NOÉMI, ESTELLE, ALBERT, GROGNARD
GROGNARD, sur le seuU de la porte, à droite ; il porte la
main à son boîinet.
Présent! me v'ià zù mon poste.
ALBERT
Il me semble, camarade, que vous auriez pu attendre...
GROGNARD
Pardon, excuse, ma petite dame; gn'ia pas d'offense. J'obéis à la consigne.
ALBERT
Permettez-moi de vous dire que v'ous n'êtes pas ici à l'armée, ni à la caserne, et que l'on n'entre pas ainsi chez des dames.
GROGNARD, à part.
Qu'est-ce que c'est donc que ce farceur-là? J'ai bien envie... {lise contient.) {Haut.) Etmoi je vous prie de croire qu'un vieux troupier ne se laisse pas enfoncer, gn'y a pas de doute. Mon colonel m'a donné z'un ordre, et je ne connais qu' ça.
ALBERT, bas à Estelle.
Cet homme a la tête dérangée.
GROGNARD
Du tout, camarade, du tout. C'est vous qui allez avoir celui de vous déranger, parce que pourquoi mon colonel m'a dit des choses que je ne dois pas répéter devant z'un tiers, ni z'un quart. Par ainsi , demi-tour à droite; gn'y a pas d'offense.
ALBERT
Savez-vous bien que ce ton-là...
GROGNARD
Assez causé.
Cédez , monsieur Albert. N'allez pas vous exposer. . . . Seulement , demeurez dans la chambre voisine.
NOÉMI
Nous vous appellerons, s'il est nécessaire.
ALBERT
La prudence...
GROGNARD
Qu'est-ce que vous chuchotez donc là, mes petites dames?... est-ce que vous auriez peur?... Voyez mes blessures, mes rides et ce ruban; tout cela vous répond que vous n'avez rien à craindre.
(Sur un signe de Noémi, Albert cède.)
ALBERT
J'y consens.
(Il s'éloigne. Estelle le conduit jusqu'à la porte, et revient près deGrognard. )
GROGNARD, à part.
C'est çà... et d'un... il est bon enfant tout d' même... {Haut.) Pardon, excuse, la petite demoiselle.
ESTELLE
Comment? est-ce que je ne puis pas rester avec ma sœur?
GfiOGNARD.
Pas pour le quart d'heure, ma petite poule; ma consigne est là,
Mais, Monsieur, il me semble...
NOÉMI
Laisse-nous, Estelle. {Bas.) Mais ne t'éloigne pas trop.
^ ESTELLE
Sois tranquille, je veillerai à la porte.
(Elle va rejoindre Albert.)