M. DE BELMONT SUR LACHINE
[ ne me reste plus qu'un mot à dire au sujet du jugement sévère porté par M. de Belmont sur la paroisse de Lachine. Cet historien, ordinairement si exact, affirme en toutes lettres que Dieu s’est servi des Troquois pour les fins de sa justice, “ parceque cette paroisse de Lachine avait été le théâtre le “ plus fameux de livrognerie des Sauvages.”
Disons d’abord que M. de Belmont est le seul contemporain qui ait porté une accusation aussi grave. Que Lachine ait été le théâtre le plus fameux de livrognerie des sauvages, c'est possible, Sa position commerciale et géographique s'y prêtait. Les sauvages non-seulernent habitaient l’autre côté du fleuve en plus grand nombre que de nos jours, mais depuis untemps immémorial,même avant que Lachine eût une mission, depuis 1639 au moins, les nombreuses tribus alliées qui habitaient les pays d'en haut, s’y donnaient tous les ans le rendezvous pour la traite de leurs pelleteries. Souvent, on Îles y vardait pendant des mois pour se protéger contre les surprises fréquentes des Troquois. Il fallait les fêter, et il n'est pas surprenant que, dans ces circonstances, Lachine ait été témoin de bien des désordres. Comme le fer des sauvages a évalement frappé lx population de toute l’île et même au dehors, à la Chenaye par exemple, il semble plus raisonnable de supposer que le châtiment de Lachine était celui de toute la colonie, pour la punir de l’infâme trahison du marquis de Denonville.