‹ Le vieux mari; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 174 sur 367 · DOUCET, ESTELLE, ALBERT, NOÉMÏ , DUPONT · texte numérisé non relu

DOUCET, ESTELLE, ALBERT, NOÉMÏ , DUPONT

M. DUPONT, à Albert.

Si vous voulez, Albert, nous entrerons dans ma bibliothèque; nous y serons plus tranquilles. ( 1 1 veut ouvrir la porte ). Noémi , la clef de ta chambre pour passer dans la bibliothèque.

NOÉMI , bas.

'Je TOUS demande pardon , mon père. . . mais dans ce moment, ma chambre... Si vous étiez seul à la bonne heure.

M. DUPONT

J'entends .« un peu de désordre, n'est-ce pas ? Cette petite coquetterie est bien permise. Venez , Albert , c'était de la paresse de ma part, nous monterons dans mon cabinet. ( A Estelle ). Estelle, fais ouvrir.

Oui, papa. {Elle sort. ISoémi entre furtivement dans sa chambre.

( Le jour baisse. )

ALBERT

Au surplus, je n^aurai rien que de satisfaisant à vous annoncer; grâce aux sages réglemens que vous avez établis et à la vénération profonde que vos administrés ont pour vous, l'ordre le plus parfait a régné pendant votre absence,

DOUCET

C'est vrai. Pas le plus petit crime.

ALBERT

Pas le moindre délit.

M. DUPONT

Il n'en est pas ainsi dans la partie de l'Espagne que je viens de parcourir; les crimes s'y multiplient d'une manière effrayante , surtout les infanticides.

( Il regarde si ses filles sont hors du salon. ) DOUCET.

C'est une horreur !

M. DUPONT

A Urgel , où je suis passé hier, on n'en comptait pas moins de quatre dont on n'avait pu découvrir les auteurs. Oh ! que ces mères dénaturées se gardent bien de chercher un asile dans nos paisibles hameaux î Si je les découvrais, je jure d'en faire un exemple terrible. Je le sens, à la seule idée de ce crime épouvantable dont nos pères ignoraient même le nom, pour la première fois, la pitié se tairait dans mon cœur.

Hélas ! la crainte de l'opinion , ce frein si puissant sur les âmes nobles, peut conduire une femme bien élevée plus loin qu'elle ne devrait. On veut cacher les suites d'unefaiblesse, on veut sauver l'honneur d'une famille. . v^fiidrio

M. DUPONT

' Rien ne peut excuser un tel forfait.

ESTELLE , rentre portant des bougies.

Quand tu voudras , Papa.

M. DUPONT

( // seretourne ). Merci, mon enfant. Venez, Messieurs, ( Ils sortent tous par la porte du fond( , à droite. )

scÈm'. xviii.

NOÉMI , seule. Elle sort de sa chambre. OucI supplice , grand Dieu ! j'ai cru que je n aurai pa*

la force de le supporter. Que devenir ? que faire ? quel parti prendre ? Un miracle seul peut me sauver des dangers qui m'environnent. Comment éviter demain la signature de ce contrat? sous quel prétexte? que dire? Ah! la fuite seule. . . Et ce cher enfant ! je ne puis le garder ici. Qui sait à quels excès se porterait mon père à la seule idée de son déshonneur ! ( Elle tombe à genoux). Mon Dieu ! .. éclaire-moi. . . dirige ma faiblesse. . . inspire à une mère bien malheureuse les moyens de conserver cette innocente créature. . . ( Elle prie un moment en silence ). Oui, c'est à toi seule, ma bonne et respectable tante, que je puis léguer ce dépôt précieux. Dans tes bras il sera caché à tous les regards et surtout à ceux de mon père; il sera en sûreté. Plus d'une fois déjà cette maison hospitalière a recueilli de malheureux orphelins. . . Hélas ! j'étais loin de penser qu'un jour je n'aurais pas d'autre ressource. Je suis assurée du moins de le retrouver là. . . si je reviens. Si je succombe, ma tante lui tiendra lieu de la mère qu'il aura perdue. L'approche de la nuit me favorise. . . Je n'ai qu'un instant pour accomplir ce dessein. . Courage, pauvre mère! courage sauve ton fils. ( Elle entre dans sa chambre en chancelant ).

(Le théâtre change et représente un site saavage^ au pied des Pyrénées , une vallée profonde, entourée de montagnes dominées par le Canigou. A gauche , au deuxième plan , la porte d'une vieille abbaye. Le milieu de la vallée est rempli par un lac dans lequel le Tet prend sa source. Il fait clair de lune. )

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