SCÈNE XXII
LES MÊMES , NIGODING, OURSIGOFF.
{L'orchestre joue l'air, Moi de même. Nigoding et Oursicof)^. tous deux en nègre, poudrés à blanc, grands costumes de mariés entièrement semhlables ^ ils entrent en se disputant,)
C'est une horreur ! . . .
OURSIGOFF.
Une infamie ' —
NIGODING.
Me voler ma figure!
OURSIGOFF.
Vous devriez rougir !
BABIOLE, les regardant alternativement.
O ciel! quelle ressemblance ! Plus jeles examine^. . impossible de s'y reconnaître.
GODIGHMANN, has.
Qu'est-ce que je vous disais? Il faut pourtant en choisir un. . . Vous me direz qu'en les prenant tous deux, il y a moins de risques . . .
BETTEMBETT, à part, et le regardant*
C'est pour le coup que le grand Faust , lui-même , se donnerait à tous les diables , voyons pourtant s'il n'y aurait pas quelques moyens de distinguer... {bas à Babiole,) Ma chère amie, je me suis laissé dire qu'un amant véritable, près de sa maitresse, se trahissait bien vite... Si vous preniez une voix douce. . . Accuillez-les avec tendresse , risquez même de petites faveurs ; nous verrons bien celui à qui cela fera le plus de plaisir.
BABIOLE , vivement,
Ahî vous avez raison.
GODICHMANN.'
Au fait, c'est une idée. . .
BABIOLE, d'une voix tendre^ et se tournant vers ewti Cher Nigoding !
NiGODiNG , otTRsicoFF , courant à elle.
Voilà.
BETTEMBETT , à VOÎX baSSe»
Laissez-leur prendre à chacun une main . . ; Vous J)araissent-ils la baiser avec le même intérêt?
BABIOLE
Hélas! oui.
BETTEMBETT.
Dans les yeux de l'un ne remarquez -vous pas plus de trouble , plus d'amour?
BABIOLE
Hélas ! non.
BETTEMBETT.
Hélas oui ! hélas non î . . . Que diable voulez-vous que je vous dise ? ( s'essuyant le front, ) J'en ai la sueur froide î
• ( Babiole s"* éloigne avec lui,)
GODICHMANN , s'' approchant des deux amans»
Voyons donc si je pourrai, à quelque signe particulier . . .
( Use met au milieu , et il les regarde sous le nez.) NIGODING, lui donnant un soivfflet.
Faquin !
OURSICOFF , lui en donnant un sur Vautre joue. Drôle!
GODICHMANN , se tenant les deux joues.
Absolument la même chose.
BETTEMBETT , à part, Se frappant le front. Ah! quel trait de lumière ! {haut, ) Ma foi, ma chère Babiole, puisque c'est comme ça, h votre place, moi, je choisirais à croix ou pile.
TOUS
Comment ?
BETTEMBETT , lui faisant des signes.
D'autantplus que, comme je vous le disais tout-à-l'heure, et comme mon art vient de me le révéler , l'infortuné qui aura le bonheur d'être h vous aujourd'hui, n'existera ^plus demain.
NIGODING , levant le nez.
Plaît-il?
BETTEMBETT.
A cinq heures du matin , cet heureux mortel sera un homme mort.. . ainsi, pas de préférence.. . choisissez ^ les yeux fermés... {montrant Oursicoff,) Je crois que celui-ci...
OURSICOFF , très - effrayé^ et fuyant à Vautre hout du
théâtre.
Non pas. . . laissez-moi donc. . . ne me touchez pas , je n'en suis plus.
NIGODING, avec joie,
O bonheur! elle est à moi... je Faime assez pour me risquer !
BETTEMBETT , vivement , et courant à Nigoding, Babiole, voilà ton époux.
( Les valets entrent , Tourtemhec à leur tête,)
Tous.
Son époux !
BETTEMBETT,
Son courage l'a trahi; j'étais sûr que le naturel parlerait... Tombe dans ses bras, jeune héros!
BABIOLE , courant à lui.
Cher Nigoding!
TOUS
Ciel !
OURSICOFF , furieux.
Un instant. . . elle est ma femme 5 je me risque aussi!.... Le Cousin de Faust» 6
( Tam-'tam, Musique infernale, ) Dieax ! le délai fatal expire^ la lune se lève, et je descends.
( Il s'abîme dans la terre > Nigoding reprend sa forme pre-^ mière , et soutient Babiole, )
beTtembett , regardant Oursicoff disparaître.
Bien des complimens au cher oncle, je vous en prie , e* à toute la chère famille.