SCÈNE IL
LES précédées, Jules LEFEBVRE, MA- THILDE , qu’il tient par là main.
jules, entrant.
Enfin , on veut bien nous ouvrir.
riERROT , le regardant.
Eh oui! Dieu me pardonne. Dis donc, Jaqueline, il n’est presque pas changé... Ou je ne m’appelle pas Pierrot , ou c’est mon ancien maître, monsieur Jules Lefebvre...
JULES
Qui a prononcé mon nom ?
PIERROT
Comment , monsieur, vous ne reconnaissez pas celui qui doit tout à vos bontés ? ce petit Pierrot que vous avez placé près de votre oncle, quand vous êtes parti pour l’Amérique ?
JULES
Il serait possible l
air des Filles à marier.
Eh quoi! tes yeux ont su me reconnaître?
PIERROT
Ils vous auraient r’connu toujours !
• JULES
Ton aspect seul en mon cœur fait renaître Le souvenir de mes premiers beaux jours !
' O bords che'ris ! doux pays de la France !
Lieux enchanteurs dont je m'étais banni.,
Je vous revois ! heureux celui Qui peut toucher, après quinze ans d’absence* Le sol natal...
( Donnant unp poigne'e de main à Pierrot. )
El la main d’un ami !
pierrot , à Jaqueline .
D’un ami , tu entends , voilà un bon mai»
tre! Je présuppose que c’te petite fille est à vous.
MATHILDE
Précisément.
JULES
C’est ma chère Mathilde.
PIERROT
Je m’en doutais. ( à Jaqucline. ) C’est une des dix ! Vous auriez aussi bien fait d’amener tout votre monde , car monsieur votre oncle a une fameuse euvie de les embrasser.
JULES
Il est donc vrai! lui qui avait juré de ne plus nous revoir , consent à nous pardonner.
MATHILDE
Tu vois donc bien, mon papa, maman qui ne voulait pas encore le croire.
jules , à Pierrot.
Oui, ma femme nous avait envoyé d’abord...
JAQUELINE
Comment , vot’ femme « Monsieur nous disait que vous étiez veuf...
JULES
Non pas, grâces au ciel !
pierrot.
Dam’ ! il l’a dit ! veuf avec dix enfans.
JULES
Dix enfans... je n’ai que celui-là !
MATHILDE
Certainement , je suis fille unique !
PIERROT
Ah ! mon Dieu, vous êtes perdu ! car monsieur votre oncle ne vous recevait qu’à cause du veuvage, et surtout des dix enfans.
JULES
Explique-toi , de grâce !
Depuis douze ans, c’est-à-dire, depuis vot’ mariage, monsieur ne voulait plus entendre parler de vous , lorsqu’il y a quelques mois, un de ses correspondans , qui arrivait d’Amérique, lui a dit qu’il avait vu... à...
où vous étiez...
JULES
A New-Yorck.
PIERROT
Oui , qu’il avait vu à New-Yorck un négociant français , nommé Lefebvre.
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JULES
Ah ! mon Dieu; j’y suis maintenant, et je devine d’où vient cette méprise; il y a effectivement à Nevv-Yorck un de mes compatriotes que l’on nomme Lefebvre ( des Lefebvre , il y en a partout ). Celui-là est bien veuf et père de dix enfans, avec cette différence qu’il est riche et que je n’ai rien; qu’il est négociant et que je suis militaire. ( tirant une lettre de sa poche.) Justement, la lettre de mon oncle était adressée à monsieur Lefebvre , négociant ! Mais où diable pouvaisje soupçonner?. .. [lisant la lettre.) « Que tout « soit oublié; au reçu de ma lettre, pars sur- « le-champ avec toute ta famille. » Le mot toute est souligné, j’ai cru que cela avait rapport à ma femme. Que faire , mes amis, et quel parti prendre?
Dain’! il ne sera pas aisé de faire entendre raison à vot’ oncle, parce qu’il a une passion pour les enfans.
MATHILDE
Eh bien! ne suis-je pas là?
JAQUELINE
Ça ne lui suffit pas ; son bonheur est de se voir entouré d’une légion de petites filles ou d’un régiment de petits garçons ! Quelquefois il réunit dans son pare tous ceux du village. L’autre jour, il s’est fait jouer, pour sa fête, une comédie de monsieur Berquin, et il a fait venir de Paris des costumes qui sont encore dans le garde-meuble.
mathilde, qui a écouté avec attention.
Vraiment !
JAQUETINE.
air du Ménage de garçon.
Tous les enfans du voisinage Avec leurs bonn’s sonl v’nus ici ,
Pour jouer chacun leur personnage.
Monsieur votre oncle était ravi.
J’e'lions presque à la sccn’ dernière , •
Et tout allait bien sans broncher,
Quand à huit heur’s la troupe entière Fut obligé' d’ s’aller coucher!
Us nous ont escroqué le dénoûment ; monsieur était furieux.
JULES
S’il en est ainsi , il nous recevra mal , ta mère surtout, qu’il a juré de ne jamais voir, et nous ferons aussi bien de partir.
MATHILDE
Non, mon papa... je t’en conjure...
JULES
Que veux-tu donc faire?
MATHILDE
Je ne sais; mais n’y aurait-il pas quelque moyen?
JULES
Aucun: il faut se décider; partir ou rester.
PIERROT
Eh bien ! à votre place , je 11 e ferions ni l’iin ni l’autre.
MATHILDE
Bah!
PIERROT
Écoutez... il y a monsieur de Frémoncourt,
que vous devez connaître et qui est un ami de votre oncle; il demeure à une demi-lieue d’ici , au village de Réthal. Il pourrait vous donner un bon conseil ou. parler en votre faveur.
JULES
Tu m’y fais songer, un ancien ami de mon père, c’est effectivement notre seule ressource ! mais une demi-lieue. . . j’ai renvoyé ma voiture. ( montrant Mathilde . ) Et cet enfant ne pourrait pas...
riERROT.
Vous nous la laisserez.
air de la Walse de Philibert marié,
J 'aurons ben soin de vout 1 demoiselle ,
Et quand vol 1 femme arrivera ce soir , Chacun de nous , en serviteur fidèle ,
Fera d 1 son mieux pour la bien recevoir!
mathilde , à Jaqueline.
Viens dans le parc... je te ferai connaître Quels sont à moi mes projets et mes vœux j
El toi , mon père , à ton retour peut-être Tu trouveras le bonheur en ces lieux.