SCÈNE XVIII
BETTEMBETT, NIGODING.
BETTEMBETT.
Allons , de la joie! Je suis content de moi î Mais qu^estce donc , mon cher élève ? Pourquoi ce nuage sur votre front, serait-ce déjà les approches de l'hymenee'?
NIGODING.
Je vous avouerai, mon professeur, que j'd une inquiétude qui me galoppe.
BETTEMBETT.
Voyons , voyons , vous savez que je ne vous ai jamais laissé dans Fembarras.
NIGODING.
Excepté , quand vous m'y avez mis, mais c'est égal. , . . Voici la chose : Vous dites que cet enragé d'OursicofFa encore une moustache?. .
BETTEMBETT.
La gauche.
Qui lui permet de prendre les figures qu'il lui plaît... s'il allait en prendre une qui plût à ma femme ?
BETTEMBETT.
Qu'est-ce que ça te fait? tu es son mari, ça ne te regarde pas.
NIGODING.
Vous êtes bon enfant!... et si cet imbécile là venait avec une figure séduisante , de la grâce , de la fraîcheur j comment voulez -vous que je lutte avec lui? regardez-moi, mais regardez-moi donc. Voyez l'état oîi m'ont réduit la fatigue , le désespoir et la diète.
BETTEMBETT , le regardant.
C'est vrai , je ne m'en étais pas aperçu. Comme il est changé, ce pauvre garçon! Au fait, il ne peut pas se marier avec ce visage là. Attends, attends, je vais te remettre à neuf, moi. ( Il fouille dans sa poche. ) J'ai justement là un élixir de rose , qui va te rendre le teint frais et vermeil; tu ne seras pas reconnaissable.
NIGODING.
Ah bieni ça ne fera pas mal, car je n'ose pas me regarder.
BETTEMBETT, lui donnant une fiole.
Il ne s'agit que de se laver la figure avec cette eau là. Tu vas voir,, tu m'endiras des bonnes nouvelles. (// verse la fiole dans un vase qui est près du kiosque. Nigoding se dépêche de se laver et se trouve changé en nègre. Betlemhelt, sans le regarder, lui tendantun petit miroir de poche. ) La, regardetoi à présent.
TSIGOBlTï^G ^ se regardant.
Miséricorde !
( Un trait de musique. ) BETTEMBETT , levant le nez.
Qu'est-ce que c'est que ça?
NIGODING , désolé.
C'est comme ça que vous voulez m'éclaircir le teint ?
BETTEMBETT.
Ah ! mon dieu ; quelle infamie ! S'il est possible d'abîmer un homme de cette manière là?
NIGODING.
Est-il possible ! moi qui étais blanc comme un cygne , Le Cousin de Faust, 5
me voilà noir comme un corbeau ! Et les mains , les mainâ aussi !
BETTEMBETT.
Bame, tu te plaignais d'être pâle. Ton visage a repris de la couleur... Que veux-tu? je me suis trompe, ça peut arriver à tout le monde. ( // regarde V étiquette» ) Je t'ai donné de Félixir de Congo.
NIGODING.
Il est Lien temps de regarder Te'tiquette, à présent. . . . j'aime encore mieux mon autre figure , rendez - la moi vite.
BETTEMBETT.
Rendez-là moi , rendez-là moi î . . . il croit que la magie blanche , se fait comme ça.
NIGODING.
Ahî vous appelez ça, de la magie blanche !
Reste à savoir maintenant si nous pourrons te rendre ton ancien visage.
NiGODiNG , criant, Qn'est-ce que vous dites donc là ?
BETTEMBETT.
P C'est une supposition. Allons , ne te monte pas la tête... que diable, il ne faut pas voir tout en noir!... voyons un peu les propriéte's de cet e'lixir. ( // lit V étiquette , qui est sur le flacon* ) « Elixir de Congo , passage Vëro -Dodat, au seul et unique dépôt etc , etc. » (// lit. ) « Cette Essence est si bon teint, qu'elle dure ordinairement, sans rien perdre de son éclat , une trentaine d^années. »
Ii)IGOriNG.
Une trentaine d'années ! . . .
BETTEMBETT.
« Mais quand le sujet est jeune. . » "Voilà ton affaire. -
NIGODING.
Ah ! voyons...
BETTEMBETT , Usant»
« Mais quand le sujet est jeune , ça dure soixante ans. »
NIGODING.
Voilà pour m'achever de peindre ! je mourrai moricaudî
BETTEMBETT , Usant, « Tour éviter les contrefaçons, chaque flacon, portera le cachet de l'inventeur. »
Pardine , n'a-t-il pas peur qu'on lui vole son secret.
BETTEMBETT.
Attends, attends, voilà une note explicative : ( lisanL ) « On peut néanmoins retrouver sur-le-champ sa l'orme « primitive , si la femme que Von aime consent à vous acs) corder sous cette figure quelques heures de tête-à-tête. » {A Nigoding.) Nous sommes sauvés, Babiole, ne te refusera pas cette preuve de tendresse I
NIGODING.
Laissez donc , quand elle va me voir , elle sera furieuse elle me traitera comme un nègre et elle aura raison.
BETTEMBETT.
Du tout , elle est presque ta femme et elle doit se dévouer', elle ne peut larder à venir, je vais la préparer, vas t'habiller , mon ami , fais-toi le plus beau que tu pourras, vu ta position , et reviens me trouver ici.
{Musique. Nigoding sort, )