‹ Le vieux Lachine et le massacre du 5 aout 1689Chapitre 17 sur 31 · M. DE VAUDREUIL AU SECOURS DE LACHINE · texte numérisé non relu

M. DE VAUDREUIL AU SECOURS DE LACHINE

M. de Vaudreuil arriva au fort Rolland en bon ordre. Le long de la route, en voyant les ravages de ces barbares, " il " nous sembloit à tous," continue ce même officier," que nous

" allions aux particulièrement lorsque nous vismes des

" maisons embrasez, plusieurs habitans attachez et brûlez." Et cependant il n'avait vu que cette partie de la côte jusqu'au fort Rolland.

M. de Vaudreuil ne tarda pas à apprendre du chirurgien du fort Frontenac, qui s'était échappé, que l'ennemi était à une demi-lieue plus haut. Un bois assez épais le séparait du désert qui existait autour du fort Rolland. M. de Subercase poussa de l'avant ses volontaires. " A peine avions- " nous entré dans le bois," dit encore le même témoin oculaire, " que le cry se fit de la guerre à l'avant, halte à la teste ; mon- " sieur de Subercase ne voulut pas s'arrêter, courant au lieu " de marcher ; mais monsieur de Vaudreuil le joignit qui luy " dit qu'il avait ordre de monsieur le Marquis de Denonville " de ne rien risquer et qu'il fallait relascher.

" Ils en vinrent aux gros mots, cependant il fallut obéir. Pen- " dant cette halte, un officier et quelques soldats s'avancèrent " dans les bois et sur leur route trouvèrent trois Iroquois qui " dormaient. Ils les menèrent au camp. Cet exemple engagea " M. de Subercase à insister à son premier dessein qui tendait " à la destruction entière des Iroquois, puisque toutes leurs " forces estoient rassemblez dans leur camp et que les trois " quarts estoient morts yvres des eaux de vie qu'ils avaient " pris chez les habitants, ainsy que nous l'apprismes la nuit " suivante par un habitant qui se sauva. Pour conclusion, " nous relaschasmes au camp volant pour observer la conte- " nance de l'ennemy qui passèrent la nuit sans sentinelle,. " comme il leur est ordinaire

" Le lendemain (1) on estoit en attention si l'ennemi ferait " quelque mouvement. Vers 10 heures, nous les vismes dou- " bler au large de l'isle de la Présentation, (l'ile Dorval) parce " qu'au dedans il y avoit un fort qui estoit très bien gardé et

(1) 6 Août. Registre de Lachine, 28 octobre, lf>94.

•• où trois limjuois furent tuez : ils se laissaient dériver dans i; leurs canots et vinrent attérer à unedemy quart de lieue du

•■ fort. Quelques temps après ils commencèrent à défiler par

pelotons à travers le désert, hors la portée du mousquet."

LE COMBAT \n~ 6 \<»i T L689.

Nos troupes voulaient poursuivre l'ennemi et l'attaquer, mais M. de Vaudreuil leur rappelait l'ordre de M. de Denonville de se tenir sur la défensive et de ne rien risquer. Le brave de Subercase demanda la permission de faire une sortie avec cent volontaires, ce qui lui fut accordé. Comme on était sur le point de partir, M. de Saint-Jean, plus ancien en grade, dit que c'était à lui à commander, ce que les troupes lui concédèrent, et pendant quelque temps, ce corps de volontaires, retranché derrière les ruines d'une maison incendiée, échangea, sans effet, quelques coups de fusil avec les Iroquois qui étaient embusqués dans un petit bois. (1) " Comme jetois ■' dans cette action, continue le même officier, j'apperçus un

gros partv de François et de Sauvages qui partaient du fort " Rémy (2) (à l'église de Lachine), pour nous joindre. J'ad- " vertis Monsieur de St. Jean et luy fit envisager que les

ennemys pourraient les couper et les tailler en pièces et lui " montray qu'à la faveur de l'écart de la rivière nous pour- " rions nous joindre sans beaucoup risquer. Il me dit qu'il

n'avait point ordre d'aller plus loing."

Ce détachement était de cinquante soldats et trente sauvages, nos alliés «lu sault Saint-Louis et de la Montagne, coin mandée par le sieur de la Rabeyre et Charles Le Moyne, son second, et de quelques autres officiers, les sieurs Saint- Pierre, Denis, Villedonnéet Laplante, que le marquis de Denonville axait envoyés au >«•<•< >urs de M. de Vaudreuil. Ils furent

<i> Les Iroquois avaienl des armes à feu qui leur étaient fournies par les Anglais Flamands.

(2j M. de la Cbassaigne qui commandail au forl Rémy était malade et absent. \rt de Lachine, !■ -i aoûl L«89 En l'automne de cette année, l<- chevalier Giuillauinc de Lorimicr, capitaine, prit 1<- commandement du fort Rémy qu'il K;»r<la pendant plusieurs années. En 1705, il commandail au fort Rolland.

attaqués par les Iroquois, qui avaient eu le temps de se dégriser, et ils furent presque tous tués et brûlés. " Il n'y eut " que nos sauvages," continue le même témoin oculaire, " qui " presque tous se firent tuez ; le baron de Longueuil (1) y eut " le bras cassé, quatre de nos sauvages l'emportèrent au fort " Rémy où quelques-uns de nos meilleurs coureurs se sau- " vèrent, tout le reste fut pris prisonnier et ensuite plus de la " moitié de bruslez, il y eut environ 20 de nos sauvages à qui " les Iroquois levèrent la chevelure." Ils amenèrent à leurs villages le sieur de la Rabeyre et ses compagnons d'armes, les sieurs Saint-Pierre, Denis, Villedonné et Laplante, qui s'échappèrent tous de leurs mains, à l'exception du sieur de la Rabeyre, qui, dès leur arrivée au pays des Iroquois, fut donné en spectacle et brûlé à petit feu.

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