SCÈNE X^lï ET DERNIERE
LES MÊMES, GERVAIS 5 deux arrosoirs à la main,
MICHEL , courant à lui.
Yenez^ venez, homme incompréhensible.
GERVAIS , résistant.
Prenez donc garde . . .
MICHEL
Non, je ne souffrirai pas que ces mains respectables. . . Quittez ces instrumens. . . grossiers, {il se renverse F eau sur les jambes») De Peau de puits.. . c'est glacé, ça ne fait rien ! Je vous attendais pour recevoir de vous. . .
GERVAIS
Une lettre timbrée du Havre , peut-être ... la v'ià qui Vient d'arriver. . .
MICHEL , à part.
C'est pour filer la reconnaissance, (/zt/ï/^.) Lisez çh,M. Diicoudray . . . moi , je n'en ai pas besoin. . . le sang a parlé, la nature s'est trahie, et je tombe îtux pieds de mon oncle !
( Il fc jette aux pieds de Gervais.)
TOUS
Son oncle !
GïKVAis , éclatant de rire»
Moi!
DUCOUDRAY
Il est foo.
MICHEL, à genoux.
Cessez de vous déguiser , vertueux Mandarin !
JAQUELiWE , s* approchant.
Qu'est - ce que c'est? Mandarin vous - même, entendezvous.
MICHEL
Et vous , belle Odalisque , intéressante ... Ti , Ti , Ca-lico ... Je le tiens enfin ! . . . recevez mes sermens , et l'offre d'une main. . -
( Gervais et Jaqueline lui rient au nez.)
MICHEL , toujours à genoux , et les regardant alternative^
ment.
Eh bien ! il paraît qu'on est gai , à la Chine.
DU COUD AT, qui a lu la lettre.
Mais , mon pauvre Michel , qu'est-ce que vous dites ? Votre oncle est bien mort. . . en voici la preuve.
MICHEL
Du tout , il est vivant.
DUCOUDRAT.
Il est mort.
MICHEL, montrant Gervais.
Il est vivant. . . le voilà. . . sous cette enveloppe grossière.
DUCOUDRAY
Sous cette enveloppe ! sous cette enveloppe . . . Voilà sou acte de décès et son testament.
MICHEL , se relevant.
Son testament!
DUCOUDRAY
Eh! oui, le vaisseau qui devait l'apporter, a fait naufrage... et ce n^est qu'après mille traverses... Tenez, regardez. Il partage tous ses biens entre son neveu Michel, et Edmond , son cousin.
EDMOND
Que dites-vous ?
HENRIETTE
Ah ! quel bonheur !
EDMOND
Il se pourrait !
MiCHEii, regardant le papier.
C'est ma foî vrai. Oncle partial \,, . voilà une baisse de cinquante pour cent dans mes actions , maudit Chinois! . , . Mais comment se fait - il?. . . J'ai donc été dupe d'un com-plot?
HENRIETTE , riant.
Pen ai peur.
JAQtJELiNE , de même.
Et moi , j^en suis sûre.
micuEZ , les regardant.
Comment! cette lettre du défunt?. Cet oncle mystérieux , déguisé. . .
JAQtJELiNE , montrant Henriette.
C'est de notre estoc.
MICHEL, se frappant le front.
Oh ! quelle école ! ( montrant Germais.) Ét moi qui n'avais que cet imbécile-là sous la main , je l'ai pris. . .
GERVAis 5 riant.
Imbécile ! . . . Ah ! M' sieur mon neveu , vous perdez le respect.
( // veut lui prendre la main.)
MICHEL, le repoussant.
Eh bien! malotru, tu ne m'es plus rien. . . observe les distances.
JAQITELINE.
J'espère au moins que vous n'oublierez pas la belle Titi-ca-ra-co.
MICHEL
Toi, friponne , je ne m'en dédis pas. Chinois ou non , tu as des yeux qui feront voir du pays aux garçons de Nanterre. ( à Edmond , en lui prenant la main.) Sans rancune, cousin, c'est une spéculation manquée, çà me servira de leçon, et çà prouve qu'il ne faut pas plus compter sur la parole des femmes , que sur le cours de la rente.
rAVBEFlLLE.
Air Noiipeaude M. Béancour.
GERVATS.
Jl a raison , cette épreuve Doit rendre chacun prudent ; Une femme se croit veuve, D'un époux long- temps absent, Et prend le deuil en pleurant.
Vient une lettre , et la belle Pleure encore bien plus fort...
( VimUant.) Grand dieu ! quelle nouvelle!
Le défunt n'est pas mort.
DUCOUDRAY
Cerlain banquier qu'on renomme,
Pour la probité , le cœur ,
Manque un jour. . . et le pauvre homme
Dit : Messieurs , ah I quel malheur !
Je n'ai plus rien que l'honneur.
On croit ses pertes réelles ,
Et défunt son cofFre-fort...
11 arrive à Bruxelles...
Le défunt n'est pas mort.
, HENRIETTE
En fuyant une coquelte , Qu'il ne saurait attendrir , Plus d'un pauvre amant répète :
Puisqu'on ne peut vous fléchir , De ce pas je vais mourir. . • Elle plaint sa fin précoce. . .
Le lendemain. . . elle sort. . . Et rencontre une noce...
( En souriant.) Le défunt n'est pas mort.
MICHEL
Du fauteuil académique , En dépit de son laurier , Plus d'un auteur romantique. . .
Part, . . et se laisse oublier , Il meurt, hélas! tout entier.
Le vrai talent qu'on rëvère , Du temps peut braver l'ellorti Voyez plutôt Voltaire !...
Le défunt n'est pas mort.
JAQUELIME, au Pubtic.
Un auteur, suivant l'usage ,
Perd la tête au premier pas ;
Il s'écrie au moindre orage :
Alil je n'en reviendrai pas !
Amis , pleurez mon trépas.
Il promet bien j le pauvre homme ,.
De ne plus tenter le sort.
( A mi'poix. )
Demandez qu'on le nomme , Le défunt n'est pas mort.
FIN