NOÉMI, MICHEL
MICHEL
Dieu me pardonne! c'est mam'zeUë Noémi.
NOÉMl.
Oui, Michel.
MICHEL
Qui peut donc vous amener cheux nous si matin? diès avant le jour? "
NOÉMI
J'ai besoin de toi, Michel.
( Bernadille sort de la cabane et écoute au fond.) MICHEL.
Tout de suite, Mam'zelle. De quoi qu'y s'agit?
NOBMI.
De me conduire à Port-Vendre, dans ta charette couverte.
MICHEL
Aujourd'hui, Mam'zelle?
NOÉMI
A l'instant .
MICHEL
J'oserais t'y, sans trop de curiosité, vous demander pour à queu fin ce voyage si pressé?
NOÉMI
Bon Michel, ta discrétion m'est connue. Je ne dois rien te cacher. Je sais qu'un vaisseau met à la voile cette nuit pour Riga, et je vais m'embarquer.
MICHEL
Vous, Mam'zelle ?
NOÉMI
Il le faut. L'infortuné auquel j'ai juré d'unir mon sort, le père de mon enfant m'appelle... ; il m'attend. Je dois recevoir son dernier soupir, ou revenir avec lui.
MICHEL
Vous parlez! et qu'est-ce qui aura soin des pauvres gens quand vous n'y serez plus?
Je reviendrai, Michel. Je l'espère du moins.
Et vot' fieu?
NOÉMI
Sois tranquille. Il est à l'abri de tout danger.
MICHEL
Tant mieux. Pauvre petiot! Mais pourquoi donc qu' vous n'avez pas prié Monsieur vot' père d'vous conduire à Port- Vendre ? Vousauriez été plus commodément et plus vite avec ses chevaux qu'avec ma vieille Cocotte, et pis y m' semble qu'ça serait mieux... Pardon.
NOÉMl .
Merci, bon Michel. J'ai fait toutes ces réflexions; mais , dans la position désespérante où je me trouve, ce ne sont pas des conseils, c'est un service que j'attends de toi. Nous n'avons pas une minute à perdre. Je tremble que l'on ne m'ait suivie, que mon père ne se soit aperçu de ma fuite.
MICHEL
Comment, Mam'zelle ! c'est à l'insçu d' vot' père ?. ..
( Ici, Bernadille, qui a tout entendu, s'élance vers la gauche et disparaît. )
/ NOÉMI
Hélas ! je suis forcée de lui cacher mon projet. S'il le savait, il me retiendrait; et ma vie, celle d'un autre en dépend. Hé bien ! Michel, tu hésites ?
MICHEL
Non, Mam'zelle, je n'hésitons point. Je n' partirai pas.
NOÉMI
Je n' vous laisserai pas partir.
NOÉMI
Michel L..
MICHEL
Demandez-moi tout c' que vous voudrez; dites-moi : Michel, taut qu' tu t'exposes pour moi ; faut que tu mettes ta main dans le feu pour me rendre service, j'I'e f'rons avec joie. J' sais tout c^ que j' vous d'vons, et j' n'en Prons jamais assez pour m'acquitter envers vous. . . ; mais vous aider à désoler vot' père, m' rendre complice d'une action qui 1' fera mourir de chagrin et qui vous ôtera l'estime des honnêtes gens? non Mam'zelle, non, c'est impossible, je n' le f'rons pas. Plus tard , vous m'en voudriez..., vous n' me le pardonneriez pas, si j'avions îa lâcheté d' vous obéir.
NOÉMI
Mon ami, j'ai tort sans doute, et tu ne m'adresseras jamais autant de reproches que je m'en fais à moi-même. . Mais le coup affreux qui me menace.. .
MICHEL
Un malheur vous menace ! et vous allez chercher ailleurs des consolations, quand vot* père, votre meilleur ami, est là pour vous en donner? pour vous protéger. . . vous défendre?... Ce n'est pas bien ça. Pardon , Mam'zelle, j'sais ben qu'un pauv' paysan n'devrail pas s'permettre d'vous parler d'ia sorte; mais c'est parce que j'vons aimons que je n'pouvons pas me décider à vous laisser faire une méchante action. Si j'avions une fillp , j'raimerîpn^i sans doute ni plus ni moins que vot' père , vous aime. Eh ben, si àll' ju'quittait, si ail' m'abandonnait sur mes vieux jours, sans m'dire c'que j'aurions fait pour mériter son ingratitude, j'crois que j'ia maudirais... Oui, j'ia maudirais ben sûr , et pis j'mourrais le plus malheureux des hommes.
NOÉMI
Tu me déchires le cœur. Je rénd.i j'ostice^'i téé horis sen-
timens, mais rien ne peut me détourner de celle résolution, elle est inébranlable. J'entends d'ici les cris du malheureux Gustave.
MICHEL
Qui est-ce qui vous dit qu' vot' présence le sauvera? êtes-vous sûre tant seulement d'arriver jusqu'à lui ?
NOÉMI
Au moins j'aurai fait mon devoir. Mon père me pardonnera quand il saura combien sa fille a souffert ; mais rien ne peut m'arrêter. Je n'ai plus qu'un mot, Michel, veux-tu me conduire ?
MICHEL , avec fermeté.
Non, Mam'zelle. Y m'en coûte d'vous refuser, mais je l'devons.
NOÉMI
Hé bien , je partirai seule.
MICHEL
Seule!.. C'est impossible ça. . . Vous n'connaissez pas l'chemin, jamais vous ne pourrez arriver aujourd'hui à Port-Tendre, et pis d'ailleurs... non, Mamselle , je n'ie soulfrirons pas.
Je pars, te diS-je.
MICHEL
Non , Mam'zelle , ça n'sera pas.
NOÉMI
Laisse-moi.
MICHEL
Par pitié. . .
NOÉMI
Je n'écoute plus rien.
MICHEL
Hé ben , résistez donc à vot' père , si vous en avez le courage. Y'ià not' femme qui l'amène.
NOÉMI
Grand Dieu !
SCEÎ^E IIÏ.
NOÉMI, DUPOlNT, MICHEL, BERNADILLE.
DUPONT
Noémi !
NOÉMI
Mon père ! ( Elle se cache la figure ). .
MICHEL , bas à Bernadille, Tas ben fait , not' femme.
Pas vrai qu'j'ons eu là une bonne idée ?
MICHEL, bas à Dupont, N'vous fâchez pas, M. Dupont. Mam'zelle n*mérite pas vot' colère ; ail' n'voulait plus partir , ail' était décidée à retourner auprès de vous. ( Bas â Noémi), Dites comme moi , Mam'zelle , ça l'y fera ben plaisir.
DUPONT
Est-il vrai , ma fille ?
NOÉMI , baisse la tête pour répondre.
DUPONT
Elle se tait. ( J Michel ). Je l'entends, mon ami, et je te remercie. . . Laissez-nous.
MICHEL, d Dupont.
Ail' vous aime ben. . . Oh ! ça ail' vous aime d'tout sou cœur!
liERNADILLE, à NoénÙ.
N'm'en voulez pas , Mam'zelle, j'n'ons pas pu faire au-
Irement. Vrai ; c'était plus fort que moi. ( A Dupont). M. Dupont. . .N'iy faites pas trop d' reproches.
C Sur un geste de Dupont , elle rentre avec son mari dans sa chaumière. )