‹ Le vieux cordelier (volume 2)Chapitre 49 sur 58 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

k JL'àuteur de cet ouvrage, parlant à des hommes qui sk avaient vu comme lui le 9 thermidor , ne devait leur iyi, dire , et ne leur a dit en effet , que ce qu'il y avait fait ou g( TU par lui-même ; mais vingt-deux ans se sont écoulés l 'depuis que cet ouvrage est écrit : peu de personnes se > souviennent aujourd'hui des hommes et des choses qu'il rappelle. Nous croyons que les lecteurs seront bien aises de trouver ici en raccourci les principaux traits t d'une journée si importante dans les fastes de la Révo* lotion , et nous allons leur présenter quelques observait tiens sur ces causes et ses effets immédiats.

La France gémissait depuis quatorze mois sous le ré- I gîme de la terreur , lorsque Robespierre, qui s'était emparé de la direction de cet odieux système , sembla vouloir faire prendre à la Révolution une route nouvelle. Le nombre des échafauds ne diminuait point, et chaque jour voyait conduire à la mort une foule de citoyens ; mais ce n'était plus, comme autrefois, dans les rangs seuls des hommes fidèles à la monarchie que les pourvoyeurs des bourreaux allaient chercher des victimes ; c'était dans tous les partis, c'était même souvent parmi les hommes qni avaient donné à la Révolution les plus affreuses garanties (i). Que voulait Robespierre? Quelques hommes qui ont écrit l'histoire de nos guerres ci-

(]) Houchard, Westerman et plusieurs autres gënérauz connus pour

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viles , sons la dîctëe des passions de leur temps , loi ont supposé un des projets les plus extraordinaires qui soient jamais entrés dans la tète d'un scélérat : ils lui ont supposé le projet d'exterminer , l'un après l'autre , tous les hommes qui avaient marqué dans le parti de la Réyolution pour se faire pardonner par un parti qu^il avaitloog-* temps accablé des plus cruelles rigueurs ; mais puisque les trente années qui viennent de s'écouler ^ el qui ool été si fécondes eu révélations de tout genre , ne nous oot rien appris qui puisse autoriser une aussi étrange sop* position, pourquoi nous attacherions-nous à la comkttre? Laissons cette vaine pâture à l'oisiveté des partis et suivant une route plus sure pour arriver «^ la découverte de la vérité , cherchons dans le cœur même de rh<»nine le secret de ces temps affreux. Que voulait Robespierre? Robespierre devait vouloir, Robespierre voulait ce qu'avaient voulu avant lui tous les hommes qui avaient acquis une grande autorité sur un peuple en révolution: Robespierre devait vouloir , Robespierre voulait terminer la Révolution à son profit.

Et qu'on y réfléchisse bien , on verra que ce projet funeste ne présentait que trop de chances de succès à celui qui l'avait conçu. Sans doute Robespierre ne pouvait pas se flatter de faire approuver ce projet par une nation qu'il venait de décimer avec une si impitoyable cruauté \ sans doute il ne pouvait pas se flatter de le faire approuver par

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être les plus fougueux partisans de la RëTolution, e'taient déjà tombes sous les coups de Robespierre et de son parti; mais ri>omn[ie dont Ii mort causa le plus d^ëtonnement , ce fut Danton quMn appelait la colonne du re'publicanisme. C'était le rival le plus sédootable de Robet* pierre dam la Convention. {JVote de ^éditeur.)

use armée qui ne Favait jamais vu dans sed rangs 4ç( qui ne prononçait son nom qu'avec horreur \ mais que pouvait contre lui la nation P que pouvait contre lui Tarmée? La nation ? elle était glacée d^effroi au seul aspect des hommes féroces dont il s^était entouré : elle était s! abaf^ tue qu il osait déjà disperser ses satellites devan-t elle pour aller chercher des victimes à sa fureur jusqu'au fond des campagnes ! Et Tarmée? elle était retenue par rhonneur sous lés drapeaux^ elle était occupée , loin de sa patrie, à des guerres auxquelles il était si facile de Toccuper toujours; elle n'avait jamais exercé aucune influence sur le gou^ vernement de son pays , elle n'aurait même pas osé lui faire connaître son opinion dans la crainte de compro**ihettre l'existence de tous les êtres chers à ses souvenirs et qu'elle avait laissés sous le couteau des assassins en quittant ses'foyers. Non , non , il n'est que trop vrai de le dire , ni la nation ni l'armée ne pouvaient empêcher Robespierre de réaliser ses funestes projets 5 et s'il faut faire connaître l'obstacle , bien faible en apparence , mais pourtant lo ftcïil obstacle qui l'arrêtait encore , c'était la crainte que lui inspirait une assemblée peu nombreuse ; c'était la crainte que lui inspirait la Convention ; ce n'était même pas la Convention toute entière qu'il redoutait, ce n'en était qu^une partie ; ce n'était que la portion de cette assemblée si connue sous le nom de la Montagne y et qui, par ses fureurs , avait depuis long-temps réduit tous ses collègues au silence; ce n'était enfin qu'une poignée d'hommes. Ainsi c'était seulement quelques têtes de plus à faire tomber... • Cet obstacle n'était pas fait pour l'arrêter long-temps !

Du moment où Robespierre s^était aperçu que les hommes de la Montagne qui Vavaient laissé -se placer à

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leur tète voulaient toujours être ses compagnons et non ses esclaves, il avait songé à s^entourer d'hommes qui fussent capables de leur en imposer par lenr audace. Il en avait trouvé un grand nombre dans le repaire des Jacobins où se rassemblaient chaque nuit les plus fougueux partisans de la terreur ; et telle était Texaltation qu'il avait su communiquer encore à ces nouveaux satellites , qu'il pouvait se flatter de les amener bientôt , soit à venir le délivrer de tous ses rivaux , dans la Convention, en les arrachant de leurs bancs pour les conduire à Téchafaud , soit même à venir avec lui dissoudre la G)nvention toute entière, comme Gromvv^ell et ses soldats avaient dissous tant de parlemens (i).

Cependant l'exécution de ce plan l'exposa à de grands dangers. Soit que son ambition , irritée par des succès sans exemple, ne lui permit pas d'aller s^ but par des voies détournées , soit qu'il ne lui fût pas possible de contenir l'impatience des hommes auxquels il s'était adressé, il donna l'éveil à ceux qu'il voulait perdre (2), et,

(i) Robespierre Toukit-il dissoudre la Convention toute entière, oa seulement la réduire à une obéissance aveugle en la frappant de ter* teur? 11 y a tout lieu de croire que ce dernier parti était celai auqi:rl il sVtait arrête. Au fait, ce parti était beaucoup moins dangereux que Fautre et lui sufHsait cependant pour le mettre à même d^exëcuter tous ses projets. La Convention dominait la Nation : la ' Montagne dominait la Convention : Robespierre pouvait donc dominer la Convention et la Nation en dominant la Montagne par la crainte des Jacobins. Et si Ton demande comment il pouvait dominer toujours les Jacobins , la réponse est facile : il n^vait qu'à se senrir du moyen qui avait si bien réussi à Sylla et à Cromwell pour retemr dans Tobéissance leurs farouches satellites : il n'avait qu'à leur partager les dépouilles de leur pays. (Note de l'éditeur»)

(2) Robespierre n'avait paru ni à la Convention , ni dans les comilés depuis six semaines (depuis la fête â YÉtre Suprême); mais on It

AVANT-PROPOS. 56q

prévenu par, eux, il fui arrêté au milieu de la Convention , dans la matinée du 9 thermidor (i) ; niais , comme ils le traitèrent en coupable ordinaire , irae fut pas longtemps en péril : il s'échappa de leurs mains ; et , met* tant en mouvement, sur-le-champ, tous les reàsorts qu'il avait depuis long-temps préparés , il put. espérer encore (2).

Aussitôt que Robespierre fut libre, il se rendic à la Commune où il leva ouvertement l'étendard de la révolte contre la Convention (3). Il appela autour de lui

trouvait tous les jours au club des Jacobins où il prononçait et faisait prononcer les discours les plus violens contre la Convention, et tout le monde sait que ce furent ses assiduités à ce club qui le rendirent suspect à la Montagne et firent résoudre sa mort. (JYote de l'éditeur.) (i) On peut voir au Moniteur, mais surtout dans les petits journaux du temps , les dtîtails de cette séance mënrorable. Robespierre fit , pendant plusieui;s heures , les plus grands efforts pour parvenir â se faire entendre ; lorsqu'il vit qu'il ne pourrait y parvenir, il adressa à la Convention cette apostrophe d'une effrayante ve'rité . «c Pre'sident d'assassins , je te demande la parole pour la dernière » fois. » ( JYote de VédUeur.)

(a) Le complot contre Robespierre avait e'td tramé dans le plus grand secret et mis a exécution avec beaucoup de prudence \ mais aussitôt que la Convention eut mis la main sur ce chef redoutable , elle sembla frappée de vertige : elle négligea toutes les précautions que commandait le plus simple bon sens contre un homme qui s'était fait un parti immense parmi la populace de Paris , et elle remit en question ce qui semblait décidé , au point que l'on peut dire que le hasard seul la fit triompher ensuite. {Note de V éditeur )

(3) Un fait, rapporté par plusieurs écrivains du temps, fait bien voir que Robespierre , échappé des mains de la Convention , était résolu à se délivrer de cette assemblée ( comme effectivement c'était le seul parti qui lui restait après la levée de boucliers que ses anciens amis venaient de faire contre lui et qu'ils auraient toujours été tentés de recommencer, dans la crainte qu'elle ne leur fût jamais pardonnée) \ mais ceux qui se sont prévalus de ce fait pour avancer

3yO AVANT- PROPOS.

tou# fies principaux partisans ; kl envoya des émissaires dans toutes les sections pour chercher à faire entrer la force armée di4k son parti , pendant que ses affidés allaient faire lever en masse les terribles faubourgs ; enfin, telle fut l'activité qu il déploya , qu'il allait avoir dans quelques heures une armée nombreuse avec laquelle il pouvait triompher de tous ses ennemis , avec laquelle il pOuyi^t peut-étte fixer {A^nr toujours le jpouvoir dans ses mains. Ainsi , il n'est donc que trop vrai de dire , comme nous l'avons d^à dit, que la journée du 9 thermidor est une des plus importantes de notre histoire ! Ainsi iL n^est donc que trop vrai de dire que la journée du 9 thermidor pouvait avoir .une influence immeuae sur notre avenir ! Eh bien ! on va voir maintenant , avec la même évidence, que , si cette grande journée 8*est terminée si heureusement , ce n'est point à la Convention que la France le doit, mais k un seul homme, à celoi dont nous avons tout à l'heure esquissé l'histoire*

que Robespierre avait depuis long-temps forme le projet de dissoudre la Conyention et n'attendait qu'un moment fayorable pour Feiécuter, sont-ils bien fondes en raison ? Nous ne lé pensons pas , et nous persistons dans'iios réflexions précédentes relativement aux premiers projets de Robespierre ; quoi qu'il en toit , voici le fait en question : Couthon , étant arrivé â la Commune où Robespierre était d^a , proposi d'écrire aux armées. -— Au nom de qui? dit Robespierre. -— Eh mau , au noiii de la Convention , dit Couthon ; n'est-elle pas partout où nous sommes? Le reste n'est qu'une poignée de factieux que la force armée va disperser et dont elle fera justice. — Mon avis , dit Robespierre , après un moment de réflexion , est qu'on écrive au nom da peuple. ( 2Vote de l'éditeur,)

DES ÉVÉl^EMENS QUI SE SONT PASSÉS

DANS LA SOiaÉE

LiBglhejrmidor an ii, a deux heures du soir, Tescadron de gendarmerie, dit des hommes du i^ juSkt^ caserne au Petit-Luxembourg j dont je faisais parde ^ reçut du général en chef Henriot Tordre de se rendre en toute diligence à la Maison commune.

A deux heures et demie, nous étions en bataille sur la place de la Commune ; le peuple paraissait agité ; nous demandons quelle en est la cause : en nous donnant des cartouches , ce qui ne s'était jamais fait dans les émeutes précédentes, on nous dit que c'est pour marcher contre les prisonniers de la Force qui se sont révoltés. En ce moment arrivent sur la place difTérens bataillons des se^ tiens de Paris; le général Henriot est à leur tète avec tout son état*major ; il les harangue v mais Féloignement nous empêche d'entendre. Son discours fini, on crie J^iue la République ! Fwent les bons patriotes ! F'we Robes-' pierre ! Henriot quitte l'infanterie et vient à nous en disant : (( Allons , braves gendarmes , au galop ; allons délivrer les patriotes! »

Nous rompons par la droite, et nous suivons le général

3j2 PRÉCIS HISTORIQUE

par les quais, en renversant une foule de citoyens avec nos chevaux. Je ne savais que penser d'une telle conduite, lorsqu'un jeune citoyen , qui était avec son épouse sur le quai de la Ferraille , et qui paraissait instruit des décrets que la Convention venait de rendre , dit à Henriot : a Tu n'es plus général , tu es un bngand ; gendarmes , ne l'écoutez pas , il est en arrestation. » Un aide-de-camp du général donne un coup de sabre à ce jeune homme , le fait traîner au corps-de-garde de la Commune, et nous poursuivons toujours au galop par la rue de la Monnaie et la rue Saint-Honoré en répandant partout la terreur.

Arrivés sur la place du Palais-Égalité , Henriot reconnaît plusieurs membres de la Convention. Il les injurie et nous ordonne de les arrêter. Ces citoyens cherchant à s'échapper, il court lui-même après eux. Le citoyen Merlin de Thionville reste seul sous ma garde. Un de mes camarades voulait le conduire en prison^ mais je parvins à l'en empêcher, en lui disant que ce citoyen était représentant du peuple , que son caractère était sacré qu'il fallait attendre de nouveaux ordres. Henriot nous ayant rejoint, fait conduire le citoyen Merlin au corps-degarde du Palais et nous emmène au comité de sûreté générale. Nous étions sur deux rangs 5 j'étais le second du premier rang.

Henriot entre dans la cour , et , mettant pied à terre avec ses aides-de-camp, sans donner aucun ordre à notre commandant , il va pour entrer dans les bureaux ; mais les grenadiers du poste lui en refusent l'entrée : alors il vient à nous furieux, et, mettant le sabre à la main, il s^écrie : « Allons , braves gendarmes , pied à terre ; allons délivrer les patriotes que ces f.... gueux-là tienneDt en prison. »

DES ÉYÉNEMSIfS DI7 Q THBHMIDOR. 87 S

La tête de la colonne qui était entrée] dans la cour met pied à terre, et nous suiyons , au nombre de- six ou de sept le général et ses aides-de-camp le sabre à la main. Les grenadiers croisent la baïonnette sur nous; et le combat allait s'engager , lorsqu itn gros huissier de la Convention , que je crois être le citoyen Fontaine , se jette au milieu de nous en criant : « Arrêter , gendarmes ; il n'est plus votre général y il est en arrestation r voyez la loi , obéissez-y î »

Ces paroles arrêtent Henriotet sa suite. Les grenadiers», profitant de ce moment d'incertitude, tombent sur.4|à aides-de-camp. Henriot voulait se défendre ; mais, iin!^ gné de sa conduite passée , je le saisis au milieu du corps en lui conseillant de se rendre ; ce qu'il fait sans résister : et aussitôt on Fenchaine, ainsi que ses aides-de-camp (i).

Cet homme qui, un moment auparavant, insultait, écra* sait les citoyens , était alors craintif et implorait la pitié de tout le monde. Le représentant Amar vient à lui et l'injurie ; Henriot tout stupéfait lui répond comme uxl homme égaré : « Mais , Amar, je ne sais ce que vous me reprochez, j'ai fait tout ce que vous m'avez dit. — ^

(1) Sans doute on peatdire que l'huîssier Fontaine fut la cause première de Farrestation d'Henriot , en faisant connaître aux gendarmes le décret qui ordonnait cette arrestation ^ mais il y a tout lieu de croire que son discours n^eût pas suffi pour empêcher Henriot d^exë- Guter son projet. LVtonnement, Thésitation que ce discours produisit u^eussent duré qu*un instant ^ Henriot eût bientôt repris tout son ascendant sur. cette masse d^hommes habitués â la plus servile obéissance (et dont la plus grande partie d'ailleurs n'avait pas pu entendre ce que Fontaine venait de dire) j mais lorsqu'il vit un de ces hommes, sur l'aveuglement desquels il comptait,, se déclarer ouvertement contre lui, il fut consterné , et il fut arrêté avant d'avoir pu se reconnaître.

(Note de l'éditeur.)

374 PRÉCIS HI8TORIQUB

Tais-toi , monstre , reprend vivement Amar ; gardes , ci« toyens , qu^on le traîne au cachot !» Et il disparait.

II était alors quatre heures. Dans d'autres salles da comité on interrogeait Robespierre et les autres coi^uréi arrêtés. J'ignore ce qui se passait è la Convention ; mais une grande faute qu'elle fit , ce fut de ne pas nommer un autre général pour commander la force arnsiée de Paris lorsqu'elle eut décrété Henriot d'arrestation , et ron verra par la suite comment cette faute faillit compro* :gMltre tout le succès de cette journée (i).

^^epenidant tout paraissait tranquille autour de la G)ii-* IH^on ^ Finterrogatoire db Robespierre et de ses corn- ' plices étant terminé sur les six heures , on les fait monter dims différentes voitures pour les conduire les uns aux Ca^rmes I les autres à S^int-Lazare; mais les voitures sont arrêtées 9 les gendarmes d'escorte maltraités, et les prisonniers délivrés et conduits en triomphe à la Maison commune. Arrivés là ^ les conjurés s'érigent en comité de gouvernement exécutif pour sauyer le peuple , ainsi que le prouvent diâerens papiers trouvés sur Robespierre, et ils prennent un arrêté par lequel une députation armée doit se rendre au comité de sûreté générale pour réclamer flenriot et ses aides-de-camp,

U était alors près de huit heures. Le tocsin sonnait s

(t) Bbrère avait fait adopter vers trois heares ane nouvelle organi- Mtioii poui^ la garde nationale de Paris , par saite de laquelle les chefs de légion devaient avoir chacun â lenrtour le commandement en chef; hiais il s^apereot bien, quelques heures après, que cVtait une grande faute d'avoir supprimé cette place importante dans leff circonstances igraves où la Convention se trouvait , et il en demanda le rétablissement en faveur de Barras , vers dix heures du soir.

{Note dm ^éditeur.)

DES éTÂNVMENS DU 9 THERMIDOR. SyS

la Commune, et le tumulte grossissait autour de la Coii^ Ycniion qui commençait à s^assembler. J'allai rendre compte au comité de salut public de cette situation ^ Ainsi que de la délivrance des conjurés , dont venaient de m'instruire quelques-uns de mes camarades qui les avaient escortés (i).

Les membres du comité de salut public étaient fort embarrassés : je me mêlai à leur séance , et je leur dis qu^il n'y avait qVun parti à prendre; qu'il fallait mar* cher sur-le-cbamp contre la Commune et arrêter toias ceux qui s'y trouveraient , sans leur laisser le temps de se recodnaitre. On s^arrête à cette idée ; mais on n'avait point d'officier (^)*

On me propose le commandement ; j'observe que je ne suis qu'un simple gendarme , que j'ai des chefs. «Ëk bien ! tu en auras plus de mérite , » me dit le ciloyeft Carnot* Enfin j'accepte. Aussitôt on me donne par écrit l'ordre de commander sous la Convention ^ d^ aller mettre en arrestation tous les membres de la Commune de Paris et de rendre compte de demi-heure^ en demirheure* Je ne

(1) Ceux qui étaient avec Robespierre atnë le conduitiFeiit en triomphe bi la Mairie et à la Maison commune , et restèrent prés de lui jusqu'à sa chute. On ne peut cependant supposer de mauvaises intentions à ces gendarmes $ ils étaient au «abaret , iorsqu^à minuit , en me disant un des leu^, je parvins jusqu'à Robespierre.

{Note de Pàuteur,)

(9) Le capitaine Martin et le lieutenant Bruel, officiers crapuleux qui nous commandaient , étant ivres , n'avaient encore paru nulle part. Ces individus et quelques autres , qui n'étaient que des soldats d'in- -lanterie, s'étaient fait nommer officiers lors de la formation de l'escadron , à force de vin , par les plus basses intrigues , et surtout en montrant de faux états de service dans la cavalerie; mab depuis» les uns ont été destitués et les autres réformés^

(Note de Cauteur.)

doime pas le temps de transcrire cet ordre sur les registres du comité ; je le mets dans la ganse de mon clia{>eau , et je vole au comité de sûreté générale pour le- montrer, à .mca officiers et Texécuter, coûte qui coûte; (i).

Au moment où j'arrive à ce Comité, la députation delà Commune^ dont j'ai parlé plus haut, y arrive aussi soutenue des canonniers des faubourgs et de plusieurs milliers d'hommes du peuple armés or^ non armés. Goffiolial-, qui en était le président, entre dans la seconde salle avec les canonniers , se place près de la grMide table , et dit : a Au nom du peuple souverain , nous vous demandons Henriot et ses amis que vous •r^teiieff. prisonniers. » Le Comité est obligé de céder, et Henriot , remis en liberté , parait au bout de quelques instians.; il saute sur la table , embrasse ses amis et crie :

(i) Méda ayant perdu, par suite du mouvement qu^il s^est donné pendant la nuit du 9 au 10 thermidor, Tordre dont il est ici question^ nous avons fait des recherches pour savoir si cet ordre n'aurait point été transcrit sur les registres du comité après son dëpart , et en obtenir, en ce cas , une copie ^ mais on n'a pu nous donner de réponse, ni aux archives du royaume, uiau ministère de Tintërieur, ni à la préfecture de police , ni dans les bureaux du conseil d^État où nous nous sommes adressés successivement, attendu que la plupart des papiers des comités de la Convention n'existent plus , ou ont été disséminés dans les difierentes administrations qu'ils pouvaient concerner. Au surplus , nous ne pensons pas que cette circonstance puisse influer en rien sur l'opinion des lecteurs : ceux qui ont connu Méda ^.savent bien qu'il était incapable de dire une chose qui n'eût pas été de la plus exacte vérité j et ceux qui liront son récit , qui porte si bien dans tous ses points l'empreinte de la sincérité , seront bien persuadés qu'il n'a rien dit que de véritable , en rapportant ce fait assea important et tout-à-fait inconnu jusqu'à ce jour, mais cependant trèsr facile à concevoir au milieu du désordre qui régnait de tous côtés.

^ ( JYoU de l'éditeur.)

DES ÉvéWEMENS DU Q THERMIDOR. 877

<c Vive Robespierre ! vivent les bons patriotes ! vivent les braves canonniers qui délivrent leur général ! »

Ne pouvant rien au milieu d'un pareil désordre , je sors dans la cour ^ Henriot m'y suit un moment après. Voyant ses chevaux qui étaient encîore avec les nôtres , il monte à cheval , puis il demande où sont les lâches gendarmes qui Tout arrêté à trois heures. Mes camarades s'écrient aussitôt, c*^est Médal c'est Méda! ce b... de.f^eto (i) ! Â mort , s'écrient les canonniers en frappant sur leurs pièces avec leurs sabres , à mort ! Grâce au tumulte et à l'obscurité y je me sauve en passant sous le ventre de plusieurs chevaux , et je cours au comité de salut public pour lui rendre compte de ce qui venait de se passer sous mes yeux.

Je ne trouve personne à ce comité ; ses membres étaient à l'assemblée : j'y vais, je les trouve réunis dans la petite salle qui était derrière le fauteuil du président. Je leur fais part de la mise en liberté d'Henriot. — • Tu es un traître , me dit Barère ^ il fallait lui brûler Ja cervelle. — Mais , citoyen, on ne tue pas ainsi les gens ! — Tu es un scélérat ! Grenadiers , arrêtez-le ! — Non , non 9 dit le citoyen Carnot : c'est notre bon gendarme. —Ah! oui, reprend Barère.— Puis il me demande encore quelques renseignemens et il retourne à la tribune où il fait décréter une proclamation à la Nation , la mise hors la loi de tous les conjurés' , la nomination d'un nouveau général pour Paris (le citoyen Barras ) , et l'envoi de vingt-quatre représentans dans les sections (2).

(1) Ils m'appelaient ^eio, parce que j'ai servi dans la garde constitutionnelle de Loub XVI.

(2) C'est vers dix heures du soir , c'est-à-dire , après avoir perdu

Pendant ce temps Henriot avait débauche le peu de troupes qui restaient autour de la Convention , en leur disant que son innocence avait été reconnue , qu*on lui avait rendu le commandement de Paris, et quil fallait se réunir à la Maison commune où était le danger. J'arriye cependant encore assez tôt pour retenir un bataillon du Panthéon commandé par le citoyen Sans- Gène, et le reste de mes camarades que le lieutenant Bruel avait réunis et conduisait à la Maison commune , parce que, disait- ■ ■■■'» ■ '■ ' I ... ■ ■ ■

plat dû deux heures en discussions inutiles, que la Convention prit ces mesures sur la proposition de Barére. Ces dispositions étaient assez importantes ; elles prouvent même que la Convention commençait à juger assez bien sa position , puisqu'elle se rësolvait à prendre rofl*eDsive, qu'elle eût dû prendre depuis loog-temps; maî# rien n'indique d'une manière bien précise , ni dans ces dispositions prises en ellesmémes,ni dans les débats qui les préce'dèrent ou les suivireDt,quel e'tait le plan d'attaque auquel la Convention s'était arrêtée définitivement. Comme ce serait cependant une chose intéressante à connattre, nous allons soumettre au lecteur quelques réflexions qui jetteront peut-être UQ peu de jour sur cette question.

La Convention voulait-elle que la Cnnmune fût attaquée sur-lechamp? 11 n'y a pas lieu de le penser, parce qu'elle n'avait presque point de troupes à sa disposition. La question est donc seulement de savoir si elle voulait que l'attaque fût faite pendant la nuit ou dans la journée du lendemain , c'est ce qu'il convient d'examiner.

Ceux qui pensent que la Convention voulait que la Commune fût attaquée pendant la nuit pourront rappeler ces paroles adressées p*r Tallien a ceux de ses collègues qui venaient d'être désignés pour aller dans les sections : « Allez, et que le soleil ne se lèwe que pour éclairer le supplice des conspirateurs. » Mais, quant à nous , nous pensons qoe cette phrase était commandée par les circonstances , pour relever le courage de la Convention et des tribunes , au milieu desqueUes se répandaient souvent des bruits alarmans, et qu'une terreur paniqae pouvait très-bien disperser en quelques instans \ et plus nous examinons les faits avec attention , plus nous sommes convaincus que l'attaque do la Commune n'était projetée que pour le lendemain.

Barras, auquel* ott venait de conûer le commandement de toute la

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