de la déesse ^ voilà à quels traits je distingue les peuplés au milieu de qui elle babite.

Et à quel autre signe veut-on que je reconnaisse cette liberté divine? Cette liberté, ne serait-ce qu'un vain nom ? n'est-ce qu'une actrice de l'Opéra, la Candeille ou la Maillard , promenées avec un bonnet rouge , ou bien cette statue de 46 pieds de baut que propose David? (i) Si par la liberté vous n'entend^ jmis , comme moi , les principes , mais seulement i^Pfekorceau de

(1) Despaze , dans ses Satires , dit à ce sujet, en parlant de la sculpture:

« Dans la place publique , aux yeux de tout Paris , ■ \

Elle ëleva naguère un colosse sinistre

Qui, d^un sanglant autel effroyable ministre,

Semble de noirs projets sans cesse s^occuper ,

Ou tendre ses deux bras pour saisir et frapper ;

Et lorsque , sous sa main , à son art étrangère ,

Le bloc immense eut pris tous les traits de Mégère ,

On Tentendit crier d^une burlesque yoix :

Oui c^est la Liberté', croyez-m'en sur parole \

Prosternez-Tons , passans, et fêtez yotre idole. »

{JYote des éditeurs, )

pierre , il n'y eut lamaia d'idolâtrie plus stupide et ii coùtéusç que la nôtre.

O mes cbers concitoyens ! serions^nous donc avilis à oe point , que de nous prosterner devant de telles divinités? Ifon t Ift liberté , cette liberté descendue du ciel 4 ce n*est point une nympbe de l'Opéra ^ ce n'est point un bonnet rouge , une chemise sale ou des haillons. La li^ berte 9 c'est lé bonheur , c'est la raison , c'est l'égalité , c^est U justice , c'est la déclaration dos droits , c'est vd« tre sublime constitution! Voulez-vous que je la recon^ naisse 9 qUe je tombe à ses pieds , que je verse tout mon sang pour elleP ouvres les prisons (i) à ces deux cent mille citoyens que vous appelez suspects ; car , dans la déclaration des droits , il n'y a point de maison de suspi^f cion ') il n'y a que des maisons d'arrêt. Le soupçon n'a poi^t de prisons , mf^is l'accusateur public ^ il n'y a point de gen» suspects, il n'y a que des prévenus de délits fixés par 1%^^ E^ ^^ croyez pas que cette mesure serak funeste h MHpiablique; Ce serait la mesure la plus rchyolutionnaire que vous eussiez jamais prise. Vous voulez exterminer tous vos ennemis par la guillotine ! Mais y eût^ il jamais plus grande folie? Pouvez-vous en faire périr un seul à l'échafaud , sans vous faire dix ennemis

(i) Que messieurs \ei modérés ne se fassent pas une autorité de ce passage^ quUls n^isolent pas cette ligne du reste du numéro quatre ; car c'est de Tensemble que se compose mon opinion. Je, ne yeux point, pXgrtiée, avoir une querelle avec le géant, et je déclare que mon sentiment n'est pas quV)n ouvre les deux battans des maisons de suspicion , mais seulement un guichet, et que les quatre ou six examinateurs secrets , décrétés par la Convention , décadi 3o frimaire , in<terrogent les suspects un à un , et leur rendent la liberté , si leur élargisseiçeiit ne met point la république en péril.

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de sa flimiUe Ou de $es amis ? Croyez- vous que ce soient ces femmes , cea vieilUrds , oe« cacochymes , ces ëgoïs-^ tes 9 ces traînards de la révolulioa > que vous enfermes j qui sont dangereux ? ï)e vos ennemis , il n'est reslé partni vous que les làehes ci les malades. Les braves et les forts ont émigré» Ils ont péri à Lyçn ou dans la Vendée ; tdû% le reste ne mérite pas votre colère. Cette multitude de feuiU^QS t de rentier»^ de boutiquiers , que vous incar^f céra^ dans le duel entre U ûiiotnai^bieet la république^ tt'a ressemblé qah c^ peuple de Rome , dont Tacite peint ainsi Finclifférence ^ dans le combat entre Vitellrns et Vfespaaîen,

«s Tant que dura T^çtion, les Romains a'assemblaient , çojtnme des spectateurs curieux, autour des combattans ^ et), comme à un spectacle , ils favorisaient tantôt ceux-^él et taii|t6t ceux-là par des baUemens de mains et des ac/clamsitioqs» se déclarant toujours pour les vainqueur»), etIor^quV>fi des deuK partis venait à lâcher pied , vou*lant qu'on tirât des maisons et qu'on livrât à Tennemî ceux qui s'y sauvaient. D'un eôtié , l'on voyait des morte et des blessés ^ de l'autre, des comédies et des restaur^^ leurs, remplis de monde. » JN^'est-ce pas l'image de nos modérés I de nos chapelains, '.de nos sigriataires idei la fam^yise pétition des huit miUe et des vingt mille, et de pet te multitude immobile entre les jacobins etCobleiitz% se]ba le succès , criapt ; Vive I4 Fayette, ei son cbèvpl hXàoc ! ou portant en triompha le biiste déMarat^ et le nichant dévotement à la place de la Notre-^Dame du coin , et entre les deux chandelles? Oa voit que les bourgeois de Paris , l'an a de ,1a i^épublique , ne ressemblent; pus Hi4 ^core à pei^x, . de Rp9ie> » du temps de • Vi tellî»? , comme .ceux de Rome resaerablaienta.oeiiii'd'^i^tifaièBeB ,

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du temps de Platon , dont ce philosophe disait , dans sa république imaginaire ^ qu'il n^avait rien prescrit pour eux , cette classe étant faite pour suivre aveuglément Ti mpulsion du gouvernement et des plus forts. On se battait au Carrousel et au Champ-de-Mars , et le Palais-Royal étalait ses bergères et son Arcadie. A côté du tranchant de la guillotine sous lequel tombaient les tètes couronnées , et sur la même place , et dans le même temps , x>n guillotinait aussi Polichinelle • qui partageait r&ttention. Ce n'était pas l'amour de la répiiblique qui attirait tous les jours tant de monde sur la place de la révolution , mais la curiosité, et la pièce nouvelle qui ne pouvait avoir qu'une seule représentation. Je suis sûr que la plupart des habitués de ce spectacle se moquaient , au fond de l'àme , des abonnés de t'opéra et de la tragédie , qui ne voyaient <ju'un poignard de carton , et des comédiens qui faisaient le mort. Telle était, dit Tacite, Tinsen- «ibilité de la ville de Kome , sa sécurité dénaturée et son indifférence parfaite pour tous les partis. IVJais Yespasien 9 vainqueur, ne fit point embastiller toute cette multitude.

De même croyez-moi, dignes représentans, aujourd'hui que la Convention vient de rejeter sur les intrigans, les patriotes tarés et les ultra-révolutionnaires en mous» taches et en bonnet rouge , l'immense poids dé terreur qui pesait sur elle -, aujourd'hui qu'elle a repris , sur iN>n piédestal , l'attitude qui lui convenait dans la religion du peuple, et que le comité de salut public veut un gouvernement provisoire , respecté et assez fort pour contenir également les modérés et les exagérés , laissons aussi végéter au coin de leur feu , au moins ces paisibles caaaniers qui notaient pas républicains sous Lovrîs XY

LE VIEUX GORDELIER. 69

et même sous Louis XVI et les états*généraux , mais qui , dès le 1 4 juillet , et au premier coup.de fasil , ont jetë leurs armes et récusson des lis, et ont demandé eu grâce k la nation de leur laisser faire leurs quatre repas par jour. Laissez-les, comme Vespasien , suivre aujourd'hui le char du triomphateur , en s* égosillant à crier : vive la république !

Que de bénédictions s'élèveraient alors de toutes parts ! Je pense bien différemment de ceux qui vous disent qu'il faut laisser la terreur à Tordre du jour. Je suis certain, au contraire, que la liberté serait consolidée , et l'Europe vaincue , si vous aviez un comité de clémence. C'est ce comité qui finirait la révolution ; car la clémence est aussi une mesure révolutionnaire , et la plus efficace de toutes , quand elle est distribuée avec sagesse. Que le» imbéciles et les fripons m'appellent modéré , s'ils le veth lent. Je ne rougis point de n'être pas plus enragé que M» Brutus ; or, voici ce que Brutus écrivait : V^ousfe^ riez mieux , mon cher Cicéron , de mettre de la uigueur à couper cours aux guerres civiles , quà exercer de la eolèrej et poursuivre uos ressentimens contre des ucUn" eus (1). On sait que Thrasybule, après s'être emparé d'Athènes , à la tèie des bannis , et avoir condamné à mort ceux des trente tyrans qui n'avaient point péri les armes, à la main , usa d'une indulgence extrême à l'é* gard du reste des citoyens , et même fit proclamer une amnistie générale. Dira-t-on que Thrasybule et Brutus étaient des feuillans , des brissotins? je consens à passer pour modéré , comme ces grands hommes. La politique

(i) Aerius prokihefjida ciuUia belln quam in superalos iracuruUa sxercenda.

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leur avait appris la maxime que Machiavel a professée depuis , que, loréque tant de monde a trempé dans une torijaration , on T étouffe plus sûrement , en feignant de {ignorer^ qu'en cherchant tous les complices. C'est cette politique, autant que sa bonté, son humanité, qui inspira à Autonin ces belles paroles atix magistrats qui le pressaient de poursuivre et de punir tous les citoyens qui avaient eu part à la conjuration d'Attilius : Je ne suis pas bien aise qu'on voie qiiil y a tant de personnes qui ne ni aiment pas.

Je ne puis m^empêcher de transcrire ici le {>assàge que V anti-fédéraliste a cité de Montesquieu, et qui est si bieti à Tordre du jour. On verra que le génie de Césat ïie travaillait pas mieux que la sottise de nos ultra^^évo^ iutionnaires à faire détester la république , et à frayer le cheolin h la monarchie.

<( Tous les gens qui avaient eu des projets ambitietix , avaient conspiré à mètre le désordre dans la république. Pompée , CrassUs et César y réussirent à merveille 9 et comme les bons législateurs cherchent à rendre leurs concitoyens meilleurs , ceux-ci cherchaient à les rendre pires. Ces premiers hommes de la république cherchaient à dégoûter le peuple de son pouvoir^ et à devenir néces'^ saiœs en rendant ejétrëmès les incônvéniens du gouver^te^ ment républicain. Mais lorsqU^Auguste fut devetiu It ^maître , il travailla à rétablir Tordre pour faire sentir It bonheur du gouvernement d'un seul. »

C^st alors qu'Octave sut rejeter habilement sur An-» toine et Lépide l'odieux des proscriptions passées; et comme sa clémence présente appartenait à lui seul , ce fut cette clémence, dont il avait appris l'artifice de Jules-César , qui opéra la révolution , et décida , bien plu»

LB yiEVX GORDELIER. Jl

que Pharsale et Actium, de rasservissement de T Univers pour dix-huit siècles. On était las de voir ooiiler le satig dans le Forum et autour de la tribune aux harangués , depuis les Gracques.

Tant d'exemples prouvent ce que je disais tout à l'heure , que la clémence ^ distribuée avec sagesse , est la mesure la plus révolutionnaire , la plus efficace , au lîeii que la terreur n'est que le Mentor d'un jour , ' comme l'appelle si bien Cicéron : Timor non diuturnus magister officii. Ceux qui ont lu l'histoire savent que c'est la ter* reur seule du tribunal de Jeffrejs et de l'armée révolutionnaire que le major Kirch traînait à sa suite, qui amena la révolution de 1689. Jacques II appelait en riant la campagne de J^ffreys cette sanglante tournée de son tribunal ambulant. Il ne prévoyait pas que son détrônement terminerait la fin de cette campagne. Si on consulte la liste des morts , on verra que ce chancelier d'Angleterre, quia laissé un nom si abominable, était un petit compagnon en comparaison du général ministre Ronsin , qu'on peut appeler , d'après son affiche , VA^ lexandre des bourreaux (i).

(i) On sait que, dans la Vendre, Ronsin , comme le cardinal de Mchelieu , se faisait appeler général ministre. Que sa fortune militaire ait tourne' la tête û ce point à on gënëral inconnu aux soldats , qui ne pouvait devoir les épaulettes dtoile'es qu'à son talent dramatique , et dont ce talent dramatique était si mince , que pas un de ses courtisans n'eût osé le comparer même a Pradon , sans s'avouer an flagorneur , la chose se conçoit ; la vanité et la bouffissure des prétentions ^tant presque toujours en raison inverse du mérite. Mais ce qui est inexplicable, c'est que celui qui, dans nne affiche^ dit qu'à Lyon ( dont la population est de t4o mille âmes ) i5oo seulement ne sont pas complices de la rébellion , et espèab qu''at^a/U lajin de fnmûire , fous les complices, et partant i38,5oo personne» auront péti , et que

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Citoyens collègues , il semble qu'un montagnard n'aurait point à rougir de proposer les mêmes moyens de salut public que BrutusetThrasybule, surtout si ou considère qu'Athènes se préserva de la guerre .civile pour avoir suivi le conseil de Thrasybule , et que Rome perdit sa liberté pour avoir rejeté celui de Brutus. Cependant je me garde bien de vous présenter une semblable me • sure. Arrière la motion d^une amnistie ! Une indulgence aveugle et générale serait contre-révolutionnaire. Du moins elle serait du plus grand danger et d une impoliti-

le Rhône aura roulé leurs cadaui^es ensanglantés jusqu'à Toulon , sans doute afîa d^animer les Toulonnais à se battre en désespérés , et à se faire tuer jusqu'au dernier, sur des monceaux de nos volontaires , plutôt que d^ouTrir leurs portes à un Ronsin : ce qui est inconceTable, dis-je , c'est que cet exterminateur soit un d'Arnaud en moustacbes , qui faisait des pièces sentimentales, et qui avait pris Louis XII et même La^Faj'^ette pour sou héros. Voilà ce qu^on ne pourrait pas croire , si on ne savait pas qu'Alexandre de Phéres , un des tape-ilurs de l'antiquité qui ait le plus fait pendre et brûler de gens , sanglotait à la représentation d'Ipbigénie , et que les deux plus grands septembriseurs de l'histoire moderne, Henri VllI et Charles IX, ont été deux faiseurs de livres. Avant de condamner le courageux Bourdon de l'Oise , qui a osé le premier dénoncer Georges Boucbotte, je demande que les Jacobins se fassent lire la lettre que Philippeaux a distribuée à la Convention , et celui-là ne pourra être qu'un patriote d'industrie, un patriote^d'argent , un patriote contre-révolutionnaire , à qui cette lecture ne fera pas dresser les cheveux à la tôte. Voici un des portraits que Philippeaux a burinés:

Qu'a fait Ronsin , s'ecrie-t-il , pour être général de V armée rétfolu-tionnaire ? Beaucoup intrigué beaucoup uolé , beaucoup menti. Sa seule expédition est celle du tS septembre , où il fit accabler 4^ mille patriotes par trois mille brigands ; celte journée fatale de Coron oii après avoir disposé notre artillerie dans une gorge , a la tète d'une colonne de six lieues de flanc , il se tint caché dans une étable , comme un lâche coquin , a deux lieues du champ de bataille oit nos infoHu^ nés camarades étaient foudroyés par leurs propres canons.

que évidente , non par la raison qu'en donne Machiavel, parce que <( le prince doit verser sur les peuples le mal » tout à la fois , et le bien gouile à goutte , » mais parce qu'un si grand mouvement imprimé à la machine du gouvernement , en sens contraire à sa première impulsion, pourrait en briser les ressorts. Mais autant il y aurait de danger et d'impolitique à ouvrir la maison de suspicion aux détenus , autant rétablissement d'un CO' mùé de clémence me parait une idée grande et digne du peuple français , effaçant de sa mémoire bien des fautes , puisqu'il en a effacé le temps même où elles furent commises, et qu il a créé une nouvelle ère de laquelle seule il date sa naissance et ses souvenirs. A ce mot de comité de clémence^ quel patriote ne sent pas ses entrailles émues? car le patriotisme est la plénitude de toutes les vertus , et ne peut pas conséquemment exister là où il n'y a ni humanité , ni philanthropie , mais une âme aride et desséchée par Tégoïsme. O ! mon cher Robespierre ! c'est à toi que j'adresse ici la parole -, car j'ai vu le moment où Pitt n'avait plus que toi à vaincre , où , sans toi , le navire Argo périssait , la république entrait dans le chaos , et la société des Jacobins et la montagne devenaient une tour de Babel. O mon vi^ux camarade de collège , toi dont la postérité relira les discours éloquens! souviens-toi de ces leçons de l'histoire et de la philosophie : que l'amour est plus fort, plus durable que la crainte^ que l'admiration et la religion naquirent des bienfaits^ que les actes de clémence sont l'échelle du mensonge , comme nous disait TertuUien , par lesquels les membres des comités de salut public se sont élevés jusqu'au ciel , et qu'on n'y monta jamais sur des marches ensanglantées. Déjà tu viens de t'approcher beaucoup de cette idée , dans la mesure

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que tuas fait décréter, aujourd'hui, dans la séance du décadi 3o frimaire. U est vrai que c'est plutôt un comAédû justice qui a été proposé. Cependant, pourquoi là clé^ mence âerait-elle devenue un crime dans la république? Prétendons-nous être plus libres que les Athéniens, le peuple le plus démocrate qui ait jamais existé , et qui avait élevé cet autel à la miséricorde , devant lequel le philosophe Demonax , plus de mille ans après , faisait encore prosterner les tyrans ? Je crois avoir bien avaoeé la démonstration que la saine politique commande. une semblable institution. Et notre grand professeur Maehiar Vel , que je ne me lasse point de citer , regarde cet éta^* blissement comme le plus important et de première né^ ^essité,pour tout gouvernement, le souverain devant plutôt abandonner les fonctions de comité de sûreté gé» nérale , que celles de comité de secours. C'est à lui seul ^u/'£ou£^.recômmande-t-il , que le dépositaire de la souve* raineté doit réserver la distribution des grâces , et tout ce qui concilie la faiseur , laissant aux magistrats la disposi-* tion des peines , et tout ce qui est sujet aux ressentimensi Depuis que j'ai commencé mon cours de politique, dans le Vieux Cordelier , un si grand nombre de mes collègues m'a encouragé par des abonnemens , et m*â fait riionneur d'assister à mes leçons , que , me trouvant au milieu de tant de députés , je. me suis cru cette fois & la tribune même da peuple français* Fort des etetnples de rhistoire et des autorités de Thrasybule, Brutus et Machiavel , j'ai transporté au journaliste la liberté d'opi* nion qui appartient au représentant du peuple à la Con«» vention. J'ai, exprimé par écrit mes sentimens sur le meilleor mode de révolutionner , et ce que la faiblesse de mon organe et mon peu de moyens oratoires ne me

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permet pas de développer si bien. Si ce mot de jubilé , que j'ai risqué pour ne pas être plus impitoyable que Moïse ^ qui cependant était un fier exterminateur , m une machine infernale du calibre de Ronsin ] si , dis-je i mon comité de clémence parait à quelques-uns de mes collègues mal sonnant, et sentant le modérantisme ; à ceux qui me reprocheront d'être modéré dans ce numéro 4» j^ puîs répondre, par le temps qui court i comme faisait Marat , quand , dans un temps bien diffé*rent , nous lui reprochions d'avoir été exagéré dans sa feuille : F^ous n'y entendez rien; eh ! mon Dieu ! laissez^moi dire : on rien rabattra que trop.

Quintidî tiîvosê, i'«. décade, Tan II delà rëpablique une et indivisible.

Grand Discours justificatif de Camille Desmoulins

aux Jacobins.

Patriotes , vous n*y entendem rien. £3i 1 mon Dieu , laisses moi dire : on n*en rabattra que trop. .

( Mot de Marat,)

Frères et amis,

Saint Louis n'était pas prophète, lorsquil se prenait d*une belle passion pour les Jacobins et les Gordeliers , deux ordres que Vhistoire nous apprend qu'il chérissait d*nne tendresse de père. Le bon sire ne prévoyait pas quMIs donneraient leur nom à deux ordres un peu dîiFérens^ qui détrôneraient sa race, et seraient les fondateurs

76 LE VIEUX GORDELIER.

de la république française une et iudiviaible. Après cet exorde insinuant et cet éloge qui n'est pas flatteur^ et auquel vous avez tous part , j'espère qu'il me sera permis, dans le cours de cet écrit apologétique, de vous adresser quelques vérités qui seront moins agréables k eerlains membres.

Le vaisseau de la république vogue, comme j'ai dit, entre deux écueils , le modérantisme et l'exagération. J'ai commencé mon Journal par une profession de foi politique qui aurait dû désarmer la calomnie : j*ai dit , avec Danton , qu outrer la rés^olution avait moins de pérU et ifalait mieux encore que de rester en deçà ; que , dans la route que tenait le vaisseau , il fallait encore plutôt s'approcher du rocher de l'exagération , que du banc de sable du modérantisme. Mais voyant que le Père Duchesne , et presque toutes les sentinelles patriotes , se tenaient sur le tillac , ayec leur lunette , occupés uniquement à crier : Gare! vous touchez au modérantisme! il a bien fallu que moi , vieux Cordelier et doyen des Jacobins , je me chargeasse de la faction difficile , et dont aucun des jeunes gens ne voulait , crainte de se dépopnlariser , celle de crier : Gare ! vous allez toucher à Texagération ! et voilà l'obligation que doivent m'avoir tous mes collègues de la Convention, celle d'avoir sacrifié ma popularité même pour sauver le navire où ma cargaison n'était pas plus forte que la leur.

Pardon , frères et amis , si j'ose prendre encore le titre de p^ieux Cordelier j après l'arrêté du club qui me défend de me parer de ce nom. Mais, en vérité, c'est ime insolence si inouïe que celle de petits- fils se révoltant contre leur grand *père , et lui défendant de porter son nom, que je veux plaider cette cause contre ces fils in-*

grats. Je veux savoir à qui le nom doit rester , ou au graud-papa , ou à des enfans qu'on lui a faits , dont il n^a jamais ni reconnu, ni même connu la dixième partie, et qui prétendent le cliasser du paternel logis. O dieux hospitaliers! je quitterai le nom de Vieux Cordelierj quand nos pères profcs du district et non du club me le défendront ^ quant à vous , messieurs les novices , qui me rayez sans m'entendre :

SiOIez-rooi librement ; je vous le rends , mes frères.

Lorsque Robespierre a dit : Quelle différence j a-t^il entre Le Pelletier -et moi que la mort ? il y avait de sa part bien de la modestie. Je ne suis pas Robespierre ; mais la mort, en défigurant les traits de Thomme , n'embellit pas son ombre à mes yeux , et ne rehausse pas Téclat de son patriotisme à ce point de me faire croire que je n'aie pas mieux servi la république , même étant rayé des G>rdeliers , que Le Pelletier dans le Panthéon ; et puisque je suis réduit k parler de moi , non-seulement pour donner -du poids a mes opinions politiques , mais même pour me <i^fèndre, bientôt j'aurai mis le dénoncé et les dénonciateurs chacun à leur véritable place , malgré les grandes colères du père Duchesne , qui prétend , dit Danton , que 54 pipe ressemble à la tmmpette de Jéricho , et que , lorS" gu il a fumé trois fois autour d' une réputation^ elle doit tomber delle^méme.

Il me sera facile de prouver que j'ai dû crier aux pi- lotes du vaisseau de l'État : Prenez garde -, nous allonï^ toucher à l'exagération. Déjà Robespierre et même Billaad'-Varennes avaient reconnu ce danger. Il restait au journaliste à préparer l'opinion , à bien montrer l'écueil : e^eat ce que j'ai fait dans les quatre premiers numéros.

78 LE YIBUX COADBUEBJ

Ce n^est pas sur une ligne détachée qu^l feU'àit me juger. Il y a vingt phrases dans TÉvangile ^ dit Rousseau ^* tout en appelant son auteur sublime et dwin^ sur les«« quelles M. le lieutenant de police V aurait fait pendre^ ew les prenant isolément et détaillées de ce qui précède et dé ce qui suit. Ce n'est pas même sur un numéro y mais sur l'ensemble de mes numéros , qu'il faudrait me juger.

Je lis dans la Feuille du Salut-Public , k Tartiole de la séance des Jacobins , primidi nivôse : (c Camille Desmou- » lins, dit Nicolas , frise depuis long -temps la ^guillo- » tine^ et, pour vous en donner la preuve , il ne faut n que vous raconter les démarches qu'il a faites au con n mité révolutionnaire de ma section , pour sauver tlO » mauvais citoyen que nous avions arrêté par ordre du I» comité de sûreté générale 9 comme prévenu de corr^s* » pondance intime avec des conspirateurs, ei pdur avoîf » donné asile chez lui au traître Nantouillet. »

Vous allez juger , frères et amis , quel était ce scélént que j'ai voulu sauver. Le citoyen Vaillant était accusé, de quoi? vous ne le devineriez jamais : d'avoir donné à dU nerj dans sa campagne , à deux lieues de Péropne ,:i un citoyen résidant dans cette ville depuis quinze mois f j montant sa garde , y touchant ses rentes ; en un mot), ayant une possession d'état , et de Valoir inimité à coucher chez lui. N'est-ce pas là le crime ridicule dont parle Tfi*cite ? Crime de contre-réi^olution de ce que uotre fermier ^ avait donné à coucher ù un àmi de Séjan, Que dis-je ? les amis de S^an ayant été mis hors la loi , Tacite pouvait avoir tort de se récrier. Mais ici. c'est bien pis! Vaillant avait donné , il y avait plus d'un an , l'hospitalité , deuK jours seulement, à un citoyen alors actif, à un citoyen qui^ dans ce lemps^U, n'était pas sur la liste des gen»

sQ^pecU. Il est vrai que ce citoyen s'appelle Nantouillet; il esi vrai que ce Nantouillet étant venu voir , en 1 791 ou 179a , ce Vaillant qui ^ par parenthèse, est un mien cou* sin , celui-ci ne la point mis à la porte , quoiqu'il fût un ci-devant« Mais, bon Dieu! sera-t*on un scélérat, un cpnspirateur , pour n'avoir pas chassé de sa maison un ci-devant noble , il y a deux ans ? Si ce sont là des crimes , moQfiieur Nicolas, je plains ceux que vous jugez. Vsi vu André Dumont , qui n est pourtant pa^ suspect dci modérantisme, hausser les épaules de pitié de cette arrestation , et il a rendu la liberté au citoyen Vaillant. Si moi , pour avoir demandé la liberté de mon parant em-> prisonné pour une telle peccadille, \e frise la guilhtincj que ferez-'vous donc à André Dumont , qui Ta accordée ? Et sied'il à un juré du tribunal révolutionnaire d'envoyer si légèrement à la guillotine?

Je ue pui$ retenir ma langue , et quelque danger qu'il y ait à avoir une rixe avec un juré du tribunal révolutionii9ire , dénonciation pour dénonciation. En janvier dcr* nier, j'ai vu encore M. Nicolas diner avec une pomme cuite , et ceci n'est point un reproche. ( Plût à Dieu que^ dans une cabane, et ignoré au fond de quelque départe-^ ment, je fisse avec ma femme de semblables repas ! ) Voici ce qu'était alors le citoyen Nicolas. Dana les premières annéeis de la révolution, comme Robespierre courait plus de dangers qu'aucun de nous , à cause que son talent et sa popularité étaient plus dangereux aux contre-révolution^ nairea , les patriotes ne le laissaient pas sortir seul ; c'était Nicolas qui l'accompagnait toute l'aûnée , et qui grand et fort, armé d'im simple bâton , valait à lui seul une compagnie de muscadins. Comme tous les patriotes aiment Robespierre ^ comme , dans le fond , Nicolas est un pu-

8o LE YIEOX COBDELIER.

triote , et qu'il n*y a que la séduction du pouvoir ,'et Téblouissante nouveauté d*une si grande puissance « entre ses mains, que celle de vie et de mort , qui peut lui avoir tourné la tète, nous Tavoiis nommé juré du tribunal révolutionnaire dont il est en même temps imprimeur. Or, et c^est par où je voulais conclure^ sans me permettre aucune réflexion , croirait-on qu'à ce sans-cidoUe qui vivait si sobrement, en janvier , il est dû, en nivôse, plus de 1 5o mille francs , pour impressions , par le tribunal révolutionnaire, tandis que moi, qu^il accuse, je n'ai pas accru mon pécule d'un denier. C'est ainsi que mioi , je suis un aiistocrale qui frise la guillotine , et que Nicolas est un sans-culotte qui frise la fortune.

Défiez -vous , monsieur Nicolas , de l'intérêt personnel qui se glisse même dans les meilleures intentions. Parce que vous êtes l'imprimeur de Bouchotte , est-ce une raison pour que je ne puisse l'appeler Georges sans friser la guillotine ? J'ai bien appelé Louis XVI mon gros 'benêt de roi, en 1787, sans être embastillé pour cela. Bouchotte serait-il un plus grand seigneur? Vous, Nicolas, qui avez aux Jacobins l'influence d'un compagnon , d'un ami de Robespierre \ vous qui savez que mes intentions ne sont pas contre-révolutionnaires, comment avez -vous cru le« propos qu'on tient dans certains bureaux ? comment les avez-vous crus plutôt que les discours de Robespierre , qui m'a suivi presque depuis l'enfance , et qui , quelques jours auparavant, m'avait rendu ce témoignage que j'oppose à la calomnie : quil ne connoissait pas un meilleur républicain que moi ^ que je rétais par instinct , par senr liment plutôt que par choix , et quil rn était menue impossible éCêtre autre chose. Citez-moi quelqu'un dont on ait fait un plus bel éloge ?

LE VTETTX COBDELTER. 8l

Cependant les tape-durs ont cru Nicolas plutôt qne Robespierre ; et déjà , dans les groupes , on m appelle .• tin conspirateur. Cela est vrai , citoyens , voilà cinq ans. que je conspiré pour rendre la France républicaine , heureuse et florissante.

J'ai conspiré pour votre liberté , bien avant le la juillet. Robespierre vous a parlé de cette tirade énergique de vers , avant-coureurs de la révolution. Je con-^ spirais , le i!2 juillet^ quand , le pistolet à la main , j^appelais la nation aux armes et à la liberté , çt que j^ai pris , le premier, cette cocarde nationale que vous ne pouve» pas attacher à votre chapeau , sans vous souvenir de moi. Mes ennemis , ou plutôt les ennemis de la liberté , cap je ne puis en avoir d'autres , me permettent-ils de lira cette pièce justificative ?

« Alors parut Camille Desmoulins ; il faut l'écouter ^lui>^ même : Il était deux heures et demie ; je venais sonder le peuple. Ma colère contre les despotes était tournée «n désespoir. Je ne voyais pas les groupes , quoique, vivement émus ou consternés, assez disposés au soulèvement. Trois jeunes gens me parurent agites d'un plus véhément courage; ils se tenaient par la ipain. Je vis qu'ils étaient venus au Palais-Royal dans le même dessein que moi ; quelques citoyens passifs les suivaient : « Messieurs, leur dis-je, voici un commencement d'attroupement civique ; il faut qu'un de nous se dévoue, et monte sur une table pour haranguer le peuple » — « Montez-y. )> — ^^ « J'y consens. )i — • (c Aussitôt je fus plutôt porté sur la table que je n'y montai. A peine y étais-je , que je me vî» entouré d'une foule immense. Voici ma courte harangue j que je n'oublierai jamais :

«c Citoyens ! il n'y a pas un moment à perdre. J'ar-

$21 LE VIEUX GORDEUEè;

rire de Versailles ; M. Necker est renvoyé : ce renvoi esl le tocsin d'une Saint-Barthélemi de patriotes : ce soif tous les bataillons suisses et allemands sortirontduChamp^ de-Mars pour nous égorger. Il ne nous reste qu'une ressource , c'est de courir aux armes , et de prendre des cocardes pour nous reconnaitrCé »

» J'avais les larmes aux yeux, et je parlais avec uneac-' tîon que Je ne pourrais ni retrouver , ni peindre*. Ma motion fut reçue avec des applaudi ssemens infinis. Je contintiài : •^*- <^uelles couleurs voulez-vous ? -^ Quelqu'un s'écria : — Choisissez. — Voulez - vous le vert , couleur de l'espérance , ou le bleu de Cincinnatus , couleur de la liberté d'Amérique et de la démocratie ? or Des voix ^'élevèrent : -^ Le vert , couleur de l'espérance I *— Alors je m'écriai : — Amis ! le signal est donné ; voici les espions et les satellites de la police qui mê regardent en face. Je ne tomberai pas du nioins vivaint entre leurs mains. Puis , tirant deux pistolets de ma pocbe^ je dis : Que -tous le» citoyens m'imitent! Je descendis étouffé d'embrassemens ; les uns me serraient contre leurs coeurs ; d'autres me baignaient de leurs larmesf: un bitoyeu de Toulouse, craignant pour mes jours, ne voulut jamais m'abandonner. Cependant on m'avait apporté un ruban vert. J'en mis le premier à mon cbapeau 9 et j'en distribuai à ceux qui m'environnaient. »

Depuis , je n'ai cessé de conspirer, avec Danton et Robespierre 9 contre les tyrans. J'ai conspiré dans i^ France libre , dans le discours de la Lanterne aux Pa-risiens ^ dans les Réifolutions de France et deBrabantj dans la Tribune des Patriotes. Mes huit volumes în-8<>. attestent toutes mes conspirations contre les aristocrates de toute espèce , les royalistes ^ les fêuillans , les brisso-^

LK VIEUX CORDELÏER. 85

lins , les fëdéralistes. Qu'on mette les scellés chez moi , et on Terra quelle multitude de suffrages, les plus honorables qu'un homme puisse recevoir , m'est venue des quatre parties du monde.

Qu'on parcoure mes écrits^ mes opinions , mes appels nominaux , je défie qu'on me cite une seule phrase , dans ces huit volumes , où j'aie varié dans les principes républicains , et dévié de la ligne dfi la Déclaration des droits» Depuis Necker et le système des deux chambres , jusqu'à Brissot et au fédéralisme , qu'on me cite un seul conspirateur dont je n'aie levé le masque, bien avant qu'il ne fut tombé. J'ai toujours eu six mois , et même dix-huit mois d'avance sur l'opinion publique. Je les ai encore ces six mois d'avance ; et j'ajourne à uu temps moins éloigné votre changement d'opinion sur mon compte. Où avez-vous pris vos actes d'accusation contre Bailly , X<e^ Fayette , Malouet , Mirabeau , les Lameth , Pétion , d'Orléans, Sillery, Brissot, Dumouriez , sinon dans ce que j'avais conjecturé , long-temps auparavant, dans mes écrits que le temps a confirmés depuis? Et je vous l'ai déjà dit , ce à quoi personne ne fait attention en ce moment , mais qui , bien plus que mes ouvrages , m'hono^ rera auprès des républicains d^ns la postérité, c'est que ) 'a vais. été lié avec la plupart de ces hommes que j'ai dénoncés , et que je n'ai cessé de poursuivre , du moment qu'ils ont changé de parti ] c'est que j'ai été. plus fidèle à la patrie qu'à l'amitié : c'est que l'amour de la république a triomphé de mes affections personnelles; et il a fallu qu'ils fussent condamnés pour que je leur tendisse la main , comme à Barnave.

Il est bien facile aux patriotes du lo août, aux patriotes de la troisième ou quatrième , je ne dis pas requi-

84 tiE TIEUX GORD^UEA.

sition ) mais peftjuisition , aujourd'hui que Targent ei les places éminentes sont presque une calamité, de se parer de leur incorruptibilité d*un jour. Necker,.à IV pogée de sa gloire , et après son deuxième rappel , a-t-il cherché à les séduire , comme moi , dans Taffaire des boulangers? La Fayette , dans les plus beaux jours de sa fortune , les a-t-il fait applaudir par ses aides-de-oamp , quand ils sortaient de che^ lui , et traversaient son anti-^ chambre? Ont-ils été environnés , à Bellechasse j de pièges glissans et presque inévitables? A-t-^oa tenté leurs yeux par les charmes les plus séduisans , leurs mains par r^ppàt d'une riche dot^ leur ambition par la perspective du ministère \ leur paresse par celle d'une mai-* son délicieuse dans les Pyrénées? Les a-t-on mis. à une épreuve plus difficile, celle de renoncera Tamitiéde Barnave et des Lameth , et de s'arracher à celle de Mirabeau que j'aimais à l'idolâtrie , et comme une maîtresse p A tous ces avantages ont-ils préféré la fuite et les dé* crets de prise de corps ? Ont-ils été obligés de condamner tant de leurs amis avec qui ils avaient commencé la ré^ volutioUé

O peuple ! apprends à connaître tes vieux amis , et demande aux nouveaux qui m'accusent, s'il se trouve un seulparmi eux qui puisse produire tant de titres à ta confiance ?

Mon véritable crime , je n'en doute pas , c'est qu^oa sait que j'ai dit , qu'avant dix numéros , j'aurais démaskr que encore une fois tous les traîtres , les nouveaux con-^ «pirateurs , et la cabale de Pitt qui craint les révélations de mon journal. On n'ose se mesurer avec le vieux Cordelier qui a repris sa plume polémique signalée par taut de victoires sur tous les conspirateurs passés, et on a pris

LE TIEUX CORD£tJ]${l> 85

le parti plus court de me faire des querelles d'allemand^ et de reproduire des dcnonciations usées , et que Robespierre vous a fait mettre sous les pieds. Mais voyons queU sont les prétextes de cet acharnement contre moi.

Des hommes , m#s ennemis à découvert , et en secret ceux de la république , ne savent que me reprocher étei> nellement , depuis cinq mois , d'avoir défendu Dillon» Mais si Dillon était si coupable,, que ne le faisieà^«voua donc juger?

Pourquoi ne veut-on voir qu'un général que j'ai défendu , et ne regai^de-t-on pas cette foule de géqéraux que j'ai accusés ? Si c'était un traître que j'eusse voulu défendre , pourquoi aurai s-je accusé ses complices?

Si l'on veut que je sois criminel pour avoir défendu Dillon ^ il n'y a pas de raison pour que Robespierre ne soit pas criminel aussi pour avoir pris la défense de Camille Desmoulins] qui avait pris la défense de Dillon. Depuis quand est-ce un crime d'avoir défendu quelqu'un ? Depùia quan^ l'homme est-ii infaillible et exempt d'erreurs?

Collot d'Herbois lui-même qui, sans me nommer^ est tombjé sur moi avec une si lourde raideur , à la der- «ière séance des jacobins, et qui , à propos du suicide de Gaillard , s'est mis en scène , et a fait une vraie tragédie, pour exciter contre moi les passions des tribunes où l'on avait payé , ce jour-là , des places jusqu'à aS livres,, tant M. Pitt mettait d'importance à l'expulsion de la société des quatre membres dénoncés , Fabre d'Eglantine , Bourdon de l'Oise, Philippeaux et moi ^ ^Collot d'Herbois ne s'était-il pas trompé lui-même sur un général qui a livré Toulon? sur BmneU <N'a-t-il pas défendu ProlyP Si je voulais user de représailles contre Collot , je n'aurais qu'à laisser courir ma plume , armée

86 LE VIEUX C0KDEUER.

de faits plus forts que sa dénonciatioii* Mais j^immole k la patrie mes ressentimens de la Tiolente sortie de Collet contre moi : nous ne sommes pas trop forts , tous les vrais patriotes ensemble , et serrés les uns contre les aur très , pour faire tète à Taristocratie , canonnant et livrant des batailles autour des frontières, et au faux patriotisme, ou plutôt à la même aristocratie , plus lâche , cabalant et intrigaillant dans rintérieur* Tai en le tort , et on m*a fait le reproche juste, d'avoir trop écouté Tamour-propre blessé, et d'avoir pincé trop au vif un excellent patriote ^ notre cher Legendre : je veux montrer que je ne suis pas incorrigible , en renonçant aujourd'hui à des représailles bien légitimes. J'avertis seulement Collot d'être en garde contre les louanges perfides et exclusives , et de rejeter avec mépris , comme a fait Robespierre , ceUes de ce Père Duchesne , des lèvres de qui tout Paris a remarqué qu'il ne découlait que du sucre et du miel j qui n'avait que des joies , dont les juremeus même étaient flûtes et doucereux , depuis le retour de Danton , ^ qui, tout à coup , à l'arrivée de Collot d'Herbois , reprend ses moustaches , ses colères , et ses grandes dénonciations contre les vieux cordeliers et ne craint pas de s'écriei; indiscrètement: le géant est arrivé, il va terrasser les pygmées. La publicité de ce mot qui ne pourrait point dépopulariser , mais seulement ridiculiser celui qui en est l'objet , s'il n'avait pas désavoué cette flagornerie d'Hébert qui cherche à se retirer sous le canon de Collot ; cette publicité sera la seule petite piqûre d'amour-propre à amour-propre , que je me permettrai de faire à mon collègue. Je saurai toujours distinguer entre le Père Duchesne et le bon Père Gérard , entre Collot Châ* teauvieux et Hébert Contre-marque.

LE TIEU1C GOHDELIER. 87

Voilà 9 à propos de Dillon , une bien longue paren*' thèse , tandis que , pour ma justification , payais seulement à observer que les meilleurs patriotes n'étaient pas exempts de prévention ; que CoUot dUerbois luimême avait défendu des gens plus suspects que Dillon ; bien plus, je pose en fait, qu'il n'est pas un député à la montagne , à qui on ne puisse'reprocher quelque erreur et son Dillon.

"Pardon, mes chers souiS||lpteurs, mais croiriez-vous que je ne suis pas encore bien conyaincu que ce général , qu'on ne cesse de me jeter aux jambes , soit un traître? Voilà six mois que je m'abstiens de parler de lui ni en bien, ni en mal. Je me suis contenté de communiquer à Robespierre , il y a trois mois , la note qu il m'avait fait passer sur Carteaux. £h biea , la trahison de Carteaux vient de justifier cette note.

Ici , remarquez , qu'il y a quatre semaines , Hébert a présenté aux Jacobins un soldat qui est yenu faire le plus pompeux éloge de Carteaux j et décrier nos deux cordeliers, Lapoype et ce Fréron qui est venu pourtant à bout de prendre Toulon, en dépit de l'envie , et malgré les calomnies ; car Hébert appelait Fréron com** me il m'appelle , un ci^deifant patriote , un muscadin y un Sardanapale^ un v^îédase. Remarquez, citoyens, que depuis deux mois , le patriote Hébert n'a cessé do diffamer Barras et Fréron , de demander leur rappel au comité de salut public , et de prôner Carteaux , sans qui Lapoype aurait peut-être repris Toulon, il y a six semaines, lorsque ce général s'était déjà emparé du fort Pharon. Remarquez que c'est lorsque Hébert a vu qu'il ne pouyait yenir à bout d'en imposer à Robespierre sur le compte de Fréron, parce que Robespierre connaît

88 LS TIBUX CORDEUER«

les vieux cordeliers^ parce qu^il connaît Fréron , comine il me connaît ; remarquez que c'est alors qu'est venue au comité de salut public , on ne sait d'où, cette fausse lettre sîgnca Fréron et Barras^ cette lettre qui ressemble si fort à celle qu'on a fait parvenir, il y a deux jours , à la section des Quinze- Vingts , par laquelle il serablaitque d'Eglantine , Bourdon de l'Oise , Philippeaux et moi voulions soulever les seclions. Oh ! mon cher Fréron , c'est par 'Ces arlîGces grossiers HJf^ les patriotes du lo août minèat les piliers de V ancien district des Cordeliers. Tu écrivais , il y a dix jours , à ma femme : Je ne rêve qiià Toulon , bu fy périrai ou je le rendrai à la république ,' jN? pars. La canonnade commencera aussitôt mon arrîi^éej nous allons gagner un laurier ou un saule : préparez-moi Tun ou Vautré. Oh ! mon brave Fréron , nous avons pleuré de joie tous les deux en apprenant ce malin la victoire de la république , et que c'était avec des lauriers que nous irions au-devant de toi, et non pas avec des saules au-devant de ta cendre. C'est en montant le premier à l'assaut avec Salicetti et le digne frère de Robes^ pierre , que tu as répondu aux calomnies d'Hébert. C'est donc à Paris comme à Marseille ! Je vais citer tes paroles, parce que celles d'un triomphateur auront plus de poid& que les miennes : Tu nous écris dans cette même lettre : Je ne sais pas si Camille voit comme moi, mais il me semble' qu'on veut pousser la société populaire au delà du but , et leur faire faire , sans s'en douter, la contrc-révolution par des mesures ultra-révolutionnaires. La discorde secoue ses torches parmi les patriotes. Des hommes ambitieux , qui veulent s'emparer du gouvernement, font tous leurs efforts pour noircir les hommes les plus purs, les hommes à. moyens et à caractère, les patriotes de la première four -^

XB VIEUX CORDELIEBr. 8g

née : ce qid uient de se passer à Marseille en est une preuve: £ih quoi ! mon pauvre Martin , tu étais donc poursuivi à la fois par les Pères Duchesnes de Paris et des Bouches-du-^ Rhône ! et sans le savoir, par cet instinct qui n^égare jamais les vrais républicains , à deux cents lieues l'un dé Tautre , moi avec mon écritoire , toi avec ta voix sonore^ nous faisions la guerre aux mêmes ennemis ! Mais il faut rompre avec toi ce colloque , et revenir à ma justification.

Il faut que je le répète pour la centième fois, puîsquon m'en a absous inutilement quatre-vingi-dix-neuf ; il n'est |>as vrai de dire que j'ai défendu Dillon-, j'ai demandé qu'on le jugeât ; et n'est-îl pas évident que si on pouvait accuser quelqu'un de le défendre, ce serait plutôt ceux qui n'ont pas demandé, comme moi , qu'il fut jugé« Ainsi tombe d'abord l'éternelle dénonciation contre Ca-* mille Desmoulins. Quel doit être , dans le sac de mon adversaire, le déficit des pièces contre moi, puisqu'ils sont réduits à me reprocher éternellement d'avoir défendu un général à qui on ne peut contester de grands services à la côte de Biesme !

La plus courte justification ennuie. Pour soutenir l'attention , je tâche de mêler la mienne de traits de satire, qui ne fassent qu'effleurer le patriote , et percent de part en partie contre-révolutionnaire déguisé sous le rouge bonnetquemamainjetteàbas. Au sortir de la Convention jô retourne au Vieux Cordelier^ et, selon que je suis affecté de la séance , une teinte de gaieté ou de tristesse so répand sur la page que j'écris, et sur ma correspondance avec mes abondes. Barère aujourd'hui a rembruni mes idées , et mon travail de ce soir se sentira de ma mélancolie.

Est-il donc possible qu'on ait dirigé contre moi un

go LE VIEUX COBDELIER.

rapport dont le décret présentait absolument mes cond1^ siens? C'était tellement mes conclusions, que Robespierre a fait passer à Tordre du jour sur ce projet de décret, comme ressemblant trop à mon comité de clémence. Conr venez, mes chers collègues, que j'ai eu du moins lecourage d'ouvrir là une discussion grande et .que rhonneur de l'assemblée nationale demandait qu elle abordât. J'aurai eu le mérite d'avoir fait luirele premier un rayon d'espoir aux patriotes détenus. Les maisons de suspicion ne ressembleront plus jusqu'à la paix à l'enfer de Dante où il liy a point <f espérance. N'eussé-je fait que ce bien , je rnéri* tais de Barère plus de ménagemens , et qu'il ne frappât point si fort. Au demeurant, le plus grand honneur qu'on pût faire à mon journal, était assurément celte censure du comité de salut public , et le décret qui en ordonne rinserliou au bulletin. C'est donner à ma plume une grande importance. Un jour la postérité jugera entre les suspects de Barère et les suspects de Tacite. Provisoirement les patriotes vont être contens de moi; car, après cette censure solennelle du comité du salut public , j'ai fait, comme Fénelon, montant en chaire pour publier le bref du pape , qui condamnait les Maximes des Saints , et les lacérant lui-même , je suis prêt à brûler mon numéro 3 \ et déjà j'ai défendu à Desenne de le réimprimer, au moins sans le cartonner.

Comme le comité de salut public n'a pas dédaigné de réfuter mon numéro '4i pour éclairer tout-à-faît sa religion, je lui dois le rétablissement d'un fait, sur lequel son rapporteur a altéré Thucydide : j'en demande pardcm à Barère.

Mais assurément Athènes ne jouissait pas cCune paix profonde , quand Thrasybule fit prononcer dans l'assem-

blée générale da peuple que personne ne serait inquiété ni poursuivi , hors les trente tyrans. Ces trente tyrans étaient à peu près à la population d'Athènes , qui ne se composait guère que de vingt mille citoyens , comme nos aristocrates prononcés sont à notre population de vingtcinq millions d'hommes. L'histoire dit positivement que ce sage décret mit fin aux dissensions civiles, réunit tous les esprits , et valut à Thrasybule le surnom de restaura-* teurdelapaix.

Au reste , Barère a terminé une critique amère de rouvrage par un hommage public au patriotisme de Fauteur. Mais dans sa nomenclature des gens suspects, et à l'occasion de sa remarque judicieuse que ceux-là l'étaient véritablement qui , au lieu de ressentir de la joie de la prise de Toulon , présentaient une mine allongée , Barère pouvait me rendre un autre témoignage. Il aurait pu dire que, ce jour- là même, me trouvant à dîner avec lui , je lui avais dit : Koïlà les hommes vraiment suspects ; voilà ceux à Fairestation desquels je serais le premier à applaudir^ ceux que cette conquête de Toulon a attristés ou seulement laissés tout de glace , et non pas , comme je ïai lu dans une certaine dénonciation^ M. tel ,

PABCE qu'il est LOGÉ LUXURIEUSEMENT.

Que pensera le lecteur impartial de voir Barère , je ne dis pas s'emparer de mon idée, et s'en faire honneur à la tribune de la Convention , mais à ce plagiat joindre la petite malice de publier à la tribune que je n'admettais, pointde gens suspects. Si Barère m'avait cité , si au moins il avait dit que je partageais son opinion , les républicains les plus soupçonneux auraient vu quemoi aussi je voulais des maisons de suspicion, et que je ne différais d'opinion que sur le signalement des suspects. Mais je le vois, Ba-

Q2 LE TIEUX'CORDECIEK.

rère a craint la grande colère du Père Duckesné , •! la dénonciation itérative de M. rfe F^ieux-SaCy et dans um rapport , il a ouvert la main toute entière pour la satire^ et le petit doigt seulement pour Téloge.

Où les diviseurs de la montagne veulent-ils nous me^ «er , par les calomnies qu'ils chuchotent aux oreilles des patriotes ? Quelle est cette perfidie de s'accrocher à une phrase de mon numéro4 9 de la détacher de ramendement et delà note qui y est jointe. Y a-t-il une mauvaise foi plus coupable? Déjà on ne se reconnaît plus à la montagne. Si c'était un vieux cordelier comme moi , un patriote itectiligne , Billaud-Vareones , • par exemple , qui m'eût gourmande si durement, sustinuissemutique, y aurais dit : C'est le soufflet du bouillant,.Saint-Paul au bon Saint- Pierre qui avait péché! Mais loi, mon cher Barère! toîy l'heureux tuteur de Paméla ! toi le président des FeuUlemsl qui as proposé le comités de douze , toi qui , le 2 juin ^ mettait en délibération dans le comité de salut public, si F on n arrêterait pas Danton ! toi, dont je pourrais relever bien d'auires fautes , si je voulais fouiller le Fieux-sac , que lu deviennes tout à coup un passe- Robespierre , et que je sois par toi colaphisc si sec \ J'avoue que ce soufflet m a fait voir trente-six chandelles, et que je me frotte encore les yeux. Quoi ! c'est toi qui in'accuse de modérantisme !' quoi ! c'est toi , camarade montagnard du 3 juin, qui donne à Camille Desmoulins un brevet [de civisme ! Sans ce certificat, j'allais passer pour un modéré. Que voîs-je ? Je parle de moi , et déjà dans les groupes , c'est Robespierre même qu'on ose soupçonner de modérantisme. Oh! la belle chose que de n'avoir point de principes , que de savoir prendre le vent , et qu'on est heureux d'être une girouette !

tB tlEOX CORDELIER, qS

tlifbyens 9 fettiarquez bien tous ceux qui m^accusent de peccadilles , et je gage que , dans- leur vie , vous trouvère:; de semblables erreurs^ de ces erreurs lourdes que je ne leur ai pourtant jamais reprochées, par amour delacon« corde et de Tunion , moi qu'on accuse de noircir les patrioteSé Je vous rends aussi justice, Barcre; j'aime votre talent, vos services, et je proclame aussi votre patriotisme^ quant à vos torts , Robespierre vous en a donné l'absolulion, et je ne suis point appelant, comme M. Nicolfis , du jugement de BobespierrCé Mais quele^t le reptile si rampant , qui , lorsqu'on lui marche dessus , ne se relève et ne morde? Et la république ne peut pas exiger de moi 4e teqdre l'autre joue.

Tout cela n'est qu'une querelle de ménage avec mes amis les patriotes Collot et Barère ^ mais je vais être à mon

tour b en colère contre le Père Duchesne qui m'apr

pelle un misérable întrlgaiUeur^ un viédase à mener à la guillotine , un conspirateur qui i^eut quon oui^re toutes les prisons pour en faire une nouvelle Kendée^ un endor^ meur payé par Pitt , un bourriquet à longues oreilles. At- TEKDS-Moi , Hébert ; je suis à toi dans un moment. Ici ce n^est pas avec de injures grossières et des mots que je Tais t'attaquer *, c'est avec des faits. Je vais te démasquer comme j'ai démasqué Brissot,' et faire la société juge entre toi et moi.

Le rayon d'espérance que j'ai fait luire au fond des prisoDfls aux patriotes détenus , l'image du bonheur à venir de la république française , que j'ai présenté à l'avaMce et par anticipation à mes lecteurs, et le seul nom de comité' de clémence qae j'ai prononcé, à tort si l'on veut, pour le moment , ce mot seul , a-t-il fait sur toi , Hébert , Teffet du fouet des furies? n'as-tu donc pu supporter

g4 ^E YIEUX GORDELIER.

ridée que la nation fût un jour heureuse et un pétale de frères? Puisqu'à ce mot de clémence, que j'avais pourtant si fort amendé, en ajoutant : Arrière la pensée d*uhe amnistie , arrière T ouverture des prisons, te voilà à te manger le sang , à entrer dans une colère de bougre , k tomber en syncope , et à en perdre la raison , au point de me dénoncer si ridiculement aux Jacobins, pouravoer épousé y dis-tu , une femme riche.

Je ne dirai qu'un mot de ma femme. Pavais totijour» cru k l'immortalité de Tâme. Après tant de sacrifices d'intérêts personnels que j'avais faits à la liberté et au bonheur êa peuple, je me disais, au fort de la persécution : « Il faut que les récompenses attendent la vertu ailleurs, ir Mais mon mariage est si heureux , mon bonheur^domestique si grand , que j'ai craint d'avoir reçu ma récompense snrla terre, et j'avais perdu ma démonstration de Timmort^lité. Maintenant tes persécutions, ton déchaînement centre moi, et tes lâches calomnies, me rendent toute mon espérance.

Quant à la fortune de ma femme , elle m'a apporté quatre mille livres de rentes , ce qui est tout ce que je possède. Dans cette révolution où , je puis le dire , j'ai joué un assez grand rôle , où j^ai été un écrivain polémique , recherché tour à tour par tous les partis qui m'ont trouvé incorruptible , où , quelque temps avant le dix août, on a marchandé jusqu'à mon silence, et fort chèrement ; eh bien ! dans cette révolution où depuis j'atété successivement secrétaire général du département de la justice, et représentant du peuple à la Convention, ma fortune ne s'est pas accrue d'un sou. Hébert pourraitil en dire autant ?

Est-ce toi qui oses parler de ma fortune, toi que toot

LE VIEUX CORDEIIEH; 9?

Paris a TU, il y a deux ans , reveveur des contre-marques, à la porte des Variétés dont tu as été rayé^ pour cause dont tu ne peux pas avoir perdu le ëfeuvenir? Est-ce toi qui oses parler de mes quatre mille livres de rentes , toi qui 9 sans-culotte , et sous une méchante perruque de crin, dans ta feuille hypocrite, dans ta maison loge aussi luxtuieitsement quun homme suspect , reçois cent vingt mille livres de traitement du ministre Bouchotte , pour soutenir les motions des Cloots , des Proly , de ton journal officiellement contre-révolutionnaire, comme je le prouverai.

Cent vingt mille livres à ce pauvre sans-culotte Hébert, pour calomnier Danton, Lindet, Cambon, Thuriot , Lacroix , Philîppeaux , Bourdon de l'Oise , Barras, d'Eglantine , Fréron , Legendre, Camille Desmoulins, et presque tous les commissaires de la Convention ! pour inonder la France de ses écrits , si propres à former Tesprit et le cœur! cent vingt mille francs !•••• de Bouchotte !.. S'étonnera-t-on , après cela, de cette exclamation filiale d'Hébert, à la séance des Jacobins : Oser attaquer Bouchotte ! (oser l'appeler Georges !) Bouchotte à qui on ne peut reprocher la plus légère faute ! Bouchotte qui a mis à la tête des armées des généraux sans-culottes , Bouchotte le patriote le plus pur ! Je suis surpris que dans le transport de sa reconnaissance , Le Père Duchesne ne se soit pas écrié : Bouchotte qui nia donné cent vingt mille livres depuis le mois de juin !

Quel sera le mépris des citoyens pour cet impudent Père Duchesne , quand , à la fin de ce numéro 5 , ils apprendront par une note , levée sur les registres de la trésorerie , que le cafard qui me reproche de distribuer gratis un journal que tout Paris court acheter , a reçu ,

gS LR VIEUX CORDELTER.

en un seul jour d'octobre dernier, soixante mille francs de Mecenas Bourholto pour six cent mille numéros , et que , par uno^dition facile, le lecteur verra que ]efri* pon d'Hébert avolé^ ce jour-là seul , quarante mille francs à la nation.

Drjà quelle a dû être l'indignation de tout patriote qui a eu peu de mémoire*, et qui réfléchit , quand parce que j'ai , dans mon journal , réclamé la liberté de la presse pour les écrivains, la liberté des opinions pour les députés , c'est-à-dire , les premiers principes de la Décla-ration des droits , il a vu Hébert jeter les hauts cris contre moi , lui, cet effronté ambitieux, qui au moment où un enchaînement de victoires ne ralentissait pas le mouvement révolutionnaire, au moment où la nécessité des mesures révolutionnaires était sentie de tous les patriotes il y a deux mois , a osé, dans sa feuille , réclamer la con" stitution y et demander qu on organisât le conseil exécutifs aux termes de Tacte constitutionnel^ parce qu'il lui semblait qujl ne pouvait manquer que d'être un des vingtquatre membres !

Que tu aies reçu de Bouchotte, en un seul jour , au moi s d'octobre , soixante mille francs pour crier dans ta feuille aux quatre coins delà France : Psaphonest unDicu^ et pour calomnier Danton , c'est la moindre de tes infamies. Tes numéros , et tes contradictions à la main , je suis prêt à prouver que tu es un avilisseur du peuple Jran" çais et de la Convention , et un scélérat , déjà aux yeux des patriotes et des claîrvoyans , non moins démasqué que Brissot dont les agens de Pitt t'avaient fait le continuateur, et entrepreneur de contre- révolution par un autre extrême, lorsque Pitt, Calonne et Luchésini , voyant les Girondins usés^ ont voulu essayer s'ils ne pourraient pas

UB TIEIJX CORliBLIÉR. g^

^ finrc; , par la sottise et Tlgnorance^ '^tte centrè^tëvoludôn qa^ibn^ayaient pu faire avec tant de geids d'esprit , de^^His Malouet jusqa'à Gensonné»

.. Je n'ai pas besoin de me jeter dans ^es recherchés» Toi qui me parlesde mes sociétés, crois-iu'qae jHgnbrÏB qae tes sociétés , c'est ime femme Rochechouart , agente des émigrés, c'est lehanquier Kocke, chez qui toi et ta Jac-^ qaeline, vous passez à la campagne les beaux jours dé Técé? Penses-tu que j'ignore , que c^est avec l'intime dé Dumouriez , le banquier hollandais Kocke , que le gradA patriote Hébert, après avoir calomnié dànà sa feuille les hommes les plus purs de la république, allait, d^s sa grande joie , lui et sa Jacqueline , boire le vin de Pitt i et porter des toasts à la ruine des réputations des fondateurs de la liberté? Crois-tu que je n'aie pas remarqué qu^éa effet, tu n'as jamais sonné le mot de tel député , lorsque tu tombais à bras raccourcis sur Chabot et Basire? Crois* ta que je n'aie pas deriné que tu n'as jeté les hauts cris contre ces deux députés, que parce que, après avoir été attirés y sans s*ea douter, peut-être, dans la bonspiration de tes ullra-révolutionnaires , bientôt, à la vue des maux qui allaient déchirer la patrie, ayant reculé d'horreur « ayant paru chanceler, ayant combattu même quelques projets de décret , qui n'étaient pourtant que les précurseurs éloignés des motions liberticides que tu préparais toi et tes complices , tu t'es empressé de prévenir Bàsire et Chabot , et de les perdre , avant que tu ne fusses perdu par eux? Crois- tu qu'on ne m'a pas raconté qu'en 1790 et 1791 9 tu as persécuté Matai. Tu as écrit pour les aristocrates; tu ne le pourras nier, tu serais confondu par les témoins? Crois-tu enfin que je né sache pas positiveoieut que tu. as tr^^qué de U liberté des? citoyen^ , et

9^1 jA niox couiEun.

que je ne me flouTienne pat dece qii'im de meè coUègmè Il dit à moi et à plus de vingt dépatét , que tu aTâis reçe une forte somme pour rëlargi^sement, je ne sais pas bien si c^ëtait'd*iin émigré ou d\in prisonnier, et que depuis, une personne , témoin de ta vcnalilé , t'avait menacé de la révéler , si tu t'avisaia de maltraiter encore Chabotdttas tes feuilles, fait que le représentant du peuple Chaudron Bousseau nous a même assuré qu'il allait dépoaer au eo^ mité de surveillance? Ce sont là des faits autrement graves que ceux que tu m'imputes».

Regarde ta vie , depuis le temps où tu étais un reliéetablefraterà qui un médecin de notre connaissane £u** sait faire des saignées pour douze sous, jusiqu'à -ce inomeat où, devenu notre médecine-politique, et le docteur «Sor* grado du peuple français , tu lui ordonnes des saignées si copieuses , moyennant lao mille livres de traitement que te donne Bottchotte : regarde ta vie entière, et ose <Krei quel titre tu te fais ainsi l'arbitre des réputations aux Ja* cpbins?

Est-ce à titre de tes anciens services? Mais quand Dm* ton, d^Ëglantine et Paré, nos trois anciens présidens permanens des Cordeliers {du district s'çntend}, soute* liaient up ^iége pour Marat *, quand Tburiot assiégeait h Bastille 3 quand Fréron&isait l' Orateur du Peuple; quand 2|ioi,. sans craindre les assassins de Loustalot, et les sentences de Talon, j'osais,, il J a trois ans, défendre, presque seul ,. Varni du peuple , et le proclamer le divin Marat ^ quand tous ces vétérans que tu calomnies aujonr* dliui , se signalaient pour la cause populaire ,. où étais-tu alors , Hubert? Tu distribuais tes contre-marques , et on m'assure que les directeurs se plaigniaient de k recette (i)«

^ , (i> On ditiit tnr jour k un des acteurs da théâtre de la RëpoJyKqne,

LV ynSITX GORDELIER. 99

On m^assnre qne tu t'ëtais même opposé , aux Corâeliers ,

A riBSurrection du 10 août. On m'assure 5 ce qui est

eeruin ^ ce que tu ne pourras nier , car il y a des témoins , e'eat qu'en 1790 et 1791 , tu dénigrais , Vb^ poursuivais Ma* rat ; que tu as prétendu, après sa mort , qu'il t'ayâît laissé sou maDtean^ dont tu t'es fai t tout-i-coup le disciple Elisée, «t le légataire universeL Ce qui est certain , c'est qu'atant de l'efforcer ,àt voler ainsi la succession de popularité dé Marat, tu avais dérobé une autre succession, celle d'ùii Père Duchesne , qui n'était pas Hébert; car ce n 6^t pa^ loi qui Élisais, il 7 a deux ans 5 le Père Duchesne; je né dis pas la TrompMe du Père Duchesne, mais le véritetble Père Duchesne, le mémento Maurjr. C'était un autre que loi , dont tu as pris les noms , armes et juremens , et dont lu t'es emparé de toute la gloire , selon ta coutùmeJ Ge<{ul eat certain., c'est que tu n'étais pas avec nous ,- en 1789 , dans le cheval de bois ; c^est qu'on ne t'a point vu pâroôi les guerriers des premières caitipagnes de la' révolution ; c'est que , comme les goujats ^ tu ne t'es fait reiliar^uer qu'après la victoire où tu t'es signalé en dénigrant les vainqueurs ^ comme Thersite , en emportlfiùt la plus forte pari du butin ^ et en faisant chauffer ta cuisine et tea fourneaux de calomnies avec les lao mille francs et hi deBonchotte (i).

q[9é la Pèis Doehesne était prés d'entrer en colère contre eux ; « Tii peine à le croire , répondit celui-ci : nous aidons la preuve dans nos registres , qu'il nous a volés avant qu'il fût procureur de la commune. Il faut faire supprimer ces registres , Père Duchesne ^ il faut faire ta coor an théâtre de la République , et je ne m'étoùne plus de ta grande eolére contre la Montansier , dans un de tes derniers numéros , et que ttt nous aies fait un éloge si pompeux , si exclusif du théâtre où tu as fait tcn premières armes.

(1) « On me calomnie > «-disait Taufrc jonr Boachotte au comité de

lOO LE VIEUX COBDEUEB.

Serait-ce à titre d'écrivain et de bel-esprit , que tu pr^ tends , Hébert , peser dans ta balance nos répntations2 Est-ce i titre de journaliste que tu prétendrais- être le dictateur de ropiqîon aux Jacobins? Mais y a«t«il rien^de plus dégoûtant.) de plus x>rdarier que la plupart de tes feuilles? Ne sais-tu donc pas , Hébert , que quand les tyrans ^'Europe veulent avilir la république; quand ils veulentfaire croire à leurs esclaves que la France est couverte 'des4énèbres de la barbarie, que Paris , cette ville si vantée, par son a(ticlsme et son goût , est peuplée de Vandales; ne sais- tu pas^ malheureux , que ce sont. des lambeaux de tes feuilles qu^ils insèrent dans leurs gazettes, comme si le^peuple était aussi bète , aussi ignorant que tu voudrais le faire .croire à M. Pitt ; comme si on ne pouvait*^ lui parler quun langage aussi grossier ; comme si c'était là le langage de la Convention et du comité de salut public ; comme siAes saletés étaient celles de la nation ; comme si un égoût de Paris était la Seine.

.. Enfin, serait-ce à titre de sage, de grand politique, d'homme à qui il est donné de gouverner les empires , que tu t'arroges de nous asservir à tes uUrarrévoUiiiQnr najires , sans que même les représentans du peuple aioit le droit d'énoncer leur opinion , k peine d'être chassés de la société ? Mais, pour ne citer qu'un seul exemple , ne sont-ce pas les trois ou quatre numéros qu'Hébert a publiés k la suite de la mascarade de la déprêtrisation

saint public.» Du moins, lai répondit Diinton, ce n'est pas la rtfpuMique qui paie i9o mille francs , depuis le mois de juin , pour tous calomnier ; du moins ce n'est pas le ministère qui s^est fait le colporlear des calomnies contre Bouchotte. La repartie était sans réplique. Cest vingt mille franesà He'bert pour louer Bouchotte! Pas si Georgfit, M. Bouchotte ! U n'est ma foi pas si Georges !

LE VIEUX GORDELIER. lÔI

de Gobel , qui 80tit , par leur împolidquc stupîde , la -cause principale de tant de séditions religieuses , et de meurtres , à Amiens , à Coulommiers , dans le Morl>iliàif , FAisne, rille-et-Vilaine ? N'est-ce pas le Père Duehèsne V ce politique profond quf , par ses derniers écrits , est la cause éyidente que , dans hi Yendée , eu les ttotificaliotts officielles du 2r septembre annonçaient qu'i} n'y avait plus que huit à dix tnitle brigands àenterminer, il a déjà fallu tuer plus de cent mille imbéciles de nouvelles recities qu Hébert a- faites à Charrette et aux royalistes. -

' Et c*estte vil flagorneur , aux gages de iao,ooa livres, qui me iNsprochera lés 4)000 liv. de rente de ma femme ! C'est cet ami intime des Kocke , des Rochechouart , et d'aile multitude d'escrocs , qui me- reproche me^ sociétés ! Ce politique sans vue , et lé phis insensé dés patriotes f s'it n'est pas le plus rusé des aristocrates , me reprochera mes écrits aristocratiques , dit'^il , lui dont je démôiitrelrai que les feuillëarsonf l'es délices dé Coblentz et le seul espoir dePitt r

• Ce ' patriote nouveau sera le diffamateur étemel des vétérans ! Cet homme , rayé de la liste des garçons de théâtre , pour vols , fera rayer de la liste des jacobins , pour leur opinion' , des députés y fondateurs immortels de \bl république ! Cet écrivaiii des charniers sera le législateur de ropinion , le mentor du peuple français ! Un «représentant du peuple ne pourra être d'un autre sentiment que ce grand personnage , sans être traité de viédase et de conspirateur payé par Pitt ! O temps I b miœUrs ! 6 liberté de la presse , le dernier retranchement ae la liberté des peuples , qu'ètes-vous devenue ? ■ 6 liberté des opinions , sans laquelle il n'existerait plus

]0a LE YJEOX COBDELIEB.

de G>nvention, plus de représentation nationale , qn'id* lez-vous devenir ?

La société est maintenant en état de juger entre moi et mes dénonciateurs. Mes amis sayent que je suis toujours le même qu'en 1789; que je nai pas eç » depnis, une pensée qui ne fût pour l'afTermissemçnt de U libieiié, pour la prospérité , le bonheur du peuple français , le maintien de la république une et indivisible, £h l de quel autre intérêt pourrais*je être animé dans le journal que j Vi entrepris, que du zèle du bien public? pourvoi aurais-je attiré contre moi tant de haines toutes-puissantes , et appelé sur ma tête des ressentiiaens implacables ? Que m'ont fait à moi Hébert et tous ceux contre qui j'ai écrit? Ai-je reçu aussi 120,000 francs da-ti^fof national pour calomnier ? ou , pense-t-on que je veaiUo ranimer les cendres de Faristocratie ? a Les modérés, les aristocrates , dit Barère , ne sç rencontrent plus sans se demander : «Avez- vous lu le Vieux CordeUer? « Mpi, le patron des aristocrates l des modérés ! Que le vaisseau de la république , qui court entre les deux éçueils dont j'ai parlé , s'approche trop de celui du modérantiane ^ an verra si j'aiderai la manoeuvre \ on verra jsi je snis un modéré ! J'ai été révolutionnaire avant vous tous* J'ai été plus; j'étais un brigand, et je m'en fais gloire, lorsque , dans la nuit du 1 a au 1 3 juillet 1789, moi et le général Danican nous faisions ouvrir les boutiques d'arquebusiers , pour armer les premiers bataillons des sans-culottes. Alors, j'avais l'audace de la révolution. Aujourd'hui , député à l'Assemblée nationale , l'audace qni me convient est celle de la raison , celle de dire mon opinion avec franchise. Je la conserverai jusqu'à la mori cette audace républicaine contre tous les despotes ; et,

<&E YIEUX GOKDJSLIim. làS

qucûque je n'ignore pas la maxime cle Machiarel, (^*ii ny a point de, tyrannie plus^ effrénée Kfws celle dès p^iii tyrans. ^

, Qu on désespère de m'intimider par les tei*reiirs et lek bruits de Jnon airestation qu^oa dème àmdtir de moi ! Nous savpns que des scélérats méditent un 3r mai coYir tre les Hommes les plus, énergiquei de la môhtagtie* Oé\k Robespierre en a témoignée ses presseurimetiist aux jacobins ; mais , comme il Ta observé j on venrait quelle différence il j a entve les brifesotitis et la indntagne. fjeê acclamations -que la Conveniiou'a retueilHés pM^ fout sur son passage, le jour de la- fête des Victoires, contrent Topinion du peuple , -et -qu'il ne s'en' prend ■point àses représentans des taches que des étrangers se 30nt efforcés d'imprimer j^la nation. C'estdans la Convention^ dans le comité de salut public , et non dans Georges et 'les Géorgiens, que le peuple français espère. Mais tontes les fois que , dans une république , un citoyen aura, comme Bouchotte , 3oo millions par mois , cinquante jnille places à sa disposition , tous les intrigans , tous -les mîseaux de proie «'assembleront n^cessairetnent autour 'de. lui. d'est là le siège du mal , et on sent bien que la ip%ste elle-même , avec une liste civile si forte , se ferait mettre au Panthéonv C'est à la Convention à ne pas souffrir qu'on élève autel contre autel. Mais , ô mes collègues ! je vous dirai comme Brutus à Cicéron : Nous craignons trop la mort et F exil y et la pauvreté. Ninv'iim timemus mortem et exilium et paupertatem. Celte vie tnérite-t-elle donc qu'un représentant la prolonge aux dépens de l'honneur ? Il n'est aucun de nous qui ne soit parvenu au sommet de la montagne de la vie. Il ne nous reste.plus qu'à la descendre à travers mille précipi<ies y

704 ^ YtEJJX. GOBDEUER.

iaëvi tablas même pour Thomme le plus obsciir. Getle descente ne nous offrira aucuns paysages , aucuns sites qui ne se soient offerts mille fois plus délicieux k ee Sa* lomon qui disaiC i au milieu de ses' sept cents femAieS| et en foulant tout ee mobilier de bonheur : «Toi iroupi que les morts sont plus heureux que les twans f et que le plus heureux est celui qui neit jamais né.

£h quoi ! lorsque tous lés jours les douze cent miHè soldats du peuple français affrontent les / redoutes hépspées des batterie^ les plus meurtrières , et volent de :rick>ires en victoires y nous y députés i la G>nve]ition ; nous y qui ne pouvons jamais tomber^ comme le soldat, dans, l'obscurité de la nuit , fusillé dans les ténèbres , |t sans témoins ^ su valeur ; nous ^ dont la mort soufièrte pour la liberté , ne peut être que glorieuse , solenneUe , et en présence de la nation entière f de TEurope ^1 de la postérité j Serions-nous plus lâches que nos soldats ? çraindrons*nous de notis exposer , de regarder Bouchottp en face? n'oserons-nous braver la grande colère du Père Dfiçhesue , pour remporter aussi la victoire que le peuple français :atlend de nous ; la victoire sur les ultra-révol»tioûnaires comme sur les eontre-révôlutionnaires^ la victoire sur tous les intrigans , tous les fripons , tous ks ambitieux , tous les ennemis du bien public ?

Malgré les diviseurs , que la montagne reste une. et indivisible comme la république I ne laissons point avilir , dans sa troisième session , la représentation nationale. La liberté des opinions ou la mort ! Occuponsnous , mes collègues , non pas à défendre notre vie comme des malades , mais à défendre la liberté et les principes , comme des républicains ! Et quand même , ce qui est impossible , la calomnie et le crime pour-

LB VIEUX GORDELIER. I05

raient avoir sur la vertu un moment de triomphe , croiton que , même sur Téchafaud ^ soutenu de ce sentiment intime que j*ai aîmé avec passion ma patrie et la république , soutenu de ce témoignage éternel des siècles , environné de Testime et des regrets de tous les vrais Jrépublicains , je voulusse changer mon supplice contre la fortune de ce misérable Hébert qui ^ dans sa feuille y Jpousse au désespoir vingt classes de citoyens ^ et plus de trois millions de Français , auxquels il dit anathème , et quMl enveloppe en masse dans une proscription comtnune ; qui , pour s'étourdir sur ses remords et ses calomnies , a besoin de se procurer une ivresse plus forte que celle du vin , et de lécher sans cesse le sang au pied de la guillotine? Qu'est-ce donc que Téchafaud pour un patriote , dnon le piédestal des Sydney et des Jean de Witt? Qu'est-ce , dans tin moment de guerre , où j'ai eu mes deux frères inutiles et hachés pour la liberté ^ qa'est-^ce que la guillotine y sinon un coup de sabre , et le plus glorieux de tous , pour un député victime de son courage et de son républicanisme ?

J^ai accepté , j'ai souhaité même la députation , parce que je me disais : Est- il une plus favorable occasion de gloire que la régénération d'un état prêt à périr par la corruption et les vices qui y régnent ? Quoi de plus glorieux que d'y introduire de sages institutions , d'y faire régner la vertu et la justice \ de conserver l'honneur des magistrats , aussi bien que la liberté , la vie et la propriété des citoyens 9 et de tendre sa patrie florissante ? Quoi de plus heureux que de rendre tant d'hommes heureux? Maintenant, je le demande aux vrais patriotes , aux patriotes éclairés : étions-nous aussi heureux que nous pouvons l'être , même en révolution ?

I06 LE VIEUX GOBDEtlEB.

Tai pa me tromper ; mais quand même je serais dans Terreur , est-ce une raison pour qu Hébert se permette d'appeler un représentant du peuple un consjA' rateur à guillotiner pour son opinion. Tai vu iDanUm et les meilleurs esprits de la Convention , indignés de ce numéro d'Hébert , s'écrier : « Ce n'est pas toi qui es » attaqué ici , c'est la représentation nationale , c^est » la liberté d'opinion ! et je ne me serais pas embar- » rassé de prouver que , sur ce seul numéro , Hébert )» a mérité la mort. Car , enfin , quand, tu te serais » trompé , tu n'as pas formé à toi seul une couspiratioD ] » et les brissotins n'ont point péri pour une opinion ; ils » ont été condamnés pour une conspiration. »

La passion ne me fera point dévier des principes , et je ne saurais Atre de cet avis qu'Hébert a mérité le décret d'accusation sur un numéro. Je persiste dans mon sentiment , que , non-seulement la liberté des opinions doit être indéfinie pour le député , mais même la liberté de la presse pour le journaliste. Permis à Hébert d'être le Zoïle de tous les vieux patriotes , et un calom* niateur à gages ! Mais, au lieu de blasphémer contre li liberté de la presse , qu'il rende grâce à cette liberté indéfinie , à laquelle seule il doit de ne point aller au tribunal révolutionnaire , et de n'être mené qu'à la guillotine de l'opinion.

Pour moi , je ne ]^ms friser cette guillotine-là même y au jugement des républicains éclairés. Sans doute j'ai pu me tromper :

Eii ! quel auteur , grand Dieu ! ne va jamais trop loin !

Il y a plus ; dès que le comité de salut public a im* prouvé mon numéro HI, je ne serai point un ambitieux

hérésiarque, et je me soumets à sa décision, comme FénéloD à celle de Féglise* Mais ravouerai-je, mes chers (Collègues? je relis le chapitre IX de Sénèque, les paroles mémorables d* Auguste, et cette réflexion du phi- Imophe que je ne veux pas traduire , pour n'être pas encore une fois une piei:re dVchoppement aux faibles ; et à ce fou sans réplique : « Post hœc nuUîs ampliùs insidiis àb uUo petitttS} » à ce fait , malgré le rapport de Barère , je sens mechapper toute ma persuasion que mon idée d'iiQ' comité de clémence fàt mauvaise. Car remarquez hiea que je n*ai jamais parlé de la clémence du moderantisme,.de la clémence pour les chefs, mais de cette clémence politique , de cette clémence révolutionnaire , qy i distingue ceux qui n'ont été qu'égarés. A ce fait , idisais*je, sans réplique ^ j'ai toutes les peines du monde i souscrire à la censure de Barère , et & ne pas m'écrier jcomme Galilée , condamné par le sacré collège : « Je %eji% pourtant qu'elle tourne ! »

Certes , le procureur général de la Lanterne, en 1789) est aussi révolutionnaire qu'Hébert qui , à cette époque , ouvrait des loges aux ci-devant, avec des salutations jusqu'à terre. Mais dès lors , quand j'ai vu l'assassinat u/frarévoluiionncUre du boulanger François^ fidèle à mon caractère , ne me suis-je pas écrié , que c'était la cour elle-même , Lafayette, et les Hébert de ce temps-là, les patrioliquement aristocrates qui avaient fait ce meurtre , pour rendre la Lanterne odieuse ? Celui-là encore aujourd'hui est révolutionnaire qui a dit, avant Barère, qu'il fallait arrêter comme suspects tous ceux qui ne so réjouissaient pas de la prise de Toulon. Celui-là est un révolutionnaire qui a dit, comme Robespierre, et en tçrmy non moins forts : « S'il fallait choisir entre l'exa^

I08 LE VIEUX CORDELIKR.

gératîon du patriotisme et le marasme du modéramisme^ il ny aurcùt pas à balancer. Celiii-*U est nn révolotionnaire qu» a ayancé comme une des premières maadmes de la politique , que , dans le maniement dês grandes affaires^ il était triste y mais inMtable de i écarter dm règles austères' de la murale. N"". x. Celui-là est rëtolntionnaire qui est allé aussi loin que MaraZen rivolutàm^ mais qui a dit qilau^elà de ses motions, et des bornés qiCil a posées f il fallait écrire comme les géographes Jh f antiquité j à F extrémité de leurs cartes : au-delà , £Piijr a plus de cités j plus d'habitations; il ri y a que des déséi^s on des sauvages ^ des glaces ou des volcans. N*. a. C^i" là est révolutionnaire qui a dit que le comité de sehd public avait eu besoin de se servir^ pour un moment y ds la jurisprudence des despotes , et de jeter sur la Dedans tion des Droits un voile de gaze , il est vrai y et transparesX. Celui-là est révolutionnaire , enfin , qui a ëcrit t'es prè mières et les dernières pages du numéro III ; mais il est fâcheux que les journalistes, parmi lesquels j*ai reconba pourtant de la bienveillance dans quelques-uns , niaient cité aucun de ces passages. Quand la plupart auraient pris le mot d*ordre du Père Duchesne de n'extraire de mes numéros que ce qui prêtait aux comïnentaires , k U malignité et à la sottise ,. ils ne se seraient pas interdit plus scrupuleusement toute citation qui tendit à me yur tifier dans l'esprit des patriotes ; et c'est vraiment uh miracle que ^ sur le rapport d'Hébert , et sur dés citations si infidèles et si malignes de plusieurs dé mes chers confrères en journaux , les jacobins restés à la société 9 à dix heures du soir, ne se soient pas écriés , comme le vice-président Brochet : Quel besoin avoris^nous d^auîres témoins; et que le juré d opinion nait pas déclaré»qa'il

IX VIEUX CORDELIER. l'OQ

était suffisamment instruit, et que, dans son àme et conscience , j^ëtais convaincu de modérantisme , de feuillantisme et de brissotîsme.

£c cependant quel tort avais-je , sinon d'être las d'en avoir eu , d'être las d'avoir été poltron , et d'avoir manqué du courage de dire mon opinion , fût-elle fause. Je ne crains pas que la société me blâme d'avoir fait mon devoir. Mais si la cabale était plus forte, je le dis. avec un sèndment de fierté qui me convient \ si j'étais rayé , ce serait. tant pis pour les jacobins ! Quoi! vous m'avez commandé de dire à la tribune ce que je crois de plus utile pour le salut de la répftlique ! ce que je n'ai pas les moyens physiques de dire à la tribune , je l'ai dit ^bns mes numéros, et vous m'en feriez un crime ! Pourquoi m'avez-vous arraché à mes livres , à la nature , aux frontières où je serais allé me faire tuer comme mes Aeax frères qui sont morts pour la liberté ? pourquoi m^avez-^vous nommé votre représentant? pourquoi ne m'avez-vous pas donné des cahi^s ? Y aurait-il une perfidie, une barbarie semblable à celle de m^envoyer à la Convention , de me demander ainsi ce que je pense de la république , de me forcer do le dire , et de me condamner ensuite , parce que je n'aurais pas pu vous dire des choses aussi agréables que je l'eusse souhaité? Si Ton veut que je dise la vérité , c'est-à-dire , la vérité l'elative, et ce que je pense , quel reproche a-t«an pu me faire , ^and même je serais dans l'erreur? Est-ce ma faute si mes yeux sont malades , et si j'ai vu tout en noir à travers le crêpe que les feuilles du Père Duchesne avaient mis devant mon imagination ?

Snis-je si coupable de n'avoir pas cru que Tacite , qui avait passé jusqu'alors pour le plus patriote des écrivains ,

ÎTO tC^TIEtJX CORDRUBR»

le plus sage et le plus grand politique des historiens , fàt un aristocrate et un radoteur ? Que dis-je , Tacite ? oe Brutus même dont vous ayez Timage , il faut qu^Hébert le fasse chasser comme moi de la société ; car si j^ai été un songe-creux , un vieux rêveur, je Tai été non-seulement avec Tacite et Machiavel , mais avec Loustalot el Marat , avec Thrasybulc et Brutus*

Est-ce ma faute s'il m'a semblé que , lorsque le département de Seine-et-Marne, si tranquille jusqu^à ce jour, était si dangereusement agité, depuis qu'on n'y messait plus ) lorsque des pères et mères , dans la simplicité ds Tignorance , versaient destarmes , parce qu il venait ds leur naître un enfant qu'ils ne pouvaient pas faire baptiser \ bientôt les catholiques allaient , comme les cabrinistes , du temps de Henri II , se renfermer pour dire des psaumes , et s'allumer le cerveau par là prière ; qu'on dirait la messe dans des caves, quand on ne pourrait plus la dire sur les toits ] de là des attroupemens et des Saint* Barthélemi ; et que nous allions avoir Tobligation , principalement aux feuilles b... patriotiques du Père Dw* chesne^ colportées par Georges Bouchotte , d'avoir jeté sur toute la France ces semences si fécondes de séditions et de meurtres ?

Est-ce ma faute, enfin , s'il m'a semblé que des pou-* voirs subalternes sortaient de leurs limites , et se débor* daient; qu'une commune, au lieu de se renfermer dans l'exécution des lois , usurpait la puissance législative , en rendant de véritables décrets sur la fermeture des églises, sur les certificats de civisme, etc. Les aristocrates, les feuillans , les modérés , les brissotins ont déshonoré un mot de la langue française , par l'usage contres-révolutionnaire qu'ils en ont fait. Il est mal aisé aujourd'hui de

tE VIEUS: GORINStlËft. Ht

se servii^ de ce mot. Cependant > frères et amis, croyez-- TOUS avoir plus de bon sens que tous les historiens , et tous les politiques , être plus républicains que Gaton et Brutus , qui tous se sont servis de ce mot? Tous ont ré-' pété cette maxime : V anarchie , en rendant tous les hommes maîtres , les réduit bientôt à nauoît qiCun seul maître. Cest ce seul maître que j'ai craint ; c'est cet anéantissement de la république ou du moins ce démembrement. Le comité de salut public , ce comité sAu- VEUE , y a porté remède ; mais je n'ai pas moins le mérite d*avoir le premier appelé ses regards sur ceux de nos ennemis les*plus dangereux , et assez habiles pour avoir pris la seule route possible de la contre-révolution. Ferezvous un crime , frères et amis, à un écrivain , à un député de s^ètre effrayé' de ce désordre , 'de cette confusion , de cette décomposition du corps politique , où nous allions avec la rapidité d'un torrent qui nous entraînait nous et les principes déracinés ; si , dans son dernier discours sur le gouifemefnent réifolutionnaire , Robespierre , tout en me remettant au pas, n'eût jeté l'ancre lui-même aux maximes fondamentales de notre révolution , et sur lesquelles seules la liberté peut être affermie, et braver les efforts des tyrans et du temps?

Extrait des registres de la Trésorerie nationale ^

du 2 jidn.

Donné au Père Duchesne i35,oooliv.

Les 2 juin \ tandis que tout Paris avait la main à Fépée pour défendre la Convention nationale , à la même heure , Hébert va jneuro la main dans le sac*

lia LE TIEUX COBDEUER. ' I

Plus, du mois d'août, au Père Du«

cbesne. • • • 10,000 lir.

Plus , du 4 octobre , au Père Duchesne. • 60,000 Ut. Calculons ce dernier coup de filet.

Calcul de la valeur des 600,000 exemplaires de la feuille du Père Duchesne , payées par BouclioUe 60,000 AV.

r Composition. • • » . • i61iv.

] Tirage. 8

Le premier mille. < Papier bien mauvais. . ao

( Total. . . *. 44 ^^*

Î Tirage 8 liv.

Papier • f ao

Total. ... a8 lir.

Premier mille 44 ^^'

599,000 , à 28 liv. , ci. • 16,77a

Total du vrai prix des 600,000 exemplaires i6,8i61iT.

Qui de 60,000 Ht*

comptées par Bouchotte

à Hébert , le 4 octobre

En conséquence,^ ,^^3^ et que celui-ci,

avec une impudence cynique , dans son dernier numéro, appelle la brai^ se nécessaire pour chauf* fer son fourneau , ôte. • 1 6,8 1 6 liv.

reste volé à la nation ,* le .

4 octobre i^qS. • • • • 439x84Kt*

LE VIEUX GORDELIER. Il5

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