‹ Le vieux cordelier (volume 2)Chapitre 52 sur 58 · DES ÉYÉNEMENS DU Q THERMIDOR · texte numérisé non relu

DES ÉYÉNEMENS DU Q THERMIDOR

)» charge et de suite en batterie , et la troupe se formera » eu partie derpère pendant que le reste, conduit par le M commandant Martin , longera le parapet jusqu'à Far^ » cade St. -Jean, et ira prendre en flanc les vingt pièces de » canons qui défendent Tentrée de la Commune. »

La .tète /de la colonne se met aussitôt en mouvement dans Tordre que je viens de dire. Un bruit terrible s'élève ^ mes dix pièces sont en batterie : celles qui me sont opposées s'y mettent aussi ; alors je me jette en* ti:e les deux lignes ; je cours aux canonniers qui se mettent en action contre nous. Je leur parle de patrie, de respect pour la représentation nationale, du dépôt confié ,par la France aux Parisiens. Enfin , je ne me souviens pas trop bien de ce que je leur dis; mais leur réponse fut de mettre leurs pièces en batterie avec les nôtres.

Voyant une telle négligence de la part d'Hénriot, j^espère beaucoup de mon entreprise. Le commandant Martin , n'ayant point trouvé d'obstacle , arrive avec sa colonne eu tirant une diagonale & gauche sans avoir suivi le chemin tracé plus haut. Je lui fais voir le désordre qui règne autour des conjurés ; je lui fais sentir combien il est important d'en profiter. Je mets pied à terre ; je prends mes pistolets ; je les mets dans ma chemise,* et, montrant la salle du conseil de la Commune aux grenadiers qui m'entourent, je leur dis : a C'est là qu'il » faut aller ! des gendarmes trompés sont encore en or* » donnance près de Robespierre : montons, je me dirai » de leur nombre et je parviendrai près de lui; faites bien » attention à moi, et suivant que vous me le verrez faire, » criez vive Robespierre ou vive la République ! » Les grenadiers ne disent pas non ; mais ils me suivent

lentement. L'escalier de la Commune est rempli des partisans des conjuré3 ; à peine pouvons -nous passer sur trois de front. Tétais très-animé, je monte rapidement et je suis déjà h la porte de la salle de rassemblée de Ik Commune que les grenadiers sont encore bien loin. Les conjurés sont assemblés dans le secrétariat, et les approches bien fermées. J'entre dans la salle du conseil en me disant ordonnance secrète. Je prends le couloir à gauche : dans ce couloir je suis assommé de coups sur la téte«et sur le bras gauche , avec lequel je cherche à parer, par les partisans des conjurés , qui ne veulent pas me laisser passer , quoique je leur dise que je suis ordonnance secrète. Je parviens cependant jusqu'à la porte du secrétariat : je frappe plusieurs fois pendant qu'on me frappe toujours; enfin la porte s'ouvre.

Je vois alors une cinquantaine d'hommes dans une assez grande agitation ; le bruit de mon artillerie les avait sur- . pris. Je reconnais au milieu d'eux Robespierre aîné ; il était assis dans un fauteuil , ayant le coude gauche sur les genoux , et la tète appuyée sur la main gauche. Je saute sur lui , et, lui présentant la pointe de mon sabre au cœur, je lui dis : a Rends toi , traître ! » Il relève la tète et me dit : « C'est toi qui es un traître , et je vais te faire fusiller ! » A ces mots je prends de la main gauche un de mes pistolets , et, faisant un à droite, je le tire. Je croyais le frapper à la poitrine , mais la balle le prend au menton et lui casse la mâchoire gauche inférieure (i))

(i) Plusieurs écrivains, entre autres le citoyen Pages et les auteurs du pf^^de la Këvolution , ont prête à Robespierre le courage de se frapper lui-même. Assurément, cenx qui ont avancé ce fait n^onl consulté que les rapports d'une multitude aveugle et amie du mer-

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