LA MAISON DES CUILLERIER
Tout cela est indiqué clairement sur le livre-terrier et sur le plan dont on trouvera une copie dans l’appendice, et à moins de preuve contraire, je ne me sens pas disposé d'accepter la légende comme vraie. Ce qui lui x donné de la vraisemblance, cest le fait qu'un fort français, le fort Cuillerier, a existé sur la terre des Fraser, et que plus tard le gouvernement anglais y construisit une poudrière, des hangars et des magasins, un fort considérable en un mot, connus sons le nom de fort ou hangars du Roi, Aing's Post. Ce fort et les postes militaires sur le terrain de l’écluse actuelle (1), chez Quesnel et Monette (2) ont joué un rôle important durant la guerre de 1812. Le fort du Roi ne fut abandonné que vers 1826.
Par acte devant Adhémar, 9 mars 1697, René Cuillerier vendit cette terre et ses “ dépendances” à son fils Jean, marchand comme le père et aussi commis du Grand Voyer du pays: (3) prix : quinze cents livres. La maison de pierre n'était pas bâtie. Morin nous dit que la redoute Cuillerier était de bois. C’est ce qui résulte d’ailleurs de la description des lieux dans l'inventaire de Jean Cuillerier, fait à la requête de Marie Catherine Trotier, sa veuve, par Michel LePailleur, no-
‘ taire, le 10 avril 1713 :—“Une concession au dit lieu de la Chine, | ayant quarante-cinq arpens à la charue, sur laquelle concession
() L'ancien canal Lachine, commencé en 1821, n'a été ouvert qu'en 1825. Le Séminaire avait fait, au commencement du dernier siècle, un petit éanal de Ja Chine à la petite rivière Saint-Pierre, dont on voit encore des traces dans un petit ruisseau qui
Ce canal fut commencé en 1700.
Collection de Manuscrits, vol, 3, p. 604 ; Rapport du Commissaire des Travaux Publics, 1867, p. 7.
(2) Ces deux maisons sont des plus anciennes de Lachine.
Mr. Quesnel dit que la sienne compte 168 ans.
(3) Contrat de mariage d'Antoine Cuillerier, Michel Lepailleur, notaire,
2 mars 1 1722.
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est un jardin et un verger enclos de pieux (1), une maison de pierre avec une cheminée, contenant vingt trois pieds de long sur ving-six de large avec pierres d'attente pour la construction, une cuisine de pièces sur pièces et fort vieille et de bois blanc, menaçant ruine, Le tout couvert de planches?
Cette maison fut donc construite par Jean Cuillerier et elle était inachevée en 1713 : c'est ce que prouvent ces mots “avec pierres d'attente pour la construction,” que nous avons soulignés. Elle fut agrandie après cette date, où par le second mari de la veuve de Jean Cuillerier, le chevalier François Picoté de Bellestre—qui, dès son mariage en mai 1714,y fit sa résidence, — ou encore par Antoine Cuillerier dit Beaubien, fils de Jean Cuillerier, qui avant l’année 1722 était un négociant important [ finit par s'établir au Détroit, poste très recherché par les canadiens de la première partie du dernier siècle, les Cuillerier, les Beaubien, les Bellestre, les Quesnel, les Baby, (2) les Cassegrain, les Campeau, les Chauvin, les Chapoton, les Chesne, les Meloche, les LeDuec, les Godfroy. les De Marsac, les Bourrassa.
Son beau-père, François de Bellestre y mourut en 1729. Le fils aîné de ce dernier, François, commandait le fort du Détroit le 28 octobre 1760. Jean-Baptiste Beaubien dit Cuillerier, fils de Jean Cuillerier, y fit également souche.
La masure que lon voit sur la terre de John Fraser offre d'ailleurs des preuves incontestables qu'elle fut bâtie par parties et à des époques assez éloignées. On observe dans les murs des fissures, précisément à la limite des anciennes dimensions, vingt-trois pieds de front sur vingt-six de profondeur, mesure française. La couverture actuelle est de vieux
bardeaux, mais la planche de la couverture de l’ancienne maison est en déclin et est sans aucun doute la première couverture, mentionnée dans l'inventaire de Jean Cuillerier, recouverte après de bardenux. Le reste de la planche de la couverture est à joints carrés et d'apparence plus récente. Les
(1) Probablement la palissade de pieux du fort Cuillerier.
(2) Aujourd'hui: Baubie, en opposition à la prononciation anglaise possible : baby. Il est regrettable qu'un arrière petit fils de l'honorable Jacques Baby, la souche des Baby de l'Amérique, détigure de cette façon un si beau nom, Baubie ne signifie rien, Baby est un nom historique de ce continent.
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dernières extensions à l’est ont évidemment été faites pour un magasin.
Dans l'intérieur de la plus ancienne partie de la bâtisse, celle-de Jean Cuillerier, on observe encore aujourd'hui quatre ou cinq meurtrières, au pignon d'en haut et en arrière. Elle a dû être construite sur le site de l’ancien fort Cuillerier, qui était de bois, et dont “la cuisine menaçant ruine ” devait faire partie.
Tous ces faits sont corroborés par l'entrée faite au numéro 480 du terrier, la propriété de René Cuillerier et de son fils Jean : “ En 1720, le sieur Picoté de Bellestre ; en 1746 le sieur Dominique Gaudet. Puis Lapromenade. Puis le- 1714 (Griffin) John Fraser à acquis de Lapromenade. Ensaisiné le 8 novembre 1843.”
C'est John Fraser, père, qui fit ensaisiner, en 1843, le titre fait devant Griffin, notaire le —— 1814 par M. Lapromenade. En référant à ce titre, on voit qu'il a été passé le 30 mars 1814 par Paul Larchevêque Lapromenade et sa femme Adélaide Desaulniers à Hugh Fraser, cultivateur de la seigneurie d'Arventeuil. Puis Hugh Fraser le céda à son fils John, qui, à son tour, le céda à son fils Daniel. Il passa finalement à son frère, notre concitoyen M. John Fraser. Or, dans l'acte de vente de M. Lapromenade, on constate qu'entr'autres bâtisses se trou-
vaient deux maisons, une grange, des étables, un hangar et wn pressoër à cidre, «rec ses cuves 4 son outillage : “two dwellino houses, barn, stables, store houses and other buildings thereon erected and the cyder press, tubs and implements belongine thereto.” Or, il n'a existé de pressoir à cidre à cet endroit, Jusqu'à ces dernières années, que sur la terre des Cuillerier, dans la maison de pierre même qu'ils bâtirent, On y voit encore des débris de la machinerie qui servait à le faire INouvoir,
La masure de pierre que M. Fraser désigne comme ayant été le manoir de La Salle est done celle des Cuillerier qui y faisaient un commerce important à cette époque. Il est regrettable qu'il en soit ainsi. C'est un point de curiosité de moins à signaler aux visiteurs de l’une de nos plus belles promenades d'été,
£ LE MANOIR DE LA SALLE. 1 d En 1676, au baptême de Jean Beaune, qui se trouve aux (a registres de Lachine, Jean Millot prend le titre de “ Seigneur.” a La pièce suivante, que j'ai lue dans les registres de Lachine, m vol. 1, pages 70 et 71, et qui porte la date du 16 avril, 1687, gi déclare que la fabrique a acheté 26 perches de terrain “dé- £ membrées du fief de Jean Milot,” pour agrandir le jardin de M de M. Rémy, que le Séminaire aura pour “agréable le démembre- À ment du fief que fait le dit Milot” Il n’y à pas eu d'autre # Sa tief à Lachine. ; | On se rappelle que sous le régime féodal un seigneur ne vie pouvait vendre une partie de sa seigneurie sans payer à son tra seigneur supérieur le cinquième du prix de vente, qu’on appelait # Sul 1 àla
lequint. Voilà pourquoi la fabrique priait le Séminaire d’agréer 1 L! 2 la vente de Jean Millot. Le terrier, aux numéros 467 et sui- sois
ants jusqu'à 471, fait mention de ce démembrement qui fut déjè
ensaisiné le 16 avril 1687. II fait encore mention d’une vente M com 4 La
en faveur de M. Cuillerier d’un quart d’arpent “dans Île fort
l s de la Chine,” ensaisiné le 3 mars 1710. ; À Parkman, qui a eu l’occasion de consulter les papiers de la # Jea fanille La Salle à Paris, sans être néanmoins très précis, con- en | | firme notre opinion. Il nous dit d’abord que de sa maison part | seigneuriale, La Salle pouvait contempler à l’ouest toute la lar- Æ bast veur du lac Saint-Louis, bordée des épaisses forêts de Château- M terr | ouay etde Beauharnois, ce qu'il ne pouvait voir que de sa terre M
de l'église ou de celle un peu plus haut, et non de la terre de œ«
John Fraser. Puis il ajoute que La Salle remit une partie de sa Î deste
| seigneurie au Séminaire et vendit le reste à Jean Millot. Or ; 03 | Jean Millot n'a jamais eu de propriété plus bas que l’ancienne ! ou | église. À conti | Enfin la collection de “ Mémoires et Documents,” récemment l'actu publiée en France par Pierre Margry, précise encore mieux si # @:
cest possible, l'établissement de La Salle à Lachine. Dans un M nn
| mémoire de sa famille au Roi, 1677, il est dit: “ Le sieur de la k pas de po:
| Salle, ayant toujours eu beaucoup d’inclination pour faire des M découvertes et establir des colonies qui pussent estre avanta- #
ve aux gneur.” aAchine, 1, 1687, in “ dérdin de membre- , d'autre
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Re geuses à la religion et utiles à la France,passa en Canada en 1666,et commença la même année le village de la Chine, situé dans l’île de Montréal au delà de toutes les habitations Françoises. (1) L'année 1667 et les suivantes, il fit divers voyages avec beaucoup de dépenses, dans lesquels il découvrit le premier beaucoup de pays au sud des grands lacs, entr’autres la grande rivière Ohio.” (2)
L'année 1666 est donc l’année de la fondation de la paroisse de Lachine et La Salle en est le fondateur.
La même collection Margry nous dit comment et quand La Salle disposa de ses domaines.
À la page 104, on lit un acte de vente, à la date du 9 janvier 1669, par lequel “ le sieur René de La Salle” cède et transporte aux seiwneurs “ la seigneurie appelée de Saint- Sulpice, située en la dite isle, au dessus du sault Saint-Louis... à la réserve qu'il se fait de sept arpents de terre de large sur soixante de profondeur (3) pour son domaine, au lieu où il a déjà fait faire quelques défrichements de terre et bastiment commençant sur le bord de la Grande Rivière, fleuve Saint- Laurent.” Prix : 1080 livres.
A la page 105, on trouve un contrat de vente de La Salle à Jean Millot de “ quatre cent vingt arpens de terre sis et situez en la dit isle, au sault Saint-Louis. ... Et huit ou neuf arpens, partie débitez et abattus, et ensemble les commensemens de bastimens et autres, généralement les dépendances de la dite terre présentement vendue.... Le tout en fief noble” Le
(1) Ce village était à l’ancienne église, où il fut pendant plus de cent ans le modeste village de notre paroisse. Vers la fin du dernier siècle, Ia compagnie de la baie d'Hudson jeta le fondement d'un deuxiéme village qui, vers 189%, devint { village du canal. Le commerce qu'y faisait depuis longtemps la compagnie de la baie d'Hudson, le service des bateaux à vapeur entre Lachine et le portage des Cascades, l4 construction du chemin de fer de Lachine, un des plus anciens sur le continent et enfin le transport de l'église paroissiale au lieu où elle est, les manufactures,--toutes ces causes ct d'autres ont produit la ville de Lachine de nos jours.
@) Margry, tome ler, page 329, L'affirmation que La Salle a découvert la ‘‘ grand rivière Ohio "est fortement contestée, Plusieurs historiens prétendent que Jolliet et le P. Marquette en furent les véritables découvreurs. On ne saurait nier que La Sulle le premier en a suivi tout le cours jusqu'à son embouchure, et en fit une pris de possession au nom du Roi de France.
(3) 420 arpents.
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prix de vente fut 2,800 livres, dont 155 comptant. La date du contrat est du 3 février 1669. (1)
Puis suit le reçu de La Salle pour “2645 livres, qu'il (Millot) me devoit pour le reste de la vente de mon habitation.”
A la page 107, on trouve la vente de la terre en censive de La Salle à Jacques Le Ber et Charles Le Moyne, à la date du 6 juillet 1669, décrite comme suit; “ Une pièce de terre sise et située en la dite isle, au dessus du sault Saint-Louis.... Kt ensemble tous et chacun des bastimens construits sur icelle pièce de terre, leurs appartenances et dépendances et friche pendant par les racines.” Prix 660 livres.
Dans une relation officielle des entreprises de La Salle, Margery, t. 1, p. 436, on lit : “ Il acheta une habitation dans l'isle de Montréal, à l'endroit appelé la Chine.”