‹ Le vieux Cordelier;Chapitre 2 sur 10 · Â VA · texte numérisé non relu

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« des feuUles, dit Camille, Fa feuille est verte aussi « et atlachons-nous-là en signe de cocarde.» Aussitôt on se jette sur les arbres du Palais-Royal, et en quelques minutes ils sont entièrement dépouillés de leurs feuilles. Camille se met à la tête des patriotes et crie aux armes! aux armes! Chaque citoyen l'imite , l'agitation est à son comble. Tous se précipitent à grands flots par les portes du jardin. Bientôt le quartier du Palais-Royal est encombré d'une foule innombrable. Des fenêtres de tous les étages on applaudit à ce mouvement insurrectionnel. Une heure après, la population de Paris semble être toute entière dans les rues. H était 6 heures et demie. Camille Desmouhns force les entrées de tous les théâtres et en fait sortir les spectateurs qui se joignent aux patriotes. Le buste de Ncckerest porté en triomphe. Les districts se rassemblent pendant la nuit. Le lendemain, i3, la garde nationale est formée; bs boutiques des armuriers sont enfoncées; chaque citoyen se procure des armes, et le \l\ au matin Camille dirige le mouvement sur la Bastille. On en fait le siège, et après une vigoureuse résistance de part et d'autre, elle est prise d'assaut. Peu de temps après, elle est démolie et on voit sur son emplacement ces mots devenus fameux : Ici l'on danse.

Après la cliùte ilo la Kasiillc, Camille Desiiiouliiis continua de répandre des pamphlets et créa son journal des Révolutions de France cl do Brabant. Malouet le dénonça plusieurs fois à rassemblée.

Un juur il obtint qu'il fut traduit au Ciuitclcl comme prévenu du crime de lèze-nalion. Les amis de Camille prirent chaudement sa dcfenso. Malouet, irrité de la résistance qu'il rencontrait : « Si quelqu'un, dit-il ose combaftre sérieuse- « ment mon assertion , je vais le confondre sur M le-champ. » — « Ji-: l'osk, Moi » s'écrie alors Camille avec une voix de tonnerre. Aussitôt tous les yeux se tournent vers la tribune publique où il était placé; des vociférations se font entendre dans toutes les parties de la salle. Mille voix demandent son arrestation ou son expulsion. Maximilien Hobespierre parait alors à la tribune, prend sa défense et sauve un ami de collège que plus lard il envoya sans pitié à l'échafaud. Camille resta à sa place, ne fut point arrêté, et le décret lancé contre lui n'eut aucune suite.

V.U i/t)"^, Canullo Dcsmuuliiis, dont la popu lanlé grandissait de jour en jour, fut nommé député à la convention par les électeurs du dépai^

tement de Paris , et après révcnemenl du lo août, Danton, devenu ministre de la justice, se l'adjoignit comme secrétaire-général à son département.

L'année suivante, Camille eut encore l'occasion de montrer son courage dans le procès d'Arthur Dillon. Au mois de juillet 1793^ le général Arthur Dillon, dégoûté, dit-on, des excès de l'anarchie, et persuadé que la France n'était pas assez avancée en civilisation pour vivre avec des institutions tout-à-fait républicaines, fut accuse défaire tous ses efforts pour donner à la patrie une monarchie constitutionnelle, et bientôt emprisonné aux Madelonnettes. Il écrivit (i) alors à Camille pour le prier de prendre sa défense. Il s'en chargea avec plaisir et ne craignit point d'attirer sur sa tète toute la haine du parti qui voulait la mort de Dillon. Il osa lui écrire à la prison et le défendre à la société des jacobins d'où on voulut l'expulser; mais, grâce à Robespierre , il ne fut point rayé du tableau.

(i) Nous avous conservé les lettres écrites alors par le général Artljur Dillon à Camille, et notamment celle imprimée en I7(j3 à la K^te de la lettre de Camille à Dillon. Plusieurs passages qui attaquent le coinilc de sûreté générale n'ont pas été impriméi.

Ail mois lie mars i 794« '*> Ici i cm clait ù lor- (iie ilu jour; les proscriptions devcuaicnt plus nombreuses et se trouvaient empreintes d'une espèce de férocité qu'on ne saurait se rappeler encore aujourd'hui sans frémir. Le comité de salut public et de sûreté générale dressait dcséchafaudssur tout le sol de France, et les patriotes purs, sincères, les pères , les fondateurs et les vétérans de la république, s'y rencontraient avec des prêtres et des nobles qui se remuaient sans cesse pour perdre notre malheureuse pairie. Camille- Desmoulins, que la nature avait doué d'une àme tendre et sensible , mais bouillante , ne peut supporter plus long-temps le joug de fer et de sang qui pèse sur son pays. Il reprend la plume de journaliste qu'il avait quittée depuis qu'il ne pouvait plus faire l'éloge de Robespierre; car il avait préféré ne plus écrire que d'attaquer un ami d'enfance. Il crée son journal, le y icux CarJelier, ei il y exhale / toute l'horreur qu'il éprouve. Assez et trop de sang a coulé ; il demande un comité de clémence et de justice. Il communique son projet à Robespierre, qui prodigue des éloges à son ancien ami de collège, l'encourage dans son entreprise , cl corrige même avec lui les épreuves des premiers uuméros du / ieux CordcUvr.

Hébert, qui avait déjà dénoncé Camille à la société des jacobins et dans son journal, mais inutilement, ne perd pas courage; il le dénonce une seconde fois. Camille lui répond par le cinquième numéro du Vieux Cordelier. où il prouve de la manière la plus convaincante que son dénonciateur est un misérable qui s'est fait chasser, pour cause de vol, d'un tliéatre où il était distributeur de contre-marques , et que maintenant encore il vole le trésor public. Hébert, plus acharné que jamais, le dénonce encore. Une commission est nommée pour faire un rapport h. ce sujet. Collot d'Herbois, que la commission s'était choisi le i6 nivôse pour rapporteur, prend la parole clconclut à lacensure pure et simple dcCamille. Ce dernier demande la permission de donner lecture de son numéro 5, où il retraçait les turpitudes de la vie d'Hébert. Mais le dénonciateur de Camille, qui craint l'effet terrible que pourrait produire la lecture de ce numéro sur les membres de l'assemblée, s'écrie : « CainilleDesmoulins, dans ce nu- « méro, a eu l'audace de dire que j'étais un bri- « gand , que je volais la Trésorerie : c'est une a fausseté atroce. — ïu es bien impudent , lui ré- « pond Camille; saclie donc quej'en ai les preuves « en main, » Ces mois causent une nraiide ruinrin-.

F^a suileile la iliscussioii osl remise pour le i 8. Le i8 Robespierre prcixl la parole : « Les écrils de « Camille sont eotulamnables sans cloiilc, dit- il , « mais cependant il faut distinguer sa personne « de ses écrits. Camille est un enfant gale qui « avait d'heureuses dispositions , mais que les « mauvaises compagnies ont égaré. Il faut sévir « contre ses numéros que Brissot lui-même n'eut « osé avouer et le conserver au milieu de nous. Je «< demande pour Texemple que les numéros soient « brûlés dans la société. »

Brûler n'est pas répondre, s'écrie Camille avec injpétuosité. Robespierre, embarrassé parune réponse aussi forte que Iaconi(|ue, reste muet quelques secondes et s'écrie enfin : « Eb bien ! qu'on « ne brûle pas, mais qu'on réponde; qu'on lise « sur-Ie-chanip les numéros de Camille. Puisqu'il a le veut, qu'il soit couvert d'ignominie ; que la « société ne retienne pas son indignation , |)uis- « qu'il s'obstine à soutenir ses diatribes et ses « principes dangereux. L'homme qui tient aussi « fortement à des écrits perfides est peut-être u plus qu'égaré. S'il eût été de bonne foi ; s'il « eût écrit dans la simplicité de son cœur, il n'au- • rail pas osé soutenir plus long-temps des ou- « vrages proscrits par les patriotes et recherchés

« par les contre -révolutionnaires. Son courage « n'est qu'emprunté ; il décèle les hommes cachés « sous la dictée desquels il écrit son journal ; il « décèle que Desmoulins est l'organe d'une fac- <f tion scélérate qui a emprunté sa plume pour « distiller son poison avec plus d'audace et de « sûreté. »

Quelle hypocrisie ! quelle trahison ! Rohespierre a encouragé Camille à écrire son journal du Pieux CordeUet\ il a même corrigé les épreuves des premiers numéros, et il déclare criminels et infâmes ceux qui ont coopéré à sa publication.

Camille veut lui répondre, mille voix s'y opposent. On lit les nun)éros de son Vieux Corde' lier pendant deux séances entières, et il est assez heureux pour ne pas être chassé de la société.

Saint-Just se joint bientôt à Robespierre pour perdre Camille ; Saint-Just qu'une plaisanterie mordante (^i) avait rendu son implacable ennemi. Ils concertent ensemble le moyen de le perdre et de se débarrasser au plus vile d'u?i censeur \\\-

(i) Camille , (InDs une Ittire ù Dilloii, avait dit : «On Voit dans la tlëtnarchc de Saiiil-Jusl et suu niaiitticn, qu'il irgarde %i\ t(}lc coinnie la j)iei're angulaire de la république et (jti'il la |)orle »ur se» époufos avec respect et couiuic un saint-saire-

ItlCftf. •

comnioilf. Sainl-Jusl, oiilre la linine personnelle ({uM portait à Camille , se flatlait de se voir bienlût le second personnage de la république , car Danton devait aussi tomber.

Robespierre, Camille Desmoulins et Danton avaient espéré pouvoir ramener le rèqne de la modération et de la justice,' lis réunissaient tous leurs efforts pour arriver à cet heureux résultat. Mais bientôt ils furent accusés de modérantisme. Camille et Danton poursuivirent toujours, au milieu des dangers qui les entouraient de toutes parts, sentant ce projet d'humanité. Robespierre sentant, surtout aj)rès la séance des Jacobins, où Camille lui avait répondu que brûler n'était pas répondre^ qu'il lui était impossible de réussir, quitta la ligne de modération qu'il s'était tracée, cl, pour se réhabiliter dans l'opinion publi(jue, revint au régime de terreur. Il avait besoin pour cela de frapper des coups hardis; il choisit pour victimes Camille-Desmoulins et Danton, et leur adjoignit des faussaires et des étrangers qui devaient servir de matériaux à leur acte d'accusation. Des bruits sinistres furent répandus à dessein par Robespierre sur l'arrestation des chefs du parti modéré. 11 voulait par là pr/'parrr l«"^ csprils:! (('(ini allait arriver.

Brune , effrayé du daiigor que courait Cnuiille, son ancien ami de coliége, vint le trouver et le supplia, par Tintérêt que lui portaient les vrais républicains, par Tainour de ses parens, par la tendresse de son épouse, de ne pas irriter davantage les ennemis que lui avait fait son esprit satirique et mordant , de montrer plus de modération dans le tableau qu'il faisait du malheur des temps, et même de cesser la publication de son Pieux Cordelier. Camille, qui n'avait d'abord répondu que par des plaisanteries , commença à justifier sa conduite aussi belle que courageuse par des raisons auxquelles il n'était guère facile de répondre. « Je te l'avoue, lui dit Brmie, « je ne saurais m'empec!ier de t'admirer; cepen- « dant sois certain qu'avec plus de modération « tu feras un bien véritable, tandis qu'en conti- « nuunt tu te livres, tu t'immoles, tu te perds « et tu ne sauves rien. — Crois-lu, lui répon- « dit-il alors, qu'ils oseront m'atlaqucr, me déa clarer traître, moi et mon Pieux Conleliei\, a et cela pour avoir demandé un[]comité de clé- « menée et de justice; poiu* avoir voulu achever « et consolider l'œuvre de notre révolution? J'ai « toute la France poiu* moi. Desennc (c'était le « nom do son libraire) ne pcul suffire à In vente

« de mes miinéros. Je suis Irt , enleiulu partout. M — Tu es lîi aussi «le Uarère qui se reconnaît ; n (le Sainl-Just , qui a promis de le faire porter la «« tèle comme un saint Denis. — C'est vrai, ré- « pondit-il, je nie le rappelle : c'est une bien ' mauvaise plaisanterie, et ma réponse valait « hcai.coup mieux. As-tu vu ma lettre à Dillon? n Dans la déinarclie et le maintien de Saint-Jusf, « on voit qu 'il regarde sa télé comme la pierre « angulaire de la république , et qu'il la porte «< sur ses épaules avec respect comme un saint- « sacrement. Me suis-je trompé, et crois-tu que « pour une aussi bonne plaisanterie il voudrait « me faire mourir? Je ne lui demande qu'une « grâce, c'est d'attendre pour cela qu'il y ait fait « une réponse qui vaille. » Madame Desmoulins avait invité Brune à partager son déjeûner de famille, il fut servi et on se mit à table. Camille , .s'échauflant alors par degrés, lui développa le bel avenir qu'il préparait à sa pairie. « Crois-moi , lui « dit-il, je suis l'Iiomme de la révolution. Quand « il l'a fallu, j'ai exposé ma vie pour elle au Pa- « lais-Royal. A cette époque là on voulait aussi « m'inquiéter, connue vous le faites aujourd'bui ; •* niais la nation mareliait avec moi , et j'étais tran- <• quille. Je suis sûr encore, avec mon l'ieux Cor-

« deliej'f de la conduire sur mes pas , de répon- « dre à ses^œiix, a ses besoins; l'opinion publi- « que sera encore ma force. — Si elle laisse à » tes ennemis le temps de te frapper! — J'ai des « amis tout prêts. N'avez-vous pas entendu la voix « éloquente de Philippeaux (i)? Danton dort : « c'est le sommeil du lion; mais il se réveillera <( pour défendre ma cause. »

Son ami était loin d'être convaincu et lui renouvelait les mêmes prières ; mais Lucille , qui d'abord s'était montrée fort sensible aux. inquiétudes et aux craintes de Brune, partage maintenant tout l'entbousiasme de Camille; elle remarque que cet entretien l'a échauffé, aussitôt elle lui passe un mouchoir sur le front; lui donne un baiser sur la joue et s'écrie : « Laissezle faire, Brune, laissez-le faire, il doit sauver son pays; laissez-le remplir sa mission. » Alors elle verse à son époux et à Brune un chocolat exquis avec une grâce enchanteresse. Le cliocolat servi : edamus et hihcCmus , dit Camille , cras enim mnriemur (i); en prononçant ces paroles de mort, il affectait un air de gaîté et tenait son

(i) Camille croyait alors .T l:i siiicériU' <ln rapport que Pliilippcaux nvait fait sur la Vciulôc.

(a) Ti-tiil. Mnngeons pt lmvoiis;(ar nous inoiirrous dcmaiit,

enfant, son pelil Horaco sur ifCi genoux. Caniillo n'avait soulcnu sa thèse qu'.î cause de sa femme qu'il n'aurait pas voulu attrister pour tout au monde. Quel courage dans Camille! quelle tendresse!

Dans la nuit du 3o au 3i mars, Camille au moment où il se coudiait entend à l'extérieur le bruit de la crosse d'un fusil qui tombe sur le pavé. « On vient m'arrêter,s'écric-t-il, et il se jette dans les bras de sa chère Lucile qui le presse de toutes SCS foiTCS contre son sein; hélas! c'était pour la dernière fois! Il court embrasser son petit Horace qui dormait dans son berceau, tâche de consoler son épouse qui fond en larmes, et va lui-même ouvrir la porte aux satellites de Robespierre , qui l'arrêtent et le conduisent h la prison du Luxembourg. A son arrivée les prisonniers accourrent en foule au guichet pour voir cet intéressant Camille, qui par ses écrits courageux , avait jeté quelques lueurs d'espérance au fond de leurs cachots.

Le lendemain, c'est-à-dire le lo germinal (3i mars), Legendre annonce à la Convention rarrcstation de quatre de ses membres et feint d'ignorer leur nom, excepté celui de Danton; i| prend la défense de ce dernier et demande qu'il

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soit entendu à la baire , persuadé que la faculté de parler à la Convention serait pour les malheureux prisonniers un moyen sûr de se sauver et de démasquer toute la trame de leurs adversaires; mais Robespierre qui sent très bien qu'il ne serait pas ménagé et par Camille et par Danton, Robespierre qui voudrait déjà voir monter à réchafaud ceux qu'il vient de jeter dans des cachots, se précipite à la tribune , s'oppose de toutes ses forces à cette motion, et finit par dire d'un ton colère et menaçant : « Quiconque trem- <( ble en ce moment est coupable, les complices 4? seuls peuvent plaider la cause des traîtres. »

Les membres de l'assemblée glacés d'effroi et *remhlans pour eux-mêmes veulent prouver qu'ils n'ont point peur et appuient avec force le discours de Robespierre. Aucune voix ne se fart entendre en faveur des malheureux prisonniers; Legendre a m«*mc la lâcheté de venir s'excuser à la tribunt^ d'avoir pris leur défense; il est décidé à l'unanimité que les quatre députés arrêtés ne seront pas entendus à la barre de la Convention. En ce moment arrive Saint-Just, qui fait un long rapport dans lequel il demande (jue Camille Desmoulins, que Danton, que Philippeaux, etc., soient décrélés d'accusation comme coupables d'avoir

conspiré conlre la ri'publiqut*. Le décret deniande par Saint -Just est volé à Tunanimité.

Camille, le lendemain deson arrestation, écrivit une première lettre à son épouse pour la consoler ( i ) : un des amis de Camille porta cette lettre à Lucille; elle la lut en sanglottant, et comme il cherchait à la consoler: « C'est inutile, dit-elle, je pleure comme une femme, parce que Camille souffre, parce que sans doute ils le laissent manquer de tout; parce qu'il ne nous voit pas.... Mais j'aurai le courage d'un homme, je le sauverai.... Que faut-il faire? lequel de ses juges faut-il que je supplie? lequel faut-il que j'attaque ouvertement? voulez- vous me conduire chez Philippeaux?

— Il est également arrêté, sans doute. — La patrie n'a donc plus de défenseurs.... je vais chez Danton.... — Le même décret l'unit à votre époux.

— Pourquoi m'ont-ils laissée libre, moi ? Croientils que parce que je ne suis qu'une femme je n'o' serai élever la voix?.... Ont-ils compté sur mon silence?.... — J'irai aux Jacobins.... j'irai chez Robespierre.... »

Madame Duplessis ( i ) et l'ami de Camille la

(l) La copte de cette lettre le troufe à U fin du fuiras Cordeikr.

(i) MïTcde I^acille.

reliurent et l'engagèrent à ne pas faire de démarches inconsidérées qui pourraient la perdre et son époux aussi ; enfin elle consentit h rester tranquille; mais elle voulut écrire à Robespierre pour le prier de sauver son mari, la lettre resta inachevée et ne fut point envoyée (i ).

Le lendemain, 1 2 germinal, on envoya aux accusés leur acte d'accusation. Camille, après l'avoir reçu , se promena à grands pas dans la chambre et devint furieux en lisant le tissu d'absurdités, de calomnies et de mensonges in- A\mes qu'on avait fabriqué pour le perdre; bientôt cependant il se calma, et dit en se rendant à la Conciergerie où on le transporta aussitôt .«Je vais « ài'écliafaud pour avoir versé quelques larmes sur « ôes milliers de malheureux et d'innocens; mon « seul regret en mourant est de n'avoir pu les « servir. » A son arrivée à la Conciergerie tous les détenus , sans distinction de rangs et d'opinions, accoururent au devant de lui, renlourèrent et ne purent s'empêcher de lui témoigner hautement tout l'intérêt qu'il leur inspirait.

Le jour suivant, 1 3 germinal, les accusés , au nombre de i4» P«'ïi'"n' lesquels se trouvaient Cha-

(" 1 1 Vdvc/ (cltc lettre n la iîn du rimix Cordclirr.

lii)( . li.uire, l'iiluc (iK^laiiliiir, l.aciuix, Uanluii , Mri^iill (leSëclielIcs, Pliilippcaux, |)<-irut'ciil dcvaiii Uiirs jngos. \a\ loi voiiiail que les jurés fussenl tire* au sort; mais Fouquier-Tinville ot le président Hcrmniin, dont les noms sont à jamais voués à l'exécration du genre humain, Orent leur choix , c'cst-à-dirc, prirent les jurés (pi'ils appe- Inienl h's Sn/ic/cs. On passa ensuite à Tinleno galoirc de Danton, puis h celui de (lamille. Quand on demanda à ce dernier quel âge il avait, il répondit : « 3"^ ans, l'î^g^ du sans-culolte Jésusit»^ Que de pensées font naîlre celte i*ëponse! Jésus pour avoir prononcé le inoJ de liherté, d'égalité, d'humanité au milieu de la barbarie et de l'esclavage est attaché tout vivant à un poteau, etlCauiille monte à réchafaud pour avoir prononcé le mol de clémence et de juslice dans un momeni où des Ilots de sang coulaient sur toute la France. Il \oidut entreprendre sa défense et se plaindre hautement d'avoir été confondu avec des faussaires; on ne fit aucune attention h ses plaintes. ; Kouquier-Tinville commença la lecture iluf^ieua: Cordeiïer et donna à ce journal une interprétalion contre laquelle se révolta vainement son auteur. La salle d'audience était pleine. Une foule numcnsc et agitée entourait le palais de justice et

s'étendait jusqu'aux quais. Après l'audience, le prè sident Hermann et l'accusateur public Fouquier- Tinville se rendent au comité de salut public. Il n'y avait que St.-Just et Billaud de Varennes. Ils leur annoncent que les accusés ont demandé que des membres de la Convention fussent entendus. Saint -Just donne ordre à Fou({uier-Tinville d'éluder toujours cette demande des accusés, de prolonger les débats, d'arriver à la fin des trois jours sans s'expliquer, et faire déclarer par les jurés après ce délai, conformément à la loi, qu'ils étaient suffisamment instruits.

Camille de retour à sa prison termina une lettre divine où se trouve peinte toute sa tendresse pour sa Lucille, et qu'on ne saurait lire sans donner quelques larmes à son auteur (i).

Le i/j germinal (3 avril ), Taffluence est la même au tribunal et autour du Palais de Justice. Danton et Can>ille demandent la comparution de plusieurs membres des deux comités et de la Convention. Fouquior-Tinviile ne fait d'abord qu'une réponse équivoque; mais les accusés le pressent de répondre catégoriquement. Alors il déclare qu'il appellera tous ceux qu'ils désigneront excepté

(i) L« copie de cetce IcUre se trouve à la fin du T'Utix Cor f/e/irr.

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