LE MASSACRE DE LACHINE
Dans la nuit du 4 au ô août, au milieu d'une tempête de pluie et «le grêle, 1,500 Iroquoi s traversaient le lac Saint-Louis et descendaient en silence sur toute la cote de Lachine. La nuit était tellement noire et orageuse que les soldats en garnison ne virent rien, n'entendirent rien et par conséquent ne tirèrent pas le coup de canon d'usage à l'approche de l'ennemi Sel«»n leur habitude, les Iroquois ne s'approchèrent pas des forts, mais longtemps axant le jour, ils avaient réussi à se placer autour de presque toutes les maisons, sans même être soupçonnés des habitants endormis. Au signal donné', ils jettent à la fois et de tous les points le cri de guerre »'t coin-
mencent un massacre général. Les maisons sont enfoncées. Ils égorgent les hommes qui se présentent et mettent le feu aux habitations de ceux qui résistent, afin de les forcer de sortir, et épuiser ensuite sur eux toutes les cruautés que leur instinct féroce peut leur inspirer. Charlevoix dit : " Ils ouvri- " rent le sein des femmes enceintes, pour en arracher le fruit " qu'elles portaient, ils mirent des enfants tout vivants à la " broche, et contraignirent les mères à les tourner pour les faire " rôtir. Ils inventèrent quantité d'autres supplices inouïs et " deux cents personnes de tout âge et de tout sexe périrent " ainsi en moins d'une heure dans les plus affreux tour- " ments."
" Ils exercèrent," dit M. de Belmont, un contemporain, (1) " tout ce qu'ils savaient de cruautés, et se surpassèrent eux- " mêmes, laissant les vestiges d'une barbarie inouïe, des femmes " empalées, des enfants rôtis sur les cendres chaudes, toutes " les maisons brûlées, tous les bestiaux tués ; quatre-vingt-dix " personnes emmenées furent brûlées cruellement et immolées " à la vengeance des Iroquois."
Frontenac, à son retour d'une visite sur les lieux, écrivait le 15 novembre 1689, dans une lettre citée par Parkman : " Ils avaient bruslé plus de trois lieux de pays, saccagé toutes les maisons jusqu'aux portes de la ville, enlevé plus de six vingt personnes tant hommes femmes qu'enfants, après avoir massacré plus de deux cents, dont ils avaient cassé la teste aux uns, bruslé, roty et mangé les autres, ouvert le ventre des femmes grosses pour en arracher les enfants, et fait des cruautés inouïes et sans exemple."
Tout fut brûlé et pillé, moins les forts. Cependant toute la population ne perdit pas la vie. La garnison des forts ne fut pas même attaquée. Grâce à l'orgie à laquelle les trois quarts des sauvages se livrèrent dès leurs premières prises, la grande majorité des habitants put s'échapper. Quelques-uns se rendirent aux forts : d'autres prirent les bois, poursuivis par les sauvages, qui arrivèrent en face de la ville au point du jour.
(1) Il était prêtre au Séminaire.
LES [ROQ! OIS w \ PORTES l>K LA VILLE.
Un coup de canon tiré d'un deè Ports delà \ îlle annonça aux habitants que l'ennemi approchait. Ce coup de canon fut entendu au camp de Verdun <>ù commandait Mr de ( JallifVt. (1) De suite L'appel aux armes fut donné. A peine les soldats étaient-ils hors leurs tontes, qu'un Canadien passa leur annonçant que toutes 1rs habitations de Lachine étaient en feu. Peu de temps après arrivèrent quelques habitants que les Eroquois poursuivaient. Enfin, un courrier ae tut pas Longtemps à se présenter : son récit jeta L'épouvante parmi la population de la ville. On en ferma Les portes, craignant que l'ennemi ne vînt l'assiéger. Les officiers qui axaient quitté leurs postes, — et ils étaient presque tous à La villes — s'empressèrent de s'y rendre, mais pour ceux qui étaient en garnison en haut de l'île, il ne leur était pas possible d'y passer. A la première alarme, M. le chevalin- <h> Vaudreuil reçut l'ordre de M. de Denonville, qui était à Villemarie, de se jeter avec ses troupes et une centaine de volontaires dans le fort Rolland. M. de Subercase et M. de Saint-Jean étaient ses lieutenants et il était accompagné d'autres officiers, dont l'un, sans donner son nom, nous a laissé le récit circonstancié de cette expédition, quoique parfois confus el erroné, dans un Mémoire sur le Canada qui a été publié dans la Collection de Manuscrits, vol. 1er, pages 568 et suivantes : (2) " Tous gens, dit-il, bien résolus à bien combattre " étant arrivez a La Chine, nous prismes quelques soldats dans • Les trois forts."
L) Il y avait oncampvolani de 200 réguliers à Verdun, à deux lieux de Montréal. IL de Gallifel y commandait en l'absence de M. de Subercase, qui était & la ville. — Collection dt Manuscrits, vol. 1. i>. 567.
i mi a attribué ce mémoire à M. De Lery. Mais De Lery n'esl venu au Canada ■que longtemps après. Si l'on eût mentionné Constant de Lignery, lieutenant, qui se maria en 1611, à Montréal, on aurait dit quelque chose de vraisemblable, quoique non vraie. Mgr Tanguay, dans une " Etude sur une famille canadienne" publiée dans lo 2e yolumede La Sodétt Royale, page '.». a démontré que eel officier étail m fl<- < atalogne, noble de distinction, lieutenant réformé el ingénieur royal. Lee descendants de ces deux familles remarquables jouèrent an rôle militaire im portant jusqu'à la cession du pays aux Anglais: il> passèrent alors en fiance, ne pouvant vi\ v à l'ombre d'un drapeau qu ils avaient combattu toute leur \ ie.
Le procès \ erbal de bornage des terres de Jean Millot, cité plus haut, établit que M de Catalogne était enseigne des troupes de M. deSuberca