SCÈNE PREMIÈRE
GERVAIS, JAQUÈLINE.
( Gervais est tout pejisif au milieu du Théâtre, appuyé sur sa
bêche*)
3 AQViELiiSE , arrivant.
Eh hen ! mon père , à quoi donc que vous pensez ? les âenrs tous demandent de Feau , et la salade itout.
SERVAIS
Tiens , laisse-moi, Jaqueline, j' suis tout bouleversé.
air: Un homme pour faire un tableau.
Bon jardinier et franc buveur , J'avions toujours l'cœur à Touvrage ; Mais aujourd'hui j'ous de l'humeur, Et quand j' suis triste , adieu Fcourage.
J' n'ons rien ba c' matin, entre nou»^ Et j'penx bien, quoique je les aime , Oublier d'arroser mes choux , Quand je n' m'arrose pas moi-même.
àù ètiàgrin , qu* j'en étouffe.
JAQUELINE
Bah î à cause du nouvel héritier , qu'est à de'jeùner avec ses amis?
GERVAIS
Juste! depuis vingt ans j'étais jardinier et concierge de e'te maison, la plus agréable de tout Nanterre. L'honnête propriétaire , M. Duballot, étant toujours absent à cause de son commerce aux Indes. . . à la Chine.., Je m'étais accoulumé à me regarder ici comme chez moi.
JAQUELINB.
Ah! çà c'est vrai.
AIR : Je loge au quatrième étage.
U maître absent , selon nos coutumes y
D' son jardin, dont je prenions soin ,
l'avions les fruits et les légumes.
Le bois, la luzerne et le foin. (bis )
Vous disposiez de tout , mon père.
Et 1* plus joli , c'est que j 'avions
L'agrément d'étr' propriétaire. . .
Sans payer les contributions.
Mais puisque M. DuBallot est moi*t dans son dernier voyage , le v'ià ben plus absent que jamais.
GERVAIS
Il est mort! il est mort ! c'est Fhériquier qui dit çà.
JAQUELINE
Dame ! . . . depuis six ans on n'a pas su par où il avait passé.
GERVAIS
Oui. . • ils ont fait un tas de formalité, des déclarations d'absence, des envois en prossession.
JAQUELINE
Tout de même. . . le neveu a fait un beau rêve.
GERVAIS
J' crois bien. . . Un p'tit commis - marchand de Montargis, M. Michel Foulard. J' peux pas 1' souffrir, moi!
JAQUELINE
A cause donc, mon père?
GERVAIS
Je n-* sais pas. . . d'abord j'aime pas les maîtres qui ont un air de vous commander. . . qui comptent leurs poires , leurs asperges, et qui sont toujours à crier qu' vous mettezdu fumier dans vot' poche ; d'ailleurs, c'est un faiseur d^em- Jjarras. Tu verras qu'il voudra tout changer ici. . . mettre des pois oîi il y avait de Foseille , des carottes à la place des lentilles, et un autre jardinier à la mienne.
JAQUELINE
Vous crevez?
GERV-âlS.
AIR : On culbute par compagnie.
Pardin', ne va-t-il pas avoir
Autour de lui , ces criatures !
C'est de mêrn', comme on peut le voir ,
Aux ministèr's , aux perfectures.
L' supérieur qu'on vient de chasser
N' sort jamais seul, craint' qu'y n' s'ennuie i
Et c'ti-ià qui vient F remplacer
Arriv' toujours en compagnie.
C'est pour çà qu'il n' faut jamais être de la société d' ceux qui partent.
JAQUELINE
Ah! ben. . . v^là qu' vous m^ fait's peur. . . si vous perdiez vot' place , qu'est-ce que d'viendrait donc mon mariage avec Jean-Louis , le garçon traiteur?
GERVAIS
Dam', si j' suis mis à la réforme, faudra ben qu' tu' soies à la d'mi-solde , tu resteras fille.
JAQUELINE
Rester fille! par exemple; je n'entends pas de c't' oreilFlà . . .
GERVAIS
Tais- toi donc ! Qui est-ce qui vient par ici?
JAQUELINE
C'est not' maître , lui - m.ême, qui sort de la salle à manger, avec son cousin, M. Edmond, F jeune médecin, qui
est ben gentil, celuî-là, quoiqu'il n'hérite pas. . . et puis , mam'zelle Henriette , la êlle de c' vieux papa qui s'extasie d'vant chaque salade.
GERVAIS
Yite, ayons l'air d'être à l'ouvrage. .» çà donne bonne idée à de nouveaux propriétaires. Cueille des fleurs pour le salon, moi, j' m'en vas ratisser par ici.
( Ils se retirent de côté , et reparaissent de temps en temps.)