R E R E S ET AMIS
Saint - Louis n’étoit pas prophète , lorsqu’il se prenoit d’une belle passion pour les Jacobins et les Cordeliers, deux ordres que l’histoire N°. f. E
nous apprend qu’il chérissoit d’urre tendresse de père. Le bon sire ne prévoyait pas qu’ils donneroient leur nom à deux ordres un peu différer» s , qui détrôneraient sa race, etseroient les fondateurs delà République Françoise, une et indivisible. Après cetexorde insinuant et cet éloge qui n’est pas ffatteur, et auquel vous avez tous part , fespère qu’il me sera permis , dans le cours de cet écrit apologétique de vo\i$ adresser quelques vérités qui seront moins agréables à certains membres*
Le vaisseau de la République vogue, comme fai dit, entre deux écueils , iemodérantisme et l’exagération. J’ai commencé mon Journal par une profession de foi politique , qui aurait dû désarmer la calomnie; j’ai dit , avec Danton, qu'outrer la révolution avait moins de péril , et, valait mieux encore que de rester en deçà > que, dans la route que tenoit le vaisseau , il falloir encore plutôt s’approcher du rocher de l’exagération , que du banc de sable du modéramisme. Mais voyant que le Père Duchesne, et presque toutes les sentinelles patriotes , se tenoient sur le tilkic, avec leur lunette, occupés uniquement à crier: Gare, vous touchez au modérantisme; il a bien fallu que moi , vieux Cordeiier et do-yen des Jacobins, je me chargeasse de là faction difficile , et dont aucun des jeunes
gens ne vouloir, crainte de se dépopulariser* celle de crier ; Gare, vous allez toucher à l’exagération ; et voilà. l’obligation que doivent m’avoir tous mes collègues de la Convention , celle d’avoir sacrifié ma popularité même pour sauver le navire où ma cargaison n’étoit pa$ plus forte que la leur?
Pardon, frères et amis, si j’ose prendre en-? core le titre de Vieux Cordelier , après l’arrêté du club , qui me défend de me parer de ce nom» Mais, en vérité , c’est une insolence si inouie que celle de petits-fils se révoltant contre leur grand-père, et lui défendant de porter son nom f que je veux plaider cette cause contre ces fils ingrats. Je veux savoir à qui le nom doit rester 9 ou au grand-papa , ou à des en fans qu’on lui a faits , dont il n’a jamais ni reconnu , ni même connu la dixième partie , et qui prétendent le chasser du paternel logis? O T dieux hospita* Jiers î je quitterai le nom de Vieux Cor delier * quand nos pères profès du district et non du club) me le défendront; quanta vous, messieurs les novices , qui me rayez sans m’entendre ;
Sifflez-moi librement ; je yous le rends ,, mes frères»
Lorsque Robespierre a dit ; Quelle diff’érençey QxVil entre Pelletier et moi que la mon f II y ayçùf
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de sa part bien de la modestie. Je rtc suis pas Robespierre; mais la mort, en défigurant les traits .de l’homme, n’embellit pas son ombre à mes yeux, et ne rehausse pas l’éclat, de son patriotisme à ce point de me faire croire que je n’aie pas mieux servi la République, même étant rayé des Cordeliers, que Pelletier dans le
Panthéon j et puisque je suis réduit à parler de
moi . non seulement pour donner cîu poids à
mes opinions politiques, mais même pour me défendre , bientôt j’aurai mis le dénoncé et les
dénonciateurs chacun à leur véritable place, malgré les grandes colères du père Duchesne, qui prétend , dit Danton , que sa pipe ressemble a la trompette de Jèrico 5 et que , lorsqu'il a fumé trois fois autour d'une réputation , elle
doit tomber d elle-mctne .
Il me sera facile de prouver que j’ai dû crier aux pilotes du vaisseau de l’Etat : prenez garde; nous allons touchera l’exagération.Déjà Robespierre et même Billaud- Varen nés avaient recon-
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nu ce danger. II rcstoit au journaliste, a préparer l’opinion , à bien montrer l’écueil : c’est ce que
j’ai fait dans les quatre premiers numéros.
Ce n’est pas sur une ligne détachée qu’il faîloit nie juger. Il yra vingt phrases dans, l’évangile, dit Rousseau , tout en appelant somauteiir sublime et divin 5 sur lesquelles M. le lieutenant
de police Vauroit fait pendre , en les prenant isolément et détachées de ce qui précède et de ce qui suit . Ce n’est pas même sur un numéro , mais sur l’ensemble de mes numéros , qu’il faudroit me juger.
Je lis dans la Feuille du Salut Public, à l’art.
de la^séance des Jacobins , primidi nivôse : « Camille Desmoulins , dit Nicolas, frise, de- » puis long-temps , la guillotine j et, pour vous » en donner la preuve , il ne faut que vous ra- » conter les démarches qu’il a faites au comité » révolutionnaire de ma section , pour sauver » un mauvais citoyen que nous avions arrêté » par ordre du comité de sûreté générale , » comme prévenu de correspondance intime » avec des conspirateurs , et pour avoir donné » asile chez lui au traître Nantouillet ».
Vous allez juger, frères et amis, quel étoit ce scélérat que j’ai voulu sauver. Le citoyen Vaillant étoit accusé, de quoi? vous ne le devineriez jamais : d’avoir donné à dîner , dans sa campagne , à deux lieues de Péronne , à un citoyen résidant dans cette ville depuis quinze mois , y montant sa garde, y touchant ses rentes ; en un mot , ayant une possession d’état 9 et de V avoir invité à coucher che ^ lui . N’est* ce pas là le crime ridicule dont parle Tacite. Crime de centre - révolution de ce que votre fermier
El
disait donné a coucher à. un ami de Sérant
‘dis- je? les amis de Séjan ayant été mis hors lâ loi , Tacite pouvoït avoir tort de se récrier* Mais ici c’est bien pis ! Vaillant àvoit donné, il y avoit plus d’un aii, l’hospitalité, deux jours seulement, à un citoyen alors actif, à un citoyen
qui , dans ce temps-là, n’ëtoit pas sur la liste des gens suspects. Il est vrai que ce Citoyen s’appelle Nantoiiillet ; il est vrai que ce Nantouiîlet étant venu voir, en 1791 ou 1792 , ce Vaillant, qui*
par parenthèse* est un mien cousin, celui-ci ne l’a point mis à la porte , quoiqu’il fût un cidevant. Mais, bon Dieu ! sera-t-on un scélérat*
lin conspirateur, pour n’avoir pas chassé de sa maison un ci-devant noble* il y deux ans? SI ce Sont là des crimes, M. Nicolas, je plains Ceux que vous jügezi J’ai vu André Dumont, qui n’est pourtant pas suspect de modérantisme* hausser les épaules de pitié de cette arrestation, et il a rendu là liberté ail citoyen Vaillant. Si moi , pour avoir démarldé la liberté de mon parent, emprisonné pour une telle pécadüle* jç frisé la guillotiné , que ferez-vous donc à André Dumont, qui l'â accordée ? Et sied-ii à un juré du tribunàl révolutionnaire d’envoye! si légèrement à la guillotine ?
Je ne puis pas retenir nia langue, et quelque Ranger qu’il y ait à avoir Une rixe avec un juré
du tribunal révolutionnaire; dénonciation pour dénonciation. En janvier dernier , j’ai vu encore M. Nicolas dîner avec une pomme cuite; et ceci n’est point un reproche. (Plût à Dieu , que dans une cabane, et ignoré au fond de quelque département, je fisse avec ma femme de semblables repas l ) Voici ce qu’étoit alors le citoyen Nicolas. Dans les premières années de la révolution , comme Robespierre couroit plus de dangers qu’aucun de nous à cause que son talent et sa popularité ét oient plus dangereux aux contre - révolutionnaires , les patriotes ne le laissoient point sortir seul-, c’étoit Nicolas qui l’accompagnoit toute Pannée* et qui, grand et fort, armé d’un simple bâtom, valoir à lui seul une compagnie de muscadins* Comme tous les patriotes aiment Robespierre; comme dans le fond, Nicolas est un patriote , et qu’il n’y a que la séduction du pouvoir* et l’éblouissante nouveauté d’une si grande puissance, entre ses mains, que celle de vie et de mort, qui peut lui avoir tourné la tête* nous l’avons nommé juré du tribunal révolutionnaire, dont il est en même temps imprimeur. Or, c’est par où je vouiois conclure sans me permettre aucune réflexion; eroiroiton* qn’à ce sans-culotte , qui vivoit si sobrement, en janvier, il est dû, en nivc>se, plus de îfQ
mille francs, pour impressions, par le tribunal révolutionnaire, tandis que moi, qu’il accuse, je n’ai pas âccru mon pécule d’un denier. C’est ainsi que moi , je suis un aristocrate qui frise ia guillotine , et que Nicolas est un sans - culotte qui frise la fortune.
Défiez-vous, M. Nicolas, de l’intérêt personnel qui se glisse même dans les meilleures intentions. Parce que vous êtes l’imprimeur de Bouchotte, est-ce une raison pour que je ne puisse l’appeler Georges , sans friser la guillotine? J’ai bien appelé LouisXVT, mon gros benct de roi , en 1787, sans être embastillé pour cela, Bouchotte seroit-il un plus grand seigneur? Vous, Nicolas, qui avez aux Jacobins l’influence d’un compagnon, d’un ami de Robespierre ; vous qui savez que mes intentions ne sont pas contre-révolutionnaires , Comment avezvous cru les propos qu’on tient dans certains bureaux? comment les avez-vous cru plutôt que les discours de Robespierre, qui m’a suivi presque depuis l’enfance, et qui, quelques jours auparavant, m’avoit rendu ce témoignage que j’oppose à la calomnie : qu’il ne connoïssoit pas un meilleur républicain que mfi \ que je tétois par instinct 9 par sentiment plutôt que par choix , et qu’il métoit même impossible d’être
Autre chose . Citez moi quelqu’un dorft on ait fait un plus bel éloge ?
Cependant les tape - durs ont cru Nicolas plutôt que Robespierre ; et déjà, dans les groupes , on m’appelle un conspirateur. Cela est vrai , citoyens ; voilà cinq ans que je conspire pour rendre la France républicaine, heureuse et florissante.
J’ai conspiré pour votre liberté, bien avant le 12 juillet. Roberspierre vous a parlé de cette tirade énergique de vers, avant-coureurs delà révolution. Je conspirois, le 12 juillet, quand, le pistolet à la main , j’appelois la nation aux armes et à la liberté , et que j’ai pris le premier cette cocarde nationale que vous ne pouvez pas attacher à votre chapeau , sans vous souvenir de moi. Mes ennemis , ou plutôt les ennemis de la liberté, car je ne puis en avoir d’autres, me permettent-ils de lire cette pièce justificative?
« Alors parut Camille Desmoulins ; il faut » l’écouter lui-même : il étoit deux heures et » demie; je venois sonder le peuple. Ma colère » contre les despotes étoit tourné en déses- » poir. Je ne voyois pas les groupes , quoique » vivement émus ou consternés , assez dispo- » ses au soulèvement. Trois jeunes gens mepa- » rurent agités d’un plus véhément courage ; » ils se tenoient parla main. Je vis qu’ils étoient
% Venus au Palais-Royal dans le mêmedesseiil * que moi , quelques citoyens passifs les sui- » voient: Messieurs, leur disqe, voici un comf> cernent d’attroupement civique j il faut » qu’un de nous se dévoue, et monte sur une » table pour haranguer le peuple* — Montez -y. >5 —J’y Consens.— Aussitôt je fus plutôt porté ** sür la table que je n’y montai. A peine y » étois-je , que je me vis entouré d’une foule y> immense. Voici ma courte harangue, que je » n’oublierai jamais :
Citoyens ! il n’y a pas un moment à perdre* > J’arrive de Versailles : M. Necker est rerr-
voyé : ce renvoi est le tocsin d’une Saint- » Barthéiemi de patriotes; ce soir tous les ba- » taillons suisses et allemands sortiront du » Champs*de-Mars pour nous égorger. Il ne » nous reste qu’une ressource , c’est de courir y> aux armes , et de prendre des cocardes pour » nous reconnoître.
» J’avois les larmes aux yeux, et je parloisr » avec une action que je ne pourrois ni retrou* » ver, ni peindre. Ma motion fut reçue avec t> desapplaudissemens infinis. Je continuai : — •• » Quelles couleurs voulez- vous ? — Quelqu’un » s’écria: — Choisissez. — Voulez-vous le 33 vert, couleur de l’espérance, ou le bleu de » Cincinnatus, couleur de la liberté â’Amériqtie
fe et de k démocratie f Des voix s*élevèrent î >) — Le vert , couleur de' l’efpérance ! j) Alors je m’écriai : — Amis ! le signal est » donné : voici les espions et les satellites de » la police qui me regardent en face. Je ne » tomberai pas du moins vivans entre leurs » mains. Puis , tifatit deux pistolets de ma po- » che , je dis : Que tous les citoyens m’imitent ! f — Je descendis étouffé d’embrassemens : les » uns me serroient contre leur cœur; d’autres <t me baignoient de leurs larmes: un citoyen » de Toulouse j craignant pour mes jours > ne » voulut jamais m’abandonner* Cependant on » m’avoit apporté im ruban vert. J’en mis le » premier à mon chapeau * et j’en diflribuai )) à ceux qui m’environnoient »
Depuis, je n’ai cessai de conspirer", aved Danton et Robespierre, contre les tyrans. J’ai conspiré dans la France libre , dans le discours de la Lanterne aux Parisiens , dans les Révolutions de France et de Brabant ,dans la Tribune des Patriotes. Mes huit volumes in 8° attestent toutes mes conspirations contre les aristocrates de toute espèce , les royalistes, les feu il [an s, les brissotins, les fédéralistes. Qu’on mette les scellés chez moi, et on verra quelle multitude de fuhrages les plus honorables
qu’un homme puisse recevoir , m’est vernit des. quatre parties du monde.
Qu’on parcoure mes écrits» mes opinions , mes appels nominaux » je défie qu’on me cite une seule phrase dans ces huit volumes» oùj’aie varié dans les principes républicains » et dévié de la ligne de la déclaration des droits. Depuis Necker et le système des deux chambres » jusqu’à Brissot et au fédéralisme, qu’on me cite un seul conspirateur , dont je n’aie levé le masque , bien avant qu’il ne fût tombé. J’ai toujours eu six mois , et même dix-huit mois d’avance sur l'opinion publique. Je les ai encore ces six mois d'avance» et j’ajourne à un temps moins éloigné votre changement d’opinion sur mon compte. Où avez- vous pris vos actes d’accusation contre Bailly , Lafayette» Malouet , Mirabeau » les Lameth, Pétion, d’Orléans , SU— lery » Brissot , Dumouriez , sinon dans ce que j’avois conjecturé» long-temps auparavant dans mes écrits » que le temps a confirmés depuis ? Et je vous l’ai déjà dit, ce à quoi personne ne fait attention en ce moment, mais qui, bien plus que mes ouvrages, m’honorera auprès des républicains , dans la postérité , c’est que j’avois été lié avec la plupart de ces hommes que j’ai dénoncés, et que je n’ai cessé de poursuivre, du
“moment qu’ils ont changé de parti ; c’est que j’ai été plus iidelle à la patrie qu’à l’amitié; c’est que l’amour de la République a triomphé de mes affections personnelles; et il a fallu qu’ils fussent condamnés pour que je leur tendisse la main , comme à Barnave.
Il est bien facile aux patriotes du io août, aux patriotes de la troisième ou quatrième, je ne dis pas réquisition , mais perquisition , aujourd’hui que l’argent et les places éminentes sont presque une calamité , de se parer de leur incorruptibilité d’un jour. Necker, à l’apogéede sa gloire , et après son deuxième rappel y a-t- il cherché à les séduire , comme moi , dans1 l’affaire des boulangers ? Lafayette , dans les plus beaux jours de sa fortune, les a-t-il fait applaudir: par ses aides- de-camp , quand iis sortoient de chez lui , et traversoientson a ntt* chambre? Ont - ils été environnés, à Bellechasse, de pièges glissans et presque inévi^ tables ? A-t- on tenté leurs yeux parles charmes les plus séduisans ; leurs mains par l’appât d’une riche dot , leur ambition par la perspective du ministère , leur paresse par celled’une maison délicieuse dans les Pyrénées ? Les a-t on mis à une épreuve plus difficile, celle" de renoncer à l’amitié de Barnave et des La-
*neth, et de s’arrachera celle de Mirabeau, que j’aimois à l’idolâtrie , et comme une maîtresse : A tous ces avantages , ont-ils préféré la fuite et les décrets de prise-de-corps ? Ont-ils été obligés de condamner tant de leurs amis avec qui ils avoient commencé la révolution ?
O peuple ! apprends à connoître tes vieux amis , et demande aux nouveaux qui m’accusent, s’ii se trouve un seul parmi eux qui puisse produire tant de titres à ta confiance ? ;
Mon véritable crime , je n’en doute- pas , ç’est qu’on sait que fai dit qu’avant dix numtvros faurois démasqué encore une fois tous les traîtres, les nouveaux conspirateurs , et la cabale de Pitt * qui craint les révélations de mon journal. On n’ose se mesurer avec le vieux Corcjelier , quia repris sa plume polémique 9 signaléepar tant de victoires sur tous les conspirateurs passés, et on a pris le parti plus court de me faire des querelles d’allemand, et de reproduire des dénonciations usées , et que Robespierre vous a fait mettre sous les pieds. Mais voyons quels sont içs prétextes de cet acharnement contre moi.
Des hommes, mes ennemis à découvert , et en secret ceux de la République , ne savent gu.e me reprocher éternellement 9 depuis cinq
jnois , d’avoir défendu Dillon. Mais si Dillon «toit si coupable, que ne le faisiez-vous donc juger ?
Pourquoi ne veut-on voir qu’un général que ]*ai défendu , et ne regarde-t-on pas cette foule de généraux que j’ai accusés ? Si c’étois un traître que j’eusse voulu défendre, pourquoi au* rois-je accusé ses complices ?
Si on veut que je sois criminel pour avoir défendu Dillon , il n’y a pas déraison pour que Hobespierre ne soit pas criminel aussi pouç avoir pris la défense de Camille Desmoulins qui a voit pris la défense de Dillon, Depuis quand est-ce un crime d’avoir défendu quel- -qu’un ! Depuis quand l’homme est-il infaillible et exempt d’erreurs f
Collot d’Herbois lui-même, qui, sans me nommer 9 est tombé sur moi avec une si lourde
roideur , à la dernière séance des Jacobins: et
qui , à propos du suicide de Gaillard , s’est mis en scène , et a fait une vraie tragédie , pour exciter contre moi les passions des tribunes , où on avoit payé , ce jour-là, des places jusqu’à 2 y liv., tant M. Pitt mettoit d’importance à l’expulsion de la société des quatre membres dénoncés , Fabre d’Eglantines , Bourdon de l’Oise , Philippeaux , et moi ; Collot d’Herbois ne s’étoit-il pas trompé lui-même sur un
général qui a livré Toulon, sur Brunet? N’at-i! pas défendu Proli ? Si je voulois user de représailles contre Coüot je n’aurois qu’à laisser courir ma plume, armée de faits plus forts que sa dénonciation. Mais j’immole à la patrie mes ressentimens de la violente sortie de Coliot contre moi; nous ne sommes pas trop forts, tous les vrais patriotes ensemble , et serrés les uns contre les autres, pour faire tête à l’aristocratie, cairon riant et livrant des batailles autour des frontières , ou au faux patriotisme, ou- plutôt à- la même aristocratie, plus lâche ,cabalant et iiru igaillantdans l’intérieur. J’ai eu le ton, et on m'a fait le reproche juste d’avoir trop écouté l’amour propre blessé , et d’avoir pincé trop au vif-un excellent patriote, notre cher Legendre : je veux ^montrer qüe je ne suis pas incorrigible , en renonçant aujourd’hui à des représailles bien légitimes. J’avertis seulement Coliot d’être en garde contre les louanges perfides et exclusives , ei de rejeter avec mépris, comme a fait Robespierre, celles de ce PèrêDuchesne, des lèvres de qui tout Paris a remarqué qu’il ne découloit que du sucre et du miel , qui n’avoit que des joies , dont les juremens même étoient flûtes et doucereux , depuis le retour de Danton , & qui , tout- à-coup , à * • . . • l’arrivée
^arrivée de Collot d’Herbois , reprend ses moustaches , ses colères , et ses grandes dénonciations contre les vieux cordeliers , et ne craint pas de s’écrier indiscrètement î le géant est arrivé 9 il va terrasser les pygmées, La publicité de ce mot* qui ne pourroit point dépopulariser , mais seulement ridiculiser celui qui en est l’objet, s’il n’avoit pas désavoué cette flagornerie d’Hébert , qui cherché à se retirer sous le canon dé Collot; cette publicité sera la seule petite piqûre d’amour-propre à amour-propre , que je me permettrai de faire à mon collègue. Je saurai tou^ jours distinguer entré lé père Duchesne et le bon père Gérard * entré Collot Châteauvieua. et Hébert contre-marqué .
Voilà , à propos de Dillon * üne bien longue parenthèse , tandis que , pour ma justification * j’avois seulement à observer , que les meilleurs patriotes n’etoient pas exempts de prévention ; que Collot d’Herbois lui-même avoit défendu des gens plus suspects que ^Dillon ; bien plus, je pose en fait , qu’il n’est pas un député à là mon® tagne * à qui on ne puisse reprocher quelque erreur et son Dillon.
Pardon, mes chers souscripteurs, mais croiriez-vous que je ne suis pas encore bien convaincu que ce général , qu’on ne Cesse de
ïïiq jeter aux jambes, soir un traître. Voila six mois que je m’abstiens de parler de lui ni en bien , ni en mal. Je me suis contenté de communiquer à Robespierre , il y a trois mois 5 la note qu’il m’avoit fait passer sur Carreaux. Eh bien , la trahison de Gârteaux vient de justifier cette note.
ïei , remarquez qu’il y a quatre semaines , Hébert a présenté aux jacobins un soldat qui est venu faire le plus pompeux éloge de Carteaux , et décrier nos deux vieux Cordeliers f la Poype , et ce Fréron qui est venu pourtant à bout de prendre Toulon , en dépit de Penvie , et malgré les calomnies ; car Hébert appeloit Fréron comme il m’appelle , un ci-devant patriote , un muscadin , un Sardanapale , un Viedase . Remarquez , citoyens , que depuis deux mois 9 le patriote Hébert n’a cessé de diffamer Barras et Fréron , de demander leur rappel au comité de salut public , et de prôner Carteaux, sans qui la Poype auroit peut-être repris Toulon , il y a six semaines , lorsque ce général s’étoit déjà emparé du fort Pharon. Remarquez que c’est lorsque Hébert a vu qu’il ne pou voit venir à bout d’en imposer à Robespierre sur le compte de Fréron, parce que Robespierre conno it les vieux Cordeliers , parce
jqu’il connoît Fréron , comme il me conjnoît ; re* marquez que c’est alors qu’est venue au comité de salut public, on ne sait d’où, cette fausse lettre signée Fréron et Barras ; cette lettre qui ressemble si fort à celle qu’on a fait parvenir , il y a deux jours , à la section des Quiaze-Vingts , par laquelle il sembloit que d’Eglantinés , Bourdon de l’Oise, Philippeaux et moi voulions soulever les sections. O ! mon cher Fréron , c’est par .ces artifices grossiers, que les patriotes du io août minent les pilliers de Y ancien district des Cordeliers. Tu écrivois , il y a dix jours , à ma femme: Je ne rêve quà To ulon^ou j’y péri rai ou je le rendrai a la. République ; je pars. La canonnade, commencera aussitôt mon arrivée; nous allons gagner un laurier ou un saule prépare?y-moi Y un ou Y autre . O ! mon brave Fréron , nous avons pleuré de joie tous les deux , en apprenant ce matin la victoire de la République , et’ que c’étoit avec des lauriers que nous irions au-devant de toi , et non pas avec des s aules audevant de ta cendre. C’est en montant le premier à l’assaut avec Salicetti, et le digne frère de Robespierre , que tu as répondu aux calomnies d’Hébert. C’est donc à Paris comme à Marseille ! Je vais citer tes paroles , parce que celles d’un triomphateur auront plus de poids que les
miennes : Tu nous écris dans cette même lettre :
Je ne sais pas si Camille voit commemoijnaisil me semble quon veut pousser la société populaire ' au delà du but s et leur faire faire ,5 sans s'en douter j la contre-révolution par des mesures ultrarévolutionnaires . La discorde secoue'' ses torches parmi les patriotes. Des hommes ambitieux ^ quik veulent s'emparer du gouvernement , font tous leurs efforts pour noircir les hommes lespluspurs , les hommes à moyens et à caractère ^ les patriotes de la première fournée : ce qui vient de se passera Marseille en est une preuve « Eh quoi ! mon pau. vre Martin , tu étois donc poursuivi à la fois par les pères Duchesnes de Paris et des Bouches du Rhône! et sans le savoir, par cet instinct qui n’égare jamais les vrais républicains, à 200 lieues l’un de l’autre, moi avec mon écritoire , toi avec ta voix sonore, nous faisions la guerre aux mêmes ennemis! Mais il faut rompre avec toi ce coh loque, et revenir à ma justification.
Il faut que je le répète , pour la centième fois, puisqu’on m’en a absous inutilement quatrevingt-dix-neuf ; il n’est pas vrai de dire que j’ai dtfendu Dillon ; j’ai demandé qu’on le jugeât; et 11’est- il pas évident que si on pouvoit accusor quelqu’un de le défendre ce seroit plutôt ceux qui n’ont pas demandé , comme moi 9
qu’il fût juge. Ainsi tombe d'abord l’éternelle dénonciation contre Camille Desmoulins. QueL doit être , dans le sac de mon adversaire 9 le déficit de pièces contre moi , puisqu’ils sont réduits à me reprocher éternellement d’avoir défendu un général à qui on ne peut contester de grands services à la côte de Biesme !
La plus courte justification ennuie. Pour soutenir l’attention , je tâche de mêler la mienne de traits de satire , qui ne fassent qu’effîeurer le patriote , et percent de part en part le contre - révolutionnaire déguisé sous le rouge bonnet que ma main jette à bas. Au sortir de la Convention , je retourne au vieux Cordelier ; et , selon que je suis affecté de la séance , une teinte de gaîté ou de tristesse se répand sur la page que j’écris , et sur ma correspondance avec mes abonnés. Barrère aujourd’hui a rembruni mes idées ; et mon travail de ce soir se sentira de ma mélancolie.
Est-il donc possible qu’on ait dirigé contre moi un rapport dont le projet de décret présentoit absolument mes conclusions ? C’étoient tellement mes conclusions , que Robespierre a fait passer â l’ordre du jour sur ce projet de décret , comme ressemblant trop à mon comité de clémence. Convenez 5 mes chers collègues, que j’ai eu du
mo’ns le contage d’ouvrir là unë discussion
grande et que l'honneur de rassemblée nationale demandoit qu'elle abordât. J'aurai eu îe mérite d’avoir fait luire le premier un rayon d’espoir aux patriotes détenus. Les maisons de suspicion ne ressembleront plus jusqu’à la paix à l’enfer du Dante, où il ri y a point ri espérance. N’eussé-je fà it que ce bien , je méritais de Barrère j5lus de ménagemèns , et qu’il ne frappât point si fort. Au demeurant , le plus grand honneur qu’on pût faire à mon journal , étoit assurément cette censure du comité de sa1 ut public et le décret qui en ordonne l’insertion au bulletin. C’est donner à ma plume une grande importance. Un jour la postérité jugera entre les Suspects de Barrère et les suspects de Tacite. Provisoirement les patriotes vont être contens de moi; car, après cette censuré solémnelîe du comité de salut public , j’ai fait , comme Fénelon , montant en chaire pour publier le bref du pape , qui condamnoit les maximes des saints , et lés lacérant lui-même , je suis prêt à brûler mon numéro 3 ; et déjà- j’ai défendu à Desenne de h réimprimer ? au moins sans le cartonner.
Comme le comité de salüt public n’a pas dédaigné de réfuter mon numéro 4 , pour éclairer tout-à-fait sa religion , je lui dois le rétablissement d’un fait; sur lequel son rappor-
^eura altéré Thucydide , j’en demande pardon à Barrère ; mais assurément Athènes ne jouissent a une paix profonde , quand Thrasibule ht prononcer dans rassemblée générale du peuple, que personne ne serait inquiété , ni poursuivi , hors les trente tyrans. Ces trente tyrans etoient à peu près à la population d’Athènes , qui ne se composoit guères que de 20 mille citoyens * comme nos aristocrates prononcés sont à notre population de 25 millions d’hommes. L’histoire dit positivement que ce sage décret mit fin aux dissentions civiles , réunit tous les esprits , et valut à Thrasibule le surnom de restaurateur de la paix. j
Au reste , Barrère a terminé une critique amère de l’ouvrage, par un hommage public au patriotisme de l’auteur. Mais dans sa nome ne! a-
ture de gens suspects , et à l’occasion de sa re<^T marque judicieuse , que ceux-là l’etoient vé ritablement , qui au lieu de ressentir de la joie de la prise de Toulon , présentaient une mine allongée , Barrère pourvoit me rendre un autre témoignage. Il auroit pu dire que , ce jour-là même , me trouvant à dîner avec lui , je lui avois dit : Voilà les hommes vraiment suspects; voilà ceux à h arrestation desquels je seroisie pre„
fnïerà applaudir , ceux que cette conquête de Tou* Ion a attristés ou seulement laissés tout de glace* et non pas a comme je T ai lu dans une certaine dé-> non:iation M. tel 4 parce qu’il est logé LU XU RI EU SEMENT*
Que pensera le lecteur impartial de voir Barrère , je ne dis pas s’emparer de mon idée , çt s’en faire honneur à la tribune de la convenu vçntion , mais à ce plagiat joindre la petite malice, de publier à la tribune que je n’admetîois point de gens suspects . Si Barrère m’avoit çitéî si au moins , il avoit dit que je partageois gQ a opinion ! les républicains les plus soupçonneux auroient vu que moi aussi je voulois des maisons de suspicion , et que je ne différois d’opinion , que sur le signalement des suspects. Mais je le vois , Barrère a craint la grande colère du Père Duçhesne, et la dénonciatiation itérative de M. de Vieux sac , et dans son rapport ? il a ouvert la main toute entière pour la satire, et le petit doigt seulement pour l’éloge.
Où les diviseurs de la montagne veulentils nous mener , par les calomnies qu’ils chuchotent aux oreilles des patriotes ? Quelle est cette perfidie ele s’accrocher à une phrase de mon numéro'*^, de la détacher de l’amendement et de" la note qui y est jointe. Y a-t-il
une mauvaise foi plus coupable ? Déjà on ne se reconnoît plus à la Montagne. Si c’étoit un vieux Cordelier comme moi , un patriote rtcti «« ligne , Billaud - Varennes , par exemple , qui m’eût gourmande si durement , susdnuissem utique 4 j’aurois dit: C’est le soufflet du bouillant Saint-Paul au bon Saint-Pierre ^ qui avoit péchéb Mais toi , mon cher Barrère \ toi , l’heureux tuteur de Tamil a l toi \e président des Feuillans ! qui as propose ' le comité des douze ! toi qui le 2 juin, mettoit en délibération dans le comité de sa* lut public j si on narréteroit pas Danton! toi dont je pourrois relever bien d’autres fautes , si je voulais fouiller le Fieux-sac , que tu deviennes -tout à coup un passe-Robespierre , et que je sois par toi çolaphisé si sec î J’avoue que ce soufflet m’a fait voir trente-six chandelles , et que je me frotte encore les yeux. Quoi î c’est toi qui m’accuse de modérantisme î quoi î c’est toi , camarade montagnard du 3 juin , qui donne à Camille Desmoulins un brevet de civisme ! Sans
ce certificat , j’allois passer pour un modéré. Que vois- je ? Je parle de moi ; et déjà dans les groupes 9 c’est Robespierre même qu’on ose soupçonner de modérantisme. Oh ! la bede chose que de n’avoir pas de principes ,, que de*, savoir prendre le vent , et qu’on est heureux d’être une girouette.
-Vt
Citoyens , remarquez bien tous ceûk qui ^m'accusent de pécadilies , et je gage que , dans leur vie, vous trouverez de semblables erreurs , ■de ces erreurs lourdes que je ne leur ai pourîant jamais reprochées , par amour de la concorde et de l’union , moi qu’on accuse de noircir les patriotes. Je vous rends aussi justice , Bairère ; j’aime votre talent , vos services , et je proclame aussi votre patriotisme ; quand à vos torts , Robespierre vous en a donné l’absolution , et je ne suis point appelant , comme M. Nicolas, du jugement de Robespierre. Mais quel est le reptile si rampant , qui , lorsqu’on lui marche dessus , ne se relève et ne morde ? Et la République ne peut pas exiger de moi de tendre l’autre joue.
Tour cela n’est qu’une querelle de ménage avec mes amis les patriotes Collot et Barrère ;
mais je vais être à mon tour b en colère
contre le père Duchesne , qui m’appelle un misérable intrisailleur , un viédase à mener à la guillotine , un conspirateur, oui veut quon ouvre toutes les prisons sp ouï en faire une nouvelle Vendée 9 un endormeur payé par Pitt , un bouniquet à longues oreilles. ATTENDS-MOI, HÉBERT; JE SUIS A TOI DANS UN MOMENT. Ici ce n’est pas avec des injures grossières et des mots que je 'fais, t’attaquer ; c’est avec des aits. Je vais te
démasquer comme j’ai démasqué Brissot , et faire la société juge entre toi et moi.
Le rayon d’espérance que j”ai fait luire au fond des prisons aux patriotes détenus , l’image du bonheur à venir de la République française, que j’ai présenté à l’avance et par anticipation à mes lecteurs , et le seul nom de' comité de clémence que j’ai prononcé , à tort si I on veut , pour le moment , ce mot seul , a-t-il fait sur toi , Hébert , l’effet du fouet des furies ? n’as-tu donc pu supporter l’idée que la nation fut un' jour heureuse et un peuple de frères ? Puisque 3 à ce seul mot de clémence , que j’avois pourtant si fort amendé , en ajoutant : Arrière. la pensée d’une amnistie ! arrière l’ouverture dès prisons! te voilà à te manger le sang * à entrer dans une colère de bougre * à tomber en syncope , et à en perdre la raison , au point de me dénoncer si ridiculement au Jacobins , pour avoir épousé ^ dis-tu, une femme riche ,
Je ne dirai qu’un mot de ma femme. J’avois toujours cru à l’immortalité de Pâme. Après tant de sacrifices d’intérêts personnels que j’avois faits à la liberté et au bonheur du peuple , je mé disois , au fort de la persécution : Il faut bien que les récompenses attendent la vertu ailleurs. Mais mon mariage est si heureux , mon bon*
heur domestique si grand , que j’ai craint d’avoir reçu ma récompense sur la terre , et j’avois perdu ma démonstration de l’immortalité. Maintenant tes persécutions , ton déchaînement contre moi , et tes lâches calomnies , me rendent toute Inon espérance.
Quant à la fortune de ma femme , elle m’a apporté 4 mille liv. de rentes , ce qui est tout ce que je possède. Dans cette révolution où , je puis le dire , j’ai joué un assez grand rôle , où j’ai été un écrivain polémique , recherché tour à tour par tous les partis , qui m’ont trouvé incorruptible , où, quelque temps avant le 10 âoût , on a marchandé jusqu’à mon silence , et fort chèrement ; eh bien , dans cette révolution , où depuis j’ai été successivement secrétaire général du département de la justice . et représentant du peuple à la Convention ^ ma fortune ne s’est pas accrue d’un sou. Hébert pourroit-il en dire autant ?
Est-ce toi qui oses parler de ma fortune , toi que tout Paris a vu , il y a deux ans , receveur des contre - marques , à la porte des Varités , dont tu as été rayé , pour cause dont tu ne peux pas avoir perdu le souvenir ? est-ce toi qui oses parler mes mille 4 liv. de rentes , toi qui , sans-culotte , et sous une méchante perruque de
crin , dans ta feuille hypocrite, dans ta maison * loge aussi luxurieusement qu'un homme sus-pcct , reçois 120 mille liv. de traitement du ministre Bouchotte , pour soutenir les motions des Cloots , des Proli , de ton journal officiellement contre-révolutionaire , comme je le prouverai.
120 mille liv. à ce pauvre sans. calotte Hébert , pour calomnier Danton , Lindet,Cambon , Thuriot , Lacroix , Philippeaux , Bourdon de l’Oise , Barras , d’Eglantines , Fréron , Legendre, Camille Desmoulins , et presque tous les commissaires de la Convention! pour innonder la France de ses écrits, si propres à former Pesprit et le cœur! 120 mille francs!... de Bouchotte !... S’étonnera-t-on, après cela, de cette exclamation filiale d’Hébert, à la séance des Jacobins : Oser attaquer Bouchotte ! (oser l’appeler Georges! ) Bouchotteà qui on ne peut reprocher la plus légèfe faute ! Bouchotte qui amis à la tête des armées des généraux Sans-culottes ! Bon chatte patriote le plus pur ! Je suis surpris que dans le transport de sa reconnoissance , le Père Duchesne ne se soit pas écrié: Bouchotte qui ma donné i2oj mille livres depuis le mois de juin l
Quel sera le mépris des citoyens pour cet impudent Père Duchesne , quand , à la fin de ce numéro 5 , ils appprendront , par une note , le*
véô sur les registres de la trésorerie , que îe cafard qui me reproche de distribuer gratis un journal que tout Paris court acheter, a reçu, en un seul jour d'octobre dernier , 60 mille francs de Mécenas Bouchotte pour 600 mille numéros , et que , par une addition facile , ^e lecteur verra que le fripon d'Hébert a vo/é, ce jour là seûl^ 40 mille fiancs à la nation.
Déjà quelle a dû être Pindignation de tout patriote qui a un peu de mémoire , et qui réfléchit, quand parce que j’ai , dans mon journal, réclam éla liberté delà presse pour les écrivains * la liberté des opinions pour les députés , c’est-àdire , les premiers principes de la déclaration des droits 3 il a vu Hébert jeîter les hauts cris contre moi , lui , cet effronté ambitieux , qui , au moment oju un enchaînement de victoires ne ralentissoit pas le mouvement révolutionnaire , au moment où la nécessité des mesures révolutionaires étoit sentie de tous les patriotes , il y a deux mois , a osé dans sa feuille , 7 eclameria constitution 3 et demander qu on organisât le conseil exécutif 3 aux termes deV acte cons litudonel , parce qu’il lui sembloit qu’il ne pou" voit manquer d’être un des 24 membres.
Que tu aies reçu de Bouchotte, en un seul jour , au mois d’ocicbre , 66 mille francs pou£
■crier dans ta feuille aux quatre - coins de 1& France : Fsaphon est un Dieu , et pour calomnier Danton, c’est la moindre de tes infamies. Tes numéros , et tes contradictions à la main , je suis prêt à prouver que tu es un avilisseur dit peuple français et delà Convention ^ et un scélérat sà.é]3. aux yeux des patriotes et des clairvoyans, non moins démasqué que Biissot dont les agens de Pitt t’avoient fait le continuateur, et entrepreneur de contre-révolution par un autre extrême. Il sera aisé de voir que Pitt et Calonne, voyant les Girondins usés, ont voulu essayer s’ils ne pourroient pas faire , par la sottise et l’ignorance , cette contre-révolution qu’ils n’avoient pu faire avec tant de gens d’es„ prit , depuis Malouet jusqu à Gensonné.
Je n’ai pas besoin de me jetter dans ces recherches. Toi qui me parles de mes sociétés , crois- tu que j’ignore que tes sociétés , c’est une femme Rockechouart , agente des émigrés, le banquier Kocke, chez qui toi et ta Jacqueline, vous passez à la campagne les beaux jours de l’été ? Penses-tu que j’ignore, que c’est avec l'intime de Dumouriez , le banquier hollandois Kocke, que le grand patriote Hébert, après avoir calomnié dans sa feuille les hommes les plus purs de la République ? alloit, dans sa grande joie , lui et
sa Jacqueline 9 boire le vin de Pitt , et portef des toasts à la ruine des réputations des fondateurs de la liberté? Crois-tu que je r/aie pas remarqué qu’en effet , tu n’as jamais sonné le mot de tel député, lorsque tu tombois à bras racourcis Sur Chabot et Bazire ? Crois-tu que je n’aie pas deviné que tu nas jeté les hauts cris contre ces deux députés 9 que parceque , après avoir été attirés, sans s’en douter , peut-être , dans la conspiration de tes ultra-révolutionnaires , bientôt, à la vue des maux qui alloient déchirer la patrie , ayant reculé d’horreur , ayant paru chanceler , ayant combattu même quelques projets de décret , qui n’étoient pourtant que les précurseurs éloignés des motions liberticides que tu prépalois toi et tes complices , tu t’es empressé* de prévenir Basire et Chabot 9 et de les perdre 9 avant que tu ne fusses perdu par eux ? Crois-tu qu’on ne m’a pas raconté qu’en 1790 et tu as persécuté Marat , Tu as écrit pour les aristocrates ; tu ne le pourras nier 9 tu serois confondu par les témoins ? Crois-tu enfin que je ne sache pas positivement que tu as trafiqué de la liberté des citoyens , et que je ne me souvienne pas de ce qu’un de mes collègues a dit à moi et à plus de vingt députés , que tu
avois
svois reçu ityie forte jemme pour l’élargissement^ je ne sais pas bien si c’écoit d’un émigré ou d’un prisonnier, et que depuis, une personne, témoin de ta vénalité , t’avoit menacé de la révéler , si tu t’avisois de maltraiter encore Chabot dans des feuilles, fait que le représentant du peuple Chaudron Rousseau nous a même assuré qu’il alioit déposer au comité de surveillance ? Ce sont là des faits autrement graves que ceux que tu m’imputes.
Regardes ta vie , depuis le tems où tu étois un respectable frater , à qui un médecin de notre connoissance faisoit faire des saignées pour îz sous , jusqu’à ce moment où , devenu notre médecin politique , et le docteur Sangrado du peuple français, tu lui ordonne des saignées si copieuses, moyennant no mille livres de traitement que ce donne Rouchotte : regardes ta vie entière, et ose dire à quel titre tu te fais ainsi l’arbitre des réputations aux Jacobins ?
Est-ce à ci tre de tes anciens services ? Mais quand Danton, d’Eglancines et Paré, nos trois anciens présidens permanens des Cordeliers ( du </ia trier s’entend ) soutenoient un siège pour Marat j quand Thuriot assiégeoit la bastille ; quand Fréron faisoit l’Orateur du Peuple ; quand moi , sans craindre les assassins de Loustalot , et les sentences de N*. 5 G
T alan , j’asois , il y a trois ans , défendre * presque seul , Y ami du peuple j ec le proclamer le divin Marat j quand tous ces vétérans que tu calomnies aujourd’hui , se signaloient pour la cause populaire où écois-tu alors , Hébert ? Tu distribuois tes contre-marques , et on m’as-, sure que les directeurs se piaignoient de la re-* cette (ï). On m'assure que tu t’étois meme opposé , aujc Cordeliers j a i’inslirrection du io août» On m’assure... Ce qui est certain à ce que tu ne pourras nier, car il y a des témoins, c’esc qu’en 1790 et 1791 , tu dénlgrois tu poursui vois Marat v que . tu as prétendu , après sa mort 3 qui r’avoit laissé -.son manteau , dont tu tes. faic tout à-coup le disciple Elisée , et le légataire
(1) O11 disoit un jour à un des acteurs du théâtre de îa République , que le Père Duchesne étoit près d’entrer en colère contre eux : j’ai peine à le croire , répondit celui-ci j nous en avons la preuve dans nos registres quil nous a volés , avant quil fut procureur de la commune. Il faut faire supprimer ces registres , Père Duchesne 5 il faut faire ta cour au théâtre de la République * et je ne m’étonne plus de ta grande colère contre la Montansier , dans un de tes derniers numéros , et que tu nous aies lait un éloge si pompeux 3 si exclusif, du théâtre où tu as fait tes premières armes. - ,
Universel. Ce qui est certain, c’est .qu’avant de t’efforcer de voler ainsi la succession de popularité de Marat , tu avois dérobé une autre succession , celle d’un Père Duchesne , qui n’étoit pas Hébert j car ce n’est pas toi qui faisois , il ' y a deux ans , le Père Duchesne } je ne dis pas la Trompette du Père Duchesne mais le veriritable Père Duchesne j le mémento Maury. C’étoit lin autre que toi , dont tu as pris les noms, armes et juremens , et dont tu t’es emparé de toute la gloire , selon ta coutume. Ce qui est certain , c’est que tu n’étois pas avec nous , en 1789, dans le cheval de bois } c’est qu’on ne t’a point vu parmi les guerriers des premières campagnes de la révolution } c’est que , comme les gougeats , tu ne t’es fait remarquer qu’après la victoire où tu t’es signalé , en dénigrant les vainqueurs , comme Thersite, en emportant la plus forte part du butin , et en faisant chauffer ta cuisine et tes fourneaux de calomnies , avec
les 120 mille francs et la braise de Bouchotte (1).
( 1 ) On me calomnie , disoit l’autre jour , Bouchotte au comité de salut public. Du moins , lui répondit Danton , ce n’est pas la République qui paye 120 mille francs 3 depuis le mois de juin , pour vous calomnier , du moins ce n’est pas le ministère qui s’est fait le colporteur des calomnie
Seroit -■ cc à titre d’écrivain et de bel - esprit , que tu prétends , Hébert , peser dans ta balance nos réputations ? Est-ce à titre de journaliste que tu prétendrois être le dictateur de l’opinion aux Jacobins ? Mais y a-t-il rien de plus dégoûtant , de plus ordurier , que la plupart de tes feuilles ? Ne sais-tu donc pas, Hébert , que quand les tyrans d’Europe veulent avilir la République ; quand ils veulent faire croire à leurs esclaves que la I rance est couverte des ténèbres de la barbarie , que Paris , cette ville si vantée par son atticisme et son goût , est peuplée de Vandales ; ne sais-tu pas, malheureux, que ce sont des lambeaux de tes feuilles qu’ils insèrent dans leurs gazettes , comme si le peuple éroit aussi bête, aussi ignorant que tu voudrois le Elire croire à M. Pitt ; comme si on ne pouvoir lui parler qu’un langage aussi .grossier j comme si c’étoit là le langage de la Convention et du comité de salut public ; comme si tes saletés étoient celles de la nation j comme si un égout de Paris étoit de la Seine.
contre Bouchotte. La répartie ttoic sans réplique. i*o mille francs à Hébert pour louer Bouchotte ! Pag si Georges , M. Bouchotte ! Il n’est ma foi pas si Georges l
Enfin , seroit-ce à titre de sage , de grand politique , d’homme à qui il est donné de gouverner les empires , que tu t’arroges de nous asservir à tes idées ultra - révolutionnaires , sans que même les représentais du peuple ayent le droit d’énoncer leur opinion , à peine d'être chassés de la société ? Mais , pour ne citer qu’un seul exemple , ne sont- ce pas les trois ou quatre numéros qu’Hébert a publiés à la suite *de la mascarade de la déprêtrisation de Gobe! , qui sont , par leur impolitique stupide , la cause principale de tanr de séditions religieuses , et de meurtres , à Amiens , à Coulomiers , dans le Morbihan , l’Aisne , Lille et Vilaine ? N’estce pas le Père Duchesne , ce politique profond , qui j par ses derniers écrits , est la cause évidente , que , dans la Vendée , ou les notifications officielles du 21 septembre annonçoient qu’il n’y avoit plus que 8 a 10 mille brigands à exterminer j il a déjà fallu tuer plus de ioo mille imbéciiles de nouvelles recrues1, qu’Hébert a faites à Charrette et aux royalistes ?
Et c’est ce vil flagorneur , aux gages de no mille livres , qui me reprochera les 4 mille livres de rentes de ma femme! C’est cet ami intime des Kocke , des Rochechouart , et d’une multitude d’escrocs , qui me reproche mes
fiüHNI
Sociétés ! Ce politique san$ vue , et îe plus insensé des patriotes, s’il n’est pas le plus rusé des aristocrates , me reprochera mes écrits aristocratiques , dit- il , lui dont je démontrerai que les feuilles sont les délices de Cobîentz , et le seul espoir de Pitt !
Ce patriote nouveau sera le diffamateur éternel des Vétérans! Cet homme rayé de la liste des garçons de théâtre , pour vols , fera rayer de la liste des Jacobins, pour leur opinion, des députés , fondateurs immortels de la République ! Cet écrivain des charniers sera îe législateur de l’opinion , le Mentor du peuple français! Un représentant du peuple ne pourra être d’un autrfe sentiment que ce gond personnage , sans être traité de viédase conspirateur- payé par Pitt !
O temps! ô r^œu-rs ! d liberté de la presse! le dernier retranchement de la liberté des peuples , qu’êtes- vous devenus? d liberté des -‘opinions y sans laquelle il n’existeroit plus de Convention , plus de représentation nationale, qu’allez - vous devenir ?
La société est maintenant en état de juger entre moi et mes dénonciateurs. Mes amis savent que je suis toujours îe même qu’en 1789 ; que je n’ai pas eu depuis une pensée qui ne fût pour raffermissement de la liberté , pour la prospé-
rite , le bonheur du peuple français , le maintien
de la République , une et indivisible. Eh ! de
quel autre interet pourrois-je être animé dans
le journal que j’ai entrepris , que du z-èle du bien
public? Pourquoi aurais -je attiré contre moi tant de haines route-puissantes , en appelé sur ma tête des ressentimens implacables ? Que m’ont fait a moi Hébert' et fous ceux contre qui fai écrit? Ai-jè ^reçu aussi 120 mille francs du. trésor national pour calomnier ? ou penfe-t-On que - je veuille ranimer les cendres de l’aft£tc*crf,ne ? -Les modérés q les aristocrates , dit Barrète , ne -se rencontrent plus , sans se demander , Ave vous lu le vieux Cordelïer ? Moi - le patron des aristocrates ! des- Modérés ! Que le vaisseau de là République , qui court entre les deux écueils dont j’ai parlé , s’approche trop de celui du modérantisme, on verra si j’aiderai la manœuvre y on verra si je suis un modéré ! J’ai été révolutionnaire avant vous tous. J’ai été plus } j’étois un brigand , et je m’en fais gloire , lorsque dans la nuit du 12 au 13 juillet i/Sp, moi et le général Danican , fioü's< faisions ouvrir les boutiques d’arquebusiers , pour armer les premiers bataillons des sans- culottes. Alors j’avois l’audace de la révolution. Aujourd’hui, député à l’assemblée nationale , l'audace qui me
convient est celle de la raifon ;~celle de dire mon opinion avec franchise. Je la conserverai jusqu’à la mort cette audace républicaine contre tous les despotes , et quoique je n’ignore pas la maxime de Machiavel , qu’il n y a point de tyrannie plus effrénée que celle des petis tyrans .
Qu’on désespère de m’intimider par les terreurs et les bruits de mon arrestation qu’on sème autour de moi ! Nous savons que les scélérats méditent un 3 i mai contre les hommes les plus énergiques de la montagne. Déjà Robespierre en a témoigné ses pressentimens aux Jacobins ; mais* comme il Ta observé, on verroit qu’elle différence il y a entre les brissotins et la montagne. Les acclamations que la Convention a recueillies par* tout sur son passage , le jour de la fête des victoires , montrent l’opinion dit peuple , et qu’il ne s’en prend point à ses représentans des taches que des etrangers se sont efforcés d’imprimer à la nation. C’est dans la Convention , dans le comité de salut public , et non dans Georges et les Géorgiens , que le peuple français espère. Mais toutes les fois que , dans une République , un citoyen aura, comme fBouchoçte , 300 millions par mois, et 50 mille places à sa disposition , tous les intrigans , tous les oifeaux de proie s’assembleront nécessairement auteur de lui. C’est r là le siège
du mal , et on sent bien que la peste ellemême, avec une lifte civile si forte, se ferme mettre au Panthéon. C’est à la Convention à ne pas souftiir qu’on élève autel contre autel. Mais, 6 mes collègues! Je vous dirai comme Brunis à Cicéron : Nous craignons trop la mort , et l'exil et la pauvreté. Nimium timemus mortem et exilium et paupertatem. Cette vie mérite-eile donc qu’un représentant la prolonge aux dépens de l’honneur? ïl n’est aucun de nous qui ne soit parvenu au sommet de la montagne de la vie. 11 ne nous reste plus qu’à la descendre à travers mille précipices , inévitables même pour l’homme le plus obscur. Cette descente ne nous offrira aucuns paysages inconnus, aucuns sites qui ne se soient offerts mille fois plus délicieux à ce Salomon, qui disoit au milieu de ses 700 femmes, et en foulant aux pieds tout ce mobilier de bonheur : J’ai trouvé que Us morts sont plus heureux que les vivans ^ et que U plus heureux de tous est celui qui n est pas né. Eh quoi ! lorsque tous les jours les 1100 mille soldats du peuple français affrontent les redoutes hérissées des batteries les plus meurtrières , et volent de victoires en victoires; nous, députés à la invention; nous qui ne pouvons jamais tomber COI1me le soldat,dans l’obscuritéde la nuit, fusillé
dans les ténèbres , et sans témoins de sa valeur; nous donc la mort soufferte pour la liberté , ne peut eue que glorieuse , solemnelle , et en présence de la nation entière , de l’Europe et de la postérité , serions-nous plus lâches que nos soldats ? craindrons - nous de nous exposer , de regarder Bouchotte en face ? n’oserons - nous braver la grande colère du Père Duchêne , pour remporter aussi la victoire que le peuple français attend de nous; la victoire sur les ultra-révolutionnaires comme sur Iss contre-révolutionnaires; la victoire sur tous les intrigans , tous les fripons , tous les ambitieux , tous les ennemis du bien' public?
Malgré les diviseurs , que la montagne reste une et indivisible comme la République ! ne laissons point avilir , dans sa troisième session , la représention nationale. La liberté des opinions ou la mort ! Occupons-nous , mes collègues, non pas a défendre notre vie comme des malades , mais â défendre l'a liberté et les principes . comme des républicains ! Et quand meme , ce qui est impossible , la calomnie et le crime pou croient avoir sur la vertu un moment de triomphe , croit-on que , même sur l’échafaud , soutenu de ce sentiment intime, que j’ai aimé avec passion, ma patrie et la Répub*que, soutenu de ce témoignage éternel dessiè^s, couronné de l’estime et des regrets de tolS
vrais républicains , je voulusse changer mon supplice contre la fortune de ce misérable Hébert, qui, dans sa feuille, pousse au désespoir vingt classes de citoyens, et plus de trois millions de Français auxquels il dit anathème , et qu il enveloppe en masse dans une proscription commune; qui, pour s’étoufdir sur ses remords et ses calomnies , a besoin de se procurer une ivresse plus fore que celle du vin , et de lécher sans cesse le sang au pied de la guillotine? Qu’estce donc que l'échafaud pour un patriote , sinon le piédestal des des Sydney et des Jean de With ? Qu’est- ce , dans un moment de guerre , où j’ai eu mes deux frères mutilés et hachés pour la liberté, qu’est-ce que la guillotine , sinon uii coup de sabre , et le plus glorieux de tous, pour un député , victime de son courage e - de son républicanisme ?
J’ai accepté, j’ai souhaité même la députation, parce que je me disois : Est-il une plus favorable occasion de gloire , que la régénération d’un Etat prêt à périr, par la corruption et les vices qui y régnent ? Quoi de plus glorieux que d’y introduire de sages institutions, d’y faire régner la vertu et la justice ; de conserver l’honneur des magistrats , aussi-bien que la liberté , la vie , et la propriété des citoyens, et de rendre sa patrie florissante? Quoi
de plus heureux que de rendre tant d'hommes heureux ? Maintenant je le demande aux vrais patriotes , aux patriotes éclairés , étions-nous aussi heureux que nous pouvons l’être , même en révolution ?
J’ai pu me tromper 5 mais quand même je serois dans l'erreur , est-ce une raison pour qu’Hébert se permette d’appeller un représentant du peuple , un conspirateur à guillotiner pour son opinion . J’ai vu Danton et les meilleurs esprits de la Convention , indignés de ce numéro d’Hébert, s’écrier : « Ce n’est pas toi qui es >5 attaqué ici, c’est la représentation nationale, *> c’est sa liberté opinion ! et je ne me serois *> pas embarrassé de prouver que , sur ce seul nu- 33 méro, Hébert a mérité la mort. Car enfin > « quand tu te serois trompé , ru n’as pas formé » à toi seul une conspiration :cet les brissotins 33 n’ont point péri pour une opinion j ils ont été « condamnés pour une conspiration. >3
La passion ne me fera point dévier des principes } et je ne saurois être de cet avis, qu’Hébert a' mérité le décret d’accusation sur un numéro. Je persiste dans mon sentiment , que non-seulement la liberté des opinions doit être indéfinie pour le dépuré , mais même la liberté de la presse pour le journaliste. Permis à Hébert;
d’ctre le zoïle de tous les vieux patriotes , et uti calomniateur à gages ! Mais au lieu de blasphémer contre la liberté de la presse , qu’il rende grâces à cerre liberté indéfinie , â laquelle seule il doit de ne point aller au tribunal révolutionnaire, et de n’êrre mené qu’à la guillotine de l’opinion.
Pour moi, je ne puis friser cerre guillotine- là meme , au jugement des républicains éclairés. Sans doute j'ai pu me tromper.
Eh ! quel auteur, grand Dieu I ne va pas trop loin ?
11 y a plus y dès que le comité de salut public a improuvé mon numéro 3 , je ne serai point un ambitieux hérésiarque , et je me soumets à sa décision , comme Fénélon à celle de l’église. Mais , l’avouerai - je , mes chers collègues ? je relis le chapitre IX de Sénèque les paroles mémorables d’Auguste , et cette réflexion du philosophe que je ne veux pas traduire , pour n’étre pas encore une fois une pierre d’achoppement aux foibles 3 et à ce fait sans réplique : « Pose h&c nullis ampliàs insidiis ab ullo petitus à ce fait , malgré le rapport de Barrère , je sens m’échapper toute ma persuasion que mon idée d’un comité de clémence fut mauvaise. Car remarquez bien que je n’ai jamais parlé de la clémence du modérantisme de k clémence peur les chefs , mais de cerre
clémence de politique cette clémence révolutionnaire , qui distingue ceux qui n’ont été qu’égaiés. A ce fait. disois-je , sans réplique j j’ai toutes les peines du monde à souscrire à la censure de Barrère 3 et à ne pas m’écrier comme Galilée, condamné par le sacré Collège : » Je sens pourtant qu’elle tourne 1 »
Certes, le procureur général de la Lanterne , en 1785) , est aussi révolutionnaire qu’Hébert , qui, à cette époque, ouvroit des loges aux ci-devant, avec des salutations jusqu’à terre. Mais dèslors , quand j’ai vu l’assassinat ultra-révolutionnaire du boulanger François , fideie à mon caractère , ne me suis-je pas écrié, que c’étoit la cour ellemême , Lafayette , et les Hébert de ce temps - là ,
les patriotiquement aristocrates , qui a voient fait ce meurtre , pour rendre la Lanterne odieuse ? Celui - là encore aujourd’hui est révolutionnaire , qui a dit , avant Barrère , qu’il falloir arrêter
comme suspects «tous ceux qui ne se réjouissoieut pas de la prise de Toulon. Celui-là est un révolutionnaire , qui a dit , comme Robespierre , et en termes non moins forts : « SM falloir choisir entre ¥ exagération du patriotisme et le marasme du modérantisme , il ny auroit pas à balancer . Celui-là est un révolutionnaire , qui a avancé comme une des premières maximes de la
politique ,, que , dans le maniement des grandes affaires il etoit triste mais inévitable de s^écarter des règles austères dé la morale . N° i. Celui-là esc révolutionnaire > qui est allé aussi loin que Marat en révolution mais qui a dit qu au-delà de ses motions j et des bornes quil a posées j il falloir écrire comme les géographes de V antiquité à V extrémité de leurs cartes : au-delà 3 iln y a plus de cités j plus d’ habitations ; il n’y a que des déserts ~ou des sauvages y des glaces ou des volcans. N°. 2. Celui-là esc révoiucionnaire , qui a die que le comité de salut public avoir eu besoin de se servir pour un moment de la jurisprudence des despotes et de jeter sur la déclaration des droits un voile de ga\e il est vrai et transparent. Celuilà esc révolutionnaire a enfin , qui a écrit les premières .et les dernières pages du Numéro 3 3 mais il est fâcheux que les journalistes , pai'ini lesquels j’ai reconnu pourtant de la bienveillance dans quelques-uns , n'aient cité aucun de ces passages. Quand la plupart auroient pris le mot d’ordre du Père Duchesne , de n’extraire de mes numéros que ce qui prêtoit aux commentaires de la malignité et de la sottise 3 ils ne se seraient pas interdit plus scrupuleusement toute citation qui tendît à me justifier dans l’esprit des patriotes 3 et c’est vraiment un miracle ,
que , sur le rapport d’Hébert , er sur des citations si inddeiles et si malignes de plusieurs de mes chers confrères en journaux , les Jacobins , restés â la société, à dix heures du soir , ne se seroient pas écriés, comme le vice - président Brochet: Quel besoin avons-nous d’autres témoins ? et que le juré d’opinion n’ait pas déclaré qu’il écoir suffisamment instruit j et que , dans son ame et conscience , j’étois convaincu de modérantisme, de feuillantisme et de brissotisme.
Et cependant quel rort avois-je, sinon d’ètre las d'en avoir eu , d’ètre las d’avoir été poltron , et d’avoir manqué du courage de dire mon opinion , fut* elle fausse. Je ne crains pas que la société me blâme d’avoir fait mon devoir. Mais si la cabale éroit plus force , je le dis avec un sentiment de fierté qui me convient \ si j’étcis rayé , ce seroit tant pis pour les Jacobins ! Quoi ! vous m’avez commandé de dire à la tribune ce. que je crois de plus utile pour le salut de la république ! ce que je n’ai pas les moyens physiques de dire â la tribune, je l’ai dit dans mes numéros , et vous m’en feriez un crime! Pourquoi m’avez -vous arraché â mes livres , à la nature , aux frontières , où je serois allé me faire tuer comme mes deux frères , qui sont morts pour la liberté ? pourquoi m’avezvous nommé votre représentant ? pourquoi ne
m’avez- vous
m'avez vocis pas donné des cahiers ? Y auroit-il une perfidie, une barbarie semblable à celle de m’envoyer à la Conve iii-icn , de me demander ainsi ce que je pense de la République, de me forcer de le dire , et de me condamner ensuite, parce que je n ’ au roi s pas pu vous dire des choses aussi agréables que je l’eusse souhaité ? Si on veut que je dise la vérité, c’est-à-dire , la vérité relative, et ce que je pense, quel reproche a-t-on pu me faire, quand même je serois dans l’erreur? Est -ce ma faute si mes yeux sont malades , et si fai vu tout en noir à travers le crêpe que les feuilles du Père Duchesne avoient mis devant mon ima* gination ?
Suis-je si coupable de n’avoir pas cru que Tacite, qui avoit passé jusqu'’ alors pour le plus patriote des écrivains , le p'us sage et le plus grand politique des historiens , fut un aristocrate et tin radoteur? Que dis-je , Tacite ? ce Brutus même dont vous avez l'image , il faut quTIébert le fasse chasser comme moi de la société y car si j’ai été un songe creux, un vieux rêveur, je l’ai été non - seulement avec Tacite et Machiavel, mais avec Loustalot et Marat , avec Trasibule et Brunis.
Est-ce ma faute s'il ma semblé que lorsque le département de Seine et Marne , sa tranquille jusqu’à ce jour, étoit si dangereusement . agité , depuis qu’on c’y mess oit plus ; lorsque des pères et mères, dans la simplicité de l’ignorance , versoient des larmes , parce qifil venoit de leur naître un enfant qu’ils ne pouvoient pas faire baptiser ; bientôt les catholiques alloient, comme les calvinistes, du temps de Henri II , se renfermer
pour dire des pseaumes , et s’allumer le cerveau par la prière , qu’on diroit la messe dans des caves 5 quand on ne pourroit plus la dire sur les toits > de-la des attroupemens et des Saint-Barhélemi -, et que nous allions avoir ^obligation , principalement aux feuilles b... patriotiques du Père Duchesne , colportés par Georges Bouchotte, d’avoir jeté sur toute la France ces semences si fécondes de séditions et de meurtres ?
Est-ce ma faute enfin, s’il m’a semblé que des pouvoirs subalternes sortoient de leurs limites , et se débordoient ; qu’une commune, au lieu de se renfermer dans l’exécution des lois , usurpoit la puissance législative, en rendant de véritables décrets sur la fermeture des églises , sur les certificats de civisme, etc. Les aristocrates , les feuillans , les modérés, les brissotins ont déshonoré un mot de la langue française , par l’usage contre-révolution- «aire qu’ils en ont fait, il est mal aisé aujourd’hui de se servir de ce mot. Cependant , frères et amis, croyez-vous avoir plus de bon sens que tous les historiens , et tous les politiques, être plus républicains que Caton et Brutus , qui tous se sont servis de ce mot? Tous ont répété cette maxime : JJ anarchie en rendant tous les hommes maîtres ^ les réduit bientôt à n avoir qu un seul maître. C’est ce seul maître que j’ai craint , c’est cet anéantissement de la République ou du moins ce démembrement, Le comité de salut public , ce comité sauveur, y a porté remède ; mais je n’ai pas moins le mérite d’avoir le premier appelé ses regards sur ceux de nos ennemis les plus dangereux, et assez habiles pour avoir pris la seule route possible de de fa contre -révolution. Ferez-vous un crime.
frères et amis , à un écrivain , à un député de s’être effrayé de ce désordre , de cette confusion , de cette décomposition du . corps politique , où nous allions avec la rapidité d’un torrent qui nous entraînoit nous et les principes déracinés’, si, dans son dernier discours sur le gouvernement révolution - " nain y Robespierre, tout en me remettant au pas, n’eût jeté l’ancre lui-même aux maximes fondamentales de notre révolution , et sur lesquelles seules la liberté peut être affermie , et braver les efforts des tyrans du temps.
FXTRAIT des Registres de la Trésorerie nationale du i juin.
Donné au père Duchesne .... 13 5,0©© 1. Les 1 juin ! tandis que tout Paris avoir la main à l’épée pour défendre la Convention nationale , à la même heure,
Hébert va mettre la main dans le sac.
Plus, du mois d’août , au Père Du-
chesne . 10,000
Plus , du 4 octobre au père Duchesne 60,000
Calculons ce dernier coup de filet.
Calcul de la valeur des 6co,oco exempl. de la feuille du Pere Duchesne, payéespar Bouchctîe 60,000 1.
f Composition 16 1,
\ 1 irage «••.*«.. 8
Le premier mille. ^ Papier bien mauvais. . . 20
! Total .... 44I.
( IOO )
'Tirage
Chacun des au- 7 Papier très ? 5993ooc)
Total .
SL
r Premier mille ... 441.
599,000, à 28 liv. ,ci. 16,7721.
\ Total du vrai prix Ides 600,000 exernp. . 16,816
Qui de 6o,oco 1.
J comptées par Bou- En conséquence Vhotte à Hébert , le 4
J octobre 1793 , et que celui - ci , avec une imî pudence cynique , dans I son dernier numéro , appelle la braise nécessaire pour chauffer son fournsnu ôte . 1 6,8 1 6 1.
reste volé à la nation le 4 octobre 1793 . . 43,184b
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