LES GUERRES DES IROQUOIS
Ces sauvages, plus hardis et plus barbares que les autres, demeuraïent à l’est du lac Ontario; un parti assez fort était alors cantonné à l’ouest de l'établissement français de Cataracoui, aujourd'hui Kingston, et formait la confédération dite des Cinq-Nations. A l’époque où Jacques Cartier remonta l’île de Montréal, en 1545, ils en étaient les possesseurs. Lorsque M. de Maisonneuve fonda Villemarie, en 1642, il y trouva les Hurons et les Algonquins qui en avaient chassé leurs ennemis les Iroquois. Naturellement, il rechercha l’amitié de ceux-là, et du même coup mérita la haîne implacable de ceux-ci. Dès les premiers jours de la colonie, les Français eurent à se défendre de leurs attaques soudaines. Le premier combat eut lieu en 1643, à l'endroit où sont aujourd’hui le bureau de Poste, la banque de Montréal et la Place d’Armes, M. de Maisonneuve y tua d’un coup de pistolet le chef Iroquois.
De 1645 à 1653 et de 1657 à 1669, les Troquois ne cessèrent de harceler les colons de la ville et de la campagne.
En 1652, Lambert Closse, heutenant de M. de Maisonneuve, à la tête de quelques hommes, extermina une colonne d’Iroquois, au lieu où est la rue MeGill, et en repoussa une autre tribu à la pointe Saint-Charles, où l’on avait construit une redoute. Dix ans plus tard, Lambert Closse et douze autres français furent tués dans un combat avec les Froquois. Le jésuite Le Mercier raconte qu'en 1653, Montréal fut deux fois sauvé d'une destruction certaine par l’intercession de la Sainte Vierge, sous la protection de laquelle toute la colonie de l’île de Montréal avait été placée par ses fondateurs.
(1) ‘ L'isle de Montréal, poste le plus exposé aux incursions des Iroquois, nos en-
nemis, à cause de la proximité de leur demeure,” 1663. Ædits et ordonnances, tome 3, p. 84.
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RENÉ CUILLERIER.
En 1660, Guillaume de Vignal, prêtre, Claude de Brigeac, Jacques Dufresne et René Cuillerier furent pris par un parti considérable d'Iroquois et amenés à leur village, Oneida, où ils furent mis à mort. René Cuillerier seul fut excepté : il dût la vie à une vieille sauvagesse qui l’adopta.(1) Il parvint à s'échapper et retourna à Montréal, où il se maria en 1665, et devint la souche française d’une famille nombreuse, qui a longtemps eu des rejetons dans Lachine. Vers 1672, Cuillerier devint habitant de cette paroisse, dont il fut le premier marguillier et l’un des marchands les plus marquants.
En parcourant le greffe de Michel Le Pailleur, j'ai trouvé le testament de René Cuillerier, “natif de Verron, diocèse d'Anger,” fait devant M. Michel Vilermaulu, curé de “ Lachine.” Cette pièce est si curieuse, les sentiments qu’elle exprime si édifiants, que je ne puis résister au désir de vous la lire. Elle peint Cuillerier.
‘“ En quatrième lieu, il recommande à ses enfants la paix et l’un'on entr'eux, les conjurant par tout ce qu'il y a de plus sacré de s’entr'aimer, souffrir et de ne donner aucune peine les uns aux autres au sujet du partage du peu de bien qu'il leur laisse. Comme il a eu toujours les procès en horreur, un des plus grands biens qu'il leur laisse en partage est cette même aversion des procès qui sont les pertes des familles et une source de mil péchés dont je prie la miséricorde de Dieu les vouloir garantir: il espère donc de leur bon naturel et de la soumission qu'ils luy ont toujours fait paroître qu'ils conserveront entr'eux cette union parfaite qu'il a taché de leur inspirer de son vivant, qu'ils videront leurs différents d’une manière pacifique, sans procès et sans contestation, par le choix de quelques gens de bien, au jugement desquels ils se tiendront. Ilse persuade qu'ils feront réflexion que comme il n'y a rien de plus capable de décrier une famille et d'en faire mal penser que la discorde et d'y voir les frères et les sœurs dans la division, de même il n’y à rien de plus édifiant
1) L'histoire de Longueuil, page 2L.
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que de les voir vivre dans les mêmes sentiments et conserver entre eux une tranquillité qui les fait estimer de Dieu et des hommes. Pour contribuer de sa part à cette tranquillité autant qu'il le pourra, il à cru avant que de mourir devoir faire la déclaration suivante, laquelle estant sincère et véritable comme faite par un père qui va paraître devant son juge et par un père qui aime également tous ses enfants. ..... Mais il à plus attendu de leur piété qu'ils traiteront leur mère avec toute la tendresse, respect et cordialité dont il seront capables, que bien loin de luy faire de la peine, ils la soulageront, l’aideront, honoreront et luy obéiront en toutes choses, avec une entière confiance comme des enfants bien nées et élevées dans les sentiments du christianisme le doivent faire, menaçant ceux qui y voudront manquer de la colère de Dieu et de malédiction qui tombent sur ceux qui ne s'acquittent pas de leur devoir envers leurs pères et mères. Il prie Dieu de tout son cœur de leur donner les dispositions d’obéissance à son égard et de s’en tenir à son jugement sur les petits différens qu'ils pourront avoir entre eux.” (1)
Revenons aux guerres des [roquois.
Ce fut aussi en 1660, au Long Sault, que Dollard et ses seize compagnons sauvèrent la colonie d’un désastre terrible.