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Le vieux Honfleur et ses marins [microforme]

La Société normande d'Ethnographie et d'Art populaire, fondée récemment à Honfleur et aujourd’hui définitivement constituée, ouvre sa carrière en publiant une série de biograbhies locales et maritimes. Elle vient réveiller des noms un peu effacés mais qui parleront au cœur des nombreux et honorables adhérents qui, sans autre impulsion que le désir d’être utiles, se sont joints déjà à elle ou s’y joindront dans l'avenir. Créée pour entretenir et diriger le culte des traditions et de histoire, pour retremper, si on peut ainsi parler, l'amour du clocher natal, cette association a voulu tirer de l'oubli le souvenir d’un certain nombre d'hommes qui ont honoré leur berceau. C'est déja faire quelque bien aux générations futures que de leur procurer le moyen de connaître et d'aimer ceux dont elles doivent être fières .

Le titre de ce livre a une saveur de terroir qui indique de quels hommes il s’agit. Cependant il ne faudrait pas croire que nous aurons à présenter quelques-uns de ces illustres marins qui ont laissé dans les événements de leur temps et de

leur pays une trace profonde et ineffaçable. Nous ne voulons rien exagérer ; notre galerie honfleuraise sera composée de figures secondaires. Mais ces figures ont eu leur imporiance sur un terrain spécial; les pilotes de la « noble ville de Honnefleur » sont nommés en première ligne dans le Routier de la Mer, publié en 1483, et qui, pendant plus d’un siècle, a été l’unique manuel du navigaieur. Ils ont été mélés à de grands événements ; leurs navires ont abordé des premiers sur les rivages inconnus des deux Amériques. Leur forte race alliait l'énergie à une rare intelligence du métier de la mer. Le foyer où ils vivaient était actif.

Nous navons pas le droit de revendiquer de grands hommes, maïs des marins hardis, des pilotes audacieux, de vaillants officiers. Avec eux, on eut certains triomphes dans la mer de la Manche, sous Louis XI; avec eux on alla visiter le Brésil et peut-être le cap de Bonne-Espérance sous Louis XIT ; pêcher sur le banc et dans les baïes de Terre-Neuve, au début du XVIe siècle; explorer l Amérique septentrionale, le golfe et les bouches du Saint-Laurent au temps des voyages de Jacques Cartier et de Roberval; fonder Québec, en 1608, au cours du second voyage de Champlain. Après leurs expéditions, leurs tentatives, leurs efforts et aussi leurs épreuves, on conçoit que les Honfleurais, tout en étant restés au second rang, aient joui d’une assez grande réputation.

Lorsque le temps des voyages lointains fut passé, la renommée de nos marins ne s'éteignit pas. Le premier en daie que l’on rencontre au milieu du XVIE siècle, sur le banc de quart d’un navire, entouré d'un aventureux équipage, portait un nom aujourd’hui populaire parmi nous, c’est celui du corsaire Jean Doublet.

Si nous passons à la période de la guerre de l'Indépendance américaine, puis aux guerres de la République et de l’Empire, nos compatrioles se montrent des capitaines très appréciés et

| trés utiles dans les guerres d’escadre et de course. Ils sont avec | d'Estaing et d'Orvilliers dans les mers d'Amérique en

1778-1783; avec Truguet, La Touche-Tréville, Villaret- Joyeuse, dans la Méditerranée et l'Océan, en 1793-1795 ; avec Bruix, à Aboukir. Après la rupture de la paix d Amiens, ils réunissent les divisions de la flotille sous le feu de l’ennemi à Boulogne et à Ambleteuse, et, dès que les plans d’invasion de Angleterre sont abandonnés, ils se dispersent sur toutes les mers en divisions légères. C’est le temps où les frégates de Motard et de Hamelin font un mal considérable au commerce anglais, c’est le temps de leur brillante campagne de l'Inde. D'autres marins ont jeté un éclat plus vif sur leur cité natale ; n’oublions pas les longues traversées que nos Honfleurais du XVI siècle ont osé entreprendre avec des guides bien incertains et de bien faibles moyens, leur témérité a presque toujours été couronnée par quelque succès. C’est donc un dessein tout naturel que d'en raviver les souvenirs éteints : nous nous efforcerons d'y réussir dans la petite mesure de nos forces.

Octobre 189%.

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