GUSTAVE, ALBERT, LE JUGE, BRIGITTE, DUPONT
Maître Albert assure, Madame, que vous avez une révélation très-importante à faire à la justice.
BRIGITTE
II est vrai, Monsieur.
Je suis prêt à vous entendre, et je serai bien heureux si ce que vous allez me dire peut rendre la paix à une famille qui, jusqu'à ce fatal événement, avait joui de l'estime générale*
DUPONT
Croyez, Monsieur, qu'elle n'a jamais cessé de la mériter.
Je le désire. Votre nom ?
BRIGITTE
Brigitte Dupont.
Brigitte Dupont, vous jurez devant Dieu de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ?
BRIGITTE, tremblante.
Je le jure.
Quellesqu'cn soicnlles conséquences vousle devezà votre pays, à la justice, à vous même et à Dieu, dont vous venez d'invoquer le nom. Prenez le temps qui vous sera nécessaire pour répondre, mais n'oubliez pas que si le mensonge
vient souiller vos lèvres, vous en répondrez devant les hommes et devant la divinité.
BRIGITTE
Pardonnez à mon émotion. ( Elle se laisse aller sur un siège. )
Elle est bien naturelle.
BRIGITTE
Votre sévérité m'impose et me trouble.
Remettez-vous.
BRIGITTE, après une courte pause.
Maintenant je suis prête à répondre.
Vous n'agissez d'après les promesses ni les menaces de qui que ce soit?
Non, Monsieur.
Vous n'êtes influencée par aucun sentiment d'affection ni de haîne ?
BRIGITTE
Aucun.
Cependant vous êtez parente de l'accusée?
BRIGITTE
Je suis sa tanle ; mais cette considération est nulle aux yeux de ma conscience.
Noémî Dupont vous aVait-elle confié son état?
BRIGITTE
Jamais.
Vous ignoriez donc la naissance de son enfant?
BRIGITTE
Absolument. *
Connaissiez-vous son projet de voyage?
Pas précisément. La veille de l'événement fatal, c'était le 8 juillet, jour de Sainte-Élisabeth, patronne de l'abbaye, ma nièce avait reçu une lettre dont les détails affligeans l'avaient mise au désespoir, elle me l'a communiquée. Pressée de questions et cédant à mes tendres instances, la pauvre enfant allait sans doute ra'avouer son secret, quand l'arrivée de son père l'en empêcha.
Ainsi vous ne saviez pas qu'elle dût quitter la France?
BRIGITTE
Pardon. Je n'ai pas su l'époque fixée pour son départ , mais il est bien vrai que, dans cette même conversation, elle m'a dit et à plusieurs reprises qu'elle ne pouvait se dispenser d'aller rejoindre le colonel Gustave.
Elle assure que ce fut ce même jour, vers neuf heures du soir, qu'elle alla déposer le berceau de son fils à la porte de l'Abbaye.
BRIGITTE
Je le crois.
Et qu'un écrit de sa main recommandait celle innocente créature à vos soins particuliers.
BRIGITTE, après un silence, Noémi est incapable de mentir.
Avcz-vous ce billet ?
BRIGITTE
Non. . . Monsieur.
Cependant vous l'avez reçu?
BRIGITTE
Monsieur.
DUPONT
He bien ! ma sœur. . .
Vous hésitez? Songez que vous êtes devant Dieu, et que vous lui avez juré de dire la vérité.
QVSTkYE, basa Brigitte.
Sa vie et la nôtre en dépendent. . .
ALBERT, de même.
Courage.
BUPONT.
He bien! ma sœur, qui vous empêche de répéter ce que vous avez dit à Albert ?
Avez-vous reçu ce billet. Répondez ?
TOUS
Répondez!...
BRIGITTE , balbutiant à voix basse.
Non. {Elle tombe à genoux.) Pardonne-moi, Noémi, il m'est impossible de mentir à Dieu.
DUPONT, accablé.
Ah ! ma sœur!. . .
Je le dis à regret : votre nièce reste toq^jours sous le poids de l'accusation. Vous n'avez rien à ajouter ?
BRIGITTE
Hélas! non. (Le juge s'éloigne. ^)