SCÈNE XIX
GROCxNARD, UNE SOEUR HOSPITALIÈRE.
GROGNARD
( Il est assis sur un banc ; son sac est près de lui. Une sœur hospitalière y à genoux devant lui , panse son bras gauche. )
Que voulez-Tons, ma petite mère, c'est notre état d'être
dépareillé. Mais Pdiabie, ce n'est pas comme un régiment, quand il manque quelque chose , il n'y a plus moyen de se remettre au grand complet. Mais c'est égal :
Air de Roger Bon-Tems (d'Araédée Beauplan ).
Chanter sous la mitraille , N'jamais r'culer d'un pas , Laisser à la bataille Ua' jambe , un œil , un bras ; De la mort, qu'il méprise , Chaqu' jour braver les traits , N's'en porter qu' mieux après. . . , Et gai i c'est la devise Du vieux soldat français !
S'battre , dans l'espérance
D'ia croix ou d'un boulet ,
Oublier une offense ,
Mais jamais un bienfait ;
Combattre avec franchise,
Serrer son enn'mi d'près ;
Lui tendr' la main après. . . .
Et gai ! c'est la devise
Du vrai soldat français 1
( Une sœur lui apporte un bouillon. ) Merci, ma petite sœur. . . Qu'est-ce que c'est que ça ? du pot au feu ?. . . J'aimerais mieux deux ou trois petits verres, si ça tous est égal; quand même ils seraient grands,' ça n'en vaudrait que mieux. Je sais bien que c*n*est pas Tordonnance, mais ça n'me donnera pas de forces et il m'en faut pour arriver à Mont-Louis. Je compte marcher toute la nuit , il fait un temps superbe. Vous ne voulez pas, ma pelilc mère ? c'est juste. Il ne faut pas manquer
à la consigne lié hirn! qu'y a pas d'offense, j^en
trouverai dans ma gourde, et allez donc! ( Il prend sa. gourde ). On ne peut j)as vous en offrir?. . . . {Les sœurs refusent. Il boit ). lion soir... bonne nuit, mes chères
sœurs. . . en vous remerciant. ( Elles rentrent et ferment la porte ). Je suis bête ! j'ai oublié de leur demander encore un petit service. Comment diable remettre mon sac ? ( Il a le bras en écharpe, ) Ma foi, tant |)is, je vas sonner. VOIX, en dehors.
Hé! Saint- Albin, ne va donc pas si vite !
GROGNARD , se levant.
Quelqu'un vient de ce côté. Oui, j'entends des voix d'hommes ; ils suivent le même sentier que moi. Faut que je les prie de m'aider. Dites donc, hé! camarades!