SCENE XX
BETTEMBETT , BABIOLE , femmes.
( Babiole est habillée en blanc , toilette élégante du soir. Les femmes quiVaccompagnentplacent des lampes à ta porte du pavillon et se retirent sur un signe de bettembett. V orchestre joue Vair de Wéber , la soirée avance. )
BABIOLE , langoureusement.
"Voici donc ce moment tant souhaité , qui va me réunir
pour jamais à mon cher Nigoding ! plus de craintes , plus d-'obstacles !
BETTEMBETT, à part.
Dieux! comme elle est blanche, ça ne m'avait jamais frappé comme aujourd'hui! . . . va-t-il jurer à côté d'elle !
BABIOLE
Oîi est-il donc? je croyais le trouver près de yous.
BETTEMBETT , embarrassé.
Il est allé faire un peu de toilette , chère amie.
BABIOLE, tendrement.
Ah î il n'en a pas besoin.
BETTEMBETT , tOUSSant.
Si 5 si , ça ne peut jamais faire de tort.
BABIOLE
Non , Fart ne saurait rien ajouter à ses avantages personnels , avec sa jeunesse, cette chevelure blonde, ce teint si frais ...
BETTEMBETT.
Oui , oui , tout cela est affaire de goût ; mais c^est drôle , si j'étais femme , il me semble moi que j'aimerais mieux les bruns , les bruns fqnçés.
BABIOLE
Ah! fi donc!
BETTEMBETT, secouant la tête.
Hem! hem! ma chèi'e, un beau brun bien prononcé, ça fait bien pour un homme... et si par un événement quelconque 5 notre cher Nigoding avait perdu une partie de ses agrémens , pour en retrouver d'un autre genre ...
BABIOLE
Que voulez-vous dire? vous avez un air mystérieux. . .
BETTEMBETT.
C'est que je ne sais comment vous apprendre le petit accident ...
BABIOLE
Ah ! mon dieu , vous m'effrayez î
BETTEMBETT.
Ce n'est rien, absolument rien, une bagatelle; mais faut-il encore que vous soyez prévenue , quoique ça vous sautera aux yeux.
BABIOLE
Achevez.
BETTEMBETT.
Voyez-vons , ma chère amie , il n'est pas que vous n'ayez entendu parler d'un ours blanc que des chagrins domestiques avaient tout-à-fait rendu noir . . .
BABIOLE
Eh bien?
BETTEMBETT.
C'est Fhistoire de notre pauvre ami.
BABIOLE
Comment ! il serait. • .
BETTEMBETT.
De la tête aux pieds , mais du plus beau noir d^ivoire. Ah, dame! vous verrez, pas un défaut, pas la plus petite tache blanche.
BABIOLE , pleurant.
Que m'apprenez-vous là ! O ciel î mon pauvre mari , c'est fait pour moi !
BETTEMBETT.
Permettez , permettez , il ne dépend que de vous de le rendre blanc comme neige.
BABIOLE
Que faut-il faire?
BETTEMBETT. %
Achever la cérémonie. N'ayez pas l'air de vous apercevoir de rien, et demain matin vous le verrez plus beau que jadis.
BABIOLE
En êtes vous bien sûr ?
BETTEMBETT.
"Vous savez que je ne me trompe jamais.
BABIOLE
Ahî je n^hésite plus! hâtons-nous d'aller le consoler, venez.
( Musique agitée» )