‹ Le vieux mari; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 133 sur 367 · SCÈNE X^lï ET DERNIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE X^lï ET DERNIERE

LES MÊMES, GERVAIS 5 deux arrosoirs à la main,

MICHEL , courant à lui.

Yenez^ venez, homme incompréhensible.

GERVAIS , résistant.

Prenez donc garde . . .

MICHEL

Non, je ne souffrirai pas que ces mains respectables. . . Quittez ces instrumens. . . grossiers, {il se renverse F eau sur les jambes») De Peau de puits.. . c'est glacé, ça ne fait rien ! Je vous attendais pour recevoir de vous. . .

GERVAIS

Une lettre timbrée du Havre , peut-être ... la v'ià qui Vient d'arriver. . .

MICHEL , à part.

C'est pour filer la reconnaissance, (/zt/ï/^.) Lisez çh,M. Diicoudray . . . moi , je n'en ai pas besoin. . . le sang a parlé, la nature s'est trahie, et je tombe îtux pieds de mon oncle !

( Il fc jette aux pieds de Gervais.)

TOUS

Son oncle !

GïKVAis , éclatant de rire»

Moi!

DUCOUDRAY

Il est foo.

MICHEL, à genoux.

Cessez de vous déguiser , vertueux Mandarin !

JAQUELiWE , s* approchant.

Qu'est - ce que c'est? Mandarin vous - même, entendezvous.

MICHEL

Et vous , belle Odalisque , intéressante ... Ti , Ti , Ca-lico ... Je le tiens enfin ! . . . recevez mes sermens , et l'offre d'une main. . -

( Gervais et Jaqueline lui rient au nez.)

MICHEL , toujours à genoux , et les regardant alternative^

ment.

Eh bien ! il paraît qu'on est gai , à la Chine.

DU COUD AT, qui a lu la lettre.

Mais , mon pauvre Michel , qu'est-ce que vous dites ? Votre oncle est bien mort. . . en voici la preuve.

MICHEL

Du tout , il est vivant.

DUCOUDRAT.

Il est mort.

MICHEL, montrant Gervais.

Il est vivant. . . le voilà. . . sous cette enveloppe grossière.

DUCOUDRAY

Sous cette enveloppe ! sous cette enveloppe . . . Voilà sou acte de décès et son testament.

MICHEL , se relevant.

Son testament!

DUCOUDRAY

Eh! oui, le vaisseau qui devait l'apporter, a fait naufrage... et ce n^est qu'après mille traverses... Tenez, regardez. Il partage tous ses biens entre son neveu Michel, et Edmond , son cousin.

EDMOND

Que dites-vous ?

HENRIETTE

Ah ! quel bonheur !

EDMOND

Il se pourrait !

MiCHEii, regardant le papier.

C'est ma foî vrai. Oncle partial \,, . voilà une baisse de cinquante pour cent dans mes actions , maudit Chinois! . , . Mais comment se fait - il?. . . J'ai donc été dupe d'un com-plot?

HENRIETTE , riant.

Pen ai peur.

JAQtJELiNE , de même.

Et moi , j^en suis sûre.

micuEZ , les regardant.

Comment! cette lettre du défunt?. Cet oncle mystérieux , déguisé. . .

JAQtJELiNE , montrant Henriette.

C'est de notre estoc.

MICHEL, se frappant le front.

Oh ! quelle école ! ( montrant Germais.) Ét moi qui n'avais que cet imbécile-là sous la main , je l'ai pris. . .

GERVAis 5 riant.

Imbécile ! . . . Ah ! M' sieur mon neveu , vous perdez le respect.

( // veut lui prendre la main.)

MICHEL, le repoussant.

Eh bien! malotru, tu ne m'es plus rien. . . observe les distances.

JAQITELINE.

J'espère au moins que vous n'oublierez pas la belle Titi-ca-ra-co.

MICHEL

Toi, friponne , je ne m'en dédis pas. Chinois ou non , tu as des yeux qui feront voir du pays aux garçons de Nanterre. ( à Edmond , en lui prenant la main.) Sans rancune, cousin, c'est une spéculation manquée, çà me servira de leçon, et çà prouve qu'il ne faut pas plus compter sur la parole des femmes , que sur le cours de la rente.

rAVBEFlLLE.

Air Noiipeaude M. Béancour.

GERVATS.

Jl a raison , cette épreuve Doit rendre chacun prudent ; Une femme se croit veuve, D'un époux long- temps absent, Et prend le deuil en pleurant.

Vient une lettre , et la belle Pleure encore bien plus fort...

( VimUant.) Grand dieu ! quelle nouvelle!

Le défunt n'est pas mort.

DUCOUDRAY

Cerlain banquier qu'on renomme,

Pour la probité , le cœur ,

Manque un jour. . . et le pauvre homme

Dit : Messieurs , ah I quel malheur !

Je n'ai plus rien que l'honneur.

On croit ses pertes réelles ,

Et défunt son cofFre-fort...

11 arrive à Bruxelles...

Le défunt n'est pas mort.

, HENRIETTE

En fuyant une coquelte , Qu'il ne saurait attendrir , Plus d'un pauvre amant répète :

Puisqu'on ne peut vous fléchir , De ce pas je vais mourir. . • Elle plaint sa fin précoce. . .

Le lendemain. . . elle sort. . . Et rencontre une noce...

( En souriant.) Le défunt n'est pas mort.

MICHEL

Du fauteuil académique , En dépit de son laurier , Plus d'un auteur romantique. . .

Part, . . et se laisse oublier , Il meurt, hélas! tout entier.

Le vrai talent qu'on rëvère , Du temps peut braver l'ellorti Voyez plutôt Voltaire !...

Le défunt n'est pas mort.

JAQUELIME, au Pubtic.

Un auteur, suivant l'usage ,

Perd la tête au premier pas ;

Il s'écrie au moindre orage :

Alil je n'en reviendrai pas !

Amis , pleurez mon trépas.

Il promet bien j le pauvre homme ,.

De ne plus tenter le sort.

( A mi'poix. )

Demandez qu'on le nomme , Le défunt n'est pas mort.

FIN

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