IM
îo août , et a renversé une monarchie de quinze siècles , presque sans effusion de sang.
Quel est le meilleur retranchement des peuples libres contre les invasions du despotisme ? C’est la liberté de la presse. Et ensuite, le meilleur? C’est la liberté‘de la presse. Et après , le meilleur £ .C’est encore la liberté de la presse.
Nous savions tout cela, dès le' 14 juillet : c’est l’alphabet de l’enfance des républiques ; et Bailly lui -même , tout aristocrate qu’il fût, étoit sur ce .point plus républicain que nous. On a retenu sa maxime ; La publicité est la sauve- garde du peuple . Cette comparaison devroit nous faire honte. Qui ne voit que la liberté d’écrire est la plus grande terreur des fripons , des ambitieux et des despotes , mais qu’elle n’entraîne avec soi aucun inconvénient pour le salut du peuple. Dire que cette liberté est dangereuse à la République, cela est aussi stupide que si on disoit que la Beauté peut craindre de se mettre devant une glace. On a tort ou on a raison : on est juste , vertueux , patriote , en un mot , ou on ne l’est pas. Si on a des torts, il faut les redresser; et pour cela, il est nécessaire qu’un journal vous les montre : mais si vous êtes vertueux , que craignezvous de numéros contre l’injustice , les vices et la. tyrannie. Ce n’est point là votre miroir.
Avant Bailly , Montesquieu 3 un président à mortier avoit professé le même principe , qu’il ne peut y avoir de république , sans la liberté de parler et d’écrire^. Dès que les décemvirs 3 dit- il, dans les lois qu5iis avoient apportées de la Grèce* en eurent glissé une contre la calomnie et les auteurs , leur projet d’anéantir la liberté et de se perpétuer dans le décemvirat, fut à découvert. » De même le jour qu’Octave 5 quatre cents ans après 3üt revivre cette loi clés décemvirs contre les écrits et les paroles , et en lit un article additionnel à la loi Julia sur les crimes de lèzemajesté 3 qu’on peut dire que la liberté romaine rendit le dernier soupir. En un mot, l’ame des républiques , leur pouls 3 leur respiration 3 si l’on peut parler ainsi 3 le souffle auquel on reconnoit que la liberté vit encore, c’est la franchise du discours. Vois 3 à Rome 3 quelle écluse d’invectives Cicéron lâche pour noyer dans leur infamie Verrès , Catilina 3 Clodius 3 Pison et Antoine 1 Quelle cataracte d’injures tombe sur ces scélérats du haut de la tribune !
Aujourd’hui 3 en Angleterre même 3 où la liberté est décrépite 3 et gissante in extremis 3 dans son agonie 3 et lorsqu’il ne lui reste plus qu’un souffle 3 vois comme elle s’exprime sur la guerre , et sur les ministres et sur îa nation, française.
« En France , dit Stanhope , dans la chambre haute, ies ministres parlent , écrivent, agissent toujours en présence de la guillotine. Il seroit à souhaiter que nos ministres eussent cette crainte salutaire, ils ne nous tromperoient pas si grossièrement.
s? On nous dit, que les troupes françaises sont sans habits , et ce sont les mieux habillées de l’Europe.
s? On nous dit, que le manque de numéraire empêchera nos ennemis de soutenir la guerre , et on peut hasarder qu’il y a en France plus d’or, d’argent et de billon , provenant des sacristies et de i’empruntforcé , que dans toutes les contrées d’Europe ensemble.
33 A l’égard des assignats , ils ont gagné , depuis six mois , plus de 70 pour cent, et gagneront sans doute encore plus^dans six autres mois.
s» On nous disoit , que les troupes françaises ne pourroient tenir devant les troupes autrichiennes , prussiennes et anglaises , les mieux disciplinées de l’Europe ; le contraire est assez prouvé par un grand nombre de combats. Des généraux au trichiens ont avoué que les Français , par leur discipline et leur bravoure , au milieu du carnage , ëtoient devenus la terreur des alliés.
33 Enfin, on nous disoit, que les Français dévoient manquer de blé. C’étoit déjà une idée bien horrible , que celle de vingt - cinq millions d’hommes, <ïoiit la presque universalité ne nous
avoit jamais offensés , éprouvant les horreurs de la famine , parce que la forme de leur gouvernement déplaisoit à quelques despotes. Mais ce plan infernal n’a servi qu’à produire chez ce peuple un enthousiasme, qui a surpassé tout ce qu’on rapporte des anciennes républiques. ??
Stanhope justifie ensuite le peuple français du reproche d’athéïsme. Il distingue sa constitution des excès inséparables d’une révolution ; il ajoute que la nation a renoncé , par des décrets solemnels , à se mêler du gouvernement des autres états ; il défie tous les philosophes de ne pas sanctionner notre déclaration des droits , et finit par présenter , comme la base et la pierre angulaire de notre République , cette maxime sublime : Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’en te fasse .
L’opposition, dans la chambre des communes, n’y parle pas de nous avec moins de respect et d’éloges. u Nous sommes vaincus par-tout, ditM. Courtenai, tandis queles Français déployentune éhergieetun. courage digne des Grecs et des Romains. A la bouche du canon , ils chantent leurs hymnes républicains. L’empereur et le roi de Prusse , avec tous leurs fameux généraux , et leurs troupes si bien aguerries , n’ont pu battre le général Floche, qui n’étoit pourtant qu’un simple sergent , peu de temps avant d’avoir pris le commandement. ??
Si la louange qui plaît le plus est celle d’un
ennemi , ces dise on rs ont de quoi flatter nos oreilles. C’est ainsi que des hommes , que quelques républicains cl’outremer , font en plein parlement, la satire de leur nation , et l’éloge de ceux qui lui font la guerre ; et nous au fort de la liberté et de la démocratie, nous n’osons censurer dans un numéro ce qui manque à la perfection de notre gouvernement. Nous n’osons louer chez les Anglais ce qu’il y a de moins mauvais, comme la liberté des opinions , Xkabeas corpus , et le proposer pour exemple à nos concitoyens, de peur qu’ils ne deviennent pires.
Nous nous moquons de la liberté de parler de l’Angleterre 5 et cependant , dans le procès de Bennet , convaincu d’avoir dit publiquement qu’il 'souhait oit un plein succès à la République française , et la destruction dm gouvernement dl Angleterre y après une longue délibération , leur juré vient de prononcer, il y a quinze jours, que Bennet n’étoit point coupable, et que les opinions étoient libres.
Nous nous moquons cle la liberté d’écrire des Anglais ; cependant il faut convenir que le parti ministériel n’y demande point la tête de Shéridan ou de Fox, pour avoir parlé des généraux, de Brunswick, de Wurmser, Hoode, Moyra, et même du duc d’Yorck , avec autant d’irrévérence au
moins que Philippeaux et Bourdon de l’Oise ont parlé des généraux Ronsin et Pvossignol.
, Etrange bizarrerie ! En Angleterre , c’est tout ce qu’il y a d’aristocrates , de gens corrompus 0 d’esclaves, d’ames vénales ; c’est Pitt, en un mot, qui demande à grands cris la continuation de la guerre ; et c’est tout ce qu’il y a de patriotes , de républicains et de révolutionnaires , qui votent pour' la paix., qui n’espèrent que de la paix un changement dans leur constitution. En France, tout au rebours. Ici ce sont les patriotes et les révolutionnaires qui veulent la guerre , et il n’y a que les modérantins , les feuîllans, si l’on en croit Barrère; il n’y a que les contre-révolutionnaires et les amis dejhtt; qui osent parler’ de; paix. C’est ainsi que les amis de la liberté., dont les intérêts semblent pourtant devoir être communs , veulent la paix à Londres , et la guerre à Paris , et que le même homme se trouve patriote en deçà de la Manche , et aristocrate au-delà, montagnard dans la Convention , et ministériel dans le parlement. Mais au moins, dans le parlement d’Angleterre , on n’à jamais fait l'incroyable motion , que celui qui ne se décideroit pas d’abord pour la guerre , par assis et levé , fût réputé suspect , pour son opinion,dansune question de cette importance et si délicate , qu’on ne pouvoit être de l’avis
de Barrère , sans être en même temps de l’avîs de Pitt. - ' ; !
Il faut avouer au moins que la tribune de la Convention ne jouit pas de l’inviolabilité d’opinion de la tribune anglaise ,et qu’il ne seroit pas sûr de parler de nos échecs comme Shéridan parle de leur défaite de Noir moutier, de Dunkerque, de Toulon, Combien nous sommes plus loin encore de cette âpreté de critique , de cette rudesse sauvage des harangues et des mœurs , qui existe encore moins il est vrai , en Angleterre , et qui ne convient point aux très-humbles et fidelles sujets de Georges , mais à laquelle on reconnoit une ame républicaine dans J. J. Rousseau , comme dans le paysan du Danube ; dans un Scythe , comme dans Marat ! On trouvera parmi nous cette effroyable ha:ne d’Alceste 3
Ces haines vigoureuses.
Que doit donner le vice aux âmes vertueuses.
Hébert dénonce Legendre , dans sa feuille * comme un mauvais citoyen 9 et un mandataire in- Êdelle ; .Legendre dénonce Hébert aux Jacobins, comme un calomniateur à gages ; Hébert est terrassé , et ne sait que répondre. Allons , dit Momoro, qui vient au secours de son embarras.
embrassez-vous tous deux, et touchez là. Est-ce là le langage d’un Romain , ou celui de Mascarille dans la comédie :
C’est un fripon , n’importe }
On tire un grand parti des gens de cette sorte.
J’aime mieux encore qu’on dénonce à tort et à travers, j’ai presque dit, qu’on calomnie même comme le Père Duchesne , mais avec cette énergie qui caractérise les âmes fortes et d’une trempe républicaine , que de voir que nous avons retenu cette politesse bourgeoise , cette civilité puérile et honnête , ces ménagemens pusillanimes de la monarchie , cette circonspection, ce visage de caméléon et de l’anti- chambre , ce b e , en un
mot 3 pour les plus forts hommes en crédit ou en place , ministres ou généraux , représentais du peuple ou membres influens des Jacobins , tandis qu’on fond, avec lourde roideur , sur le patriotisme en défaveur et disgracié. Ce caractère presque général sautoit aux yeux , et Robespierre en fit lui - même l’objet du dernier scrutin épuratoire de la société.
Au dire de chacun , étcsient de petits saints.
Mieux vaudrait l’intempérance de langue de k
démocratie, le pessimisme de ces détracteurs éternels du présent, dont la bile s’épanche sur toul ce qui les environne , que ce froid poison de la crainte , qui fige la pensée jusqu’au fond de Famé, et l’empêche de jaillir à la tribune , ou dans des écrits! Mieux vaüdroit la misahlropie de Timon , gui ne trouve rien de beau à Athènes , que cette terreur générale , et comme des montagnes de glace , qui , d’un bout de la France à l’autre * couvrent la mer de l’opinion , et en obstaclent le flux et reflux ! La devise des républiques , ce sont les vents qui soufflent sur les flots de la mer, avec cette légende : T allant sed attollunt . Ils les agitent , mais ils les élèvent. Autrement , je ne vois plus dans la République que le calme plat du despotisme , et la surface unie des eaux croupissantes d’un marais ; je n’y vois qu’une égalité de peur , le nivellement des courages , et les âmes les plus généreuses aussi basses que les plus vulgaires. Toi-même, par exemple, je dirai seulement, pour ne pas te flatter, toi qui as eu, en ne te donnant qu’un mérite de calcul , toi qui as eu le tact et le bon esprit d’être aussi incorruptible , de ne pas plus varier ,pas plus déménager que Robespierre ; toi qui, dans la révolution, as eu le bonheur que toutes ses phases n’en ont -amené aucune dans ta condition et ta fortune ; le bon-
heur
Leur de n’avoïr été ni ministre , nï membre du comité de gouvernement, ni commissaire dans îa Belgique , de n'avoir pas étalé aux yeux de la jalousie 3 sœur de la calomnie , ni le panache, ni le ruban tricolore, allant de l’épaule au coté, ni ïes épaulettes à étoiles , ni aucun de ces signes de pouvoir , qui , par le temps qui court , sur-tout semblent vous donner des ailes , comme à la fourmi , pour vous perdre , et vous jettent dans l’envie même des Dieux; mais qui, député honoraire, et resté journaliste, comme en 1789, prie tous les jours le ciel de laisser le simple manteau de la philosophie sur tes épaules dégagées de responsablité , non pas , il est vrai le manteau sale et déchiré de Diogène , mais le rmanteau de Platon , vergeté et de drap d’écarlate ; toi qui n'es ni à Paul , ni à Céphas, mais à la déclaration des droits , et étranger à tous les partis , les a tous combattus tour à tour ; toi qu’on sait bien n’être pas exempt d’erreurs , mais dont il n’est pas un homme de bonne foi parmi ceux qui t’ont suivi, qui ne soit persuadé que toutes les pensées n’ont jamais eu pour objet , comme tu l’as répété jusqu’au dé- . goût, que la liberté politique et individuelle des
citoyens, une constitution utopienne, la République , une et indivisible, la splendeur et la prospérité de la patrie 5 et non une égalité impossible
3e biens , mais une égalité de droits et de boa-* beur ; toi qui, muni de tous ces certificats authentiques, ayant reçu plaies et bosses pour la cause du peuple , et par toutes ces considérations , audessus d’un rapport malévole , et des propos de table de Barrère , devrois montrer moins de poltronerie et avoir le droit de dire librement ta pensée , sauf meilleur avis , oserois - tu tourner en ridicule les bévues politiques de tel ou tel membre du comité de salut public , comme l’opposition lâche, toute dégénérée et nulle qu’elle est , persiffle les rapports de Pitt , de Greenville et de Dundas è
Camille Desmoulin s.
Si j’osois !... et pourquoi non , si ce sont det laits ? Comment peux-tu dire que la Convention défend la vérité , quand tout-à-l’heure , par un décret notable rendu sur la motion de Danton 9 elle vient de perntettre du moins de tolérer le mensonge et le calomniateur . La liberté de la presse n’est restreinte par le gouvernement ré- Voîutionnaire , qu’au royaliste et à l’aristocrate ; elle est entière pour le patriote prononcé. Apprends que Barrère lui-même, en partisan si déclaré de la liberté d’écrire , qu’il la veut in dé-
finie constitutionnellement pour tout le monde * rëvolutionnairement pour les citoyens dont on ne peut suspecter le patriotisme et les intentions» Depuis que Barrère m’a fait cette profession de foi , je m’en veux presque de la légère égralignure de mon numéro y ; car il est impossible, à mon sens , qu’un homme d’esprit veuille la liberté de la presse , qu’il la veuille illimitée , même contre lui , et qu’il 11e soit pas un excellent républicain. Jout à l’heure , la déclamation finie , j’aurai la parole à mon tour, et je démontrerai la sagesse et la nécessité de sa distinction révolutionnaire 9 sur le maximum de la liberté de la presse pour les patriotes , et le minimum pour les aristocrates. Comme je pardonne à ta colère, en faveur
de ce quç son principe a de vertueux et de républicain , comme elle te suffoqueroit , si un torrent de paroles , et comme la fumée de ce feu ne s’exhaloit au dehors dans la Convention ; comme tu n’es point à la tribune des Cordeliers , ni en présence de David ou la Yicomterie , mais en présence de mes Pénates tolérans , et qui ne refusent pas à un vieux patriote la liberté qu’on donnoit aux voleurs dans les Saturnales , donnes de l’air, mon ami , à ton cœur étouffé , ouvres un passage à cette fumée dont tu es suffoqué au dedans , et qui te noircit au dehors , iaute d’une
cheminée ; parles, dissipes cette vapeur mélanco* lique : en passant , voici ma réponse provisoire , et en un mot, à tous les griefs. La révolution est si belle en masse , que je dirai toujours d'elle comme Bolingbrocke dit un jour de Malborough, détoit un si grand homme , que j'ai oublié ses vices . Maintenant poursuis ta tirade.
Et moi ÿ je te pardonne ton amour aveugle et paternel pour la révolution et la République. Tu as eu tant de part à sa.naîssance 1 Mais je ne gronde point ton enfant ; je ne suis point en colère ; je lui demande seulement Ja permission , à la République naissante , s'il n'est pas permis de lui faire les très- humbles remontrances que souffroit quelquefois la monarchie. Tu prétends que Barrère aime la liberté de la presse , on ne lui en demande pas tant ; qu’il aime seulement la liberté des opinions dans l'assemblé nationale. Mais oserois-tu dire cette vérité qui est pourtant incontestable , que Barrère ,, par son fameux rapport sur la destruction de Londres, a véritable** ment fait le miracle de ressusciter Pitt que tout îe monde jugeoit mort depuis la prise de Toulon, êt qu’il devoit arriver immanquablement , qu'à
Son arrivée à Londres , ce beau rapport feroit remonter le ministre aux nues , et lui ouvriroit toutes les bourses des Carthaginois. Que Xayier Âudouin et quelques patriotes à vue courte , aient déclamé aux Jacobins le Delenda Cartago , cela étoit sans conséquence , et pouvoit passer pour leiTet de l’indignation du patriotisme dans ses foyers , tel fier qui ne tue pas , mais qu’à la tribune de la Convention , un membre du comité de Salut public ait dit qu’il falloit aller détruire le gouvernement anglais , et raser Carthage; qu’il ait dit publiquement qu’il falloit exterminer le peuple anglais de l’Europe, à moins qu’il ne se démocratisât ; en vérité, voilà ce qui est inconcevable. Quoi 1 dans le meme temps que Shéridan s’écrioit dans la chambre des Communes :L& conduite des Français manifeste quils n avoient çpoint à cœur la guerre avec le peuple anglais ; ils ont détruit le parti de Brissot qui avoli voulu cette guerre : je pense quils serolent disT posés à conclure avec nous la paix dans des termes honorables 9 et avantageux à la Répur blique. J'appuie mon raisonnement sur la foi des décrets de la Convention 3 qui déclarent que la Rép ublique a renoncé à la pensée de répandre ses districts au dehors , et que son seul but est d'établir un gouvernement intérieur , tel qu'il &
été adopté parle peuple français. Quoi ! c’est dans le même temps que Stanhope s’écrioit dans la chambre haute : Nulle puissance n a le droit de s’' ingérer dans le gouvernement intérieur d'un Etat Indépendant d'elle ,* le peuple fran± fais a proclamé ce principe , d'après le vœu de sa constitution ^ art 118 et i iÿ , et ne veut point s'ingérer dans le gouvernement de notre nation. Quoi ! c’est dans le même temps que Ba rrère , sans s’en apercevoir, se charge de l’apostolat de Cloots de munîcipaliser la grande Bretagne , et d’un rôle de Brissot de nationaliser la guerre avec le peuple anglais? car enfin, tout peuple , en ce cas , et sur-tout une nation fière comme les Anglais, veut être le maître chez soi. Et quels que soient les vices de sa constitution , si c’est un peuple rival , qui prétend les redresser et les démocratiser , de gré ou de force , il dit comme la femme de Sganarelîe à M. Robert : ce De quoi vous mêlez-vous ? et moi je veux être battue». Pitt a dû bien rire, en voyant Barrère, qui l’appelle, lui Pitt, un imhécilîe, faire luimême cette lourde école , d’enraciner Pitt plus que j amais dans le ministère; en voyant Barrère le dispenser de réfuter le parti de l’opposition 9 et donner ainsi un pied de nez à Shéridan et à Stanhope, avec leurs beaux discours sur la neu-
tralité constitutionnelle de la République , à l’égard du gouvernement des autres peuples. Qui ne voit que la réception de ce fameux discours de Barrère a dû charmer Pitt plus que la nouvelle de Pondichéri , et que les Anglais n'eurent pas manqué de se dire : puisque Londres est Carthage, ayons le courage des Carthaginois , faisons plutôt comme eux des cordages et des arcs avec nos cheveux , et donnons à Pitt jusqu'au dernier schelling , et levons-nous aussi en masse. Mais
©serois-tu dire ces vérités à Barrère ? Oserois-tu
dire que cet Hébert , par exemple , ce Momoro...» Camille Desmoulins.
Oui, si Ton sagvoit la République. Mais quel bien lui reviendroit-il quand j’aurois voué à l'infamie tous ee3 noms obscurs? La clémence de tous ces amour-propres blessés parviendroit peut-être à me mettre hors d’état de remédier aux maux de la patrie. Aussi trouve- t-on que je jette en son , sans pitié, ces six grandes pages de mes causticités. La satire est extrêmement piquante ; elle me vengeroit , elle feroit courir tout Paris chez Desenne, moins encore parla vérité des choses que par la témérité de les dire ; car un ouvrage qui expose son auteur a toujours bien plus de vogue*
Mais en méditant sur la naissance, les progrès et la chute de îa République , je me suis convaincu que les animosités , Tamour - propre et î intempérance de langue 9 leu** voient plus nui que le mulet chargé d or de Philippe. Cicéron blâme Caton découler sa vertu intempestive , qui nuit , dit-il 5 à îa liberté, et lui-même lui nuit cent fois davantage , en écoutant trop son amourpropre , et en publiant la seconde Philirpique qui rend M. Antoine irréconciliable. Cicéron oublie ce qu’il avoit dit lui-même, qu il y a des coquins , tels que Sylia, dont. un patriote doit taire le mal, et respecter jusqu'à la mémoire a après leur mort, de peur que si on venoit à casser leurs actes, Yl tat ne soit boulversé. Le républicain qui ne sait pas sacrifier sa vanité, ses rèssentlmens , et même la vérité à lénfour du bien pu* blic, est aussi coupable que celui qui ne sait pas lui faire le sacrifice de son intérêt personnel. Lava* rice nâa point fait plus de mal à îa patrie que déutres passions dont le nom est moins odieux. Par exemple, la jalousie du pouvoir et la rivalité 9 l’amour de la popularité et des appLudissemens, Le patriote incorruptible est celui qui ne considère que le bien de la patrie , et dont l’oreille est aus.i iermce et inaccessible aux applaudissemens des tribunes ou aux éloges de ses sous-
( Mi )
cçripteurs, que ces moyens ie sont aux gulnées de Pitt.
Le vieux Cor delîee.
Je réponds , en un mot : dans les temps de S v lia et de Marc-Antoine dont tu parles , si toute vérité n’étoit plus bonne à dire , c'est que déjà il n?y avoit plus de république. Les ménage me ns, les détours , la politesse , la circonspection , tout cela est de la monarchie. Le caractère de la république , c'est de ne rien dissimuler , de marcher droit au but, à découvert, et d'appeler les hommes et les choses par leurs noms. La monarchie fait tout dans le cabinet , dans des comités et par le seul secret ; la république , tout à la tribune, en. présence du peuple et parla publicité, par ce que Marat appeloit faire un grand scandale. Dans les monarchies , le bon du gouvernement est le mensonge, tromper est tout le secret de l'Etat ; la politique des républiques , c’est la vérité. Tu prétends , dans ton journal , faire la guerre aux vices, sans noter les personnes : dèsîors tu n'es plus un républicain à la tribune des • Jacobins , mais un prédicateur et un Jésuite dans îa chaire de Versailles , qui parle à des oreilles ' x opales, de manière qu'elles ne puissent s'effarou-
cher , et qu’il soit bien évident que ces patriotes sont de fantaisie, et ne ressemblent à personne. Au lieu de supprimer chrétiennement clans ton journal ces six grandes pages de faits,. si tu en pubiiois seulement une ou deux en véritable ré-* publicain, c’est alors que le public retireroit quelque fruit de la lecture du Vieux Cordelier. Après lui avoir mis sous les yeux deux ou trois exemples, tu lui dirois : Peuple , fais ton profit de la leçon ; je ne veux point faire le procéda tant de monde, je veux ouvrir une porte au repentir , je veux ménager les patriotes, et même ceux qui en font le malheur , mais apprends par - là , que tous ces grands tapageurs des sociétés populaires , qui , comme ceux que je viens de nommer , n’ont à la bouche que le mot de guillotine, qui t’appellent chaque jour à leur aide , font de toi l’instrument de leurs passions, et pour venger leur amourpropre de la plus légère piqûre , crient sans cesse , que le peuple soit debout : de même que les Dominicains , quand ils font brûler en Espagne un malheureux hérétique , ne manquent Jamais de chanter YExurgat J)eus , que Dieu le père soit debout ; prends-y garde, et tu verras que tous ces tartuffes de patriotisme , tous ces Pharisiens , tous ces crucifuges , toqs ces gens qui disent, il n’y a que nous de purs, nous ne reste-
rions pas vingt montagnards à la Convention 9 si on les passoit de même en revue , et qu’on les épurât, non pas dans le club , mais dans mon journal véridique, parmi ces républicains si fervens ; il ne s’en trouverait pas un seul qui ne fût un novice du 10 août, pas un qui n’eut été naguères , ou brissotin , ou feuiilantin, ou même un royaliste mieux prononcé.
Mais conviens que tu n’osercis citer un seul de ces exemples : crois-moi , conserves en main ta réputation de franchise ; avoue que tu n’as pas assez de courage , ou plutôt ce ne seroit point avouer ta poltronnerie. Le courage n’est point la démence , et il y auroit de la démence à ne point suivre le conseil de Polîion : je n’écris point contre qui peut proscrire. Ce seroit avouer que nous ne sommes pas républicains , et tu ne peux te résoudre à faire cet aveu.
Comment se faire illusion à ce point ? Pour moi, je ne conçois pas comment on peut reconnaître une république là où la liberté de la presse n’existe point. Sais-tu ce que c’est qu’un peuple républicain, un peuple démocrate? Je n’en cannois qu’un parmi les anciens. Ce n’étoit point les Romains ; à Rome, le peuple ne parloit guères avec liberté , que par insurrection , dans la chaleur des factions 3 au milieu des coups de poings ? de
chaises et de bâtons , qui tomboient comme grêle autour des tribunes. Mais de véritables républicains , des dém ocrâtes permanéns , par principes et par instinct, c’étbient les Athéniens.
Non - seulement le peuple d'Athènes permettait de parler et d’écrire', mais je vois, par ce qui nous reste de son théâtre , qu’il n’avoit pas de plus grand divertissement que de voir jouer sur la scène ses généraux , ses ministres , ses philosophes , ses comités; et ce qui est bien plus fort, de s’y voir jouer lui-même. Lis Aristophane , qui faispit des comédies, il y a trois mille
ans, et tu seras étonné de l’étrange ressemblance d’Athènes et de la France démocrate. Tu y trouveras un Père Duchesne , comme à Paris , les bonnets rouges, les ci-devant, les orateurs, les magistrats, les motions et les séances absolument comme les nôtres ; tu y trouveras les principaux personnages du jour; en un mot, une antiquité de mille ans dont nous sommes contemporains* La seule ressemblance qui manque , c’est que, quand ses poètes le représentaient ainsi à son opéra , et à sa barbe , tantôt sous le costume d’un vieillard , et tantôt sous celui d’un jeune homme » dont l’auteur ne preno.it pas même la -peine de déguiser le nom , et qu’il appelait le peuple ; le peuple d’Athènes 3 loin de se fâcher , procla-
moit Aristophane le vainqueur des jeux, et encoungeoit par tant de br,™ « de à
Lire rire à „ r!=pe« , que W»*, ,„«e !
qua l’approche des Bacchanales, les juges des pièces de théâtre et le jury des arts étoient plus occupés que tout le sénat et l’aréopage ensemble, a cause du grand nombre de comédies qui étoienï envoyées au Concours. Notez que ces comédies étoient si caustiques , contre les ultra-révolutionnaires, et les tenans de la tribune de ce tempsla, qu’il en est telle jouée sous l’archonte Slrétocles , quatre cent trente ans avant J. Ch. , que si on traduisoit aujourd’hui Leque , Hébert soutiendroit aux Cordeliers, que la pièce ne peut être que d’hier, de- l’invention de Fabre d’Egîantines, contre lui et Ronsin , et que c’est le traducteur qui est la cause de la disette des subsistances (i); et il jugeroit de le poursuivre jusqu’à la guillotine. Les Athéniens e'toient plus indulgens et non moins chansonniers que les Français; loin d’envoyer a Sainte-Pélagie , encore moins à la place
(i) A une des séances des Cordeliers , Hébei
ne vient-il pas de dire que Philippeaux, d’Eidan
fines et moi , nous étions d’intelligence avec la di
sette , et la cause qu’il ne venoit point de beurr au marché ?
3e la révolution , Fauteur qui , d’un bout de îa pièce à l’autre, décochoit les traits les plus san~ glans contre Périclès, Cléon, Lanior. .... Alcibiade, contre les comités et présidons de sections , et contre les sections en masse , les sansculottes applaudissoient à tout rompre, eMl n’y avoit personne de morts que ceux des spectateurs qui crevoient à force de rire d’eux-mêmes.
Qu’on ne dise pas que cette liberté de la presse et du théâtre coûta la vie à un grand homme , et que Socrate but la ciguë. Il n’y a rien de commun entre les nuées d’Aristophane et la mort de Socrate qui arriva vingt-trois ans après la première représentation , et plus de vingt ans après la dernière. Les poètes et les philosophes Soient depuis long-temps en guerre ; Aristophane mit Socrate sur îa scène , comme Socrate l’avoit mis dans ses sermons : le théâtre le vengea de l’école. C’est ainsi que Saint -Just et Barrère te mettent dans leurs rapports du comité de salut public , parce que tu les as mis dans ton journal; mais ce qui a fait périr Socrate , ce ne sont point les plaisanteries d’Aristophane qui ne tuolent personne, ce sont les calomnies d’Anitus et Mélitus» , qui soutenoient que Socrate étoit Fauteur de la disette , parce qu’ayant parlé des Dieux avec irrévérence dans ses dialogues 3 Minerve et Cerès ne