‹ Le vieux mari; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 212 sur 367 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les mêmes , MICHEL , en costume de cocher de cabriolet et son fouet à la main.

MICHEL

On a bien de la peine à vous trouver.

BAPTISTE

Que demandez- vous, jeune homme ?

MICHEL

Pardi, ma course et un bon pour-boire. {Regardant la tahle. ) De ce côté-là, je vois que nous nous entendrons... Yous êtes pour les pour-boires ! C'est vot' bourgeois que je viens de ramener dans mon cabriolet , et qui m'a dit de me faire payer par son valet-de7chambre. Qu'est-ce qu'est le valet-de-chambre?

BAPTISTE , se lei'ant vwement.

M. le baron est rentré!... Enlevez tout ceci. {A Michel.) Nous disons, mon garçon. . . une course à vingt-cinq sous. . • et. . . (// le regarde en lui mettant l'argent dans la main. ) Ah î ahl c'est singulier, voilà une figure!... Ton nom....

MICHEL

Cent neuf Ah ! que je suis bête ! L'habitude J'ai

cru que c'était mon numéro. {Le regardant aussi.) Eh! mais... attendez donc... je ne me trompe pas... vous êtes de la Ferté-Milon?

Mon pauvre Michel!

MICHEL, lui tendant les bras.

Baptiste Millocheau!... Par exemple, je ne vous aurais

Eas reconnu Moi , qui ne vous avais jamais vu qu'en louse et en sabots I

BAPTISTE

Que veux-tu? mon mérite a percé...

MICHEL

Oui... dans ce temps-là , il n*y avait que les coudes î...

BAPTISTE, à Ursule.

C'est un de mes pays...

UIISULE.

Il a une physionomie heureuse!...

MICHEL, soupirant.

Il n'y a donc que la physionomie car du reste, j'ai

un guignon...

BAPTISTE

Est-ce que la course ne donne pas ?

MICHEL

Bail! enfoncés!... Les équipages à cinq sous nous écrasent, et le soir on n'en est pas moins obligé d'allonger les douze francs au bourgeois , qu'on les ait fait ou non... {Soupirant.) Faut donner bien des coups de fouet pour les attraper... J'en ai souvent mal au bras...

URSULE , attendrie.

Pauvre garçon î

FRANÇOIS , essuyant une larme.

Pauvre cheval î

MICHEL

Ca ne serait rien encore... si je n'étais pas amoureux.

URSULE

Amoureux !

BAPTISTE

Comment , dans ton état, tu te permets...

MICHEL

Dame! je n'ai (juVa à faire... et à crier : Gare!... Malheun;us(;ni(;iil nia \wX\Kx) Tlieièse a nn oncle est contier{;<! chez le ninnjuis «l'Aniiieville , ici en fat e.

iinsdi.r,.

Thérèse;... la blaiu hisseusc de lin de madame?

MICHEL

Juste! un joli talent, n'est-ce pas? Eli bien, son oncle... fait le fier avec moi ; il dit qu'il ne veut pas d'un homme qui est toujours sur le pavé I...

BA.PTISTE , jouant acec son jabot.

Il a raison ; tu as pris une fausse route. Le cabriolet de place ne te mènera à rien.

Dame I que faire ?

BAPTISTE

Changer de métier Ecoute, je te veux du bien

MICHEL

Vous êtes bien bon, Millocheau.

BAPTISTE

Ah! mon ami... ici, Baptiste.

MICHEL

Vous êtes bien bon , Baptiste.

BAPTISTE

Nous avons une place vacante ; je puis te faire endosser la livrée.

MICHEL

A moi ?. . .

BAPTISTE

Je n'ai qu'un mot à dire.

MICHEL

Est -il possible! Ah! ça, la condition est donc

bonne?...

BAPTISTE

Excellente , mon ami. . . Le baron de Saint-Marcel ! cent mille livres de rentes!.. Tu seras logé, chauffé , habillé, nourri.... comme les maîtres {baissant la ofoix); absolument le même vin.

C'est donc vous qui avez les clefs de la cave?

BAPTISTE

Les gages sont peu de chose : cinq cents francs Mais

les profits

MICHEL

Il y a encore des profits ?

BAPTISTE

Bah! les pièces cent sous nous pleuvent comme la

grêle.... Du reste, rien à faire — Annoncer les visites , servir à table, ou suivre la voiture... Y a-t-il sur terre, d'existence plus douce que celle de ranticliambre ? Point de soucis, point de tourmens; nous goûtons toutes les jouissances de la fortune , sans avoir la peine de la gagner, ou la crainte de la perdre. . . Yoilà pourquoi tant de valets engraissent, et de grands seigneurs maigrissent, {^^ec enthousiasme. ) Heureuse oisiveté!... vie paisible et délicieuse , si l'on vous connaissait ... les maîtres eux-mêmes voudraient être domestiques!.... Avec cela, il y en a qui ont tant de dispositions.

MICHEL , enchanté.

Dieux ! quel tableau ! C'est fini , je m'enrôle avec vous.

BAPTISTE

Air de Préville et Taconnet.

Bravo , mon cher , c'est l'parti qu'il faut suivre 5 Tu vas connaître un destin plus heureux.

MICHEL

Mp! , qu'est-c' qu'il m'faut? je n'demand' qu'à bien vivre.

A cet égard , on préviendra tes vœux , Et tu pourras monter...

MICHEL

C'est ben c'que j'veux ; Oui , j'parviendrai 5 j'ai d'I'esprit , d'ia figure : Pour fair' fortune il faut si peu de temps 5 Je me dirai dans mes rêves brillans...

Élançons nous derrière la voiture, C'est un pas d'fait pour arriver dedans. '

BAPTISTE , lui tendant la main.

To v'ià dans la bonne route ; allons , camarade.. .

FRANÇOIS, donnant la main à Michel.

Camaratc!...

MICHEL, regardant François.

C'est un Italien !

riiAisr.ois.

Si nous puvions à son santé.

lUvTiSTiî, prenant la bouleille.

Jiîeu vu !

MICHEL , s'armant d'un verre comme les autres. Ça se trouve d'autant mieux que je n'ai encore rien pris de la journée...

(Baptiste verse dans tous les verres ^ au moment où il approche la bouteille de celui de Michel qui est le dernier, ou entend la sonnette. )

BAPTISTE , s' arrêtant.

C'est monsieur!... vite, rangez tout cela... Qu'il ne reste pas la moindre trace...

TOUS , hm'ant précipitamment.

Ah I mon Dieu!

MICHEL , son verre à la main. Elî bien! dites donc... et moi?

( On sonne encore. ) BAPTISTE , le lui prenant.

Il s'agit bien de ça... Dépêchons... {A Michel. ) Yas remiser ton cabriolet , et viens me rejoindre à mon appartement, au cinquième; nous comptons sur toi pour déjeuner.

MICHEL, sortant.

C'est dit; je garderai mon appétit jusques-là. Je m'en vas compter avec le bourgeois , et je reviens.

(11 sort.)

bKV'£1?)T:'E , poussant les autres.

Voici monsieur.

(11 range les meubles. )

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