GROGNARD, NOÉMI
GROGNARD, d part.
Attention, Grognard, ne va pas faire de bêtises.
NOÉMI
Nous voilà seuls, Monsieur. D'abord dites-moi de quelle part vous venez.
GROGNARD
J'ai déjà eu celui de vous le dire : c'est de la part de mon colontîl. Grognard, qu'il m'a dit, quand tu revoiras la France, si tant est que jamais tu y retournes, tu iras de ma part trouver inam'zclle Noémi Dupont, chez M. son ptre , àPrades, départemcntdcs Pyrénées-Orientales; tu lui diras que tu m'as vu , et que je me porte bien. Si par hasard j'étais mort, d'ici qu'à ce temps-là, c'est égal, tu lui diras tout de même que je me porte bien; vu que je suis bien aise qu'elle me croie toujours en bonne santé.
NOÉMI
Vous vaus trompez, sans doute; je ne connais pas de colonel.
GR0GNA.RD
Comment! vous ne connaissez pas le baron Gustave, colonel du 128" de ligne ?
NOÉMI
Gustave ! Baron ! Colonel ! Celui qui était capitaine il y a deux ans , quand il partit de Mont-Louis ?
GROGNARD
Lui-même, J'en ai eu dix-sept, des capitaines, depuis ce temps-là. . . sans compter les inférieurs et les supérieurs. Le canon, la misère. . . . que voulez-vous? c'est nol' métier, chacun son tour. Dieu pour tous. (// essuie une larme.) Ne faites pas attention.
NOÉMI
y a-t-il long-temps que vous avez quitté le colonel ?
GROGNARD
Environ sept mois.
NOÉMI
Sept mois!. . . Hélas! vous étiez donc bien loin ?
GROGNARD
En Sibérie, tout près du Caucase; quinze cents lieues^ d'ici.
NOÉMI
Malheureux! et vous avez fait cet immense trajet. . . .
GROGNARD
:mA pied , en charrette, sur la paille, n'importe ! On a du courage quand on revient dans ses foyers; et le courage, ça double les forces.
Et le colonel ?
GROGNARD
Pauvre diable î il était bien mal quand il m*a dit adieu.
KOÉMI.
Bien mal ! Ah ! dites - moi tout. Peut-être. . . il n'est plus ?
GROGNARD
Je n'en répondrais pas. Cependant, not' chirurgien avait bonne espérance. Ce n'est pas l'embarras , il a mis plus de deux heures à écrire la lettre que je vous apporte.
NOÉMI
Vous m'apportez une lettre! Oh! donnez, donnez-la moi bien vite.
GROGNARD
Certainement. [Aidé de Noémi, il ôte son sac et L'ouvre, ) Pardon, excuse, nia pelîte dame; j'avais peur de vous occasionner une révolution ) le colonel m'avait bien recommandé la prudence. Si jamais vous le voyez, vous pourrez bien lui dire que je me suis joliment acquitté de sa commission. Qu'est-ce que j'en ai donc fait , de cette lettre?. . . Est-ce que je l'aurais laissée à Varsovie, dans mon vieil uniforme?
NOÉMI
Oh mon Dieu !
GROGNARD
Histoire de rire. Bon pour un conscrit ! mais un vieux caporal décoré sur le champ de bataille est plus malin que ça. La voilà cette lettre, je l'avais serrée z'avec celles de ma particulière.
Je n'ose vous offrir. . .
GROGNARD
Rien, que votre amitié, ma petite dame.. . Sauf votre respect, je vais rejoindre la colonne.
NOÉMI , l'aidant d remettre son sac.
Passez par le jardin, vous la rejoindrez plus tôt. ^ ^
GROGNAD
Ce n'est pas de refus, avec ça que j^, compte, fairfe une
halte au couvent des hospitalières. Mon bras est plus douloureux que de coutume. ( à part ) Elle est gentille tout de même l'inclination du colonel, je donnerais volontiers quinze jours de paje pour danser à leur noce.
Il sort par la porte-croisée , à gauche. ) HOÉMI.
Prenez l'allée à droite, vous traverserez la vigne , au bout du verger vous trouverez une petite porte qui donne sur la route.
GROGNARD , de loifl.
Grand merci.