‹ Le vieux Lachine [microforme]Chapitre 23 sur 61 · SAINTE-ANNE DU BOUT DE L'ILE · texte numérisé non relu

SAINTE-ANNE DU BOUT DE L'ILE

En 1689, la paroisse de la pointe-Claire, qui s’étendait de la Présentation au no. 124 du terrier, en haut du chemin Saint- Charles, comptait un petit nombre d'habitants. Le haut de la Grand Anse et le centre de la pointe-Claire étaient presque sans habitation, et les quelques habitants des deux extrémités de la côte étaient desservis par le missionnaire de la Présentation ou par celui de la baie D’Urfé.(2) Comme la redoute de la pointe- Claire,près de l’église actuelle, n’était pas encore construite, les colons n’osaient se fixer à distance des forts de la Présentation ou de Sainte-Anne. A Sainte-Anne on comptait à peine plus d'une dizaine d'établissements situés près de la baie D’Urfé, à la pointe Saint-Louis, et en haut du rapide, que protégeait le fort de Sainte-Anne. Le fief Bellevue, no 5 du terrier, de 14 arpents sur 20, sur lequel le fort était construit, avait été concédé en 1672 à Louis de Berthé, sieur de Chally et Gabriel de Berthé, sieur de la Joubardière, qui en 1683, le vendirent à Pierre de Saint-Germain, Un autre fief voisin, le numéro 10 du terrier, avait été concédé en 1672 à Charles-Joseph d’Ailleboust des Musseaux. Un troisième, no 12, Bois-Briant, fut concédé en 1672 à Sidrac Dugué, sieur de Bois-Briant,

@) Messire Nazaire Piché, euré de Lachine depuis 29 ans, oct. 1860,

(2) Il y avait aussi une mission de sauvages à la baie d'Urfé,

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qui, avant 1681, le céda à Jacques Le Ber. (1) Le livre-terrier constate que le 18 août, 1686, M. Le Ber, agissant par M. Jolliet, demanda la permission d'y bâtir un moulin à vent, qui est celui que l’on y voit de nos jours bien conservé, grâce à la vigilance et aux soins de son propriétaire actuel, M. Abbott. Ce moulin en pierre était bâti en septembre, 1687, puisqu'il perdit son meunier à l'attaque des Troquois, comme nous l'avons vu. Il servit de fort jusqu'à la construction du fort Senneville en 1692.

Ces concessions démontrent que pendant que Lachine (2) était recherché par les gros traiteurs, —les Cuillerier, les Le Noir, les Millot, les Bouchard, les Quesnel,—les beautés ravissantes du bout de l'ile attiraient les nobles du temps. Aux noms que nous venons de mentionner, nous pouvons ajouter ceux de Claude Robutel de Saint-André, concessionnaire d’un autre fief noble, voisin du fief Bellevue, de J. Bte Celoron, sieur de Blainville, cessionnaire d’un fief voisin à celui de Bois-Briant ; d'Antoine De La Frenaye, sieur de Brucy, concessionnaire d’un fief au bout de l'ile Perrot, en face de Sainte- Anne (3),et de Jacques Bizard, major de Montréal, concessionnaire du fief de l’île Bonaventure, aujourd'hui l’île Bizard. (4) Ils s'imaginaient tous faire &'abord fortune dans le commerce avec les Sauvages et renouveler en ce lieu charmant le règne pompeux des seigneurs du Moyen-Age. Leur pauvreté ne tarda pas à leur enlever ces brillantes illusions, et leurs domai-

nes passèrent à des rôturiers plus fortunés, entr’autres, François

(1) M. Faillon, t, 3, page 341, dit que cette cession fut faite le 20 juin 1679 à M. Charles Le Moyne de Longueuil et à Jacques Le Ber,” d'où il passa à M. Le Ber de Saineville, fils de ce dernier, qui donna son nom au fort et même à la maison seigneuriale, construits dans ces lieux, et même au fief, qui cessa d'être appelé Bois- Briant.” Le nom de Le Moyne ne figure pas au terrier comme acquéreur conjoint de Jacques Le Ber. Si le titre fait mention des deux noms, il semble que ce fut sans résultat pratique, ou prise de possession de la part de Le Moyne.

(2) Faillon, t. 3, p. 354 : ‘ Ce lieu était le plus favorable qu'aucun autre aux colons qui désiraient de tratiquer avec les sauvages ; et, au fond, c'était moios l'agriculture que cette sorte de commerce qui les attirait pour la plupart.”

(3) Vendu à Charles Le Moyne le 2 mars 1684, L'Histoire de Longueuil, p. 8. C'est là, croyons-nous, que se trouvait son magasin ‘au haut de l'ile de Montréal,” mentionné dans son inventaire et non pas sur l'ile même de Montréal. Le terrier fait mention de la transmission du fief Bois-Briant à deux fils de M. LeBer, ensaisinée le 10 février 1681.

(t) Pendant longtemps, cette ile fut appelée l'ile Major.

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Le Noir dit Rolland et Pierre Gadois, négociants. Chose remarquable, ils sont aujourd’hui en la possession des millionnaires, qui sont les nobles de notre société.

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