‹ Le vieux Honfleur et ses marins, biographies et récits maritimesChapitre 4 sur 12 · TOI · texte numérisé non relu

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FÉREY (Michel), dit Vauchouquet, est le maître des ouvrages du roi, ou en d'autres termes, l'ingénieur maritime qui a, en partie, construit les quais et les jetées du vieux port du Havre, en 1 5 17-1524. Il est intéressant de lui donner place ici à cause de la part qu'il a prise à la création de la ville la plus florissante des côtes normandes. Les historiens havrais ne paraissent point avoir connu sa famille, dont ils citent cependant plusieurs membres parmi les notables bourgeois de l'ancienne cité. C'est un Jean Férey, sieur du Vauchouquet, qui commandait le cortège de gala organisé pour l'entrée de Henri II au Havre, en 1550.

Le Michel Férey, dit Vauchouquet, qui a fait l'objet de nos recherches, est d'origine honfleuraise, et si sa famille est restée inconnue jusqu'à présent, c'est que les adjudications, procès-veibaux ou quittances touchant la fondation du Havre ne le désignent que par un surnom, celui de Vauchouquet (i). Cet ingénieur prenait, en effet, le nom d'un fief nommé le Val-Chouquet ou Vau- ChoLiquet, situé aux portes de Honfleur, sur la paroisse de Vasouy. C'est la ferme bien connue dite Le Butin, à laquelle une autre famille a laissé son nom (2). Il n'est

(i) Voyez Documents relatifs à la fondation du Havre, p. 8, 2-5, 27, 51, 57- 7i> 85, 97. 241, 244, 320, 325, 352, 353, 340, 370, 372.

(2) Par suite du mariage de Françoise Férey, fille de Jean Férey, avec Noël du Butin (contrat reconnu le 9 juin 1586.)

pas nécessaire que nous nous étendions à donner les preuves de cette possession de la terre du Val-Chouquet, on peut consulter les aveux réunis aux archives municipales. Nous nous contenterons de remarquer qu'il fallait que le succès des travaux précédemment exécutés sous sa direction fût bien établi pour qu'on adjugeât à Michel Férey l'exécution dune grande partie des ouvrages du port du Havre, le 4 mars 15 17.

Mais, dans le même temps, Michel Férey obtenait du vice-amiral Guyon Le Roy la concession d'une certaine quantité de terre, l'une des cent quarante premières places qui furent fieffées sur le sol où devait s'élever la ville du Havre. Il se fit là un patrimoine en songeant^ l'avenir. Le terrain qu'il choisit était un des plus avantageusement situés, à proximité du port, non loin de la jetée du sud. Sur cette place, il édifia une maison que font connaître plusieurs pièces se rapportant à l'année 1523. Dans ce moment même, il obtint une seconde concession, à l'ouest du port, près de la rue Saint-Michel, aujourd'hui rue de Paris. C'était en l'année 1524. Le grand quai du Havre compta bientôt une hôtellerie déplus, à l'enseigne de la Salaiiiandre, ce fut celle que Michel Férey, dit Vauchouquct, fit construire pour y transporter son domicile. On a conservé le souvenir qu'en la maison du « seigneur » de Vauchouquet se logea, au mois de septembre 1532, un magistrat considérable de Rouen, le garde des sceaux René de Becdelièvre. L'emplacement de ce logis appartenait encore, en 1574, au petit-fils de Vauchouquet.

On ne peut douter que les travaux de Michel Férey ne

l'aient fait classer parmi les bons ingénieurs de son temps .

Après avoir terminé heureusemant la construction des quais et des jetées du Havre, il fut appelé à Caen par François I" pour diriger les travaux de l'Orne, dont la navigation présentait des difficultés. Des lettres patentes du 4 juillet 153 1 autorisèrent ces ouvrages d'amélioration. « Un surnommé Vauchouquet, pilote de mer, fort ingénieux, de la ville de Honnefleur, dit M. de Bras, fut conducteur de l'œuvre, que l'on commença au mois de septembre audict an 15 31, et fut parfait viron la my-octobre ensuyvant. »

Michel Férey est mort avant l'année 1536 ; sa carrière de maître des œuvres du roi avait été bien remplie. Il laissa deux fils nommés René Férey et Jean Férey, qui ne nous sont connus que comme capitaines de navires ; ils firent plusieurs voyages au Brésil en 1549 et les années suivantes. Il y a lieu de croire que leurs descendants ont vécu au Havre jusqu'à la fin du xvif siècle.

GoKNEViLLE (Btnot PaulniJer OU Le Paulmier de). De toutes les questions soulevées jusqu'ici par les voyages maritimes qui ont eu lieu depuis la découverte du nouvel hémisphère, il n'en est pas une seule peut-être qui ait fait naître des controverses aussi longues que la question du voyage de Binot-Paulmier, en 1503- Mais personne ne dénie la réalité de l'expédition. C'est, — ne l'oublions pas, — le premier voyage des Français au Brésil qui ait laissé des traces dans l'histoire. On peut dire que c'est le seul jusqu'à présent, car il s"est élevé des doutes très fondés contre l'authenticité du voyage du dieppois Jean Cousin, lequel ne serait même pas originaire de Dieppe, mais bien de Honfleur (i).

Quant au voyage de Paulmier de Gonneville sur le navire VEspoir, du port de Honfleur, tous les épisodes en ont été étudiés plusieurs fois, notamment par le savant géographe d'Avezac, qui en a publié la relation originale à laquelle le lecteur voudra bien se reporter (2). On se bornera à fnire observer que l'expédition de Binot Paulmier a cela de remarquable et de propre à exciter la curiosité qu'elle permet de présumer deux voyages : l'un,

(i) Ch. de la Roncière, Les Navigations françaises au XV' siècle, dans le Bulletin de Géographie hist. et descriptive, année 1895, n" 2, p. 196-200. (2) Annales des Voyages, juin et juillet 1869.

du 24 juin 1503 au 6 janvier 1504, soit cent quatrevingt-onze jours de navigation; l'autre, du 3 juillet au 10 octobre 1504, soit cent autres jours de mer. L'un de ces voyages le conduisit au Brésil, c'est incontestable ; sur quelles côtes inconnues le conduisit l'autre ? Plusieurs personnes sont d'avis qu'il y a sur ce point une difficulté non encore résolue. Nous n'avons point l'intention de reprendre le récit d'une expédition célèbre dans les annales maritimes de la Normandie. Mais la chronique a toujours fait fausse route au sujet du nom patronymique, de la qualité et delà famille de ce marin. C'est à ces erreurs et à ces lacunes que nous allons essayer de porter remède, en nous servant d'informations d'une authenticité certaine, puisées dans les registres d'étatcivil, les minutes des tabellionages et les archives communales de la ville de Ronfleur (i).

Binot Paulmier, dit vulgairement le capitaine Gonneville, semble n'avoir laissé aucun souvenir que la relation publiée, pour la première fois en entier, dans les Annales des Voyages par le savant dont nous avons cité le nom plus haut (2). C'est ce document qui a fourni à son éditeur quelques indications généalogiques; encore intéressent-elles plutôt la descendance de Gonneville que sa filiation ou sa parenté. Le chanoine de Lisieux, Jean Paulmier de Courtonne, qui se flattait d'appartenir à la famille du navigateur normand, est lui-même à peu près

(i) L'article qui suit a paru dans le Bull, de la Soc. de l'Histoire de Normandie, IV, 45-54.

(2) Annales des Voyages, juin et juillet 1869. Voyez aussi le Bulletin de la Société de Géographie, t. XIV, p. 89 à 356.

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muet sur cette famille. Il se contente, en effet, de dire dans l'épitre dédicatoire de son Mémoire qu'il est le petit-fils de l'Indien ramené en France sur le navire V Espoir ; remarquons au passage qu'il aurait dû dire son arrière -petit-fils. Flacourt, le colonisateur de Madagascar, est le seul écrivain qui rapporte des renseignements assez exacts pour permettre de reconnaître parmi les familles normandes, celle à laquelle Gonneville appartenait authentiquement. Cependant il convient d'ajouter que la dénomination d'un fief donnée incorrectement dans son ouvrage (i), reproduite d'une manière non moins inexacte par le président de Brosses (2), altérée même sur les cartes dans les dictionnaires modernes, a égaré nos recherches pendant quelque temps. Voici, sans autre préambule, ce que nous savons de la famille du navigateur Gonneville, à qui nous conservons le nom consacré par l'usage.

Sa famille était celle des Le Paulmier, qu'on trouve fixée à Honfleur, dans la circonscription de la paroisse Saint- Etienne, dès les premières années du xv^ siècle (3). La mention la plus ancienne qu'on rencontre de cette famille est dans un acte de l'année 1421, par lequel Henri V d'Angleterre déposséda de ses biens un Guillaume

(i) Relation de la grande isle de Madagascar, p. 465, 466.

(2) Histoire des navigations aux terres australes, p. 120.

(3) Son nom est indifféremment écrit avec ou sans l'article dans les documents du xvi* siècle : Le Paulmier ou Paulmier; mais toutes les pièces de l'époque antérieure reproduisent l'article.

« Paulmiers, dit Lacurne de Sainte-Palaye, sont pellerins jadis nommez ainsy pour les paulmcs ou palmes qu'ils rapportoient en tesmoignage d'avoir esté en Judée. »

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Le Paulmier, bourgeois de Ronfleur, lequel avait sans doute refusé de reconnaître le nouveau maître (i). On ignore si ce Le Paulmier rentra plus tard en possession de sa maison « aboutant sur la rue qui conduisait du cimetière Notre-Dame à la porte de la ville ». Ce qui est certain, c'est que le même Guillaume Le Paulmier avait transporté son habitation dans la banlieue, sur une paroisse rurale, celle de Gonneville, et qu'il y résidait en l'année 1457. Ce fait ressort de l'inscription de son nom précédé d'une date et suivi du lieu de sa demeure dans le registre de la confrérie de Charité que l'on conserve à l'Hôtel-de-Ville de Honfleur. Le rameau des Le Paulmier qu'il représentait se trouva donc établi en la paroisse de Gonneville, de même que d'autres branches des Le Paulmier prirent leur résidence sur des paroisses circonvoisines : nous le verrons plus loin. Selon toute évidence, Binot Paulmier ou Le Paulmier appartenait à ce premier rameau, et, pour savoir exactement le fief, la terre ou la ferme possédée ou par lui ou par sa famille, il sufiît de faire usage, en les rectifiant légèrement, des indications que Flacourt fournit : « Binot Paulmier dit le capitaine de Gonneville^ était de la famille des seigneurs du Biischet, fief et seigneurie dans la paroisse de Gonneville-lez- Honfleur (2). » Or, en changeant le mot Biischet mal

(i) Collection Bréquigny, t. L, f" 210. « Willelmus Driby habet tenementum quoudam Willelmi Paumier infra villam régis de Honneflieu, etc. »

(2) Relation de la grande islc de Madagascar, p. 465. Cette indication est la seule qui nous ait été conservée. Mais alors s'est présentée la question de déterminer authentiquement de quelle seigneurie Flacourt a entendu parler et de connaître la famille qui possédait ce fief au temps où vivait Binot-Paulniicr. Nous croj-ons avoir apporté quelque lumière sur ces deux

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orthographié en celui de Bucquet, qui est le nom d'un fief bien connu, situé sur la paroisse de Gonneville, on arrive sans effort à indiquer avec précision la terre et la famille d'où est sorti le navigateur normand du xvi^ siècle. Au lecteur que la rectification ci-dessus étonnerait nous nous permettrons de répondre que la même rectification devrait être opérée, non plus dans le livre de Flacourt paru en 1661, mais dans le Dictionnaire îopographiqiœ du département du Calvados, publié en 1883 par le ministère de l'Instruction publique. On lit, en effet, dans cet ouvrage, à l'article Gonneville-sur-Honfleur, p. 129 : « Huitième fief du Bousquet tenu de la baronnie de Blangy, autrefois fief dit de Mannetot ». Ces lignes contiennent une double erreur : le mot Bousquet est la dénomination fautive du fief du Bucquet, dont le nom a la signification de petit bois; quant au fief de Mannetot, il est situé dans le canton de Mézidon.

Il est prouvé ainsi que l'assertion de Flacourt est exacte, à savoir qu'il a existé dans la paroisse de Gonneville-sur-Honfleur un fief nommé le Bucquet. Nous pensons également pouvoir démontrer que ce domaine est sorti des mains des Paulmier ou Le Paulmier au commencement du xvi^ siècle.

Dans la paroisse de Bosguérard (arrondissement de Pont-Audemer), il existait dès le xiii^ siècle une famille considérable qui en possédait une assez grande étendue, qui en fit sa résidence principale pendant cinq siècles au moins et ne prit que tardivement le nom de la seigneu-

points, en substituant des faits clairs et exacts à des renseignements incomplets.

ne(i). C'était la famille de Bellemare, qui posséda encore la seigneurie de Duranville (arrondissement de Bernay) et dont une branche se trouvait établie dans la vicomte d'Auge, au temps où vivait Binot Paulmier, sous le règne de Louis XII. Les documents du cabinet des titres font connaître un Jean de Bellemare, écuyer, lieutenant du bailli de Rouen en la vicomte d'Auge aux années 1489, 1493 et 1509 (2). Ce magistrat eut pour enfants : Jean, Louis, Rolland et Marie de Bellemare, mariée en 1488. On n'a rencontré nulle part le nom de sa femme, mais le premier seigneur de la famille de Bellemare que l'on trouve possédant le fief du Bucquet est un des Eils de ce même Jean de Bellemare, Rolland de Bellemare, cité dans la Recherche des nobles de la généralité de Rouen ainsi que sa femme, Louise Le Paulmier (3). Or, il y a lieu de supposer que c'est du chef de Louise Le Paulmie'r, héritière d'un Paulmier ou Le Paulmier resté inconnu,' que le fief du Bucquet est parvenu aux de Bellemare, du vivant même de Binot Paulmier, le navigateur dont il est ici question. Un contrat d'échange consenti le 31 juillet 1670 par Ambroise de Bellemare fit passer ce fief à Charles Thierry, conseiller du roi, contrôleur des tailles en l'élection de Pont-1'Évêque, représentant à Ronfleur les affaires des intéressés de la compagnie d'Occident (4) ; il appartint à ses héritiers jusqu'à la Révolution.

Si rien ne nous instruit du degré de parenté qui unis-

(i) A. Le Prévost, Mém. sur h dép. de l'Eure, t. III, p. io6

(2) Carrés de d'Hozier, vol. 80. Mss., fonds français', 260^3, no 951

(3) Mss., fonds français, 16898, fol. 244 verso.

(4; Minutes du tabellionnage d'Auge. 15 mai et 14 juin 1680.

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sait le Guillaume Le Paulmicr, fixé à Gonnevillc-sur- Honfleur en l'année 1457, et Binot Paulmier ou Le Paulmier, le navigateur dont il s'agit, il est sûr que ce dernier était issu d'une famille en possession du fief désigné dans les lignes qui précèdent.

L'étude des pièces originales et l'ensemble des faits nous ont conduit à formuler la conjecture suivante. Dans le registre de la confrérie de la Charité, fondée en l'église Notre-Dame de Honfleur, en l'année 1457, et qui comptait l'année même de sa fondation plus de quatre cents membres, on lit plusieurs noms qui méritent d'être relevés, tels sont ceux de Thomas Basin, évêque de Lisieux, Guillaume Cousinot, baiUi de Rouen, Louis de Bourbon, amiral de France, « madame Jehanne de France, admiralle, » Louis de Harcourt, évêque de Bayeux, etc. Mais parmi ces noms brillants, il en est un plus modeste qu'aucune qualification n'accompagne et qui ne nous en a pas moins frappé. C'est celui de Robinet Le Paulmier^ simple frère servant de la confrérie en l'année 1468 et échevin de ladite confrérie, dix années plus tard, en 1478. Quoique ces indications soient très succinctes, elles nous permettent de dire qu'à nos yeux Téchevin de la confrérie de la Charité, Robinet Le Paulmier et Binot Paulmier de Gonneville sont la même personne. Nous fondons notre opinion sur deux raisons : la première, c'est que la confrérie de la Charité réunissait tous les membres connus de la famille Le Paulmier (i) et qu'il est naturel de pen-

(i) « Cy ensuivent les frères et seurs renduz durant l'année : 1457, Guillaume Le Paulmier; 1468, Robinet Le Paulmier; 1471, Richard Le Paulmier ; 1478, Robinet Le Paulmier^ eschevin de la confrairie ; 1489,

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