‹ Le vieux mari; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 120 sur 367 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LES MÊMES, DUCOUDRAY, JAQUELINE, de côté, un paquet de fleurs à la main.

DUCOUDRAY

AIR : Trou la la , trou la la.

C'est divin , {his.) J'ai parcouru ie jardin 5 Les oignons , les cardons , Poussent comme des champignons.

Quels radis ! je m'y connais. . .

GERVAIS , à part^ Johment ! c'est des navets.

DUCOUDRAY

Et quels superbes melons !

GERVAis , à part.

Oui. . . ce sont des potirons.

ENSEMBLE

C'est divin , {bis.) Quand on voit dans un jardin , Les oignons , les cardons , Pousser comme des champignons.

Le Défunt, 2.

GERVAis, à part, Vlà mes agriculteurs de la rue St.-Glaude.

DUCOUDRAY

Ma foi, c'est dommage de détruire un si beau potager, mais notre fabrique y sera à merveille.

EDMOND

Votre fabrique ?

HENRIETTE

Qu'est-ce que vous dites donc , mon père?

G^ERVAIS 5 bas à Jaqueline, V^là les boul'varis qui commencent I

DUCOUDRAY

C'est un plan que nous méditons depuis trois jours j Mîcbel fournit cette maison , moi les premiers fonds , il recevra, je paierai, çà ira très-vite.

HENRIETTE

Quoi , mon père , vous qui avez besoin de repos?

DUCOUDRAY

Bah ! il y a trente ans que je me repose, • . çà m'ennuie ; je veux tripler mes capitaux. Que diable! il faut être utile à la société.

MICHEL

C^est clair, vous verrez notre manufacture d'étoffes des Indes.

EDMOND y rianU Des Indes î à Nanterre ?

MICHEL

Oui , M. le docteur , grâce au ciel , nous faisons de tout maintenant chez nous.

ji\Vi de la Galopade des Meuniers.

Quels succès !

Heureux effets De l'iaduslrie!

A |)eu de frais , Mille secrets , Au sol français l>ornient la vie.

I^es produits De tous pays Far nous sont pris;

Voisins rivaux , Orientaux , Ne nous font plus payer d'impôts.

Ces aciers parfaits , Couteaux anglais , Damas si fins , Nankin Superfîn, .—.^ ^ Nous viennent de ^o^lili^jy Mieux qu'à pékin, Se fait à Saint-Quentin, .

Des Colons Nous nous moquons , Car sans entraves ,

Nous trouvons Sucre, bonbons.

Dans un simple champ de betfraves

A Tonnerre , On fait Madère , Et même ici, Le vin d'Aï Se fait aussi , Avec le raisin de Joigny.

Plus d'un muscadin , Chaque matin, Met un col fin , Fait en papier vciin.

Jusqu'aux pendules , dit-on , Qui vont. . .

Et qui sont En carton.

Voulez-vous Voir des Indous, Ou des Sauvages ?

Nous avons Les Bas-Bretons , Dont on fabrique des osages. . .

De Bordeaux , Pour les badauds , On fait venir les Esquimaux;

Et l'Algonquin A reçu le jour à Pantin.

Pourquoi maintenant A prix d'argent , Du Musulman

Acheter le turban ?. . , Qu'avons- nous besoin D'aller si loin?

On en fait à Saint-Oaen.

Tout se fait , Se contrefait; Robes, tissus , . Appas ; vertus . , • On est si fort , Qu'avant ma mort , Pour moi , j'espère ...

Voir encor De la vulgaire Pomme-de-terre , Un noble essor , Sans nul effort , Faire des truffes du Périgord.

Quels succès î Heuréux effets De l'industrie !

A peu de frais , Mille secrets , Au sol français , Donnent la vie.

Les produits De tous pays Par nous sont pris; Voisins rivaux, Orientaux , Ne nous font plus payer d'impôts.

DVCOVDUAY , enchante.

Voilà. . » Ah! çà 5 nous plaçons la pompe à feu?. . .

MICHEL

De ce côté, . . J'abats ce grand bâtiment.

GEE.VAIS , (jfui s'est approché.

Comment, comment, Monsieur, vous abattez mon orangerie.

Son orangerie ! Il est superbe , le bonliomme!

1)1) COUDRA Y

Ecoutez donc, ce pauvre jardinier , çà l'intéresse. . . Ah! bien, si on mcLtait la pompe à feu dans la petite marre?

OERVAIS.

Allons , j'arroserai avec la pompe à feu , à pre'sent.

MICHEL

Çà n'est pas possible , à cause de nos lavoirs que nous y plaçons. J'arrache ensuite les espaliers.

GERVAIS , désolé.

Oh! mesbeurre'sî

MICHEL

Je supprime les plates-bandes.

GERV AI s , se tappant le front.

Mes pauvres artichauts !

MICHEL

Et j^elève des magasins orne's de sculptures ... de corniches . . .

GEB.VAIS.

C'est çà. . . et faut que j'arrache mes cornichons.

MICHEL , le regardant.

Eh bien , il est magnifique ! . . . Ne dirait-on pas que je dispose de son bien ?

GERVAIS 5 hors de lui.

Oui , Monsieur , c'est affreux ! Sans respect pour la mémoire de votre oncle. . . sans égard pour moij car enfin, ce jardin , je l'ai soigné comme mon enfant; il n'y a pas une salade que je ne porte dans mon cœur , et en arracher une seule planche , c'est m'arracher les entrailles I

MICHEL

Ah! çà, je m'admire , moi, d'écouter ce vieux radoteur, avec sa figure champêtre et.;i potagère I... Plus de respect, mon cher, ou je vous mets à la porte , fin courant.

JAQUELINE , bas à son père.

Là!... j'en étais sûre ! Vous n' pouvez pas tenir vot' langue . . . Vous êtes pire que défunt ma mère.

GERVAIS , bas.

C'est vrai, j' suis bête, {haut.) Dame! c' que j'en dis, Monsieur, c'est 1' cœur qui parle , voyez-vous.

MICHEL

Silence! ton cœur est un imbécile, et toi aussi. ( àDiicoudray , pendant qu'Edmond parle bas à Henriette.) Ah! çh, papa Ducoudray , vous allez prendre vos mesures pour nos constructions. ( bas. ) Moi, je vais chez le notaire, il

faut que le contrat de mariage se signe en même temps que l'acte d'association.

DVCOVURAY , bas

C'est juste.

MICHEL, bas, Avez-vous parlé à votre fille ?

DITCOUDRAY , bas.

Non, mais je vous re'ponds d'elle, (haut,) Viens , Henriette.

MICHEL

Moi, je garde le cousin j j'ai à causer avec lui. {à Gervais et à Jaqueline, ) Vous autres, allez recommander au traiteur, en face, de soigner le dîner... J'attends quelques amis, et rien ne mange. . . comme l'amitié.

TOUS

^IR : Livrons-nous à la danse.

L'aspect de la campagne Me plait et m'attendrit ; Combien le cœur y gagne, Quand on sent doubler son appétit I ( Ducoudray et Henriette sortent d'un côté^ Gerpaîs et Jaqueline de l'autre. )

SGEm IV.

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