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ser que le capitaine Gonneville avait, comme sa parenté, son rang dans l'association ; la seconde raison, c'est que le prénom ^inot porté par notre marin est une forme populaire, analogue à "Binet, des surnoms Robinet et Robineau.
Comme nous l'avons dit précédemment, les rameaux des Le Paulmier s'étaient répandus dans la banlieue de Honfleur. Les pièces qui ont passé devant nos yeux ne donnent ni la généalogie de ce Guillaume Le Paulmier, retiré en sa terre du Bucquet, ni celle de Binot Paulmier. Il n'en est pas de même pour les autres branches établies à demeure dans d'autres hameaux. C'est ainsi que divers documents nous apprennent que Richard Le Paulmier, qui fut contrôleur et procureur de l'amiral Louis de Graville, et vivait à Honfleur, paroisse Saint- Etienne, en l'année 1460, acheta de Robert de Prestreval, prêtre, curé de Fatouville (i), le fief de Meautrix, situé sur la paroisse de Barneville-la-Bertran, suivant le contrat de l'année 1479 (2). La descendance de Richard Le
Durant Le Paulmier, frère servant; 1508, Authoine Le Paulmier, fils de Durant; 15 10, Robin Le Paulmier; 1513, Jehan Le Paulmier; 15 30, Nicolas Le Paulmier, escuier. » Parmi ces frères et sœurs, nous signalerons d'autres noms de gentilshommes et de marins, ce sont ceux de : Jacques de Chambray,écuyer; Georges Gannyrey, contrôleur de la marine en 1508; Guillaume Hamelin, vivant en 1457; Guillaume Doublet, en 1514; >« Denis, bourgeois de Honfleur, demeurant à la Rivière-Saint-Léonard, lequel est sans doute le marin qui a découvert une partie de l'ile de Terre-Neuve.
(i) Fatouville, canton de BeuzeviUe, arrondissement de Pont-Audemer, département de l'Eure.
(2) Ce Richard Le Paulmier, sieur de Meautrix, était décédé avant le I" janvier 1493, d'après des lettres de Charles VIII, aux archives municipales de Honfleur.
Paulmier se fixa sur cette terre et elle y vécut pendant deux cents ans. Elle s'y éteignit dans la personne de damoiselle Avoye Le Paulmier, épouse de Jacques de Bautot, écuyer, sieur de la Rivière, lieutenant de roi au gouvernement de Ronfleur (i).
Un autre rameau de la famille Le Paulmier habitait le fief de Saint-Nicol, autrement dit de Saint-Nicolas-du- Val-de-Claire. Différents actes de l'année 1501 font connaître Artus Le Paulmier, écuyer, sieur des fief, terre et seigneurie de Saint-Nicol, comptés pour le huitième d'un fief de haubert, et qui étaient tenus de la baronnie et vicomte de Faulxguernon. Cinquante-six années après, les héritiers d'Artus Le Paulmier étaient encore en possession du fief de Saint-Nicol, mais leur lignée masculine s'éteignit vers 1560. Le fief alors passa à Hélie Chauldet, capitaine entretenu en la marine, dont la fille Jeanne Chauldet épousa, suivant contrat du 15 octobre 1574, Jean de Brèvedent, conseiller du roi au siège présidial de Rouen.
Recherchées dans les anciens titres des fiefs de la vicomte d'Auge, la filiation et la parenté du capitaine Gonneville se rattachent à trois branches d'un même arbre :
i" Branche des Le Paulmier (du Bucquet), paroisse de Gonnevillc-sur-Honfleur ;
2^ Branche des Le Paulmier (de Meautrix), éteinte dans la seconde moitié du xvii^ siècle ;
(i) Aveux de l'année 1489 à l'année 1684, trente-cinq pièces originales aux archives municipales de Honfleur.
3° Branche des Le Paulmier (de Saint-Nicol), dont on perd la trace dès l'année 1560.
Ceci dit, nous arrivons à la qualification de « sieur de Gonneville », attribuée à tort au navigateur normand par divers écrivains (i).
Les faits les plus connus, et qu'il est impossible de révoquer en doute, nous prouvent que la seigneurie de Gonneville-sur-Honfleur n'a jamais appartenu niàBinot Paulmier ni à sa famille. Il s'en suit nécessairement l'impossibilité absolue de faire suivre son nom d'un titre qui revenait de droit aux possesseurs de la seigneurie de Gonneville; il s'en suit d'autre part que la particule de qui figure dans la dénomination par laquelle il est connu, exprime un rapport de lieu, d'origine, et non de possession. Les documents abondent en effet pour montrer que, depuis les xiV et xV siècles, les fief, terre et sieurie de Gonneville-sur-Honfleur ont été possédés par l'abbé de Saint-Evroult, les familles de Thieuville, Féron de Prestreville et de Courseulle.
Ce fut vers l'année 1450 que la terre et la seigneurie de Gonneville furent acquises par Durand de Thieuville, dont le nom figure dans l'acte de capitulation réglant les conditions de la reddition de la ville de Honfleur à Henri V d'Angleterre, le 25 février 1418 (1419, n. s.). Ce Durand de Thieuville était contrôleur au grenier à sel en 1424, lieutenant particuHer des vicomtes d'Auge
(i) De Brosses, Hist. des navigations aux Terres australes, p. 102. — De S^int-Amand, Lettres d'un Voyageur à V embouchure de la Seine, p. 107. — Labutte, Essai hist. sur Honfl:ur, p. 296. — Thomas, Hist. de Honfleur, p. 57. — Margry, les Navigations françaises, etc., p. 151, 156.
et de Pont-Audcmcr en 1429, 1435 et 1440 (i). Après lui, on trouve, dans une donation faite à la charité de Notre-Dame et Saint-Léonard de Honfleur, noble homme Richard de Thieuville, écuyer, seigneur de Gonneville, de CrémanvilleetdelaHaye-Bertran, vivanten 1417(2); Jacques de Thieuville vivant en 1493.
Des de Thieuville, la terre de Gonneville passa à François Féron de Prestreville, qui bailla son état de noblesse aux Elus de Lisieux en l'année 1540 et céda ladite terre, par contrat d'échange du 17 janvier 1569 (3), à Jacques de Courseulle, qualifié de sieur de Gonneville, d'Ailly, Saint-Cristophe Crémanville, Saint-Evroult, la Haye- Bertran et Moulineaux. De ses héritiers nous connaissons : François de Courseulle, écuyer, seigneur de Gonneville et d'Aillv, marié à Diane de Ghislain; Louis de Courseulle, seigneur de Gonneville, marié à Catherine de Limoge, décédé en 1684 ; Louis Benjamin de Courseulle; Alexandre de Courseulle; et enfin Jean-Baptiste de Courseulle, écuj^er, chevalier de l'ordre du roi, seigneur des fiefs, terres et sieuries de Gonneville-sur- Honfleur, Lépiney, la Haye-Bertran, Qiietteville, Moulineaux et autres lieux.
Sans nous étendre plus longuement sur des détails un peu arides, il nous semble prouvé qu'il n'y a point place pour Binot Paulmier ni pour les siens parmi les possesseurs de la seigneurie de Gonneville. On peut faire la
(i) Bibl. nat., mss. fonds français, n°' 26053, 26059, 26067.
(2) Arch. munie, de Honfleur, carton affaires ecclésiastiques, pièces du
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(3) Minutes du tabellionnage d'Auge, inventaire du 27 octobre 1684.
môme remarque au sujet de ce pauvre baron de Gonneville qui, profitant d'une analogie de nom, tirait de soidisant papiers de famille la généalogie bouffonne des Arosca. rois des Terres Australes, afin d'avoir sa part des gratifications et pensions royales (i). Ils se sont donc trompés les écrivains qui ont cru ramener le navigateur normand à une origine nobiliaire en le dénommant Binot Paulmier de Gonneville. La particule de suivie d'un nom de lieu ne signifie rien ; elle ne confère pas la noblesse ; la qualification seule peut dire si l'on figure parmi les gentilshommes. En outre, elle suppose devant, soit un titre, soit un nom de personne, de sorte que lorsque le nom est supprimé le de doit disparaître. C'est pour se conformer à cette règle qu'on doit dénommer le marin qui nous occupe soit Binot Le Paulmier ou Paulmier de Gonneville, soit Gonneville tout court, en souvenir du lieu d'où il tire son origine. Toute autre dénomination nous paraît vicieuse.
Nous ajouterons l'information suivante pour clore ces lignes. On sait que l'abbé Jean Paulmier Courtonne était l'arrière-petit-fils de l'indien Essomeric, amené du Brésil en France par le capitaine de Gonneville. Or, il existe à Lisieux, place Le Hennuyer, un ancien logis canonial près de la porte duquel se voit gravée dans la pierre l'inscription qui suit :
(i) Les archives de la marine possèdent cinq lettres du baron de Gonneville, datées des 23 mars, 30 avril et 19 mai 1783, 28 octobre 1786 ; I" septembre 1789. Ce personnage était peut-être de vieille race normande, mais il n'était certainement pas issu de la famille de Binot Paulmier, à laquelle le titre « de Gonneville » n'appartenait pas. Il existe, d'ailleurs, en Normandie, sept localités du nom de Gonneville.
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