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pas un autre à La Salle, qui, vingt-trois ans avant, sans fort, ni garnison, est venu le premier planter sa tente sur notre côte, Nous ne pouvons songer à mettre son portrait dans notre église, bien qu'il fût fervent chrétien. Mais nous pouvons avec orgueuil le placer au-dessus du fauteuil de notre hôtel-de-ville, en attendant que le patriotisme lui élève une pierre au lieu où, comme il le dit lui-même, il fit sa maison de Saint-Sulpice et un commencement de village.
Enfin, une dernière pièce que nous venons de découvrir au greffe de Montréal confirme toutes ces preuves, On nous pardonnera si nous la reproduisons presqu'en entier; quand il s'agit de détruire pour ainsi-dire une tradition, on ne peut apporter trop de témoignages. Il s’agit d’un procès-verbal d'arpentage des terres de Jean Millot à Lachine, déposé au greffe d’Antoine Adhémar, notaire, le 23 février 1699. Ce document, dégagé de détails sans intérêt, se Jit comme suit :
“L'an mil six cent quatre-vingt-neuf, le deuxième jour de mars, par mandement de Mons. François Dolier de Casson, prestre supérieur du Séminaire de Montréal...., je soussigné Gédéon Cathalongne, enseigne de la compagnie de monsieur de Subercase, ine suis exprès transporté au lieu de la Chine, en la dite isle, pour remplacer au dit Milot les terres qu'il a acquises tant du sieur de La Salle et de Nicholas Moisan dit le Parisien, que celles que feu monsieur l'abbé Queylus lui avait promises pour les quatre arpents que le dit Miloë avait relasché en faveur de la chapelle e& moulin du dit la Chine, et pour ce faire, J'ai commencé à une certaine borne qui fait la séparation de la terre du dit Milot et de celle du nommé Louis Fortier, aussy habitant du dit la Chine, où.... j'ai trouvé la quantité de sept arpents et neuf perches de front, moins quelques pieds pour le dit Milot, qui joint la terre de Pérusseau. ... et comme il est porté en son contrat d'achat du dit sieur de La Salle, qu'il doit prendre sept arpents de front sur soixante de profondeur, et par le contrat du dit Moisan, il
à doit prendre deux arpents de front sur trente de profondeur,
4 qui font la quantité de neuf arpents de front...
néanmoins,
À par accomodement entre les messieurs les seigneurs et le dit 4 Milot, ils sont convenus que le dit Milot ne prendrait que
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huict arpents de front sur soixante de profondeur, à commencer au fleuve St-Laurent, à la ligne d’esquerre, à cause de la pointe qui fait la figure irrégulière. ... qui est trois arpents et trois perches moins de ce qui lui faut, mais la devanture lui en fournit trois arpents pour cest effet depuis une borne que nous avons plantée qui fait le commencement de l'alignement qui joignent le presbytère et le jardin; ensuite nous avons continué la ligne sus-nommée en tirant au nord est, presqu'au commencement du triangle.”
Ce procès-verbal à été fait “en présence du dit Milot et de Jean Forge dit St-Morice, soldat de la compagnie de monsieur de Lorimier, et Jean et Robert Fournier, qui ont déclaré ne scavoir escrire.” Puis suit le plan des lieux que l’on trouvera dans l’appendice. (1)
Il ne nous reste aucun vestige de l'établissement de La Salle, les bâtisses étant probablement de bois comme presque toutes celles de ce temps. Après 1669, on retrouve La Salle en France, en 1674 et 1675, négociant pour l'acquisition de la seigneurie de Frontenac, à Cataracoui. A partir de cette époque, on le voit surtout à cette dernière place et plus loin dans l’ouest et au sud, à la découverte du Mississipi.
Il périt le 18 mars, 1687, au golfe du Mexique, assassiné par un de ses compagnons de voyage, dans une expédition inalheureuse, organisée en France, dans le but de fonder une colonie sur le Mississipi, qu'il avait descendu et remonté quelques années avant au milieu des plus grands dangers.
Mais retournons à Lachine.
En 1689, presque toutes les terres de la côte de Lachine étaient prises jusqu’en haut du fort Rolland. Du fort Rolland
@) Ce plan comprend le no. 466 du terrier, plus les 100 arpents donnés en fief à Millot et les 420 arpents du fief de La Salle. Il n'indique pas le fort Rémy, parceque le moulin devait servir de redoute. Le chemin public n'est pas non plus indiqué, à cause de l'enceinte de pieux, qui entourait le fort. Il résulte de ce bornage que le fief de La Salle, concédé le 11 janvier 1669, n'avait pas tout à fait cinq arpents de front. Ce plan de M. de Catalogne établit encore que le plan de la côte de Lachine publié dans l'appendice n’a été fait qu'après 1689.
Tout le domaine borné par M, de Catalogne appartenant au même propriétaire dès 1689, on comprend pourquoi les entrées du terrier, aux numéros 466 et 467 sont presque toujours les mêmes.
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jusqu'à Dorval, il n'y avait que sept terres de concédées, Le reste était en bois, et c’est à ce bois que fait allusion un contemporain, à la page 569 du ler volume de Za Collection de Manuscrits. Lachine comprenait les terres à partir du numéro 505 du terrier à la tête des rapides, la propriété de Roy dit Lapensée, jusqu'à la Présentation où Dorval. La Présentation formait un fief de 19 arpents sur 20, sous le numéro 189 du terrier, à commencer de la terre de Jacques Morin, (aujourd'hui celle que j'occupe, no. 868 du cadastre), jusqu’à celle de Clovis de Bellefeuille, exclusivement, c’est-à-dire les numéros 12 à 867 du cadastre. Ces terres de la Présentation où Dorval (1) sont encore en fief et ne paient pas de rente, à l'exception de l’une, appartenant aujourd'hui à la succession Roy et à Dosithée Legault, dont la tenure a été convertie en censive lorsque fut faite la concession de la continuation.
C’est de ce lieu de la Présentation que,de 1673 à 1675, Lachine fut desservi par le Séminaire, par manière de mission, et à certains jours seulement, une chambre de la maison servant de chapelle. De 1676 à 1680, une légende localise la mission à la terre de Claude Gaurigue, aujourd’hui des messieurs Dawes, no. 906 du cadastre, à quelques arpents du fort Rolland. Ces messieurs racontent que, pour faire les fondations de leur plus ancienne voûte à bière, ils ont démoli une vieille mâsure de 12 à 15 pieds à peu près, ayant toute l'apparence d’une chapelle et y trouvèrent tout autour un bon nombre d’ossements humains, ce qui leur fit supposer et ressuscita une vieille tradition, qu'il y avait eu à cet endroit une mission et un cimetière. Cette trouvaille indiquerait qu'après 1675 la mission du fort de la Présentation serait descendue près du fort Rolland, jusqu'à ce que la chapelle du fort Rémy fût construite. Les registres ne sont pas précis à cet égard, mais on y voit que le 5 avril, 1680, cette chapelle était déjà construite et que ce jour-là le Séminaire fit don à la Fabrique de ‘eux arpents sur les quatre qu’il s'était réservés de Jean Millot pour l'église, le presbytère et le moulin à vent, à la condition de ne pas nuire au service du moulin.
(1) Toutes les terres du haut de Lachine, à partir de la montée de Liesse, furent
pendant longtemps appelées ‘‘ terres de la Présentation.” C'est ce que déclare un ancien titre de J.-Bte Meloche que j'ai lu.
La tradition me parait sans fondement. Voici en effet ce que l’on lit dans Faillon, appuyé sur des pièces authentiques, t. 3 p. 356: “Au mois de mai 1675, ce dernier après avoir célébré la sainte messe, revenait dans un canot conduit par George Allète, (1) menuisier, lorsque ce canot tourna; et ce qui est assez étonnant, le conducteur se noya, tandis que M. Bailly se sauva à la nage. Il parait qu'il gagnait alors non Villemarie, mais le domaine de la Présentation, que les prêtres du Séminaire avaient établi au-dessus de la Chine, et où quelques-uns d'eux résidaient ordinairement, du moins jusqu’à l’année 1676, qu’ils construisit une chapelle à la Chine même.”
Faillon ajoute : “ Dans ces premiers temps il n’y avait encore ni église, ni chapelle, et à la Chine, les habitants s’assemblaient pour la Sainte Messe, dans la maison d’un nommé Fournier, (2) Un pieux colon de ce lieu, Jean Chevalier (3), qui désirait vivement y voir construire une chap:!le, donna, en 1671 (4), la quatrième partie des biens qui lui étaient échus à Dieppe par le décès de ses père et mère et de son frère, pour être employée à cette construction et prier pour lui.
“ M.Guyotte, prêtre du Séminaire, envoyé à la Chine en 1675: fit bâtir la chapelle l’hiver suivant, de concert avec René Cuiilerier, premier marguillier du lieu, agissant au nom de la Fabrique. Enfin cette chapelle construite en bois par Pierre Gaudin dit Châtelet (5), se trouvant achevée au commencement de l’année suivante, elle fut bénie par M. Guyotte, le Jeudi Saint 1675, (6) et à la demande des paroissiens, dédiée à Dieu sous le vocable des Saints Anges, ce que l'évèque avait permis verbalement en attendant qu’il donnât des lettres-patentes de cette érection.”
C’est cette chapelle en bois qui servit d'église paroissiale de
1) Alain, Ailet, Alaix, propriétaire du bas de la côte.
(2) Jean Fournier dit Chevalier, propriétaire d'une terre au bas de la côte de 1n Lachine, près du fort Rémy.
(3) Le même que Fournier.
() Le 18 octobre 1671.
(5) Alias Pierre Gaudin dit Chatillon, propriétaire du bas de la côte.
(6) Il doit y avoir ici une erreur de date. C’est 1676 et non 1675.
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