‹ Le vieux Cordelier;Chapitre 1 sur 10 · ESS\I SIR LA VIE · texte numérisé non relu

ESS\I SIR LA VIE

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(.amille-Desmoulins est ne h Guise (Aisne), en 176a. Il était fils (le M. Desmoulins, lieutenantgénéral au baillnge de cette ville et de Madeleine Godart de Wiége. Dès sa plus tendre jeunesse on remarqua en lui d'heureuses dispositions pour l'étude; mais son père, peti favorisé de la fortune, ne pouvait l'envoyer dans des écoles publiques. M.dc Viefville-des-Essarts, son parent, qui depuis fut député aux états- généraux, témoin de la vivacité d'esprit du jeune Camille et de son amour pour les livres, demanda et obtint pour lui une bourse à ce fameux collège de Paris, d'où sont sortis presque tous les hommes de la révolution, nu collège de Louis-le-Grand. C'est laque Camille fit connaissance de Maxinniien Robespierre. Ils différaient de caractère; mais l'un et l'autre avaient au plus haut point , cette passion qui distingua lou-

jours les hommes de génie, les grands hommes, l'amour de la liberté et de l'indépendance. 'L'éducation toute républicaine que Ton donnait alors à des jeunes gens nés pour vivre sous une monarchie, contribua beaucoup à développer leur caactère. Sans cesse et sous toutes les formes, on leur présentait l'histoire des Gracques, des Brutus, des Galon. Camille était toujours avec Robespierre et la conversation roulait le plus souvent sur la constitution de la république romaine.j

Dans une de ses premières classes , iJ reçut pour prix les Bévolutions romaines de Vertol. I.a lecture de cet ouvrage le transporla d'admiration; aussi dans la suite, il en eut toujours un volume dans sa poche. G'était pour lui un compagnon indispensable, c'était son vade niecum. Il en usa ou perdit au moins une vingtaine de volumes. C'est peut-être à cet ouvrage excellent et au travail particulier qu'il a fait des discours de Cicéron et surtout de ses Philippiques (i), que l'on doit le style vif et tranchant qui distingue tous les écrits sortis de la plume de Camille. Les idées ré-

( I ) J'ai nne édilion (1rs (iiscourij de Cicéron qui a appni trnii à Camille. Les marges sont couvertes de notes do su mnin, (|iie plusieurs de mes nmisont fiouv«'es exrpllenles.

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j>iil)li{'aincs qu'il avail puisées clans Cicéron et Vertol allaient chez lui jusqu'à l'exaltation. On va s'en convaincre. Dans les vacances de 1784 >l allait souvent chez Madame Godart de Wiége, qui s'amusait beaucoup à lo conirarier sur ses opinions polilicpies. Un jour, pendant le dîner et en présence d'un grand nombre de convives, elle le contrarie plus que jamais. Camille se lève furieux de sa chaise, jelte sa serviette, monte sur la table au milieu des plats et parle pendant une heure, pour lui prouver et à la société qui l'entoure, que le gouvernement républicain est le seul qui convienne à des hommes libres et qu'il n'y a que des esclaves qui puissent courber la tête sous le joug de In royauté.

Après avoir terminé ses études avec de brillants succès, il fit son droit et exerça au barreau de Pa ris la profession d'avocat.

\l] avail 27 ans lorsque s'ouvrit l'assemblée des élals-généraux. C'est alors qu'il commence à se faire connaître par ses idées républicaines et par son amour pour la patrieJll réj^and des pamplilets avec piofusion (l.ins Toutes los classes au peuple et fait de la politique dans le jardin du Palais- Royal , qui était alors devenu le rendez -vous des patrinics k»s plus ardents, les plus déterminés H

bégayait un peu; cependant son éloquence était entraînante et persuasive. Il en donna bientôt une preuve.

Le lo juillet 1789, sur la motion de Mirabeau, une députation de 24 membres présidée par Tarcbevêque de Vienne, présenta au roi une adresse pleine d'énergie pour l'engager à éloigner sur-lechî^mp les armées nombreuses, les trains d'arlil- Jerie et tous les sinistres apprêts de ruine, de sang et de carnage, que depuis quelques jours il étale aux yeux des Français et surtout des babitansde la capitale. Le roi ne fit qu'une réponse ambiguë et conserva ces appareils formidables qu'il croyait nécessaires, dit-il, au maintien de l'ordre et de la liberté; mais qui firent penser qu'il était disposé à régner sur des ruines et des cadavres, plutôt que de satisfaire le vœu sacré de la nation. Necker, alors ministre, déclare bautement désapprouver toutes les mesures de force brutale. Ce conseil était sage; mais le despotisme, toujours aveugle , ne peut souffrir d'obstacle; il brise, il renverse tout jusqu'au moment où il tombe luimcmc dans l'abîme qu'il s'est creusé. La popularité de Necker est à son comble. On la lui fait payer cber. Le 11, le roi lui donne l'ordre de sortir du royaume dans les a/j heures, avec le

plus graïul secret. Le 12, à midi, la nouvelle île l'exil de Necker se répand subitement dans tous les quartiers de la capitale. Les patriotes indignés se rassemblent en foule au jardin du Palais- Uoyal; les esprits s'échauffent , les groupes Jçviennenl nienaçans. H était 3 heures et demi^. Ca.mille-Dcsmouliiis paraît alors; il monte, ou plutôt il est porté sur une table. Une foule immense le

presse : «Citoyens, dit-il, il n'y a pas un moment

a à perdre; j'arrive de Versailles; Necker est

« renvoyé : ce renvoi est le tocsin d'une Saint-

« Barthélémy des patriotes ; ce soir tous les bur

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c( taillons suisses et allemands sortiront du Cliamp-

a de-Mars pour nous égorger : il ne nous restç

« qu'une ressource, c'est de courir aux armes

tt et de prendre une cocarde pour nous recpa-

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a naître. »

Des applaudissemens se font entendre de toii* tes parts. Camille-Desmoulins tire alors deux pistolets de sa poche et s'écrie : a Que tous les bons ■ citoyens m'imitent. » il descend étouffé d'e»^brassemens; les uns le serrent contre leur cociîi:; d'autres le baignent dans leurs larmes. Il àttaclio un morceau de ruban vert à son chapeau et en distribue à ceux cpii renlourent; mais en iirio mi-

i\u\r le, riibnns sont rj)uisés, « FJi bien ! prçndus-

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